II
qu'elle avait répudié; les subsides qu*Alcibiade avait d'abord promis de la part de Tîssapheme ne venaient pas non plus, car le satrape flottait encore entre les deux partis et dans cette situation trouvait plus simple de n'en solder aucun. Pourtant il fallait du numéraire pour les dépenses énormes que l'administration de l'armée et de h flotte faisait, de manière à se mettre en mesure de reprendre la campagne au plus tôt. Ce numéraire, on dut le fa* briquer soi-même avec les ressources métalliques que Ton parvint à se procurer sous une forme quelconque. Battre monnaie était d'ailleurs à ce moment une manière d'affirmer la souveraineté populaire que Tannée prétendait résider en elle^ tant que la démocratie n'aurait pas été rétablie à Athènes. Or, il existe une monnaie d'argent que tous les caractères de fabrique et de style rapportent précisément à la fin du v' siècle ; ses types, comme son poids, sont ceii3^ des pièces de Samos, mais on y lit pour légende A9EW lA (1). Cette monnaie a été expliquée comme le monumeO^ d'une convention monétaire entre Athènes et Samos, fa-i^ peu vraisemblable, car Athènes n'avait pas besoin de ce ventions de ce genre pour faire accepter sa monnaie empressement sur tous les marchés, ce qui fait que no ne la voyons en monnayage commun avec aucune vill^^ d'ailleurs une monnaie d'union, suivant les règles hab»- ' tuelles, porterait simultanément les types des deux viU alliées. Il est bien plus naturel et bien plus vraisemblabl de lire ici AOENaiwv lApu (monnaie) des Athéniens de 5ût ^ mos et d'y reconnaître le produit du monnayage militair-^c de l'armée^ pendant les mois qu'elle vécut indépendante di3 gouvernement d'Athènes. L'adoption du type et du poids
(1) Borrell, iVi«ii. ehron. t. VII, p. 74; Brandis, p. 469.
amos s'explique naturellement avec cette origine, car pour des achats sur le marché de Samos même et des I voisines que la monnaie était frappée. On peut eurs admettre que les Samiens en avaient fait une ition, en mettant les ouvriers et T outillage de leur
des monnaies à la disposition des chefs de Tarmée tienne.
us aucune série d'époque ancienne, les monnaies mies ne tiennent plus de place et ne sont d'une nature certaine que dans celle de l'empire des Achéménides.
que nous l'avons déjà remarqué plus haut (dans ce tre, §1,2), presque toutes les pièces qui portent des
de hauts fonctionnaires perses mentionnés dans oire» surtout celles qui sont sorties des ateliers de la e, pays d'un importance stratégique et politique de ier ordre comme assurant les communications entre rieur de l'empire et les pays du bassin de la Médi- Qée, presque toutes ces pièces doivent être rangées la catégorie qui nous occupe. C'est comme généraux 3 à la tête d'armées en campagne, et non comme s£^s exerçant les pouvoirs réguliers de cette charge, que srsonnages en question les ont fabriquées et y ont it leurs noms. Ces monnayages militaires ont eu lieu les villes où les armées avaient leur base d'opération. Bze, qui était satrape d'Arménie, a battu monnaie à pour le service des troupes qu'il commandait contre e; Phamabaze, satrape de la Phrygie hellesponti^e, Eitame^ satrape de Cappadoce, ont fait de même à » quand ils ont eu successivement la direction des s dirigées contre l'Egypte, forces dont la base d'apisionnement et de rassemblement était dans cette . Au reste, le monnayage d'argent de l'atelier royal
