‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 13 sur 54 · II · texte numérisé non relu

II

AMOAIinN (1) et BOTTEATON (2); ces monnaies étonnent au premier abord, car elles sembleraient révéler une autonomie séparée accordée aux gens de l'Ampliaxitide (3) et de la Bottéatide ou Bottiéide de l'Emathie, fait dont il n'est aucunement question dans l'histoire, que démentent, au contraire, les données très-positives que nous avons sur l'organisation des quatre Confédérations. Mais l'Amphaxitide constituait la partie la plus importante de la seconde de ces Confédérations; c'est dans ce district qu'était située la capitale; ses habitants pouvaient donc parfaitement s'intituler MaxecJ'ovs; 'A;xçà^tot, et précisément les tétradrachmes à la légende MAKEAONflN AEYTEPAZ sont bien peu nombreux pour le développement de monnayage que l'on serait en droit d'attendre dans ce riche territoire. Je vois donc dans le tétradrachme MAKEAONHN AIVIOAIION une variété de la monnaie de la deuxième Confédération; et je suis disposé à considérer comme étant celle de la troisième les pièces d'argent à la légende BOTTEATON, car la Bottiéide y tenait une place analogue à celle de l'Ampliaxitide dans la deuxième. Ce qui complète le rapprochement, c'est qu'aux pièces d'argent des Bottéates, dont je parle, correspondent des pièces de

(1) Rev. num. 1866, pi. X, n° li.

(2) Mionnet, t. I, p. 470, n'^ 167; Suppl. t. III, p. 50, n°^ 329 et 330; Bompois, Num. chron. n. s. t. XIV, p. 2"23.

(3) Oa a des pièces, mais de bronze, à la légende AM0AZION simplement (Mionnet, l. I, p. -i62, n"' 98-100), qui ne rentrent plus dans ces données d'autonomie allant jusqu'au monnayage de l'argent, mais dans celles du droit plus restreint de fabrication d'une monnaie municipale de cuivre, accordé à la plupart des villes et des cantons de la Macédoine sous le régime des quatre Confédérations et sous celui de la province romaine. Le tétradrachme MAKEAONHN AMOAIIfiN en est tout à fait différent.

cuivre coiitcmponiines avec la légende MAKEAONHN, plus un grand monogramme, composé des lettres BOT (1), que depuis longtemps on a rapporté au peuple de la Bottéatide. 11 faut donc lire en entier Ma/ts^ovcov Bor-sarwv, formule exactement })arallèle à Ma/.s^ovwv 'Aj^/^aa'cov ; on n'en retrouve de pareille pour la désignation monétaire des habitants d'aucun autre district ni d'aucune cité de la Macédoine (2).

En 188, les Romains donnèrent à Eliodes, traitée par eux à cette époque en puissance entièrement indépendante, la Lycie, qu'ils venaient d'enlever, avec le reste de l'Asie Mineure, à Antioclius le Grand de Syrie. J'ai signalé tout à l'heure (§ 2, 7) les monnaies d'argent qui appartiennent à cette période de la domination rhodienne sur la Lycie. Elle fut très-courte, car en 168 Rome y mit fin, constituant les villes lyciennes en Ligue indépendante sous sa tutelle (3). C'est ainsi que se forma la Confédération des Lyciens, toujours favorisée des Romains, qui en augmentèrent encore le territoire après la guerre deMitliridate. Elle dura jusqu'au règne de Claude, qui réduisit le pays en province l'an 4-3 av. J.-C. , et si des dissensions intestines, survenues sous les premiers empereurs, précipitèrent ce dénouement, jusqu'à Auguste la Ligue Lycienne fut célèbre comme un modèle de solides institutions fédérales, de gouvernement bien réglé et de bonne entente

(1) Mionnpt, Siippl. t. III, p. 2 et s., n»^ 6, 28 et 31; Bompois. Num. chron. n. s. t. XIV, p. 223 et s.; Examen des monnaies de la Communauté des Macédoniens, pi. I, n° il ; II, n° 19.

(2) M. Bompois {Examen, etc. p. 41) admet aussi que les pièces de cuivre que je viens de rappeler représentent le monnayage de la troisième Confédération.

