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XLVI

les provinces, effroyablement opprimées par l’aristocratie romaine dans les derniers temps de la République. En même temps, on parait à une nécessité économique, en compensant, par ce développement des monnaies locales, l’insuffisance de la monnaie de cuivre d’Empire, dont la fabrication avait été remise au Sénat (voy. le § 8 de ce chapitre, et livre VII, chap. iv, § 1). Il n'y avait, en effet, pour toute l’immense étendue du monde romain, que deux hôtels des monnaies sénatoriaux, l’un à Rome et l’autre à Antioche (voy. dans ce livre, le § 8 du présent chapitre, et chap. iv, § 2). Ce n’était pas assez pour produire la masse de monnaie d’appoint de cuivre nécessaire aux besoins de la circulation journalière, des petites acquisitions de la vie quotidienne des millions d’hommes soumis au sceptre de l’empereur ; sans compter que les difficultés des communications et la cherté du transport de cette monnaie, essentiellement encombrante, n’eussent pas permis que de Rome et d’Antioche elle se répandît en grandes quantités jusqu’au fond des provinces les plus reculées. Le développement de ce monnayage municipal pour la circulation intérieure de chaque ville répondait donc à un véritable besoin, du moment que l’empereur ne s’était pas chargé de fournir lui-même la monnaie de cuivre à ses sujets, en la faisant frapper par son autorité dans des ate liers répartis entre les diverses régions.

Mais si la permission du monnayage municipal du cuivre se donnait ainsi avec une extrême facilité, elle ne constituait nulle part un droit existant par lui-même; elle résultait d’autorisations formelles, soumises à de nombreuses restrictions, à une réglementation sévère, et essentiellement révocables. Et sous ce rapport nous n’entrevoyons aucune différence entre la condition des villes

déclarées le plus solennellement libres et autonomes, et celle des villes qui ne jouissaient pas des mêmes privilèges. Tout ce que les premières y gagnaient, c’était de pouvoir écrire des titres ronflants de liberté dans les légendes de leurs monnaies municipales. Mais, au point de vue monétaire, il n’en résultait aucun droit réel. Chez les unes comme chez les autres, la suite des monnaies frappées sous les empereurs offre souvent de notables interruptions, révélant des périodes de suspension de la licence de monnayage, que les faits historiques connus par les écrivains et par les inscriptions ne suffisent pas toujours à expliquer. La condition de ville libre ne se traduit même pas par un développement plus grand du monnayage municipal ; il y a certaines cités dotées des privilèges les plus larges et commercialement importantes, comme Byzance et Khodes, dont la série monétaire au temps des empereurs est singulièrement pauvre à côté de celles de villes qui ne j ouissaient pas nominalement d’aussi beaux droits. Notons, du reste, pour achever de bien déterminer la nature des permissions de monnayage, lesquelles devaient être données par l’empereur directement ou en son nom par le gouverneur de la province (voy. ce qui sera dit dans le § suivant, au sujet des colonies), que pour beaucoup de villes elles n’ont été que temporaires et très-courtes. On ferait une longue liste des villes dont on ne possède de monnaies que sous un ou deux empereurs; mais, en général, ce sont des villes de second ou de troisième ordre.

Au reste, pour que la concession de semi-autonomie monétaire, ainsi accordée à l’administration municipale de tant de villes, ne fût pas trop étendue et trop significative pour en marquer l’origine, ainsi que les droits de la souveraineté impériale, une règle presque absolue imposait de

placer sur la face principale de la monnaie municipale de cuivre l’effigie et le nom de l’empereur ou d’un membre, de sa famille, et le nom et le type de la ville au revers. Bien peu de cités ont dû, comme Athènes, Chios et Massalie (1), au prestige qui s’attachait à leur nom et à leurs souvenirs, d’être admises à laisser aux monnaies de cuivre qu’elles frappaient une apparence pleinement autonome, n’y mettant que leur nom et leurs types, sans mention du prince qui régnait à Borne et qui les tenait réellement dans sa main.

Le nom vulgaire d’ Impériales grecques est, du reste, peu exact et ne correspond pas à la véritable nature de

(1) M. Mommsen (M R, t. III, p. 253) etM. Herzog {Galliae Narbonensis provinciae romanae historia, p. 164) croient que tout monnayage cessa à Massalie après la prise de cette ville par César, à cause de 1 absence de mention des empereurs sur les monnaies massaliotes. Mais ce fut seulement le droit de frapper une monnaie d’argent qu’elle perdit alors. Il est incontestable que la fabrication des espèces d’argent de Massalie se prolongea jusqu’à ce moment, et d’un autre côté la sérié monétaire massaliote se continue longtemps encore après la cessation du monnayage de l’argent, sous la forme de très-petites pièces de cuivre, dont quelquesunes, d’après tous les caractères de la fabrique et du style, appartiennent à une époque avancée de l’ère impériale (La Saussaye, Numism. de la Gaule Narbonnaise, Massilia , n°' 388-421, 423-431). Un exemplaire du n° 429 de M. de La Saussaye, sortant de dessous le coin, a été trouvé à Aix dans l’urne cinéraire d’un tombeau du ii” siècle de notre ère (Saint- Vincens, cité par La Saussaye, Numism. de la Gaule Narbonnaise, p. 88), et ce n’est pas la plus récente de ces pièces. Sans doute, le privilège dont jouissait ainsi Massalie était unique en Occident ; mais il n’y avait pas, non plus, dans cette moitié du monde romain, d’autre ville grecque qui eût conservé de même, malgré tous les droits que César lui avait enlevés, sa qualité de libre et même son autorité sur quelques autres villes (Strab. IV, p. 181), comme Athénopolis (Plin. H N, III, 4). AussiPomponius Mêla (II, 5), sous Claude, admirait-il qu’elle fût demeurée dans cette condition, et au vi* siècle Agathias (I, p. 12, éd. de Paris) disait qu’elle n’avait cessé d’être grecque que pour devenir barbare.

ces monnaies, qui, malgré la présence obligatoire de l’effigie du souverain, sont municipales et non impériales» Il importe d’insister sur ce point aujourd’hui qu’en France quelques numismatistes, trop peu érudits s’ils ont un. grand maniement pratique des médailles, prétendent, cédant à de mesquines considérations destinées à flatter des goûts de curieux ignorants (1), ramener la numismatique de deux siècles en arrière, reculer d’Eckliel à Vaillant, enlever la série des Impériales grecques de l’ordre géographique des villes pour la ranger sous la rubrique des empereurs. Les formules des légendes de ces pièces déterminent de la manière la plus précise leur vrai caractère (voy. liv. IV, chap. ii). Les noms des empereurs y sont toujours au nominatif, à l’accusatif, cas qui révèle une formule d’honneur, ou au datif, cas dénotant une dédicace, jamais au génitif, qui caractériserait la possession de la monnaie ; c’est, au contraire, le nom de la ville, ou plus souvent de son peuple, qui y est au génitif d’appartenance ; la monnaie est celle des habitants de la ville. Elle ne se frappe donc pas pour le prince et par son autorité, mais par la ville elle-même, pour son compte et sous sa propre garantie. Les agents du souverain donnent seulement la permission et conservent un contrôle. C’est à titre d’honneur, de marque de respect et de soumission, de reconnaissance de la souveraineté, que la tête de l’empereur y est gravée là où figurait dans les temps vraiment libres le buste de la divinité protectrice de la cité. Aussi cette effigie impériale s’échange-t-elle quelquefois à la même époque

(1) Même en me mettant au point de vue du pur curieux, je ne saurais comprendre cette tendance. Pourquoi ne serait- on pas aussi flatté de placer dans son médailler une ville rare qu’une tête impériale peu commune ?

contre la tête d’une divinité (1), à Cyzique, par exemple, contre celle de Coré Sotira, ou celle d’un génie protecteur, d’une personnification allégorique du peuple ou du Sénat, AHMOC, rePOYCIA, l£PA CYNKAHTOC- Je ne connais pas à ce point de vue de monnaie plus intéressante et plus instructive que les tétradraclimes frappés sous Auguste et sous Tibère à Byzance (2). Ils n’ont pas d’autre légende que d’un côté le nom du peuple au génitif, BYIANTIHN (monnaie) des Byzantins, de l’autre la mention du magistrat de la ville, EFri MATPOAHPOY HPOIENOY, sous (la magistrature de) M élrodore H éroxène; mais la face principale de la pièce offre la tête d’Auguste comme souverain, et le revers celle du roi deThrace Cotys Y. Celui-ci n’avait aucune autorité directe sur la ville grecque libre, couverte par le protectorat romain, mais il était puissant et bien vu à. la cour de l’empereur ; ses domaines touchaient au territoire de Byzance ; il y avait intérêt à le ménager, et la cité cherchait à capter sa

(1) Il y aurait un travail de la plus grande importance à faire, et qui n’a jamais encore été même ébauché par personne. Il consisterait à essayer de déterminer et de classer historiquement, d’après les indications du style et les jalons chronologiques précis que fournissent les noms de magistrats locaux existant simultanément sur des pièces de l’une et de l’autre espèce, les monnaies des villes grecques à l’apparence purement autonome qui sont contemporaines de celles aux effigies impériales. Le résultat d’un semblable travail établira qu’elles sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croit généralement et qu’on en a frappé pendant toute la durée de la période où l’on fabriquait les prétendues Impériales grecques. Cette étude réclame, du reste, une grande patience, une critique sévère et minutieuse, et beaucoup d’expérience pratique des monnaies anciennes. Je ne crois pas commettre une indiscrétion en disant que M. E. Muret la poursuit depuis plusieurs années avec zèle et persévérance. Ceux qui ont pu apprécier ce que sa modestie recèle de vraie science savent que personne n’est plus apte que lui à y réussir.

