‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 11 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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plus parfaite, la plus homogène, celle qui sut le mieux concilier la souveraineté que gardaient, chacune cliez elle, les cités confédérées, avec l'existence d'un pouvoir fédéral commun vraiment fort, exerçant une autorité effective. La supériorité de la Ligue Achéenne sur tous les autres essais de fédération tentés jusqu'alors chez les Grecs se traduit dans sa numismatique. Elle nous fait pénétrer dans les rouages intimes de cette Confédération si bien constituée^ qui eût pu sauver l'indépendance de la Grèce si elle s'était formée plus tôt et si des jalousies aussi coupables que mesquines ne l'avaient pas contrecarrée, mais qui du moins parvint à jeter un dernier éclat sur l'agonie de la nationalité hellénique. Le pacte fédéral des Achéens, remontant aux premiers et modestes débuts de leur Ligue, mais auquel durent adhérer toutes les villes qui s'y agrégèrent par la suite, établissait l'unité de poids, de mesures et de monnaies, comme de législation civile et criminelle, dans tout le territoire de la Confédération, de même qu'en respectant la souveraineté des villes il leur imposait, pour être admises comme confédérées, d'adopter un même type de constitution, avec les mêmes magistrats (1) ; c'était le moyen d'éviter les déchirements que l'antagonisme entre les cités démocratiques et aristocratiques avait produits dans les Confédérations grecques antérieures. Au début, la monnaie fédérale — on ne possède qu'un petit nombre de spécimens de cette époque (2) — se composait de drachmes d'argent et de petites pièces de cuivre, ayant les unes et les autres, d'un côté la tête de

(1) Polyb. II, 37,

(2) Cousinéry, Monnaies ds la Ligue Achéenne, !''« part, pi. I, n° 1; Zeilschr. f. Num. l, II, p. 138 et 2i6.

LA LOI DANS LES MONNAIES ANTIQUES lOi

Jupiter, de l'autre, dans une couronne d'olivier, un grand monogramme composé des lettres AX ; il n'y a rien de plus, aucune indication de ville, aucune mention de magistrat ; les pièces ont été évidemment fi-appées dans un atelier unique, servant pour toute la Confédération. Cette forme donnée au numéraire fédéral était la plus convenable à l'époque où la Ligue se bornait aux petites villes de l'Acliaïe propre, trop peu importantes pour avoir chacune sa monnaie et qui trouvaient économie à frapper les espèces en commun pour partager les bénéfices comme elles avaient partagé les frais. Mais il fallut adopter une autre combinaison, à partir de l'époque d'Aratos, quand la Ligue s'étendit à la plus grande partie du Péloponnèse et même à quelques territoires au delà de l'isthme, englobant des cités riches et puissantes, qui n'auraient pas renoncé facilement au droit de monnayage qu'elles exerçaient de longue date.

Il importait de ne pas admettre, ce qui avait eu de grands inconvénients dans les anciennes Ligues, la fabrication par les difîërentes cités confédérées de monnaies municipales parallèlement aux monnaies fédérales^ y faisant concurrence, encombrant la circulation et y portant souvent le trouble, car l'exactitude du poids et du titre de ces monnaies municipales échappait au contrôle des autorités centrales de la Confédération. On y parvint par une ingénieuse combinaison des deux droits de monnayage local et commun confondus en un seul, que réglait un concordat fédéral sous la surveillance des magistrats présidant à toute la Ligue. La monnaie fut une de poids, de titre, de valeur et de types ; mais chacune des villes en frappa chez elle une certaine quantité, en prenant pour elle les dépenses et les profits, sous la responsabilité de

ses propres magistrats, et comme marque de cette responsabilité, ainsi que comme moyen de contrôle pour les autorités fédérales, elle y plaça, à côté des types communs de la Ligue, sa marque particulière et la signature de son magistrat.

C'est sur ce principe que repose toute l'organisation des monnaies de la Ligue Achéenne (1). En argent, ce sont de petites pièces dont le poids Hotte de 2 gr. 77, pour les plus anciennes, à 2 gr., pour les plus récentes; elles ont les mêmes types que les pièces de la première époque : au droit la tête de Jupiter, presque toujours sans légende (2), au revers le monogramme de la Ligue, composé des deux lettres AX, de grande dimension, dans une couronne d'olivier ; mais désormais ce monogramme est accompagné du symbole ou des initiales de la ville où la pièce a été frappée, et des premières lettres du nom d'un ou de plusieurs magistrats urbains responsables, détachées ou groupées en monogramme (3), le tout de plus petite dimension (4). Les monnaies de cuivre, toutes d'une seule

(1) Sur ces monnaies en général, voy. Leicester Warren, Greek fédéral coinaye, p. ii et s.

(2) iEgion seule met quelquefois son nom tout au long du côté de la tête de Jupiter, comme pour indiquer que c'est le dieu qui a son sanctuaire dans la ville, en même temps que c'est la ville qui a frappé la monnaie.

