II
(c Le général^ dit-il, qu'on Fappelât dictateur, consul^ préteur, proconsul, propréteur, ou qu'il fût sealement désigné par le titre àHmperatar^ avait, par le fait même du commandement en chef (imperû/m) dont il était reyêtà, le droit de battre monn^de, et ce droit il pouvait Fezercer légalement par son questeur ou son proquesteur (proquaettore ou legatus pro qtiaeslore)^ dans toute l'étendue des provinces soumises à son autorité, d Les monnaies frappées dans ces conditions portent tantôt simultanément le nom du général et celui de son ofi&cier de finance^ tantôt isolément le nom du général ou bien celui du questeur ou proquesteur.
c Pendant les guerres civiles, continue M. Mommsen, des magistrats urbains, comme le questeur urbain et les triumvirs monétaires^ remplacèrent exceptionnellement les questeurs militaires ; souvent même des conmiandants de corps d^armée {legatipro consiUe ou pro praetoré)^ revêtus extraordinairement des pouvoirs consulaires ou prétoriens, furent momentanément chargés de battre monnaie.
tf Le plus souvent Tautorisation du Sénat n*est pas mentionnée sur les pièces militaires, parce qu'évidenunent le général en chef, agissant dans les limites des fonctions de sa charge, n'en avait pas besoin, et que ce monnayage était régulier. Nous ne connaissons que trois monnaies de cette classe sur lesquelles il soit fait mention de Tautorisation du Sénat, et ces trois exceptions servent à confirmer la règle générale. Les deux premières pièces appartiennent à deux lieutenants de Sylla^ L. Annius, qu'il envoya en Espagne combattre les partisans de Sertorius^ aussitôt après sa rentrée au pouvoir, et L. Yalerius Flaccus, qui gouverna la Gaule à la même époque. Il est tout naturel que Sylla, qui était parvenu à mettre le gouvernement
entre les mains du Sénats voulût également faire remonter jusqu'à lui les droits monétaires du général d'armée (1). Quuit à la troisième exception, elle peut aussi s'expliquer; en effet, Q. Coponius, au temps de la guerre entre César et Pompée, n^avait pas légalement le droit de battre monnaie, puisqu'il commandait les troupes comme préteur et non comme propréteur ; il lui fallait donc, d'après la constitution encore en vigueur, une autorisation spéciale du Sénat pour exercer les droits monétaires qui appartenaient au général en chef. »
Les pouvoirs absolus de Vimperium militare n'étaient pas» du reste, réservés à l'état de guerre. Les commandants des provinces en étaient revêtus, même en temps de paix, dans rétendue de leur gouvernement. Ils ont donc joui du même droit monétaire que les généraux en campagne. Mais, numismatiquement et par le fait, les monnaies des gouverneurs de provinces ou de leurs questeurs forment une classe distincte des monnaies proprement militaires, bien qu'elles aient été frappées d'après le même principe légal et en vertu des mêmes pouvoirs. Nous avons vu plus haut (dans ce chapitre, § 3, 6) comment le droit de monnayage concédé aux autorités indigènes communes de certaines provinces avait été graduellement absorbé et confisqué par les gouverneurs romains, chargés seulement d'abord de le contrôler par une haute surveillance; comment les tétradrachmes des Macédoniens avaient fini par
(1) U faut joindre ici un exemple de plus, appartenant à la même époque et s'expliquant par les mômes raisons ; c'est le denier que les demt frères L. et G. Memmius, questeurs en Espagne dans la guerre contre Sertorius, ont signé ensemble, sans y mettre leur titre, mais en mentionnant Tautorisation du Sénat : voy. Mommsen, M R, t. U, p. 427 et s.
devenir ceux des préteurs de la province et de leurs questeurs, comment les cistophores, de monnaie nationale de la province d^Asie, émise par les prytanes des cités, s^étaient transformés en monnaie des proconsuls. Il résulte de cette marche graduelle que les choses avaient suivie, que le monnayage des gouverneurs de province en temps normal, tel qu*il se poursuivait avec une certaine continuité, est un fait qui débute historiquement plus tard que le monnayage proprement militaire, opéré dans des circonstances exceptionnelles, pour les besoins urgents de la guerre. De plus, les monnaies de la première classe, celles des gouverneurs, suivent en Orient les systèmes d*origine grecque qui avaient été admis pour la monnaie provinciale, avec un tarif officiel et fixe pour la correspondance de leurs valeurs avec celles de la monnaie d'État romain^ « en Occident même, où le gouvernement central de la R^' publique ne tolérait pas de monnayage provincial d'apte un autre système que celui du denier et de Tas, ces mo^*^ naies ont toujours un caractère local très-prononcé, cj^ mpntre que leur circulation était limitée à la provinc?^ Souvent un nom de ville y est écrit en même temps q^^^ celui du gouverneur. Les monnaies proprement militair^^ frappées par les généraux à la tête des armées activ^^ rentrent toujours, à de bien rares exceptions près, dans ^ système de la monnaie d'État de la République ; elles se distinguent de la monnaie urbaine que par la nature Fautorité qui les a fait fabriquer ; aussi, dans la pratique, Z étaient-elles entièrement assimilées; au lieu d*avoir ut^* circulation limitée, elles possédaient le même cours lég^^ dans toute retendue de l'empire de Rome. Dans les dép6tss de pièces du temps de la République, on trouve ces mon^ naies militaires mêlées aux monnaies urbaines ; on obsern?