(2) Pellerin, Médailles de rois, pl. IV, n° 3; Eckhel, D N, t. II, p. 59 ; Mionnet, 1. 1, p. 449, nos 149 et 150.

bienveillance par cet hommage monétaire honorifique. Par contre, sur un autre tétradrachme de la même ville (1), frappé au temps de Tibère, nous voyons d’un côté la tête d’Auguste radiée avec la légende GE02 ZEBAZTOZ, de l’autre celle de Livie avec la légende OEA ZEBAZTH, et la mention de la cité n’a plus lieu que sous la forme abrégée BYZ, placée au-dessous de la tête de Livie.

Nous avons vu, du reste, plus haut (dans ce chapitre, §1,5), que la représentation de l’effigie royale sur les monnaies urbaines avait été l’une des conditions de l’autonomie monétaire restreinte accordée à beaucoup de villes de la Syrie par Antiochus IV. La présence de cette effigie, quoique la monnaie ne fût pas émise au nom du roi, était un hommage et une reconnaissance de sa souveraineté supérieure. C’est pour la même raison que Mithridate fit mettre sa tête sur les monnaies de la ville de Smyrne, quand il était maître de l’Ionie (2). Il est facile de citer encore un certain nombre d’autres exemples de même nature dans la numismatique grecque entre Alexandre et Auguste. Nous avons ainsi le tétradrachme de Lacédémone dont le droit offre une tête royale, qui est probablement celle d’Antigone Doson (3), hommage de soumission rendu au roi de Macédoine après sa victoire de Sellasie. Des pièces d’argent de Carystos d’Eubée portent une effigie encore indéterminée de roi (4) , peut-être celle d’ Attale Ier de Per-

(1) Cohen, MI, 1. 1, p. 107.

(2) Mionnet, t. III, p. 217, n° 1210.

(3) Bompois, Étude historique sur les portraits attribués à Cléomène III, Paris, 1870.

(4) Imhoof-Blumer, Zeitschr. f. Numism. t. III, p. 302 et s., pl. VIII, n" 9 et 10.

game. Les villes autonomes comprises dans les Etats que Marc-Antoine avait donnés à Cléopâtre, Ascalon (1), Béryte (2), Tripolis (3), placèrent alors sa tête sur leurs monnaies, et Ascalon mit également sur ses tétradrachmes autonomes celle de Ptolémée Césarion (-4). D’autres villes, qui n’étaient pas dans les Etats royaux de Cleopatre, mais qui faisaient partie des provinces laissées a Antoine par la paix de Brindes, rendirent à la reine d’Egypte l’hommage d’effigie monétaire pour flatter son amant ; ce fut le cas de Patræ d’Achaïe (3), de Damas (6) et d’ Arados (7); à Nicopolis de Cilicie, son image fut associée à celle du triumvir sur les monnaies municipales autonomes (8), comme aussi à Tripolis de Phénicie (9) et à Arados (10).

On voit que, en imposantl’ effigie impériale aumonnayage

(1) Saulcy, Rev num. 1874, p. 126; Feuardent, Rev. num. 1874, p. 184 et s.

(2) Feuardent, Égypte ancienne, Monnaies des rois , p. 128.

(3) Mionnet, t. V, p. 397, n° 401.

(4) Feuardent, Rev. num. 1874, p. 184 et s.

(5) Mionnet, t. VI, p. 605, n° 56 ; Feuardent, Égypte ancienne, Monnaies des rois, p. 127.

(6) Mionnet, t. V, p. 285, n°‘ 23-25.

(7) Mionnet, Suppl, t. VIII, p. 321, n° 408.

(8) Mionnet, t. II, p. 56, n°81.

(9) Mionnet, t. V, p. 397, n“ 402-403. — M. Bompois (Rev. numism. 1868, p. 96) voit, dans la tête de femme associée à celle d’Antoine sur les monnaies de Tripolis, Oclavie au lieu de Cléopâtre ; mais les dates des pièces ne permettent pas d’admettre cette attribution. Ce sont les années 23 de l’ère pompéienne de Syrie (42-41 av. J.-C.), antérieure au mariage d’Antoine et d’Octavie, puis 30 de la même ère (35-34 av. J.-C.), postérieure à la rupture entre le triumvir et sa femme. D’ailleurs, Tripolis appartenait à Cléopâtre, et celle-ci n’eût pas laissé mettre le portrait de sa rivale sur les monnaits d’une ville qui dépendait d’elle-même comme reine.

(10) Mionnet, Suppl, t. VIII, p. 321, n“ 409 et 410.

municipal de cuivre des villes grecques., on suivait une tradition hellénique dont les premiers exemples dataient du temps des successeurs d’Alexandre (1) ; seulement on en

ffj Get usage remontait môme à une époque antérieure, aux traditions de; l'empire des Achéménides. Du moins je demeure convaincu, et j’espère pouvoir prouver d’une manière absolue, dans le chapitre 1er du livre IV, que les effigies coiffées de la mitra persique, que l’on voit sur un certain nombre de monnaies de villes grecques de l’Asie Mineure, comme sur les espèces provinciales à la légende BAZIAEHZ ( monnaie ) du Roi par excellence, c’est-à-dire du Grand Roi (livre VI, chap. iv, § 2), effigies considérées habituellement dans les derniers travaux comme celles de satrapes (voy. principalement Brandis, p. 240 et s.; Barclay Head, Num. chron. n. s. t. XVI, p. 289), sont en réalité des portraits de rois de Perse, q,ui seuls possédaient le droit d’effigie dans leur empire. Ainsi je n’hésite pas à reconnaître, avec M. Waddington {Mélanges de numismatique, t. I, p. 96-100), la tête d’Artaxerxe Mnémon sur le droit d’un statère d'or de Lampsaque, sans légende royale, ayant au revers le type constant de la ville (Waddington, ouvr. cit. t. I, pl. VII, n» 3).

Un statère de Cyzique nous offre pour type, à titre d’honneur rendu, non à une autorité suzeraine, mais à des princes avec lesquels ils étaient en amicales et étroites relations de commerce et dont la bienveillance était nécessaire à leurs intérêts, l’effigie d’un des rois du Bosphore Gimmérien, coiffé de la tiare conique de feutre qui était leur coiffure caractéristique, et dont les débris existaient encore autour du crâne de celui de ces rois dont la sépulture fut découverte sous le tumulus du Koul-Oba, près de Kertch ( Antiquités du Bosphore Cimmérien , t. I, p. 17 et 19). Mais rien ne prouve que cette effigie ait été celle d’un roi vivant, que l’hommage ainsi rendu n’ait pas eu un caractère commémoratif, s’appliquant, par exemple, au fondateur de la dynastie des monarques bosporitains. Les gens de Lampsaque, qui avaient au fond du Pont-Euxin les mêmes intérêts commerciaux que ceux des Cyzicéniens et leur faisaient concurrence sur le marché de Panticapée, ont placé la même tête sur un de leurs statères d’or pur (Sestini, Descr. di stateri antichi, pl. IV, n° 3). L’image de Phanagoras, le fondateur légendaire de Phanagoria, est représentée coiffée de la même tiare conique sur les monnaies de cette ville (De Kœhne, Musée du prince Kotchouhey, t. I, p. 403). La tête du roi du Bosphore figurée sur les statères de Cyzique et de Lampsaque a donc le caractère d’une représentation héroïque plutôt que d’un hommage rendu à un prince de son vivant.

régularisait l’application en la rendant générale et constante. Au réste, dès avant l’établissement de l’Empire, les Romains avaient admis des applications de cet usage en l’honneur de leurs généraux ou des chefs de la République. Nous verrons dans le § 7 de ce chapitre qu’au moins à partir d’une certaine époque Yimperator ou le proconsul possédait le droit d’effigie monétaire dans l’étendue de son commandement, et qu’à ce droit se rattachait celui, conservé dans les deux provinces d’Asie et d’Afrique jusque sous Auguste, défaire placer son portrait sur les monnaies municipales des villes. Nombre de villes grecques ont décoré, entre Philippes et Actium, les monnaies qu’elles frappaient à leur propre nom, des portraits des triumvirs, soit de celui d’Antoine seul (t), comme maître de l’Orient, soit de son image associée à celle d’Octave et de Lépide (2) ou du seul Octave (3). Mais ce n’est pas seulement au triumvir sous la main duquel elles étaient placées et à ses collègues que les villes grecques rendaient cet hommage; leur flatterie envers lui allait plus loin, et il existe toute une numismatique des femmes d’Antoine parmi les monnaies municipales des cités grecques. En dehors des pièces à la tête de Cléopâtre, frappées jusqu’en Achaïe, dont nous venons de parler, nous trouvons celle de Fui vie sur une monnaie d’Eumenia de Phrygie, qui prit un moment le nom de Fulvia en l’honneur de cette ambitieuse mé-

(1) Alexandrie d’Égypte, Arados et Balanée ; la tête d’Antoine se trouve aussi sur les coloniales de Corinthe, Parium de Mysie et Zacynthe, ainsi que sur quelques monnaies du royaume du Pont, où elle est associée à celle du roi Pulémon.

(2) Ephèse.

(3) Thessalonique. — Une pièce d’Ephèse unit les effigies de Marc- Antoine, d’Octavie et d’Octave.

gère (1), et celle d’Octavie sur les monnaies de Pella et de Thessalonique de Macédoine (2). Il est vrai que l’introduction de ces deux dernières effigies a lieu d’une manière un peu détournée sur les monnaies grecques de villes; on donne les traits de l’une ou de l’autre de ces femmes du triumvir à des divinités protectrices. Le buste de Fulvie est muni des ailes de la Yictoire (3); la tête d’Octavie à Thessalonique est accompagnée d’inscriptions qui en font la déesse de la Liberté, EAEY0EPIA, ou la personnification de l’Institution des jeux publics, AHINOOEZIA. C’est ainsi que, sur les monnaies de coin romain, la tête de Livie n’apparaît que comme celle de la Piété, PIETAS, de la Justice, IVSTITIA, ou de la Santé, SALVS AVGVSTA (J), que Julie, fille d’Auguste, n’est représentée sur un denier romain que sans son nom et sous la forme d’une tête de Diane à qui l’on a donné ses traits (5). Chez les Grecs, du reste, où la première tête royale qui avait apparu sur la monnaie avait été celle d’Alexandre comme nouvel Héraclès, comme dieu et fils de Zeus, une certaine idée d’apothéose s’attachait à l’effigie monétaire. En plaçant celle de l’empereur là où, du temps de la pleine autonomie, elles

(1) Waddington, Rev. num. 1853, p. 248, pl. X, n° 5.