de Tarse (livre VI, chap. iv, g 2), monnayage fort étendu et dont nous possédons de nombreux spécimens, a eu une destination exclusivement militaire, a été fabriqué pour la solde des troupes et de la flotte. Les monnaies ellesmêmes, sorties de cet atelier, avec ou sans nom de généraux, en portent la preuve dans le mot HTD (1), qui se lit sur la plupart d'entre elles (2) , écrit en caractères araméens anciens (livre V, chap. m, § 4). L'explication véritable et certaine de ce mot a été trouvée par M. Blau (3) ; c'est le plus ancien exemple que Ton connaisse de pehlevi, c'est-à-dire d'emploi d'une écriture sémitique pour exprimer un terme iranien. Le zend nous offire le mot mizda ce solde » , persan moderne muzd^ correspondant au grec jxioOoç ; mizdya est donc un mot perse pa^ faitement sûr et de la formation régulière, parallèle à celle du grec fxt<j6to;, avec la signification adjective « qui appartient à la solde, qui sert à la solde ». C'est ce mot qu'il faut reconnaître dans le HTD des pièces de l'atelier de Tarse, où il s* applique à la monnaie elle-même comme a destinée à la solde ». La signification est encore précisée par la légende, exceptionnellement développée, d'une de ces pièces de l'atelier de Tarse, ^n IKinn^V Sv ^ nîD, mot à mot ce (pièce) pour la solde qui (est) pour Abdzohar de Cilicie » ; la préposition bv a une signification qui ne prête pas à l'ambiguïté ; la monnaie n'émane pas c d'Àbd-
(1) Pour la fixation de la lecture matérielle de ce root, voy. Waddiogton, Mil. de num. 1. 1, p. 71 et s.
(2) D. de Luynes, Num. dei Satrap. pi. lU et IV (sous les rubriqa^ Abdsohar et Gaas) ; pi. Vffl et IX, n- 3-14 ; Brandis, p. 430, ^ et 8.
(3) Zeittchr. d. deuUeh. Morgenl. Geselltch. t. IX, p. Si; De nmù Aek»mênidarum aramoeo-persicii, Leipzig, 1855.
zohar jo, elle a été faite c pour j> le payer. La destination spéciale des produits de l'atelier de Tarse, telle qu'elle résulte du mot même inscrit sur ces espèces, est dans im accord bien remarquable avec le passage où Hérodote (1 ) dit que la satrapie de Cilicie payait de tribut annuel au Grand Eoi 500 talents d'argent, dont l&O restaient dans le pays pour la solde des corps de cavalerie qui y étaient cantonnés. Nous savons que les rois de Perse se faisaient fournir le tribut, non en sommes d'espèces monnayées, mais en poids de métal (2). La part de celui de la Cilicie qui restait entre les mains du satrape, sans aller au trésor .central de Tempire, pour la destination militaire indiquée par Hérodote, devait être monnayée surplace, avant d'être employée à la solde des troupes ; et ainsi s'explique l'origine de toute la série des pièces à la légende HTD. Les corps de cavalerie cantonnés en Cilicie étaient en grande partie fournis par le pays même, dont les chevaux étaient célèbres (3). Abdzohar, comme le Sam ou Sama, qui est nommé sur quelques autres monnaies analogues de date un peu postérieure, frappées probablement sous Alexandre (voy. plus haut, dans ce chapitre, §1,3), était un dynaste de la Cilicie orientale ou de la Commagène, du pays même où Ton retrouve sur le trône, au ii* siècle avant l'ère chrétienne, un Abdissarès et un Samès, dont on a des pièces à légendes grecques (&); comme tel, il devait commander de droit une portion du contingent de cavalerie, celle que
(1) lii, 90.
(2) Herodot. m, 89.
(3) La Cilicie, outre son tribut d'argent, fournissait par an 360 chd- Taox aux écuries du roi de Perse.