(3) Tit. Liv. XLIV, 15; Polyb. XXX, 15.

entre ses membres. Elle avait beaucoup emprunté dans son organisation à l'exemple de la Ligue Acliéenne, et le riche monnayage fédéral dont elle nous a légué les monuments (1) est exactement combiné d'après les principes de celui des Achéens. Il nous offre de petites pièces d'argent, taillées d'après le système monétaire de Rhodes (voy. livre VI, chap. v, § 6), ayant d'un côté la tête d'Apollon, le dieu protecteur de la Lycie, de l'autre la lyre du dieu, dans un carré légèrement creux et très-aplati (disposition copiée des monnaies rhodiennes); la légende se compose du nom AYKinN ou plus souvent de son abréviation AY et du nom de la ville d'émission, indiqué par deux ou au plus trois lettres. Il y a donc là inscription du nom du peuple de la cité avec reconnaissance du pouvoir supérieur de la Confédération ; car il faut lire AY/.iwv riA-capatwv, AYxtwv ZAvôtwv, etc. , comme nous avons vu sur les cuivres de la Ligue Achéenne AXAION KOPINGION, etc. La seule différence essentielle est qu'en Lycie nous ne rencontrons jamais la signature du magistrat local responsable, constante chez les Achéens. Quelques rares monnaies d'argent ont simplement le mot AYKIHN, sans indication de ville (2). Les types du cuivre sont un peu plus variés que ceux de l'argent : c'est principalement la tête d'Artémis avec un cerf au revers, ou bien celle d'Apollon avec au revers l'arc et le carquois du dieu dans un carré légèrement creux (3).

(1) Sur les monnaies de la Ligue Lycienne, voy. le mémoire de Koner dans les Beitrœge z. ait. Miinzkunde de Pinder et FriedUender; Waddington, Rev. num. 1 8 j3, p. 88 et s.; Leicesler Warren, Greek fédéral coinage, p. 33-44.

(2) Borrell, Num. chron. t. X, p. 80.

(3) Ce carré tend à disparaître dans le cours du i®'' siècle av. J.-C; il manque toujours sur les monnaies de Bubon, que Muréna fit entrer dans la Ligue vers 84 av. J.-C.

Quelquefois , sur ces petites pièces de bronze , on ne voit pus avec les initiales de la ville celles de la Confédération, AY ; mais l'emploi des types fédéraux y supplée (1). Nous avons parlé plus haut (§ 6, 2) des alliances de cuij.-noliTtxiôazvot $r,[j.oi, qui commencent à se montrer sur les monnaies de la Ligue Lycienne vers l'époque d'Auguste et qui marquent l'apparition des premiers germes des divisions qui l'amenèrentà sa perte. C'est aussi sous Auguste que les Lyciens abandonnent leur ancien système monétaire, pour se mettre à frapper des deniers d'argent dont rétalon est calqué sur celui de Rome et des bronzes du système de l'as romain (2), monnaies qui gardent pour-

(i) D'après Arlémidore, cité par Strabon (XIV, p. 66i), vingt-trois villes formaient d'abord la Confédération Lycienne. On a jusqu'ici relevé les noms de 19 sur les monnaies fédérales de l'un ou de l'autre métal. Ce sont :

Antipbellos. Olympos.

Aperlae. Palara.

ApoUonia. Phellos.

Araxa. Podalia.

Arycanda. Rhodia ou Rhodiapolis.

Cragos. Teimessos.

Cyanées. Tios.

Limyra. Trebenna.

Massicylos. • Xanihos.

Myra.

Il faut joindre à cette liste les noms de Bubon, dont nous venons de mentionner l'introduction tardive dans la Ligue, et de Phasélis, qui en fit partie quelque temps dans le i^*^ siècle av. J,-C., mais en était sortie à l'époque où écrivait Strabon. Je serais assez disposé à croire que cette sortie de Phasélis de la Confédération coïncida avec sa prise et son démantèlement par P. Servilius Isauricus, dans la guerre des Pirates.

(2) Cavedoni, Observations sur les monnaies de la Lycie, p. 11 ; Leicester Warren, p. 38; Mommsen, M R, t. III, p. 311.

tant jusqu'à Claude leur caractère autonome et fédéral. En 96 av. J.-C, le testament de Ptolémée Apion légua laCyrénaïque aux Romains; mais ceux-ci n'en firent une province directement administrée par des magistrats de la République qu'en 66, par suite des événements de la guerre des Pirates. Pendant l'intervalle de 30 ans qui sépare ces deux faits, la Cyrénaïque fut une république autonome sons le protectorat romain. C'est alors qu'ont été frappées les monnaies d'argent et de bronze aux types cyrénéens habituels avec la légende KOiNON (1), mentionnant ia Communauté républicaine, qui régissait alors le pays ; ces monnaies sont très-liabilement surfrappées sur des bronzes des Ptolémées, ce qui fixe leur date (2). Après la formation de la province, tout monnayage d'argent cesse dans le pays ; mais on frappe encore une monnaie provinciale de cuivre, réglée sur le système de l'as, qui porte, tantôt en grec, tantôt en latin, les noms des magistrats romains préposés à l'administration du pays, et dont la fabrication se continue jusque sous Auguste (3). A dater de ce moment, c'est le denier romain qui circule dans la province comme monnaie d'argent. L'aureus et le denier d'argent de Q. Cornuficius, préteur d'Afrique après la mort

(1) L. Millier, Numism. de Vanc. Afrique, t. I, p. 37 et s., n°' 103 114.