(2) Sur les portraits d’Octavie, voy. Bompois, Rev. num. 1868, p. 63- 101 ; De Witte, Gazette archéologique, 1875, p. 121-124.

(3) C’est encore sûrement la tête de Fulvie en Yictoire qu’il faut reconnaître sur les quinaires d’argent frappés à Lugdunum : De Witte, mém. cit. p. 123. Nous reviendrons un peu plus loin sur ces pièces.

(4) Cohen, Ml,t. I, p. 106.

(5) Cohen, M I, t. I,p. 1 il, Julie et Auguste. — Sa tête n’est franohement un portrait que sur les deniers où elle est associée, au revers d’Auguste, à celles de ses deux fils Caius et Lucius Césars.

mettaient celle de leur divinité protectrice, et où celle d’un dieu de l’Olympe seule la remplaçait encore quelquefois, les villes grecques faisaient acte de culte religieux envers la divinité impériale autant que d’hommage politique envers le souverain. Les deux notions étaient d’ailleurs inséparables pour les Grecs et en général pour les provinciaux, chez qui surtout s’était développée l’adoration de l’empereur vivant, la religion de l’autorité impériale, devenue comme une expression sensible du lien politique de l’Empire, un symbole de l’unité romaine (1).

La substitution, qui se produit quelquefois, comme nous l’avons déjà dit, au portrait de l’Empereur ou d’un membre de sa famille, de la tête d’une personnification allégorique (2) expliquée par les légendes CYNKAHTOC, l€PA CYNKAHTOC ou l£PAN CYNKAHTON, 0GON CYNKAHTON, est fort importante aussi pour bien déterminer à quel titre et avec quel caractère l’effigie impériale est placée sur les monnaies des villes grecques. Eckbel (3) a surabondamment démontré que cette personnification était celle du Sénat de Kome, auquel était réservé, dans les habitudes du langage administratif grec, le nom de cnJyxXïjToç, tandis que les sénats locaux des villes étaient appelés (3 ovl-h ou yepouo-ta. Sur une pièce de Synnada de Phrygie (4), on

(1) Voy. à ce sujet les excellentes remarques de M. Boissierj La religion romaine d’Auguste aux Anlonins, t. I, p. 173 et s.

(2) Le sexe de cette personnification varie. Le plus souvent, la tête es mâle et ju\énile, nue ou laurée ; mais quelquefois aussi c’est une tête de femme voilée (à Nysa de Carie, par exemple), parce que le nom de oûyxXïiToç était féminin en grec. Au reste, sur les différents types de représentation du Sénat romain personnifié, en numismatique, voy. Wilte, Rev. num. 1862, p. 106-111.

(3) D N, t. IV, p. 225.

(4) Eckhel, D N, t. III, p. 173 ; Mionnet, t. IV, p. 973.

voit d’un côté une tête juvénile avec l’inscription IGPAN CYNKAHTON, et de l’autre une figure en pied, vêtue de la toge, tenant une patère et un volumen, avee AHMOC PHMAinN -, sur une autre, d’attribution incertaine, mais qui n’est sûrement pas de Damas, comme l’a prétendu Liebe (1) en la publiant, d’un côté une tête virile jeune, accompagnée des mots AHMOC PGüMAKüN, de l’autre une femme assise, couronnée de lauriers et tenant un globe, plus la légende IGPA CYNKAHTOC. Sur une monnaie de la colonie de Corintbe (2), la tête masculine et voilée du Sénat a près d’elle l’inscription SENATVi PopuiloQme Romcono , comme sur d’autres ROM AE ET IMPERIO, avec la tête de Rome tourrelée (3). Les Crétois dédient une de leurs monnaies provinciales d’argent, frappée à Cydonîa (4), à l’empereur Tibère et au Sénat romain : TIBEPin KAI2API IEBAITH ETTI KOPi/viXtou AYïïOY -à Tibère César Auguste, sous (le proconsulat de) Cornélius Lupus, Tête de Tibère. — IYNKAHTjQ KPHTE2 au Sénat les Crétois , Tête barbue et voilée du Sénat. Enfin un grand bronze de Smyrne (5) a d’un côté les deux têtes affrontées de Livie et du Sénat personnifié, CCBACTH. CYNKAHTOC, de l’autre l’image de Tibère debout, vêtu de la toge, dans un temple, CCBACTOC TIBEPIOC-

Ces représentations du Sénat, s’ échangeant avec l’effigie impériale, ne se montrent sur les monnaies des villes que dans les provinces sénatoriales, en particulier dans la

(!) Gotha nunmaria, p. 330.

(2) Eckhel, D N, t. II, p. 238 ; Mionnet, t. II, p. 170, n° 170.

(3) Eckhel, l. c.; Mionnet, t. Il, p. 170 et s., n01 171-174.

(4) Eckhel, D N , t. II, p. 302 ; Mionnet, t. II, p. 2S8, n«* 2 et 3.

(5) Eckhel, D N , t. II, p. 517 ; Mionnet, t. III, p. 219, n° 1224.

province d’Asie. Elles y sont la marque de la part de souveraineté que le Sénat exerçait légalement, et au moins nominalement, sur ces provinces. Mais la souveraineté est alors inséparable de la divinité. La tête du Sénat n’est donc pas seulement celle d’une personnification allégorique du corps souverain, c’est celle d’un dieu, qui reçoit un culte public. Nous savons par Tacite (1 ) que le commune des villes de la province d’Asie avait élevé un temple au Sénat, en meme temps qu’a Tibère et à Livie, templum Tiberio matrique ejus ac Senatui, et les médailles nous apprennent que ce temple était situé à Smyrne (2). C’est pour cela que l’image du Sénat, figurée sur les monnaies, est fréquemment qualifiée de &eoç Huyy.7.r,roç . La même association intime des notions de souveraineté et de divinité est aussi celle qui s’attache à l’emploi de la tête de la déesse Rome, remplaçant également l’effigie de l’empereur sur un certain nombre de monnaies des villes grecques à l’époque qui nous occupe.

6. A mesure que l’on avance dans la durée de l’Empire, on voit le privilège monétaire des villes grecques diminuer (3), devenir illusoire et purement honorifique, se restreindre aux occasions de la célébration de ces jeux solennels qui tenaient une si grande place dans la vie du monde hellénique sous la domination romaine (voy. liv. IY, chap. iv). Sous Aurélien enfin, la fabrication de la série

(1) Ann. IV, p. 15 et 37.

(2) Eckhel, D N, t. II, p. 547.

(3) Les monnaies municipales grecques deviennent très-rares à partir de Gordien III et surtout de Gallien.

des Impériales grecques cesse complètement (1), aussi bien que celle des tétradrachmes de l’atelier d’ Antioche et des drachmes de celui de Césarée de Cappadoce, les deux seuls monnayages provinciaux des empereurs, avec celui d’Alexandrie, qui se fussent maintenus jusqu’à une époque aussi tardive. Sans qu’aucun écrivain de l’antiquité mentionne ce fait, nous voyons par les monuments monétaires eux-mêmes qu’à ce moment toutes les permissions de monnayage que conservaient encore certaines cités de l’Orient cessèrent, et qu’il n’y eut plus dès lors dans tout l’Empire que la monnaie officielle et uniforme, frappée d’après un système unique par le gouvernement et sous sa garantie, au nom et a la tete de 1 Empereur. Ce fut là certainement un des points principaux des grandes réformes monétaires d’Aurélien (voy. dans ce chapitre le g 8, et livre VII, cliap. iv, § 2). Alexandrie seule garda quelque temps encore sa fabrication monétaire distincte, qui lui fut définitivement enlevée par Dioclétien (2) ; à dater de la défaite du prétendant Achillée par ce dernier empereur, l’hôtel des monnaies d’Alexandrie cessa de frapper un numéraire spécial, et à légendes grecques, pour le service de la province d’Egypte; il devint un des ateliers de la monnaie commune d’Empire, à légendes

latines. .

L’extinction graduelle, puis la suppression définitive du monnayage municipal de cuivre des villes grecques coïncidèrent avec la grande crise monétaire qui, dans le

(1) Eckhel , D IV, t. IV, p. 500; t. VII, p. 475 ; Mommsen, M R, t. III, p. 340; F. Lenormant, Organisation de la monnaie dans l antiquité, p. 25.

(2) Eckhel, DN, t. VIII, p. 41, Mommsen ,M R, t.III, p. 341 ; Feuardent, Égypte ancienne, Domination romaine, p. 285 et s.

IIIe siècle, sévissait avec une si effroyable intensité dans tout l’Empire. Les dernières émissions des villes avaient suivi, pour ce qui est du titre du métal, l’altération progressive du numéraire de cuivre émis à Kome par l’autorité du Sénat (1) (sur cette altération, voy. livre II, chap. i, § 2; livre VII, chap. iv, § 2); mais elle n’était rien à côté de celle du numéraire de billon donné par l’Empereur pour de l’argent. Il en était résulté, même en Occident, qu’au lieu de rester un numéraire d’appoint, en grande partie conventionnel, la monnaie de cuivre était devenue celle que l’on recherchait et prisait le plus, à cause de sa valeur intrinsèque (voy. livre II, chap. i, § 1). A plus forte raison en était-il ainsi dans EOrient, où la masse principale des monnaies municipales de cuivre, fabriquées depuis deux siècles par les villes et restant en circulation, se composait de pièces de fort module, dont chacune contenait un poids considérable d’excellent métal. Les conditions de la circulation de ces monnaies s’étaient ainsi trouvées complètement changées par la force des choses, dans le cours du me siècle, depuis l’ouverture de la crise économique et financière. Créées pour n’avoir de cours légal que dans le territoire de la ville qui les frappait et avec une valeur nominale bien supérieure à leur valeur intrinsèque (2), elles étaient devenues par le fait

(1) Mommsen, M R , t. III, p. 352, qui s’appuie sur une analyse de Phillips.