(4) Waddington, Mil. de num, 1. 1, p. 79.
son pays avait fournie. Eien donc de plus naturel que de trouver parmi les monnaies militaires de Tarse quelquesunes qui ont été frappées pour le payer, lui et ses soldats. La même légende HTD, dont nous venons de constater la signification, se lit, tracée avec des caractères d'une paléographie différente, sur une de^ grosses pièces d'argent du monnayage provincial du Grand Roi en Syrie et Phénicie (1), dont les ateliers paraissent avoir été à Damas et à Sidon (2) (voy. livre VI, chap. iv, § 2). Une partie au moins de cet autre monnayage provincial des Achéménides a été frappée avec une destination militaire, évidenmient pour le paiement de la flotte phénicienne^ qui constituait le nerf des forces maritimes du monarque perse ; et le type de la galère, qui y décore constamment le revers des pièces (3), doit avoir rapport à la flotte royale. La solde des troupes de terre dans l'empire des Achéménides, et particulièrement celle des mercenaires grecs, se payait en dariques d'or (4) ; il semblerait que la flotte phénicienne était payée en argent (5), de même que la cavalerie cilicienne, et qu'il y avait deux fabrications spéciales de monnaies pour y subvenir, chacune fournissant des monnaies des systèmes différents auxquels Phéniciens et Ciliciens étaient habitués par d'anciens usages nationaux. Nous avons déjà
(1) Gesenius, Mon.pkcsn. pi. XXX VI, 6 ; Rev. num. 18S5, pi. m,
(2) Brandis, p. 232 et s.
(3) Ce sont les monnaies décrites par Brandis (p. 424-426) sous la rubrique de la IX* satrapie, 2* classe.
(4) Xenoph. Anabas. I, 3, 21 ; V, 6, 23 ; Vn, 6, 1 ; voy. Brandis, p. 249 ; F. Lenormant, Monnaies royalei de la Lydie, p. 33.
(5) Les Phéniciens, comme les Grecs, n'employaient presque exclusive ment chez eux que la monnaie d*argenL
remarqué plus haut (livre I, chap. m, g 3, 1) combien l'usage de la monnaie s* était imparfaitement naturalisé dans Tempire des Âchéménides ; la population de toutes les provinces intérieures restait encore, dans les transactions entre particuliers, fidèle à Tantique coutume asiatique d'employer aux échanges les métaux précieux en lingots^ à l'état de marchandise. C'était principalement pour les services gouvernementaux que se frappaient les espèces du Grand Roi, et celui de tous ces services qui réclamait constamment, surtout dès qu'il y avait guerre, les plus grosses sommes de numéraire monnayé, était la solde des troupes, dans un empire qui n'avait guère sous ses drapeaux que^ des mercenaires étrangers ou des contingents de vassaux, dont il fallait s'assurer la fidélité au moyen de gros gages.
Encore plus que les Perses, les Carthaginois faisaient la guerre exclusivement avec des armées de mercenaires, dont l'entretien leur coûtait très-cher ; mais ce peuple de marchands aimait mieux payer des soldats à tout prix que se battre lui-même. C'est pour Tentretien de ces mercenaires et en général pour subvenir aux dépenses militaires que les Carthaginois créèrent en Sicile leui's premières monnaies (1) (livre VII, chap. i, § 1), près d'un siècle avant de se mettre à en frapper dans leur cité^ |qui restait encore fidèle à l'emploi du métal en lingots (livre YI,
(1) Dans rinscription de la colonne de Duilius (qui, quoique restituée postérieurement, repose sur un fond ancien)» 11 est question de fortes sommes en or et en argent monnayés dans le butin fait sur les Carthagi-
n«8 : aurOfà CAPTOM NVMEI CD CD CD D C
areenTOfA CAPTOM PRAEDA NVMEI CCCD03. Les espèces ici désignées sont des monnaies siculo-puniques, et aussi des pièces de Carthage même (on n'en a fabriqué en or que dans cette ville), dont rémission avait commencé vers 350 av. J.-C.