sment que celles qui ont été frappées dans les provîn- Soignées ne se rencontrent pas encore dans les dépôts Italie presque contemporains de leur émission, car il it un certain temps pour qu'elles arrivassent, en pasde main en main, jusqu'en Italie.
Il m'a paru utile de dresser d'abord une sorte de sta- [ue des monnaies provinciales frappées jusqu'au second lyirat, au nom des gouverneurs ou de leurs questeurs, irtu de leur imperium ou de sa délégation pour cet spécial à l'officier de finances. On remarquera que, ré le caractère local de ces espèces, la légende du strat romain j est toujours en latin, même dans les grecs, sauf sur quelques pièces de cuivre de la Macé- ) et de la Cyrénaïque.
Espagne ultérieure*
. IVLIti5. L. Filius. Qmesior — CORDVBA. Petit
se (1). Date incertaine, mais appartenant à la fin du
iècle de Bome.
SONE — L. APpuldus. DECimus. Quaestor. Grand
nom de L. Appuleius Decimus se lit encore sur une
sans nom de ville, que M. Landolina-Fatemè (3) a
Bckhel, D iV, t. I, p. 18 ; Alols Heiss, Monn. ant. d'Espagne, [, Corduha^ n® 1 . Avec les mômes types, mais sans nom de ville : [eiss, pi. XU, Corduba^ d<* 2.
kskhel, D N, t. I, p. 28; Aloïs Heiss, pi. XLVU, n- 3-5. — La ie Munda portant le nom du môme questeur (Eckhel, D N, 1. 1, «rait n'ôtre pas authentique.
fonete consolari ttcti/e, p. 15.
donnée à la Sicile, trompé par la ressemblance du type avec celui des monnaies de Lilybée. La date de ce questeur est douteuse ; M. Aloïs Heiss le rapporte au temps d'Auguste, dont il croît reconnaître la tête laurée au droit des pièces qui portent son nom. Mais cette identification d'effigie est loin d*offrir une entière certitude (1) .
Sardaigne.
ATIVS. BALBVS. PRaetor — SARDYS- PATER. Moyen bronze (2). Atius Balbus fut préteur vers 62 av. J.-C.; j'ai déjà remarqué plus haut qu'il n'y avait réellement pas de raison décisive pour considérer, ainsi que l'on fidt d'ordinaire, sa monnaie comme commémorative et frappée sous Auguste, plutôt que comme émise par lui-même pendant son gouvernement (dans ce chapitre, § 4, 7).
Sicile.
Nous avons déjà parlé plus haut (dans ce chapitre, g 3, 5) des monnaies de cuivre du système de l'as frappées dans l'atelier de Panorme par les questeurs de Lilybée (S)*
(1) Eckhel (0 iV, 1. 1, p. 18 et 38) fait encore un questear provioc»^ du Q- PEDECAItM.dont le nom se lit sur des monnaies de CMf^ (Alois Heiss, pi. XLIX, n"" 4 et 5), parce qu'il se trouverait aussi sof ^ monnaie d'Urso publiée par Florez (MedaUas de EspaSIa, U II, p^n® 2). n ne serait pas, en effet, possible de voir en lui, dans ce ^ un magistrat municipal de Carteia. Mais reste à savoir si la pièce â^0^ qu'on n*a pas revue depuis Florez, était bien authentique.
(2) Eckhel, DN, 1. 1, p. 271 ; t. V, p. 143; Cohen, M C, pi. XL^ . Alia; Spano, Bullet. arch. Sardo, 1. 1, p. 9 et s.