(2) Les monnaies de cuivre de Chios, à l’époque impériale, portant une légende qui leur assigne une valeur de trois as (Eckhel, D N, t. II, p. 56o), commencent par peser environ 18 gr., ce qui est très-près de 3/4 d’once de la livre romaine, poids normal de trois as impériaux ; mais ensuite elles descendent jusqu’aux environs de 6 gr. (Cavedoni, Numism. bibl.\>. 117).

une marchandise métallique préférée dans les échanges au numéraire officiel de l’empire. Acceptées par le commerce pour la valeur de métal qu’elles contenaient, on les réunissait en grand nombre, sans plus s’inquiéter de leur provenance et de la marque qu’elles portaient, en bourses, folles, faisant un certain poids de cuivre métallique qui, pour le commerce, représentait une valeur déterminée (1). Dans de telles conditions, ces monnaies devaient bientôt sortir de l’Orient pour entrer, au même titre de marchandise métallique, dans le commerce de l’Occident et s’y mêler aux monnaies de cuivre d’Empire, frappées dans les ateliers du Sénat. Le fait ainsi consommé par la force invincible des choses et des lois économiques en vint même à appeler une consécration officielle, cc II est probable, dit « M. Mommsen (2), que les empereurs du IIIe siècle ont a peu à peu admis comme monnaie de l’empire toutes les « monnaies locales d’argent et de cuivre, parce qu’ils « trouvaient dans ces monnaies, d un titre relativement a bon, une ressource précieuse dans la détresse toujours cc croissante de la monnaie de l’Empire. Il résulta de ces « expédients précaires, qu’ils détruisirent la monnaie des « provinces sans améliorer celle de l’Empire. Ces mesures « ne s’arrêtèrent pas aux dernières émissions, mais elles cc s’appliquèrent aussi à toutes les monnaies qui existaient « dans la circulation et devinrent de plus en plus géné- « raies. Le grand nombre de pièces de billon et de cuivre

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 308. Voy. dans le Num. chron. t. VU, p. 60, la description d’un trésor, trouvé à Mitylène, de 400 pièces de bronze de la série des Impériales grecques, appartenant à un grand nombre de villes différentes.

(2) M R, t. III, p. 352 et s.

« de Syrie et d’Égypte que nous trouvons aux bords du « Ehin, aux lieux où stationnaient les légions, prouve « bien que, à la fin du m* siècle, les monnaies provinciales « de l’Orient avaient été acceptées dans tout l’empire. » Quand Aurélien établit son système de centralisation monétaire, transformant en ateliers de la monnaie unique de l’Empire les anciens ateliers provinciaux, il n’eut pas à démonétiser les anciennes monnaies locales, confondues dans la circulation générale du monde romain. Dès avant lui, on peut constater en Syrie des faits qui marquent de premiers essais pour assimiler les monnaies provinciales, que l’on frappait encore, aux monnaies générales d’Empire et pour mettre la main sur le monnayage local, en donnant à ses produits le même cours qu’à ceux qui étaient jusqu’alors exclusivement sortis des ateliers sénatoriaux de Eome et d’Antioche. Quand l’empereur Philippe fit inscrire sur les tétradrachmes provinciaux frappés à Antioche les mots MONeta VRBfca (1), ce fut pour les assimiler aux pièces de coin proprement romain et pour leur donner cours dans tout l’Empire avec une valeur que nous ne saurions aujourd’hui déterminer (2). Les lettres SC ont été inscrites sur les monnaies de cuivre de Damas au temps de Trajan Dèce et d’Émilien (3), sur celles de Philippopolis d’Arabie au temps de Philippe (4). Les ateliers

(1) Mionnet, t. V, p. 184, n°’ 286 et 286.

(2) Avec la dépréciation que le denier avaitdéjàsubiesous Philippe (voy . livre VIL chap. iv, § 2), ce cours était évidemment bien supérieur à celo de 3 deniers, auquel les tétradrachmes provinciaux d’Antioche avaient été tarifés dans le début de leur fabrication (livre VII, chap. iv, § 4).

(3) Eckhel, D N, t. IV, p. 498 ; Mionnet, t. V, p. 297, n° 93 ; Suppl. t. VIH, p. 203, n° 46.

(4) Mionnet, 1. 1, p. 419, n°' 369-361 ; t. V, p. 689, n° 60.

municipaux de ces villes étaient ainsi transformés en ateliers sénatoriaux de l’Empire , et les pièces qui en sortaient avaient par là cours légal dans toute la romanité.

7. Dans tout ce qui précède, je n’ai parlé que de l’Orient. C’est, en effet, principalement dans les contrées helléniques et orientales que nous suivons ici les vicissitudes du droit monétaire sous la domination romaine, et ce n’est, d’ailleurs, que dans cette moitié de l’Empire que nous trouvons un grand développement de monnayage provincial et local. En Occident, les faits de ce genre sont fort restreints et prennent fin de très-bonne heure, sous les premiers empereurs. Il sera donc facile de les embrasser d’un coup d’œil rapide, comme une sorte de .supplément à l’étude que nous venons de poursuivre dans les provinces ' orientales.

Il n’y a d’abord pas en Occident de monnayage d’argent provincial distinct de la monnaie générale de l’Empire, et il ne pouvait pas y en avoir, d’après la règle, signalée déjà plus haut (dans ce chapitre, § 3, I), que, dès le temps de la Eépublique, Eome ne toléra pas en Occident, de la part de ses sujets ou de ses vassaux, la fabrication de monnaies d’argent d’un autre système que celui du denier. Les espèces de ce métal frappées dans certaines provinces d’Occident pour des occasions particulières et des besoins déterminés, celles qui portent le plus manifestement dans leurs types la marque de leur origine provinciale, comme les deniers à la tête d’Auguste et au nom du légat P. Carisius (I), frappés en Espagne au cours de la

(1) Eckhel, D N, t. V, p. 16 i ; t. VI, p. 92 ; Cohen, M C, pl. X et XI, Carisia, n°’ 10-19.

guerre contre les Cantabres et en commémoration de la fondation d’Emerita (25 av. J.-C.), ne se distinguent en rien de, la monnaie d’Empire; elles y appartiennent, et elles avaient cours légal partout, au même titre que les pièces sorties de l’atelier de Rome. La monnaie d’or et d argent, administrée et réglée par l’Empereur, ne se frappait pas, du reste, exclusivement dans la capitale, comme la monnaie sénatoriale de cuivre ; il y avait un certain nombre d’ateliers impériaux pour l’or et pour l’argent répartis dans les provinces occidentales (voy. dans ce livre,' chap. IV, | 2) ; mais ces ateliers provinciaux n y frappaient pas, comme en Orient, des monnaies dune nature particulière, à la circulation limitée dans une certaine circonscription territoriale ; ce qu’ils produisaient, c étaient

des espèces delà monnaie d’empire.

Au contraire, pour le cuivre, Auguste a fait fabriquer en Afrique, en Mauritanie, en Gaule et peut-être en Espagne, des émissions assez abondantes de monnaies impériales, destinées à n’avoir de cours légal que dans les provinces où elles étaient frappées. En abandonnant au Sénat la monnaie d’Empire de ce métal (voy. dans ce chapitre,

§ 8, et livre VII, chap. IV, | 4), il paraît ne lui avoir assuré d’abord pour ses espèces le monopole absolu de la circulation que dans l’Italie. Les premières émissions sénatoriales, quelque abondantes qu’elles fussent, ne pouvaient suffire à fournir de monnaie d’appoint tout 1 Occident; il était impossible qu’il n’y eût pas une période de transition, pendant laquelle on suppléât à 1 insuffisance de ces émissions de Rome au moyen de monnaies de cuivre provinciales et locales, dans les pays occidentaux situes hors de l’Italie. C’est ce qui arriva, en effet; mais les mesures qui avaient permis et organisé ce monnayage étaient

si bien en principe purement transitoires, qu’au fur et à mesure des progrès de la diffusion du numéraire sénatorial, dès qu’il y en eut assez dans les provinces pour les besoins de la circulation, l’on mit fin à toutes les fabrications provinciales et locales. A partir de Néron, toutes avaient cessé, et il n’y avait plus dans l’Occident que la monnaie d’Empire, en cuivre aussi bien qu’en or et en argent.

Les monnaies provinciales de cuivre, du temps d’Auguste et des premiers empereurs, se distinguent dès le premier coup d’œil des monnaies d’Empire par l’absence des lettres SC, indicatives de l’intervention du Sénat dans la fabrication du numéraire de ce métal, lettres dont la présence était nécessaire pour donner aux espèces de cuivre cours légal dans toute l’étendue du territoire romain. C’est d’après leur fabrique, leurs types et les lieux où on les découvre constamment que l’on parvient aies attribuer à telle ou telle province.

En Sicile, il n’y a pas de monnaie provinciale à partir de la fin des guerres civiles. Le monnayage des gouverneurs romains et de leurs questeurs dans l’atelier de Panorme (dans ce chapitre, § 3, S) ne se continue pas sous Auguste. Les noms des propréteurs et proconsuls de Sicile, contemporains de ce prince, que l’on a pu relever sur les monuments numismatiques (1), ne se lisent pas suides espèces provinciales, mais sur des monnaies municipales de colonies (voy. le § suivant), seul monnayage local que connaisse encore la Sicile au temps d’Auguste. Dans la Sardaigne, il faudrait admettre un monnayage provincial sous ce prince, si l’on s’attachait à l’opinion d’Eckhel,

(I) Borghesi, Bullet. arch. Napol. nouv. sér. t. VI, p. 31 et s.

assez généralement adoptée par les numismatistes, d’après laquelle c’est de son temps qu'auraient été frappées les pièces de cuivre portant d’un côté la tête et le nom du dieu SARDVS PATER, de l’autre la tête et le nom de M ATI VS BALBVS PRaefor, grand-père d’Auguste (1). Mais il n’y a réellement aucune raison déterminante pour croire ces pièces commémoratives et pour ne pas les regarder comme frappées par le personnage lui-même, pendant sa prétnre, c’est-à-dire dans les derniers temps de la République.