chap. vii> § 1). Les monnaies siculo-punîques ont eu le: coins gravés par des artistes grecs siciliens ; elles n'app-»---*^" tiennent pas au système pondéral d'après lequel Carth^^^ tailla plus tard ses monnaies, et qu'elle devait à ses fon^^S^* teurs phéniciens, mais d'après le système particulier ^ ^^ monnayage de la Sicile (1). Il faut y distinguer deux clas^^ses de pièces, ainsi que Ta fait mieux que personne M. I!l3L Millier : les monnaies qui portent les noms de villes coiisfc:^^" tuées dans un état d'autonomie analogue à celui des coliC^* nies latines dans la Confédération romaine, dont la situ^^" tion politique servit sans doute ici d'exemple, comii9^^ mpSD"ttrT Heraclea Minoa, NltSDH Motya, TSD Solont^^ yvi Ségeste et N^K Thermae Himerenses; celles qui ont é1 émises par Tautorité de l'État carthaginois et des magisr-^ trats qu'il envoyait dans Tile (2). Une partie de ces dernières sont anépigraphes ; mais leur étroite analogie les pièces qui ont des légendes et la présence sur les unes e1 les autres des symboles de l'État carthaginois, le cheval ou la tête de cheval et le palmier, en forment un groupes inséparable. Quand il y a inscription, c'est le nom même de Carthage n Winamp, comme ROM A sur les monnaies d'Etat l'omaines frappées à Capoue ou dans les ateliers succursales de Corcyre, Vibo, Crotone, etc. Associé au nom deCarthage, on lit quelquefois njnD, et isolément
nana dv ou naruD dîw.
T\2XXQ signifie proprement ce le camp »; mais est-ce un
(i) Sur Tensemble de ces monnaies, voy. Gesenius, Mon, phœmc. p. 287-297 ; Ugdulena, SuUe manele punico^sicule, Palerroe, 1857 i A, Stlinas. Appendice alla Memoria sulle monete punico'iicule deirabale Ugim' Una, Palerme, 1858 ; F. Lenormant, Essai sur la propagation de Valphabet phénicien^ t. I, p. 157-160.
(2) L. MUUer, Numism. de Vanc. Afrique, i. H, p. 74-84.
n de localité ? L'opinion de Judas (1)^ qui y voyait la ignation du quartier des Magalia à Carthage^ bien adoptée par un philologue de la valeur de M. Schrœ- * (2), ne saurait rallier un seul instant les numismates, puisque les monnaies sont sûrement d'origine siciine, et non proprement cathaginoise. Plus sérieuse est >inion de ceux qui pensent que Panorme, quartier éral des forces puniques en Sicile, avait reçu des Cargin ois un nom qui signifiait dans leur langue ce le ip ». Pourtant M. L. Millier (3) a montré quelles euses objections s'opposent à ce que Ton admette que lorme ait joui alors d'une autonomie qui lui permît iscrîre son nom, soit seul, soit associé à celui de Carge, sur les monnaies qui ont été certainement frappées is son atelier. De plus, danS les usages de l'emploi oaismatique du dialecte phénicien de Carthage, QV ne t pas pour désigner le peuple d'une ville, en tant que lonyme du grec î^pç (4); on use du mot SîD, dans le ls de ce citoyen », mis à l'état construit du pluriel devant aom de la ville, liaK SîDD ou liaK SîD'tt^ (monnaie) citoyens de Gadès, tt^DU^ SV2D (monnaie) des citoyens
l) Rev. num. 1856, p. 220-224.
l) Die phœniiische Sprache^ p. 277.