(3) .Egion et Élis sont seules à inscrire tout au long le nom du magistrat responsable auprès du monogramme de la Ligue, sur le revers des pièces d'argent.

(4) Sur ces monnaies, voy. Cousinéry, Essai historique et critique sur les monnaies d'argent de la Ligue Achéenne, Paris, 182o. Depuis lors, il n'y a pas eu de travail d'ensemble; on trouve seulement quelques excellentes observations de détail dans les Numismata hellenica du colonel Leake.

taille (1), ont les images des deux dieux protecteurs de la Confédération, qui avaient leurs temples côte à côte à J^gion (2), d'un côté Zeus Homagyrios debout, avec le nom du magistrat local écrit tout au long, de l'autre Déméter Panachœa assise, avec une légende qui contient le nom du peuple delà ville, précédé de Tépithète d'Achéens, qui caractérise sa soumission aux lois fédérales, par exemple AXAIHN KOPlNGinN (monnaie) des Achéens de Corinlhe, AXAIflN AAEIHN [monnaie) des Achéens d'Elis, etc. On peut ainsi suivre sur les monnaies achéennes tous les événements qui font successivement entrer des cités nouvelles dans la Ligue, comme aussi les progrès de la politique de Pliilopémen tendant à diminuer les dangers qui résultaient de l'importance trop grande de certaines villes, en faisant donner par l'assemblée delà Confédération les droits de cités souveraines à des localités qui dépendaient d'abord d'elles, séparant par exemple Pagse de Mégare, Aliphira, jisée, Dipée, Gortys, Pallanteion et Thisoa de Mégalopolis, Elisphasia de Mantinée, Coroné de Messène (3).

(1) Les monnaies de cuivre de la Ligue, bien plus faciles et bien plus certaines d'attribution que celles d'argent, ont été l'objet de plus nombreuses études ; Sestini, Sopra le medaglie antiche relative alla cunfedera- 2îone rfc^H ylcAei, Milan, 1817; Leicester Warren, The copper coinage of the Achœan League, dans le Num, chron. 186i, p. 77-93; Finlay, Num. chron. 1866, p. 32 et s.; P. Lambros, Ztitschr. f. Num. t. II, p. IGO et s.

(2) Pausan. VII, 24, 1 et 2,

(3) Voici la liste des io villes dont on a pu jusqu'ici relever les marques ou les noms écrits en entier sur les monnaies de la Ligue Achéenne. Pour chacune j'indique le métal dont on en connaît des pièces.

Achaïe.

iEgire (argent et cuivre). Dymé (argent et cuivre).

iEgion (argent et cuivre). Patrie (argent).

Cérynia (cuivre). Pellène (cuivre).

Les petites pièces d'argent étaient sûrement des drachmes (1); nous rechercherons plus loin l'origine de

Élis (argent et cuivre).

Hypana (cuivre).

Coroné (cuivre).

Lacédémone (argent).

Ëlide.

Triphylie.

Messénie.

Messène (argent et cuivre).

Laconie.

Arcadie.

Lusi (cuivre).

Mégalopolis (argent et cuivre).

Mélhydrion (cuivre).

Pallanteion (argent et cuivre).

Phénée (cuivre).

Phigalie (cuivre).

Stymphale (cuivre).

Tégée (argent et cuivre).

Teuthis (cuivre).

Thelpuse (cuivre).

Thisoa (cuivre).

Alée (cuivre).

Aliphire (cuivre).

Antigonia-Mantinée (argent et

cuivre).

Asée (cuivre).

Caphya (argent et cuivre).

Clitor (cuivre).

Dipée (cuivre).

Elisphasia (cuivre).

Eva (cuivre).

Gortys (cuivre).

Hérée (cuivre).

Argolide.

Argos (argent et cuivre). Epidaure (argent et cuivre).

Asiné (cuivre). Hermione (cuivre).

Cléones (cuivre). Trézène (argent).

Corinthie.

Corinthe (argent et cuivre). Sicyone (argent et cuivre).

Phlionte (cuivre).

Mégaride.

Mégare (argent et cuivre). Pagae (cuivre).

Iles.

Égine (argent).

(1) Voy. Mommsen, il/ /{, t. I, p. 8d.

leur taille si faible (livre VI, chap. iv, § 1 , et chap. v. § 7) . Quant à celles de cuivre, quelques-unes portent la marque de valeur XI, qu'il faut expliquer par yaV/.oî ^cV.a (1); elles avaient donc cours pour dix chalques, c'est-à-dire, avec le nombre de chalques que comprenait ordinairement la draclime à partir du temps d'Alexandre (voy. plus haut, livre II, chap. i, § I et 2), un sixième de la pièce d'argent.

§ 3. — Monnayage des provinces sous la République

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