Il existe certainement des monnaies provinciales d’Espagne, sous les premiers empereurs, en dehors du monnayage local des colonies et des municipes de ce pays ; mais elles n’ont pas encore été suffisamment étudiées jusqu’ici (2). En revanche, M. L. Müller (3) a parfaitement déterminé celles de la province d’Afrique. Elles paraissent avoir été frappées dans l’atelier d’IIadrumète, bien qu’elles ne mentionnent aucune ville. Toutes sont du temps d’Auguste ; les unes ont sa tête et son nom (4), d’autres l’effigie et le nom d’Africanus Fabius Maximus, proconsul d’Afrique eu 5 av. J.-C., avec aussi le nom de

(1) Eckhel, D N, t. I, p. 271; t. V, p. 145; Cohen, M C, pl. XLVII1, Alia ; Spano, Bullet. arch. Sardo, 1. 1, p. 9 et s.

(2) On doit attribuer sûrement le caractère de monnaie provinciale d'Espagne au grand bronze de Tibère décrit dans Cohen M I, t. I, p. 122, n° 36, ainsi qu’aux moyens bronzes de Caligula décrits dans le même ouvrage, t. I, p. 130, nos 28 et 29. Les bronzes de Aloïs Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. 429, pl. LXV, Monnayages espagnols-latins, n°‘ 1-3, donnés souvent à Carthagène ou à Sagonte, sont des monnaies provinciales de l’Emperèur, frappées dans le nord-ouest de l’Espagne pendant la guerre d’Auguste contre les Cantabres.

(3) Numism. de l'anc, Afrique , t. II, p. 61 et s.

(4) L. Millier, t. II, p. 62.

son Q uaestor PRO PRaetore , C. Livineius Gallus (1), d’autres enfin l’effigie de l’empereur avec les noms de Cn. Calpurnius Piso (2), proconsul en 1 av. J.-C., et de L. Passienus Rufus (â), proconsul en 3 ap. J.-C. Dans la Mauritanie, pendant l’intervalle entre la mort de Bocchus III (33 ans av. J.-C.) et le relèvement du trône de ce pays par Auguste en faveur de Juba II (25 av. J.-C.), on fabriqua une monnaie provinciale de cuivre au nom de l’empereur (4).

Mais le plus important de ces monnayages impériaux de cuivre, fabriqués en dehors de toute intervention du Sénat pour une circulation restreinte dans de certaines limites territoriales, fut celui qui eut pour siège Lugdunum, après l’organisation des trois provinces de la Gaule par Auguste. Tout le monde connaît les bronzes de différents modules aux effigies d’Auguste, Tibère, Caligula, Claude et Néron, qui offrent au revers l’image de l’autel de Rome et d’Auguste, élevé au confluent du Rhône et de la Saône, et ne portent jamais les lettres SC (5). Ce sont, comme l’a déjà reconnu M. Mommsen (6), des monnaies destinées à circuler exclusivement dans les trois Gaules,

(1) L. Muller, t. Il, p. 61.

(2) L. Millier, Suppl, p. 44.

(3) L. Muller, Suppl, p. 43.

(4) L. Müller, t. III, p. 101 ; Suppl, p. 73.

(5) Eckhel, D N, t. VI, p. 134 et s. ; Artaud, Discours sur les médailles d’Auguste et de Tibère au revers de l’autel de Lyon, Lyon, ^820 ; Duchalais, Descr. des méd. gauloises de la Bill, royale, p. 141 et s.; Cohen, M I, 1. 1, p. 71, n“ 273-275; p. 123, n" 39-46 ; p. 165, nM 84 et 85 ; p. 204. n° 241.

(6) M R, t. m, p. 268 et s.

dont les députés se réunissaient à l’autel de Lugdunum. Leur caractère purement provincial (voy. déjà plus haut, livre I, chap. i, § 1 , S) ne ressort pas seulement de l’absence de la marque du Sénat, mais surtout des nombreuses contremarques empreintes sur le plus grand nombre de leurs exemplaires, contremarques qui fournissent un ample et précieux sujet d’études (voy. livre IY, chap. v, § 1). Quelques-unes ont une origine militaire ; elles ont été marquées, pour donner une valeur exceptionnelle et temporaire aux pièces, par les généraux des armées de Germanie ou par les chefs des différentes révoltes qui éclatèrent en Gaule dans le cours du Ier siècle de notre ère ; nous les laisserons de côté pour le moment. Mais il importe de signaler ici celles qui ont eu pour destination évidente de donner cours à ces monnaies en dehors des trois Gaules. Les unes assimilent ce numéraire provincial à la monnaie d’Empire ; ce sont celles où on lit IM P erator ou AVGustus, les lettres plus ou moins réunies par des ligatures, ou bien les deux mots ensemble \MPerator AVGustus, PROB atum, BONwm, Nero Caesar Augustus PR obavit (1), contremarque appliquée aussi sur de nombreuses monnaies de cuivre de coin romain et qui se rapporte aux modifications apportées par Néron dans le cours des monnaies, S enatus Populus - Que R omanus ou S enalus PopulusGue, contremarque de l’interrègne républicain qui suivit la mort de Néron (2); elle a été également frappée sur un bon nombre de pièces de coin romain des cet empereur (3). D’autres sont desti-

(1) Borghesi, Oss. num. déc. III, 8; cf. Cavedoni, Rev. num. 1861, p. 481.

(2) Voy. D. deBlacas, Rev. num. 1862, p. 197 et s.

(3) De Sanlcy, Mélanyes de numismatique , 187S,,p. 186.

nées à donner cours aux pièces seulement dans une province autre que celles de leur origine, probablement dans la Narbonnaise, où on les rencontre souvent; sous la forme PP ou quelquefois nn, elles constatent le permissus proconsulis qui autorisait cette circulation. Enfin, il en est qui ont seulement pour but d’ouvrir à ces monnaies, par une décision de l’autorité municipale, le territoire d’une colonie : telle est celle où on lit D ecurionum D ecrelo. Elle est particulièrement fréquente et paraît avoir été apposée dans la colonie de Vienne, dont le vaste territoire était si voisin de Lugdunum, mais appartenait à la Narbonnaise. Toutes ces contremarques prouvent que les bronzes au type de l’autel de Lugdunum n’étaient pas une monnaie d’Empire et ne pouvaient circuler légalement en dehors des trois Gaules qu’ après avoir reçu une estampille de ce genre. Quand on eut cessé de les émettre, sous Néron, ils ne furent pas démonétisés, et même ceux qui n’avaient été frappés d’aucune contremarque continuèrent à circuler dans les Gaules sur le même pied que la monnaie de cuivre d’Empire. Les dépôts de monnaies antiques que l’on trouve dans notre sol français, et où ces pièces sont mêlées aux bronzes des empereurs plus récents, sont là pour le prouver (1).

Le monnayage au type de l’autel de Lugdunum a pour ses débuts une date certaine, celle de la dédicace même de cet autel en l’an 10 av. J. -G. (2). Auparavant, la ville de Lugdunum n’était pas seulement le siège d’un mon-

(1) Il existe un très-grand nombre de contrefaçons barbares des bronzes au type de l’autel de Lugdunum, fabriquées par les indigènes dans les parties reculées du nord et de l’ouest des Gaules.

(2) Sueton. Claud. 2.

nayage colonial dont il sera question un peu plus loin (dans ce chapitre, § S, 2), mais aussi déjà d’un monnayage provincial sans nom de ville. Nous y distinguons deux groupes : le premier, qui se place historiquement de 40 à 27 av. J.-C. , se compose des grands bronzes, très-ressemblants à ceux des colonies de Lugdunum et de Vienne, ayant au revers une proue de navire sans inscription, et au droit la tête de Jules César avec la légende D ivus IVLIVS, ou bien celle d’Octave, tantôt avec la légende CAESAR, tantôt sans aucune légende (1) ; le second, nécessairement postérieur à Tan 27 et au titre d’Auguste décerné à Octave (2) , est constitué par les petits bronzes ayant d’un côté la tête de l’empereur avec IMP CAESAR, de l’autre AVGVSTVS DIVI F avec un taureau cornupète, type des plus petites monnaies de cuivre de la Colonia Copia Lugdunum (3), ainsi que par ceux qui, avec IMP CAESAR du

(1) Duchalais, Méd. gauloises de la Biblioth. Royale, p. 140; Cohen, M I, t. I, p. 13, n° 50, et p. 72, n° 285.

Les pièces décrites dans Cohen, M I, t.I, p. 16, n° 5, etp. 70, n° 265, gravées dans Saulcy, Système monétaire de la République romaine à l’époque de Jules César (Paris, 1873), pl. Vit, n0’ 5 et 6, sont les monuments d’un monnayage provincial d’Octave dans la Narbonnaise, contemporain et parallèle. On les a souvent attribuées à l’Espagne; mais elles ne s’y rencontrent jamais, tandis qu’elles se trouvent toujours dans le midi de la Gaule (Saulcy, mém. cit. p. 26), où par conséquent elles ont dû être frappées.

(2) Au moment où Octave reçut ce titre, le monnayage du cuivre, interrompu à Rome depuis Svlla, n’y avait pas encore repris (voy. Mommsen, M R, t. III, p. 8). Lanouvelle appellation qui venait d’être décernée au maître de l’empire fut relatée sur un certain nombre d’émissions de monnaies de bronze, faites en son nom dans diverses provinces : voy. Cohen, M I, t. I, p. 69, n° 260 (pièce frappée en Syrie).