\) Numism. de Vane. Afrique, t. U, p. 81.
l) Le mot D^ en phénicien, du moins à Carthage, paraît avoir impli- , comme en arabe, une notion d'infériorité qu'il n'avait pas en hébreu; ^iplebs plutôt que populus. Dans les inscriptions votives de Carthage )nvertes par M. de Sainte-Marie et déposées à la Bibliothèque natio- , les personnages auxquels s'applique la désignation de ntznnnip D^ lissent des serviteurs publics. Voy., du reste, Gènes, xxzii, 8, et III, 15, pour l'emploi de D^ en parlant de serviteurs, même en reu.
de Sexti^ KXJ^H SîDQ (monnaie) des citoyens de Tingis^ V^ *7ÎQW (monnaie) des citoyens deSégeste (1). Au contraire, nariD DV> n^ot à mot t peuple du camp, foule du camp j>y est pour désigner Tarmée, une expression tout à fait dans le génie de la langue phénicienne, tout à fait parallèle à celle que Thébreu nous oflfre avec le même sens, K3Sn DV « le peuple de Tarmée » (2), rXûrhon DV (c le peuple du combat » (3). L'interprétation la meilleure et la plus vraisemblable est donc celle de M. de Saulcy (4), de Lindberg et de M. L. MiUler (5), traduisant (c le camp » la légende associée au nom de Carthage et « (monnaie) de Tannée d celle, plus développée, qui se rencontre isolément. La monnaie carthaginoise de Sicile était essentiellement, par son origine et par sa destination, une monnaie militaire ; elle en porterait ainsi la désignation écrite. Au temps de leurs guerres de Sicile, les Carthaginois payaient leurs mercenaires en monnaie d'argent, à la mode grecque y prédominante dans le pays; après la première guerre punique, ils les payèrent en monnaie d'or (6), qu'ils fabriquaient désormais abondamment dans leur cité même.
Ce qui confirme encore l'opinion à laquelle nous nous rallions au sujet de la légende TMTXÛ DVi c'est qu'on voit quelquefois une autre s'y substituer, DavriD. De celle-ci
(1) Voy. Schrœder, Phœniz. Spr. p. 181.
(2) Num. XXXI, 32.
(3) Jo8. VIII, 13 ; X, 7; XI, 7. — Cf., pour remploi de D7 seul en parlant des soldats, Jad. y, 2; viii, 5 ; ix, 36 et 37.
(4) Mém. de VAead. des Intcr. nouv. sér. t. XV, 2* part. p. 59.
(5) Numim, de Vanc. Afrique, t. U, p. 80.
(6) Polyb. 1, 66; voy. L. MUller, t. U, p. 72 et s.
Tunique interprétation raisonnable a été donnée par Lindberg (1) et M, L. Millier (2); elle y voit la désignation des ce officiers comptables » (3), des questeurs militaires (]ui assistaient le suffbte chargé du commandement de l'armée (ft). Ce sont évidemment à ces questeurs que se rapportent les noms d'hommes plus ou moins abrégés (5) :|ni se lisent aussi sur quelques-unes des monnaies d'Etat jiculo-puniques ; aucun ne coïncide, en effet, avec le nom l'un des suffètes ayant commandé en Sicile, que nous conicdssons presque tous.
En face de ce monnayage militaire des Carthaginois à Panorme ou à Lilybée, nous pouvons en placer un autre, jui a eu aussi la Sicile pour patrie, mais du côté des Grecs. 3e sont les pièces de cuivre qui portent la légende ^AAIZINnN ZYMMAXIKON avec la tête deZeus Eleutherios, lEYl EAEY0EPIOI, ou bien seulement lYMMA- XIKON, avec la tête de la Sicile personnifiée, ZIKEAIA, ou l'Apollon Archégète, APXArETAI. M. Barclay Head (6)
(i) De inscriptione Meliiensi, p. il.
(2) Numism. de Vanc. Afrique^ l. H, p. 80,
(3) 3;Z7nD est un mot formé comme lp5Q « préfet », qui se lit sur les lonoaies de Leptis Magna (L. MUller, t. UI. p. 3 et 10), et h^smo
prince » dans la Bible (1 Chron. xxvi, 6). 11 se rattache au pied de la icine i;Z7n, qui à cette voix prend le sens de « compter ».
(4) Tite-Live (XXVIU, 27), à propos de Gadès, montre le questeur iprès des sufifètes dans la constitution des villes d*origine tyrienne.