(2) De la même époque sont certainement les monnaies de bronze, sans légende indicative de ville, avec la tête de la déesse Rome, accompagnée de son nom, et au revers une abeille (L. Mliller, t. I, p. 29, n"* 100-102), puis les monnaies municipales de la ville de Cyrène, en cuivre, avec les mêmes types (L. IMiiller, t. I, p. 59, n° 280), ou bien avec la lyre, le cheval libre ou l'arc et le carquois, au revers de la tête d'Apollon (L, Millier, 1. 1, p. 58 et s., n"' 270-283). Quelques-unes de ces dernières sont surfrappées sur des pièces des Ptolémées.

(3) L. Millier, t. I, p. 152-170 et table V.

de César et partisan des tyraiinicideï::, sur lesquels on voit la tête de Jupiter Ammon (1), ont été sûrement frappés en Cyrénaïque, comme le denier du même personnage où la tête est celle de l'Afrique, coiffée de la dépouille d'un éléphant ('2), l'a été dans la province d'Afrique. La tête de Jupiter Ammon doit encore faire attribuer à une fabrication cyrénéenne des deniers, les uns au nom de Marc-Antoine (3), les autres au nom d'Auguste (/ï) ; ils ont été frappés parPinarius Scarpus, qui avait le commandement d'un corps d'armée d^^.ntoine en Afrique et se déclara pour Auguste après Actium (o) ; les premiers sont même signés de lui. Mais, à côté des deniers romains^ les anciennes pièces d'argent du pays, au moins celles de poids attique, restaient dans la circulation, en vertu d'un tarif qui avait établi le rapport de leur drachme au denier ; même elles devaient y tenir une très -large place, puisque les monnaies provinciales d'argent à légende grecque, que Trajan ût frapper plus tard en Cyrénaïque (6), ne sont pas des deniers et des quinaires, mais des drachmes et des trioboles attiques, comme l'a très-bien vu ]\I. Mommsen (7) .

(1) Cohen, M C, pi. XV, Cornuficia, n° l. (-2) Cohen, M C, pi. XV, Cornuficia, n° 3.

(3) Cohen, MI, t. I, p. 26, n° 48.

(4) Cohen, J/ 7, t. I, p. 43, n° 13.

{')) Eckhel, D X, t. VI, p. 57, 82 et 87; Borghesi, dans Cavedoni, Osserv. sopra le monete délia Cirenaica, p. 71.

(6) Eckhel, D N, t. VI, p. 443; Duchalais, Rev. num. 1831, p. 101; L. M\\\\<iT,Numism. de lanc. Afrique, t. I, p. 172, n°' 443-443 et 4i8.

(7) i)i iî, t. III, p. 331. — En revanche, le tétradrachme attique à légendes latines, avec l'efflgie d'Antoine et d'Octavie d'un côté, celle de Tibère de l'autre (Eckhel, D N, t. VI, p. 161), que M. Mômmsen rapporte à la Cyrénaïque, appartient bien plutôt à la Pamphylie.

Nous venons de passer en revue les principaux exemples (lu monnayage d'argent et de cuivre fabriqué sous la suzeraineté de la République romaine, dans les villes qu'elle traitait d'alliées autonomes et dans les ])ays qu'elle avaitorganisés en Confédérations républicaines soumises à son protectorat. Le même droit monétaire dans sa plénitude pour les deux métaux appartenait, comme déraison, aux Etats qui avaient à leur tête des rois vassaux de Home ; c'est ce que nous attestent les séries des chefs gaulois entre César et Auguste (livre YII, chap. m, ^6), celles des rois de Numidie postérieurs à Jugurtha (\), des rois de Mauritanie (2), laquelle se prolonge jusque sous Caligula (livre VII, chap. iv, § 5), des derniers monarques de Cappadoce (o) et des rois de Galatie, comme Brogitaros (4) et Amyntas (5).

3. Mais jamais le droit de monnayage ainsi conservé par les cités, les peuples ou les princes soumis à Rome, ne s'est étendu jusqu'à l'or. Avec une jalousie qui rappelait celle autrefois montrée par les Achéménides, la République se réservait exclusivement la fabrication de la monnaie de ce métal, sans la permettre à ses vassaux (6). Et si des pièces d'or furent émises dans les provinces, ce fut

(1) L. Millier, Num. de Vanc. Afrique, t. III, p. 38-48.