(3) Mionnet, Suppl, t. I, p. 148, n° 132. — Cette rarissime monnaie, qu’on n’avait pas revue depuis Panel, se trouve dans le cabinet de M. Etienne Récamier.

Le même taureau cornupète est le type du revers d’aurei et de de-

côté de la tête, ont au revers AVGVSTVS et un aigle éployé (1).

8. Pour ce qui est des monnaies locales dans l’Occident sous l’empire, en Sicile tout monnayage municipal des villes grecques cesse avec Auguste (2) ; on ne frappe plus, et pour bien peu de temps encore, d’espèces de ce genre que dans les colonies romaines. Pourtant l’île de Mélite, qui dépendait de la province de Sicile, nous offre encore des pièces de cuivre autonomes (3), sans effigie impériale, ayant d’un côté la légende grecque MEAITAIHN, de l’autre le nom en latin de C ARRVNTANIVS BALBms PROPRaefor, qui exerçait sa charge dans les premières années d’Auguste (4). En Numidie et en Mauritanie, les monnayages municipaux des villes cessent avec l’extinction des monarchies indigènes et l’établissement du régime provincial romain. Quelques colonies continuent seules à avoir leur monnaie propre, et en Espagne aussi nous ne retrouvons plus sous les premiers empereurs que des monnayages de colonies et de municipes de citoyens ro-

niers d’Auguste, qui ont été certainement frappés dans l’atelier impérial deLugdunum et portent les dates IM P Xel IM P XII (Cohen, M I, p. 55- 57, n01 116-121 et 137-142). Ces dates sont celles de 12 et 10 av. J.-C. , et c’est précisément en l’an 12 que Drusus tint la première assemblée des délégués de la Gaule pour le culte de Rome et d’Auguste à Lugdunum (Dio Cass. LXI, 32), avant que l’autel monumental fût encore achevé et dédié.

(1) Cohen, MI, t. I, p. 70, n°261.

(2) Eckhel, D N, 1. 1, p. 185.

(3) Eckhel, D N, t. I, p. 269.

(4) Borghesi, Bull. arch. Napol. nouv. sér. t. VI, p. 32.

mains (1). Dans la G-aule Narbonnaise, la ville libre et autonome de Massalie présente, comme nous l’avons déjà remarqué tout à l'heure, une exception unique, et continue jusque dans le IIe siècle la fabrication de ses petits quadrans où rien ne mentionne, pas plus que dans le monnayage d’Athènes, la suprématie impériale.

La province sénatoriale d’Afrique est la seule, en Occident, à nous offrir, au début de l’empire, un développement de monnayage municipal de villes libres, comparable à celui qui existait en Orient. A la suite de la ruine de Carthage, on avait accordé une large part d’autonomie aux cités du littoral de cette province, comprenant les territoires qui furent plus tard ceux de la Syrtique, de la Byzacène et de la Zeugitane. Elles en avaient profité pour exercer largement le droit monétaire que Carthage, au temps de sa suprématie, leur avait toujours dénié. Ce droit, du reste, elles ne l’avaient que pour le cuivre, sauf Leptis Magna, qui a frappé, vers le temps des guerres civiles, une pièce d’argent du poids du denier (2). Leurs émissions municipales de cuivre se continuèrent avec abondance pendant le règne d’Auguste, soumises seulement, comme celui des villes grecques, à l’obligation d’y placer l’effigie impériale. Les légendes y sont le plus souvent

(1) Seule une des Baléares, peut-être Minorque, dépendance de la province d’Espagne dans les mêmes conditions que Mélite de celle de Sicile, a eu un monnayage indigène sous Tibère, Caligula et Claude, avec la double légende DW3.1N en caractères néo-puniques et IN Su/a A VG usta en latin (Aloïs Heiss, Monn. ant. d’Espagne, p. 422, pl. LXIV, n°* 23- 26;. Le fait est d’autant plus remarquable qu’aucun des monnayages des colonies ou des municipes d’Espagne ne descend jusqu’au règne de Claude.

(2) L. Muller, Numism. de l’ane. Afrique, t. II, p. S, n° 13.

dans la langue du pays et en écriture néo-punique (voy. livre V, chap. m, § 2) ; quelques villes ont adopté le latin. Une pièce de G-ergis ou plutôt de Cercina mentionne la permission proconsulaire qui était nécessaire pour ce monnayage, PERM/mt L VOLVS1 PROCOnSwfe (1), et nous fournit par là un renseignement légal de la plus haute valeur, dont l’indication est unique sur les monnaies de cette classe. Pourtant, ainsi que l’a admis Cavedoni (2), il faut interpréter comme se rapportant à l’octroi de cette permission rinscription des noms des proconsuls au nominatif sur ces monnaies municipales de villes libres ; c’est ainsi que nous lisons celui de P. Quinctilius Yarus (proconsul en 7 av. J.-C.) sur des pièces d’Achulla (3) et d’Hadrumète (4), celui de L. Yolusius Saturninus (proconsul en 6av. J.-C.) dans les mêmes villes (5), et celui d’Africanus Fabius Maximus (proconsul en 5 av. J.-C.) dans la numismatique d’Hadrumète (6). Déjà sous la République, le nom de P. Sextilius, propréteur en 94 av. J.-C., avait été inscrit de même sur des pièces de cette dernière ville (7). La mention du proconsul est le plus souvent accompagnée de son effigie, fait sur lequel nous reviendrons dans le § 7 de ce chapitre.

Le monnayage municipal des villes libres de la province d’Afrique nous offre quelques exemples d’associations de

(1) L. Müller, t. II, p. 35.

(2) Bull. arch. Italiano, 1862, p. 176.

(3) L. Müller, t. II, p. 44.

(4) L. Müller, t. II, p. 52.

(5) L. Müller, t. II, p. 44 et 52.

(5) L. Müller, t. II, p. 52.

(7) L. Müller, t. II, p. 51.

quelques villes voisines pour la fabrication d’espèces communes, par exemple celles d’Œa, Zitha et Zuchis (1), d’Œa, Macaræa et Bilan (2), de Macaræa et Bilan (3). Les exemples, on le voit, sont limités à la Syrtique.

Dans toutes les villes, ce monnayage cesse pendant le règne de Tibère, qui paraît avoir révoqué toutes les permissions par une mesure générale. Mais la numismatique d’Hippo Diarrhytus nous offre une bien singulière anomalie. Interrompue sous Tibère avec celle des autres villes (4), sa monnaie municipale reparaît tout à coup sous Albin (S), quand depuis bien longtemps on ne frappait plus aucune monnaie analogue en Occident, et se continue sous Macrin et Diaduménien (6), avec la vieille légende HIPPONE LIBERA, dans laquelle la ville proclame sa condition de liberté (7) . Il est singulier que, en accordant à une ville d’Afrique une dérogation à toutes les règles administratives admises de son temps en matière monétaire, Albin ait gratifié Hippo Diarrhytus d’une telle faveur au lieu de

( 1 ) L. Müller, t. II, p. 20.

(2) L. Müller, t. II, p. 23.

(3) L. Müller, t. II, p. 27.

(4) L. Müller, t. II, p. 167.

(5) L. Müller, t. II, p. 168.

(6) L. Müller, t. II, p. 170.

(7) Cette légende soulève un problème jusqu’à présent insoluble. La ville s’y qualiüe de « libre », et pourtant Pline le Jeune ( Epist . IX, 33, 1) la traite de colonie, ce qu’elle n’était pas encore au temps de Pline 1 Ancien ( H N, Y, 4). Zumpt ( Comment . epigr. p. 407) a pensé qu’elle 1 était devenue dans l’intervalle; mais cette conjecture paraît démentie par les monnaies du temps d’AIbin et de Macrin, où la ville est toujours Htppo libéra. Faut-il donc admettre, avec Mannert, que Pline le Jeune s’est purement et simplement trompé?

la réserver à Hadrumète, sa patrie. Mais on rencontre de temps à autre en numismatique des anomalies de ce genre, qu’il est impossible d’expliquer (1). Il faut laisser

aux découvertes de l’avenir la tâche de nous les interpréter.

9. Nous ne saurions terminer ce § sans dire un mot du droit monétaire des rois vassaux des empereurs, comme nous avons parlé (g 3, 2 et 3) de celui des rois dépendants de la République. Le monnayage de ces rois a quelque importance, et nous l’ étudierons en detail dans le livie VII, chap. iv, | o. Son étendue et sa plénitude varient suivant les pays ; on y observe des restrictions assez nombreuses et assez peu uniformes pour établir d’une manière incontestable qu’il n’y avait pas un droit absolu tenant à la qualité royale, mais qu’au contraire la faculté de battre monnaie, pour les rois vassaux, dépendait d’une autorisation de l’empereur suzerain, autorisation que celui-ci réglementait à sa guise et rendait plus ou moins large suivant les circonstances.

(1) Une anomalie bien singulière, en ce qui touche au monnayage des provinces, est encore l’apparition sous Philippe, au moment meme ou nous avons constaté les premières marques significatives de la tendance à centraliser la fabrication monétaire et à supprimer le numéraire provincial pour ne plus laisser subsister que le numéraire commun d’Empire l’apparition à ce moment d’une monnaie provinciale de cuivre propre à la Dacie, PROVINCIA DAC1A, et ne portant pas les lettres SC (Eckhel, D N, t. II, p. b et s.; Mionnet, t. I, p. 330 et s.). Les pièces provinciales’ de la Dacie appartiennent aux règnes de Philippe, d’Hostilien et d’Emilien ; elles portent des dates d’une ère particulière dont le point de départ est l’an mil de Rome, 218 de l’ère chrétienne (Eckhel, D N, t. II, p. 9 et s.).