(5) Un seul est écrit intégralement, S^ini, par corruption pour M'îna, parallèle à rhébreu SnIM (voy. Schrœder, Ph(mi%. Spr. p. 200); est le nom punique dont les Grecs et les Latins ont fait Bithyas, Bithiai Q Biiiai.
(6) Coinage ofSyracute, p. 37 et s.; voy. Holm, Zeitsehr. f. Num. t. U, >. 340 et s.
a établi, en effet, que ces monnaies avaient été frappa* pour Tannée des alliés rassemblés de toute la Sicile ^ Timoléon afin de résister à T invasion carthaginoise (3 av. J.-C), armée dont le point de réunion était peu à Alœsa (1).
La série des monnaies aux types d'Alexandre, frappé ^^* après sa mort, nous offre encore un bien curieux exempp^ ^^ de monnayage fait au cours d'une expédition militair* On découvrit en 1 850 auprès de Patras (2) un dépôt tétradrachmes d'Alexandre, tous de même fabrique d'un type offrant des détails particuliers (3), dont l autres exemples sont d'une extrême rareté et, quand en connaît le lieu d'origine, proviennent toujours du loponnèse. Toutes ces pièces ont été sûrement frappé^^^ dans le même temps et dans le même atelier, à Sicyon dont le plus grand nombre porte les symboles monétaire habituels en petits types accessoires dans le champ. M. Millier (4) en a rapporté la fabrication de la manière la plu certaine à l'expédition dans laquelle Polysperchon, en 31 avant Jésus-Christ, essaya de se rendre maître du Pél ponnèse et parvint seulement à s'emparer de Sicyone e de Corinthe, oii il se maintint jusqu'en 308. Mais pièces n'ont pas seulement la marque de Sicyone ; on y voi aussi en petits types les symboles certains de beaucoup d
(1) La légende 2YMMAXIK0N, sous-entendu v6(it<7(ia, rappelle \ ZYN des monnaies symmachiqaes de quelques villes de l'Asie Mineure après la bataille navale de (Inide, dont il a été question plus haut, ce chapitre, § 2.
(2) Newton, Num. chron. t. XVI, p. 29 et s.
(3) Ce sont les monnaies n«' 86i-898 de la Numismatique d*Akxanén A Grand de M. L. Millier.
(4) Numism. (T Alexandre, p. 223 et s.
les péloponnésiennes dont Polysperchon ne put jamais rendre possesseur, VAthéné Promachos d'Argos, le /Im- 5 d'Elis, les Dioscures et Y amphore de Lacédémone, le dent de Trézène et de Messène. Il est donc évident *en vue de conquêtes ultérieures, le général macédonien, DS Tatelier monétaire qu'il avait organisé à Sîcyone ssitôt après son débarquement, avait fait frapper des >nnaies portant les marques des principales villes dont il mptait s'emparer, de manière à les avoir toutes prêtes n de les y employer aux dépenses qu'il aurait à faire ur son armée. Il pensait par là leur faire trouver meilir accueil sur les marchés de ces villes. Et ceci montre nbien déjà, moins de dix ans après la mort d'Alexandre, copies des monnaies du conquérant fabriquées par les Férëntes villes étaient bien pour le public, ainsi que os l'avons dit plus haut (dans ce chapitre, § 1 , 6), des >nnaies municipales , dont la véritable garantie légale ddait dans le petit type, ajouté sur le champ du revers r la ville d'émission.