(3) Eckhel, D iV, 1. 1, p. 233 et s.; Fr. et L. Landolina-Patemô, H^ grafia delU monete coMolari sicule, Naples, 1852; Fr. Landolina-Pat9^ Lettera al Biecio iniorno ad alcune fnonête romano-sicuUt Catane, f Mommsen, M A, t. Il, p. 59 ; t. HI, p. 237 et s.; Caial, ofgr. coina Bnt. Mus., SicUy, p. 124-129.
0n senl de ces magistrats prend son titre de fonction : W' ACILIti^» Quaestor. As et semis* Ce Manius Acilius est probablement celui qui fut consul en 11 A av. J.-'C. et dont le triumvirat monétaire nous est connu dans la série romaine par des deniers et des as (1).
Malgré Tabsence de la mention du titre, on considère en général, et Ton est en droit de le faire, comme étant les questeurs provinciaux tous les magistrats romains dont es noms sont inscrits sur les pièces de la même série. Sckliel (2) a attribué les monnaies portant le nom CRAS- SIPES à M. Furius Crassîpes, préteur de Sicile en 173 IV. J.-C (8); elles ne me paraissent pas pouvoir être aussi inciennes, et j'y verrais plutôt le M. Furius Crassipes qui Tappa des deniers comme édile curule un peu avant 81 av. r.-C. (4). De même, on pourrait admettre que le NASO lent on trouve le nom sur certaines de ces pièces est le nème personnage que le L. Axius Naso qui monnaya à iome, avec une commission extraordinaire et vraisembla- >lement comme préteur urbain, entre 74 et 50 av. J.-C. (5). £n général, du reste, toutes les assimilations que Ton peut essayer de tenter entre les noms des questeurs de Sicile, inscrits plus ou moins en abrégé sur les monnaies de cuivre frappées h Fanorme, et les individus homonymes connus ians rhistoire sont extrêmement douteuses. Il est même
(1) Cohen, M C, pi. I, AcUia, n^ i ; pi. XLVI, Aeilia, n® 3; Mommsen, MA, t. II,p. 3dl»nM38.
(3)T.Uv. XUI,i.
(4) Cohen, M C, pi. XIX, F.uria, n« 4 ; Mommsen, M fi, t. U, p. 454.
(5) Cohen, if C, pi. VII, Axia, n-* i et 2; Mommsen, M R, t. II, p. 503, n« 203.
impossible, dans Fétat actuel, d'arranger chronologiquement la série de ces questeurs. Tout ce que Ton saurait dire avec certitude, c^est que leur monnayage ne dépasse pas la dictature de César, si même il l'atteint. De plus, il parait manifeste que les pièces où le nom du magistrat romain y entier ou abrégé, occupe le champ du revers, placé dans une couronne, ou bien accompagne un type personnel, changeant à chaque magistrat, sont sûrement du Yn* siècle de Bome, même plutôt de la seconde que de la première moitié^ et postérieures aux monnaies au type du soldat armé de pied en cap et aux noms de magistrats toujours très-abrégés, souvent exprimés par des monogrammes. Et, parmi celles-ci, les plus anciennes paraissent bien être celles où se trouve également le monogramiûc grec de Panorme.
C'est en Sicile qu'ont été sûrement frappées (1) ^^ pièces de cuivre à la légende C- ALIO— BALA (2), qui t^' raissent du même persoimage que des deniers de la stU^ romaine, frappés peu après 104 av. Jo-C. (8). Mais ^^ monnayage de questeur provincial (car on ne saurait ^ parer ces pièces des monnaies questoriales de PalerfS^^ est nécessairement postérieur de plusieurs années à monnayage romain comme triumvir monétaire, et c' tort que souvent on les rapproche l'un de l'autre.
Sous César, ce n*est plus le questeur, mais le proprét^^ de Sicile qui signe le monnayage provincial de l'atelier ^ Panorme. Nous en avons la preuve par Tas à la lége
(1) MomroseD, M R, t. m, p. 240.
(2) Cohen, Af C. pi. XLVÎ, ^Ha, n« \.
(3) Cohen, M C, pi. I, jElia, n"" 3; Mommsen, M R, t. II, p. h^ 189.
ACILiti^ PROPRaetor(l), qui appartient au M. Acilia^ li goavema la Sicile (2) après avoir combattu dans la erre civile sous les ordres de César (3) . Des noms de ^préteurs de la même province, ayant exercé leur office kre 34 et 27 av. L-C, et de proconsuls de la période stérieure du règne d'Auguste, figurent encore dans la mismatique (4) ; mais ils se lisent sur des monnaies coiiales portant également les noms des duumvirs, auteurs l'émission monétaire. Leur nom ne figure donc plus jne pour dater, et celui des proconsuls est toujours à ^latif, cas dont l'emploi ne peut laisser aucun doute
cette intention.