Les rois de Thrace, dont le monnayage s’étend jusqu’au principat de Claude (1), les rois, ethnarques ettétrarques juifs de la famille d’Hérode (2) , dont le dernier cessa de régner sous Domitien, les rois de Commagène, détrônés parVespasien (3), les dynastes d’Olba en Cilicie, dont la numismatique cesse sous Claude (4), n’ont jamais été admis qu’au droit de fabriquer des monnaies de cuivre (5), non plus que Pbilopator, qui, succédant à Tarcondimotus, eut le titre de roi dans la Cilicie supérieure, sous Auguste (6), et

(1) Cary, Histoire des rois de Thrace, etc. éclaircie par les médailles, Paris, 1752; Eckhel, D N, t. II, p. 58-60; Ch. Lenormant, Num. des r. gr. p. 9-11 ; Mommsen, Reges Thraciae inde a Caesare dictatore , dans VE-phemeris epigraphica , 1874, p. 150-165.

(2) Saulcy, Numismatique judaïque, p. 115-133 ; Madden, History of jewish comage, p. 81-133.

(3) Eckhel, D N, t. III, p. 254-259; Ch. Lenormant, Num. des r. gr. p. 114-116.

(4) Waddington, Rev. num. 1866, p. 429-438.

(5) On a bien attribué quelques monnaies d’argent à des rois de Thrace vassaux des empereurs ; mais celles que l’on attribuait à l’association de Cotys V et de Rescuporis sont en réalité des monnaies de la ville de Byzance, où la tête de Cotys ne figure que comme hommage honorifique à un voisin puissant ; nous en avons parlé dans la sect. 5 de ce §. Quant au tétradrachme du musée de Dresde, imité de ceux de Thasos, avec la légende KOTTOC XAPÂKTHP (Cary, Histoire des rois de Thrace, pl. Il, n° 10), je ne saurais le donner avec Cary à Cotys V, ni même avec M. von Sallet ( Zeitschr . f. Numism. t. III, p. 242 et s.) à Cotys IV, contemporain d’Auguste et mort en 16 av. J.-C. Il me parait bien positivement antérieur à l’Empire, et par conséquent je suis porté à l’attribuer à Cotys III, celui que Pison débarrassa par trahison de son adversaire Rabocente, prince des Besses, en 57 av. J.-C. (Cic. In L. Pis. 34), et qui, neuf ans plus tard, envoya un corps de cavalerie au secours de Pompée dans la guerre civile.

(6) Eckhel, D N, t. III, p. 82 et s.; Ch. Lenormant, Num. des r. gr. p. 72.

que les rois d’Édesse du IIe et duni0 siècle (1). Au contraire, le monnayage de l’argent a été permis, dans le système du denier, aux rois de Mauritanie , éteints sous Caligula (2) , sous la forme de drachmes grecques au dernier roi de Cappadoce, Archélaiis (3), mort en 17 de l’ère chrétienne, dont le monnayage continuait celui des rois antérieurs et servit de type aux drachmes provinciales frappées à Césarée de Cappadoce, aux rois Zénonides du Pont (4), dont le pays ne fut réduit en province romaine que l’an 63 après J.-C., et aux rois arabes d’Atra, contemporains de Marc-Aurèle (5). Les seuls rois de la dynastie aspurgienne du Bosphore Cimmérien, dont on a des monnaies jusqu’au temps de Constantin (6) , furent autorisés à émettre des espèces

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 512-616; Ch. Lenormant, Num. desr.gr. p. 130-144.

Des monnaies attribuées à ces rois, il faut retrancher les deniers d’argent de Mannes Pliiloromæos , qui appartiennent à Atra.

(2) L. Millier, Numism. de l’anc. Afrique, t. III, p. 103-107 ; Mommsen, U R, t. III, p. 249 et s.

(3) Eckhel, D N, t. III, p. 201; Ch. Lenormant, Num. des r. gr. p. 80; Mommsen, M R, t. III, p. 313.

(4) De Kœhne, Musée du prince Kotchoubey, t. II, p. 169-192 ; Von Sallet, Beitræge zur Geschichte und Numismatik der Konige des Borphorus und des Pontus, Berlin, 1866; Waddington, Rev. num. 1866, p. 417- 429 ; Mommsen, M R, t. III, p. 314 ; E. Curtius, Ehrendenkmal der Kyzikener fur Antonia Tryphæna und ihre Familie , dans les Monaisberichte de l’Académie de Berlin, 1874, p. 7-20; Mommsen, Reges Thraciae inde a Caesare dictatore, dans 1 ’Ephemeris epigraphica, 1874, p. 150-165.

(5) V. Langlois, Numismatique des Arabes avant l’islamisme, p. 133-

(6) Ch. Lenormant, Num. des r. gr. p. 53-64; De Kœhne, Musée du prince Kotchoubey. t. II, p. 195-388; Mommsen, M R, t. III, p. 292-299.

d or, par un privilège unique, tenant à des circonstances locales et soumis à certaines conditions, dont nous reparlerons au § 8 de ce chapitre.

Du moment que la permission de frapper des monnaies de tel ou tel métal leur était accordée par l’empereur, les rois vassaux avaient ipso facto le droit d’y placer leur effigie, en vertu de leur qualité même de rois. Mais le plus souvent ils durent y associer celle de l’empêreur suzerain, bien que l’obligation de l’effigie impériale n’ait pas eu, pour les monnaies des rois vassaux, le même caractère de rigueur que pour les monnaies municipales des villes, et qu’on y rencontre de nombreuses dérogations. Ainsi jamais la tête de l’empereur ne se montre sur les espèces des rois de Mauritanie, de ceux de la Commagène ou de la Cilicie supérieure. Elle est, au contraire, presque constamment présente sur les drachmes des rois Zénonides du Pont (t). A Olba, Ajax, fils de Teucros, met sur ses pièces de cuivre tantôt sa propre tête, tantôt celle d’Auguste ; les autres princes dont nous avons des monnaies frappées dans cette ville, Marc- Antoine Polémon et le roi Polémon II, n’y ont placé que leur propre effigie. En Thrace, Rhémétalcès Ier ne monnaye pas sans mettre sur ses espèces la tête ou le nom d’Auguste, comme hommage à sa suzeraineté ; les rois associés Cotys et Rhescuporis, qui occupent le trône après lui, ne mentionnent plus par rien la suprématie impériale ; mais Rhémétalcès II frappe de nouveau des pièces de cuivre où l’on voit d’un côté sa tête et son nom, de l’autre l’effigie de l’empereur Caligula, avec une légende en forme de dédicace: FAI H FEPMA-

(1) Déjà Polémon Ier avait placé de même sur ses drachmes la tête du triumvir Marc-Antoine.

Ni«n 2EBAITCÏ à Caius Auguste , le Germanique. En Palestine, Hérode le Grand et son fils l’ethnarque Hérode Archélaüs ont monnayé leur cuivre sans y mettre aucune effigie, pour ménager les susceptibilités religieuses de leur peuple, et n’ont pas mentionné l’empereur sur leurs pièces. Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, fit de même, parce qu’il était obligé aux mêmes ménagements ; mais à la fin de son règne, quand il sentit sa position menacée par l’avénement de Caligula et se prépara à aller le solliciter à Eome, il mit sur le côté principal de ses pièces une dédicace à Caius César le Germanique. Pendant ce temps, Philippe, tétrarque dans biturée et la Trachonitide, battait monnaie à l’effigie de Tibere. Le roi Hérode Agrippa Ier frappa simultanément en pays juif des espèces sans représentation humaine, et à Césarée, en terre païenne, quelques pièces à sa propre effigie et de beaucoup plus nombreuses avec les têtes de Caligula et de Claude. Hérode Agrippa II fit de même sous Héron, puis, à partir du règne de Yespasien et de la chute de Jérusalem, on ne fabriqua plus en son nom que des pièces à

l’effigie impériale. .

Toutes les monnaies de bronze des rois d Edesse depuis la soumission de cette ville à l’empire, lors de la campagne de Lucius Yérus contre les Parthes, jusqu’au règne de Gordien III, offrent d’un côté la tête de l’empereur et de l’autre celle du roi osrhoénien, sauf une seule, celle qui associe à un Abgare son fils Mannus. Les drachmes d’argent de Mannus Philoromæus d’Atra sont à l’effigie0 impériale et ont au revers seulement le nom du dynaste arabe. Ici les empereurs romains se conformaient à l’habitude des Arsacides, qui déjà antérieurement imposaient à leurs vassaux de mettre leur effigie

sur la monnaie (1), toutes les fois qu’ils parvenaient à donner une réalité effective à la suzeraineté revendiquée par eux sur toutes les petites principautés orientales qui gravitaient dans l’orbite de leur monarchie (voy. livre YI, chap. v, § h). La numismatique royale d’Edesse, toute de cuivre, commence tard, avec le IIe siècle de l’ère chrétienne, dans la période de suprématie des Parthes que les guerres heureuses de Trajan n’interrompirent que pour un moment. Les plus anciennes monnaies, celles de Mannus YII, de Mannus VIII et de Val (2) , ont leurslégendesen syriaque estranghelo (voy. livre V, chap. ni, § 5), et quelques-unes de celles du dernier de ces rois présentent, en même temps que sa tête, celle de son suzerain Arsacide. En étendant leur suprématie sur le pays, les empereurs romains imposèrent la substitution du grec au syriaque pour les légendes monétaires et la présence sur la monnaie de leurs effigies, comme constatation de leur souveraineté.

Sur les monnaies d’or des rois du Bosphore Cimmérien, l’obligation de l’effigie impériale se montre absolue et ne souffre aucune dérogation. Ceci tient au métal même des

(1) Effigies de monarques Arsacides comme suzerains sur les monnaies des rois vassaux de la Perse : Edw. Thomas, Early Sassanian inscriptions, seals and coins , pl. I, n°“3-S; A. Levy, Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch. t. XXI, pl. II, nos 1 el 6-8 ; Mordtmann, Zeitschr. f. Numism. t. IV, pl. II, n" 21-27. — Effigie de Vologèse II sur les monnaies de cuivre de Val, roi d’Edesse : Num. chron. t. XVIII, pl. à la p. 1, n° 4; F. Lenormant, Essai sur la propagation de l’alphabet phénicien, t. II, pl. I, n° 2, p. 7. — Tête de Vologèse V sur les pièces d’un des derniers rois de la Characène : Num. chron. t. XVIII, pl. à la p. 1, n° 9 ; F. Lenormant, ouvr. cit. t. II, p. 86, pl. XII, n° 3.