Citons enfin comme dernier spécimen, car nous n'avons 3 ici la prétention de dresser une statistique des monies militaires de Tantiquité grecque et d'en faire une ide complète, nous ne voulons qu'établir par quelques emples probants leur caractère, et le développement l'avait pris cette pratique ; citons les drachmes du roi rthe Arsace VII, Phraate II, qui portent, outre la jende ordinaire, le mot KATACTPATeiA « expédition Qitaire » (1) ou ...TOPOT KATACTPATClA « expédition
(1) F. Lenormant, CataL Behr, n» 878 ; Nouv. Ann. de rinst. arch. n, 2* part. pi. B, n** 11. — Le mot xaTaoïpaxeia manque aux lexiques, ais il est formé de la façon la plus régulière et justifié par le verbe xaTa<rTpauo(&at.
de . ..goras » (1). Ces pièces ont été frappées au cours de la grande guerre que Phraate II eut à soutenir contre rinvasion des Scythes, guerre dans laquelle il périt (2). C'est dans la Margiane qu'avait lieu la lutte et que le roi s'était porté pour couvrir la Parthyène propre, qui fut envahie après sa mort . Nous en avons la preuve par une drachme pareille, du même prince, où c'est le nom de cette province, MAPriANH, qui est écrit à la même place que le mot y-aradTpaTeta sur celles dont nous venons de parler (3).
3. Les monnaies militaires, dans la suite romaine de la République, sont encore mieux caractérisées, plus distinctes que dans la suite grecque, car elles portent toujours le nom et le titre des commandants qui les ont fait frapper; de plus, elles ont une très-grande importance historique, car les règles de droit qui autorisaient leur&brication, en déterminaient l'étendue et les conditions, ont été le point de départ de la transformation qui fit de la monnaie de l'État républicain la monnaie de l'empereur. Cette transformation s* opéra, en efiet, comme toute la révolution qui substitua la monarchie à la république, sans rupture violente avec les anciennes formes, sans introduire dans le langage légal des titres nouveaux comme celui de roi, auquel les Romains répugnaient plus qu'à la réalité de la chose. Garder toutes les antiques magistratu. res en annulant les unes et en réunissant les autres sur la
(1) Ch. Lenormanl, Nouv. Ann, deTInst. arck.U II, \k 198, pi. A, n« 10 cf. von Sallet, Zeitsehr. f. Num, t. III, p. 247 et s.
(2) Voy . G. Rawlinson, The sixth oriental monarchy, chap. vu et vni.
(3) Von Sallet, Zeitsehr. f. Nùm. t. UI, p. 246.
tête d^un seul homme; substituer à Vimperium civile limité la plénitude de Vimperium militarcj introduit dans Rome mkie avec la prise du titre àUmperator, en y joignant rinyiolabilité de la puissance tribunicienne et le droit d'initiative exclusive attaché au titre de princeps Senattu^ telle fut l'œuvre d* Auguste, celle par laquelle il organisa Tune des monarchies les plus absolues et les plus illimitées que le monde ait jamais connues. De même^ en matière monétaire, ce qu'il fit et ce que César avait commencé avant lui, ce fut d'appliquer à la monnaie urbaine les principes de la monnaie militaire, jusqu'à lui exclusivement propre aux provinces, d'assurer au dépositaire du pouvoir suprême les droits que l'ancienne législation républicaine conférait en pareille matière à Vimperator à la tête de son armée; ceci suffît pour opérerune main-mise complète de Tautorité d'un seul sur la monnaie et pour conférer à Tempereur le droit d'effigie, qui devint une des marques caractéristiques de sa puissance.
n est intéressant de suivre dans ses détails la marche progressive de cette transformation, et c'est ainsi que noti^ étude sur les monnaies militaires formera la transition naturelle entre les deux sujets des principes de droit qui ont présidé au monnayage d'Etat de la République romaine et à celui de FEmpire. Mais, avant d'aborder la période de transformation, il faut jeter un coup d'œil sur les pouvoirs monétaires attachés d'après le droit public et la constitution républicaine à Yimpeiium miliiare.
M. Mommsen (l)a traité ce chapitre d^une manière particulièrement remarquable, et des faits numismatiques il a su déduire avec sûreté les règles de droit.
(1) If R, t. U, p. 57-63.