‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · MILITAIRE · texte numérisé non relu

MILITAIRE

i. De toute antiquité, l'argent a été le nerf de la guerre.

^ti ne se bat pas sans dépenser beaucoup, et tout Etat

^^gagé dans une guerre a toujours eu besoin d'une grande

quantité de numéraire monnayé pour payer ses soldats,

^^ire face aux besoins des services d'intendance chargés de

(l)^B, t.II, p. 44.

les faire vivre, ainsi qu'aux énormes dépenses que les «• ■ mements exigeaient déjà dans Tantiquité comme de nos jours. Aussi les guerres ont-elles amené toujours chez te anciens des émissions extraordinaires de monnaies.

Elles nécessitaient d'autant plus de semblables énâisions qu'en généml, chez les anciens, le monnayage n'avait pas le caractère de continuité et de régularité qu'il a pm chez les peuples modernes. Dans le système politique des Grecs au temps de leur indépendance, le morcellement i rinfmi des petites souverainetés locales qui exerçaient fc droit monétaire, avec la différence que présentaient entre elles les espèces des différentes cités, ne permettait pas qu'il en fût autrement. La circulation des monnides de chaque cité était fort restreinte, ne sortait guère de son territoire. Il n'y avait que certaines villes, en possession d'un commerce extérieur exceptionnellement étendu on bien placées dans des conditions particulières par la possession de mines fournissant des produits abondants, qui pussent se livrer avec continuité et sur une grande échelle à la production du numéraire monnayé, parce que leur monnaie, adoptée du grand commerce par une sorte de convention générale, prenait, comme nous l'avons montré plus haut (dans ce chapitre, g 2, 1), un caractère international, et devenait pour ces villes une des plus importantes marchandises d* exportation. Ailleurs, on avait vite atteint à la production du numéraire domestique nécessaire aux besoins des transactions intérieures ; on était donc tout naturellement amené à attendre, pour procéder à de nouvelles émissions, que quelque circonstance eût produit une diminution dans la masse métallique en circulation, en en faisant sortir une partie du territoire, ou qu'il survint une nécessité de dépenses exceptionnelles. En ce cas, — et,

le je Fai dit, c'est la guerre qui fournissait le plus

intde semblables occasions, — il fallait généralement

recours à une fabrication spéciale de monnaies. En

l'habitude était de conserver les métaux précieux

le trésor public sous forme de lingots plutôt que d'es-

monnayées, et pour solder les dépenses il fallait leur

îr la forme monétaire. En dehors des grandes villes

lerçantes comme Athènes, Corinthe, Rhodes, Syra-

Tarente et quelques autres, nous ne rencontrons de

numismatiques abondantes et continues que dans les

pchies, comme celle de la Macédoine et celles qui se

rent des débris de l'empire d'Alexandre, parce que

onarchies avaient seules assez de territoire et de po-

on, aussi bien qu'assez de dépenses budgétaires an-

« dans l'entretien de leur administration et de leur

i permanente, pour nécessiter le versement constant

certaine proportion d'espèces nouvelles dans la cir-

on.

dehors donc de ces villes, dont la liste serait courte, ces monarchies, le monnayage hellénique des siècles pleine indépendance a toujours eu lieu, dans chaque ;t chaque État, par intervalles seulement, au fur et à :e des besoins et avec des interruptions souvent très- Qgées. Les nécessités de guerre ont, plus peut-être que s les autres, donné naissance à des émissions de ce , et Ton peut rattacher avec certitude aux événei militaires qui remplissent l'histoire grecque l'oril'une grande partie des monnaies que nous ont laissées tés helléniques. Four les villes mêmes qui avaient un ayage continu et pour les monarchies, il est bien rare les dépenses extraordinaires d'une grande guerre Qt pas amené un développement extraordinaire dans

la fabrication des monnaies, et souvent des émissions qn peuvent se reconnaître à des caractères particuliers.

Il importe, du reste, de distinguer, dans les monnaie dont les besoins de la guerre ont ainsi amené la fabricatioi deux classes bien distinctes, les émissions qui, bien qtn faites avec un but déterminé, pour subvenir à des néc« sites présentes, rentrent dans la série du monnayage régB lier et normal des villes et des rois, — ce sont de beaucou les plus nombreuses, — et les monnaies militaires propn ment dites. Nous ne nous occuperons ici que de ces der iiières.

Les monnaies militaires dans l'antiquité diffèrent cono plétement des monnaies obsidionales auxquelles on a e quelquefois recours dans les âges modernes (voy. pli haut, livre II, chap. ii, § 4). Ce ne sont pas des monnaie de nécessité d'une nature essentiellement fiduciaire, san valeur intrinsèque, auxquelles on donnât une valeur d convention exceptionnelle mais essentiellement tempo raire, pour les retirer ensuite de la circulation en le échangeant contre du vrai numéraire, quand les cLrcons tances qui en avaient motivé l'émission étaient une foi passées. Ce sont au contraire, en général^ des monnaie d^une excellente qualité, aussi bonnes que celles du mon nayage normal, car elles étaient faites pour subvenir à de dépenses qu'il fallait payer en numéraire du caractère 1 plus réel. Les trois quarts du temps, elles ont été émise pour payer des mercenaires qui étaient difficiles sur la qufi lité de la solde et qui eussent refusé leurs services plutô que d'accepter d'être payés en mauvaise monnaie. Ce qu caractérise les monnaies militaires de l'antiquité, c'es qu'elles ont été frappées par les généraux placés à la tête des armées en campagne et pour le service de leurs années,

au lien de l'être par les magistrats réguliers des villes et dans l'atelier ordinaire. Tantôt les généraux, au milieu de leurs opérations de guerre, ont procédé à des émissions de ce genre avec les ressources métalliques que leur fournissaient le butin fait sur l'ennemi ou les contributions levées sur les pays où ils opéraient ; tantôt ils Pont fait avec le métal que le trésor public de leur pays leur envoyait sous forme de lingots»

Ce monnayage militaire, opéré par les généraux au milieu de leurs armées, dont les produits valaient ceux du monnayage normal des villes et restaient tout naturellement dans la circulation, une fois qu'ils y étaient entrés, est une chose particulière aux usages antiques. Mais il faut remarquer que précisément les procédés simples et rndîmentaires, employés par les anciens pour la fabrication de leurs monnaies (voy. plus haut, livre II, chap. m, § 1), le rendaient facile. Il n*était pas besoin alors, pour procéder à une émission de monnaies, d'organiser toute Tinstallatîon compliquée et coûteuse que réclament nos procédés perfectionnés. Dans une ville occupée, pourvu qti*elle renfermât des orfèvres, que Ton mettait en réquisition, l'on avait vite et à peu de frais monté un atelier ïUonétaîre provisoire. Dans les camps mêmes, pourvu que l'on eût le métal et deux ou trois ouvriers expérimentés, le matériel des forges de campagne, que toute armée traîne ^cScessairement à sa suite, suffisait pour frapper des monnaies.

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