(2) Sur ces monnaies, voy. F. Lenormant, Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien, t. II, p. 6-8, pl. I.

pièces, dont l’émission constituait un privilège de la souveraineté impériale (voy. le § 8 de ce chapitre). Et en effet, les mêmes rois dont l’or a toujours la tête de l’empereur sur sa face principale et la leur au revers, sur leurs pièces de cuivre ne mettent presque jamais que leur propre effigie, sans celle du suzerain.

§ 5. — Monnayage des colonies romaines.

1 . En même temps qu’un grand nombre de villes grecques, les colonies, aussi bien de droit romain que de droit latin, et les municipes de citoyens situés en dehors de 1 Italie reçurent presque tous, au début du temps des Empereurs, le droit d’émettre, sous la garantie de leurs magistrats municipaux, des monnaies de cuivre du même système que la monnaie générale de l’Empire, avec la tête et le nom du souverain, et au revers le nom de la colonie ou du municipe (1).

C’était là une dérogation aux anciens principes. Aux temps florissants de la République, la règle invariable du droit public en matière monétaire, admirablement dégagée des faits numismatiques par les travaux de M. Mommsen, avait été celle-ci. Les colonies de citoyens et les villes dont les habitants avaient été admis au droit de cité complet, se trouvant entièrement absorbées dans le peuple romain, n’avaient plus aucun droit de souveraineté locale-, par suite, elles ne battaient pas monnaie et ne faisaient usage

(1) Sur les monnaies coloniales en général, voy. Vaillant, Numismata aerea imperatorum in coloniis percussa, Paris, 1695; Eckhel, D N, t. IV, p. 464-501.

que des espèces officielles du gouvernement romain (1). Les villes admises au droit de cité restreint et passif, civitas sine suffragio, pouvaient, au contraire, avoir un monnayage propre et limité dans de certaines conditions (2). On possède une série d ’aes grave de la ville étrusque de Cæré (3), celle qui fut la première reçue au droit de cité passif, d’où l’expression de droit cérétin; d’après la faiblesse du poids de l’as de cette sérié (129 gr. au lieu de 218 gr. qui est le poids de l’as étrusque au commencement du IVe siècle av. J.-C.), on doit la considérer comme postérieure à 353, date de l’admission de la ville à la cité romaine restreinte (voy. livre VII, cliap. il, § 2). Capoue, pendant la période où elle a joui du droit cérétin avec la plupart des autres villes de la Campanie, n’a pas été seulement le siège d’une large fabrication de monnaies d or et d’argent au nom de l’Etat romain (livre VII, cbap. ni,

§ 1); elle paraît aussi sous ce régime, vers le milieu du IIIe siècle avant Jésus-Cbrist, avoir eu un monnayage municipal de cuivre taille sur le système de 1 as alors en vigueur, où elle inscrivait son nom en langue osque (fi) ; et parmi les villes voisines dont la position legale était la même, Calatia (5), Âtella (6) et Velecha (7) ont eu vers

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 210-221.

(2) Mommsén, MR, t. III, p. 222-233.

(3) W. Deecke, Etraskische Forschungen, II, p. 133.

(4) Friedlænder, Oskische Münzen, p. 9-13, pl. I-III, Capua, n°’ 2-26 ; Mommsen, M R, 1. 1, p. 263 ; t. III, p. 227 et 231.

(3) Friedlænder, Oskische Münzen, p. 19 et s., pl. IV, Calatia.

(6) Ibid. p. 13 et s., pl. IV, Aldla.

(7) Ibid. p. 17 et s. — Cette ville, qui n’est connue que par des monnaies à légendes osques, reste un véritable problème géographique.

le même temps un monnayage analogue (1). Mais les exemples de ce genre sont si restreints par rapport au nombre des villes reçues au droit de cité passif et dont on n’a aucune monnaie, que l’on doit conclure qu’il n’y avait pas là un droit absolu pour les villes de cette catégorie, et qu’elles ne pouvaient monnayer qu’en vertu d’une permission spéciale. Au contraire, les colonies de droit latin, placées légalement sur le même pied que les villes alliées de l’Italie (2), jouissaient du droit monétaire le plus complet, sous le contrôle de l’autorité suzeraine de Rome. M. Mommsen a établi d’une manière décisive (3) que jusqu’en 486 de Rome (268 av. J.-C.), c’est-à-dire jusqu’au moment où commença le monnayage de l’argent dans la cité reine (livre VII, chap. m, § 2), le droit monétaire des colonies latines fut sans restriction, s’appliquant à l’argent comme au bronze (4). Mais à dater de 486 on le restreignit, pour

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 215 et 224.

(2) Sur le droit monétaire des alliés italiques, voy. Mommsen, M R, t. III, p. 196-209.

(3) MR, t. III, p. 177-190.

(4) Les colonies latines dont on a des monnaies d’argent frappées dans un système différent de celui du denier sont, en les classant dans l’ordre d’ancienneté de leur fondation :

Cora chez les Volsques : Mommsen, M R, t. I, p. 259 ; t. III, p. 182 et s.

Signia chez les Volsques : Mommsen, M R, t. I, p. 255; t. III,

Cales en Campanie : Mommsen, t. I, p. 162-165 ; t. III, p. 182.

Suessa chez les Aurunces : Mommsen, t. I, p. 162 et 165 ; t. III, p. 182.

Alba chez les Marses : Mommsen, t. I, p. 255 ; t. III, p. 182 et 185.

Pæstum de Lucanie : Mommsen, t. III, p. 182 et 187.

On a des bronzes du système de la titra campanienne de :

assurer un cours plus étendu à la monnaie d’argent officielle delà République (1). Le monnayage de l’argent fut interdit à toutes les colonies comme aux alliés italiques (2) . Peu après, vers 490 (364 av, J.-C.), Rome se réserva d’une manière exclusive la fabrication des monnaies pour toute l’Italie centrale et ferma les ateliers coloniaux de cette région (3). En même temps, le système de l’as fut imposé aux portions du midi de la Péninsule qui avaient eu jusque-là de la monnaie d’argent et employé d’autres systèmes monétaires (4). Enfin l’on enjoignit aux alliés qui conservaient encore un certain droit de monnayage et aux colonies latines qui continuaient à fabriquer des espèces locales, comme Venusia, Brundisium et Pæstum, de donner à leurs monnaies un poids inférieur à celles de la République; ainsi l’on frappa dans ces villes des as sé-

Cosa : Mommsen, t. III, p. 182 et 186.

Beneventum : Mommsen, 1. 1, p. 165 ; t. III, p. 182 et 1 .

Æsernia : Mommsen, 1. 1, p. 165; t. III, p. 182 et 193.

Enfin les colonies latines qui nous ont légué des as de poi s î sont •

Ardea chez les Rutules ; Mommsen, t.I, p. 185 ; t. 111, p. i»z.

Luceria en Apulie : Mommsen, t. I, p. 313 et s.; t. III, P- 1°--

Yenusia en Apulie ; Mommsen, t. I, p. 349 et s.; t. III, p. 8...

Je réserve la queslion de Vaes grave des villes du Picenum et d Ariminum, pour y revenir au livre VII, chap. n, § 4. A mes yeux, ce monnayage n’est pas colonial.

(1) Mommsen, M R, t. III» P- 191 el s-

(2) Pour la suppression du monnayage d’argent chez celles-ci, voy. Mommsen, M R, t. III, p. 202-205. - Il n’y eut d’exception que pour les Bruttiens, comptés alors comme en dehors de Italie, et dont les monnaies d’argent se sont prolongées jusqu’à la lin de la guerre d Anmbal. Mommsen, MR, t. I, p. 113; t. III, p. 205.

(3) Mommsen, M R, t. III, p- 192 et s.

(4) Mommsen, M R, t. III, p. 207.

monciaux un siècle avant qu’à Rome l’as eût cessé d’avoir le poids d’une once (1). Les colonies de Copia et de Valentia, fondées en 193 et 189 avant Jésus-Christ, n’ont jamais émis que des monnaies du système de l’as sémoncial, ce qui indique vers quelle date ce pied monétaire fut impose aux villes d’Italie dépendant de Rome. Plus tard encore, on interdit l’émission des as dans les colonies latines et dans les villes alliées (2), et on ne permit plus d’y frapper que de petites monnaies divisionnaires. Cet état de choses dura jusqu’à la Guerre Sociale et aux lois Julia et Plautia-Papiria (90 et 89 av. J.-C.),, qui admirent tous les Italiens au droit de cité romaine. La conséquence de ces lois fut de supprimer définitivement tout monnayage local en Italie et d’y substituer l’emploi exclusif des espèces frappées au nom de Rome, en vertu du principe de droit public que nous signalions tout à l’heure. C’est ainsi qu’avec la fin de la Guerre Sociale s’était terminé en Italie tout monnayage des colonies, aussi bien que des villes alliées (3).

Au contraire, les colonies latines de Sicile continuèrent alors leur monnayage, puisque les dispositions nouvelles relatives à l’Italie ne regardaient pas cette province. 11 en fut de même de celles d’Espagne. Mais aux unes et aux autres on continua à imposer de tenir le pied monétaire de leurs espèces municipales au-dessous de celui des espèces officielles de la République. Comme la loi Plautia-Papiria avait décidé que l’as de Rome serait d’une demi-once

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 194.

(2) Mommsen, M R, t. III, p. 209.

(3) Mommsen, M R, t. III, p. 220 et s.

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