Macédoine.
lAKEAONflN TAMIOT TAIOT HOnAlAIOT, ou simnent TAIOT TAMIOT. Bronzes de système grec (8). lAKEAONflN TAMIOT AETKEIOT 0OAKINNIOT.
nzes de système grec (6) . Ces deux questeurs doivent I attribués aux premiers temps de la réduction du pays )rovince, entre 146 et 126 environ av. J.-C. lAKEAONflN. LEGa^u^. Tétradrachme (7). Vers 120.
I Morell, Acilia, pi. lÂ; Capranesi, Bullei.derinst. Arek, 1834, p. 74; , p. 43.
I Cic. Ep. ad. fam. XIII, 30.
Caes. Bell. civ. Ul, 15, 16 et 39.
Borghesi, BtUlet. arch, Napol, 2* série, t. VI, p. 31 et s.
Eckhel, D N, t. II, p. 62 ; Bompois, Examen chronologique lonnaies frappées par la Communauié de$ Macédoniens^ pi. IV, 6* caté- , n- 1-7.
Bckhel, /. c. ; Bompois, pi. IV, 6* catégorie, u? 8.
Bompois. pi. II, 2* catégorie, n** 1 et 2.
J'ai déjà parlé plus haut de ces pièces (dans ce chapii^' § 8, 6) et montré que le legatus y est probablement '^ legatus pro quaestore.
CAE... PRactor. MAKEAONflN — AESILLAS, QmaU0^^ ou seulement MAKEAONflN — AESILLAS. Qmeslor. Téti — ^' drachmes et drachme (1). Un peu avant 89 av. J.-C.
MAKEAONflN — SVVRA. LEOalus, PRO- Quaestor^^^
Tétradrachmes (2). Frappés par Bruttius Sura, proque teur du préteur Sentius Satuminus, de 89 à 87 avo J.-( Sur la date de ces deux dernières séries de tétradrachmes^^ voy. plus haut, dans ce chapitre, § 3, 6.
HPAKAEOTl IflTHPOl GAIIflN. Tétradrachmedii^ type ordinaire de ceux de Thasos de la dernière époque (3) ;^ dans le champ, SVRa, les deux dernières lettres liées en^ monogramme (&). U faut encore reconnaître ici le nom ^ de Bruttius Sura.
BiTHYNIE ET PONT.
C'est seulement pour mémoire que nous rappelons ici les monnaies de cette province, où on lit en grec les noms des trois gouverneurs C. Papirius Carbo, entre 7ft et 72 av. J.-C; C. Cœcilîus Comutus, entre 69 et 65, et C. Vibius Pansa, entre 64 et 60 (5). Ce ne sont pas, en effet,
(1) Eckhel, D N, t. II, p. 61 ; Bompois, pi. V, ?• catégorie* n- I- 5 et 7.
(2) Mionnet, Suppl. t. m, p. 5, n<> 34 ; Bompois, pU Y, 7* catégorie, n«6.
(3) Sar ce type, Eckhel, D N, t. U, p. 5; Mionnet, t. I, p. 435, n« 30-39.
(4) P. Gardner, Num. chron, n. s. t. XVI. p. 302; Zeiitdw. f, Nwm. t. V, p. 130.
(5) Sestini, Lett, num, di eontinuatione, t. VII, p. 64 et s. .
dee monnaies émiser par ces magistrats, mais des monnaies de villes (1), où leurs noms figurent précédés de la préposition êm, qui fait de cette mention une simple date, « sous le gouvernement de N. »
Asie.
A2INIOT. ANOrnATOT. RflMAIflN. Monnaie de cuivre frappéeàAtamée(3). M. Waddington pense que Cn. Asinîus fiit proconsul vers 77 av. J.-C.
TVLLI. PROCOnSulis. Cistophore frappé à Tralles (3). Q. Tullius Cicero fut proconsul d'Asie de 6 1 à 88.
C FABI. M. Filii. PR0C0fiSu/i5. Cistophores frapj)és à Apamécy à Éphèse et à Tralles (4). C. Fabius fut proconsul en 58-57.
T. AMPl T. Ftïi't. PROCOnSulis. Cistophores frappés
(1) C. Papirius Carbo :
Amisos, Mionnet, t. U, p. 311, n° 81. ^ Âpamée, Mionnet, t. II, p. 412. — Nicée, Mionnet, t. H, p. 449 et s., d" 206-209. — Nicomédie, Mionnet, t. 11, p. 465 et s., n»* 298-302; Suppl. t. V, p. 166 ot 8.. n- 964-972. — Prusa. Mionnel, t. H, p. 479, n» 373.