(2) Ibid. p. 93-137.

(3) Voy. Mommsen, M R, t. HI, p. 312 et s.

(4) Mionnet, t. IV, p. 403, n° 12; Suppl. t. VII, pi. XIII, n» 3.

(3) Borrell et Burgon, Num. chron. t. VIII, p. 62 et s.; D. de Luynes, liev. num. 1843. p. 233 et s., pi. XII.

(6) Voy. Mommsen, M R, t. III, p. 344.

par (les généraux d'armées romaines, comme T. Qiiinctiiis riamininus ou Sylla, agissant au nom de la souveraineté de Rome et en vertu des droits de leur imperium (voy. plus loin, le § 7 de ce chapitre).

Quand Mithridate s'empara momentanément d'Athènes, soumise de fait aux Romains depuis 60 ans, mais jouissant encore d'une liberté nominale qui se marquait par la continuation de la frappe de ses tétradrachmes d'argent, il fit aussitôt monnayer dans cette ville, comme pour proclamer d'une manière éclatante la rupture des liens avec Rome, un statère d'or aux types d'Athènes, sur lequel son nom figurait à côté de celai do la cité (1). Dans les règles de l'alliance romaine, c'était là une usurpation et une félonie, pareille à celle que commettaient les Italiotes révoltés, dans la guerre Sociale, en frappant aussi une monnaie d'or (2). Il paraît, du reste, bien positif, d'après le poids grec, la fabrique et le type de cette pièce d'or, que ce fut Mithridate qui la fit frapper à Amisos pour les rebelles d'Italie, lorsqu'il reçut leur ambassade (3), et que le Minius leius dont le nom s'y trouve inscrit était un des envoyés. Le roi de Pont aimait à multiplier les défis de ce genre aux prétentions de Rome, et c'est ainsi qu'aussitôt en s'établissant àPergame, une fois maître de la province romaine d'Asie, il s'était hâté d'y faire fabriquer ses statères d'or (4).

(1) Beulé, Bev. mm. 1863, p. 176-179.

(2) Friedlœnder, Oskische Miinzen, p. 73; Pinder et Friedlœnder, Bcitriicje, I, p. 176; Mommsen, M R, t. II, p. 42G, n° 225.

(3) Bompois, Les lijpes monétaires de la guerre Sociale, p. 27 et s.; cf. Zeitschr. f. Num. t. II, p. 88.

(4) Eckhel, D N, t. II, p. 36o; Mommsen, M /}, t. III, p. 300.

L'unique exception à la règle que je viens d'indiquer, l'unique concession de monnayage d'or faite à un prince vassal de Eome pendant toute la durée de la République, se constate au moment des guerres civiles et peut être tenue pour une des expressions les plus significatives du désordre de ces temps. Peu avant la bataille de Philippes, Brutus, pour récompenser Coson, prince deTlirace, d'avoir ouvert ses trésors au parti républicain et de s'être ainsi laissé entraîner à sa propre perte, lui accorde l'autorisation de frapper des monnaies d'or, sur lesquelles on lit son nom entier écrit en lettres grecques, à côté du monogramme en caractères latins indiquant le nom du général romain (1) . On a cru pendant un temps pouvoir joindre h celui-ci un autre exemple d'exception, dont l'auteur aurait été Marc-Antoine, permettant h Amyntas, roi de Galatie et de Pamphylie, de frapper de petites pièces d'or dans l'atelier de Sidé (H); mais il est aujourd'hui bien établi que ces pièces ne sont qu'une forgerie d'un habile faussaire de Smyrne (3) .

Dans les Gaules, nous pouvons suivre presque pas à pas les progrès de la conquête romaine par l'extinction de l'ancien monnayage d'or indigène ; on voit s'y substituer des quinaires d'argent de poids romain, imités de ceux du dernier siècle de la République et des pièces de cuivre du système de l'as (i) (voy. livre YI, chap. viil, § h ; livre YII,

(1) Eckhel, D N, t. Il, p. 219; Mommsen, M R, t. III, p. 283.

(2) Mommsen, M R, t. III, p. 300 et 311.

(3) L.Meyer, Numism. Zeifschr. de Vienne, t. III, p. 437.

(4) On sait que la légende SIMISSOS PVBLICOS LIXOVIO, indicative à la fois de la valeur et du peuple qui a frappé les monnaie?, se lit sur plusieurs semis de cuivre des Lixoviens, dont le poids se rat-

chap. m, §G). Cette nouvelle forme de monnaie paraît, du reste, avoir commencé à s'introduire dans la Gaule Celtique quelque temps avant César, chez les peuples qui se rangeaient dès lors spontanément dans la clientèle de Rome, comme les Eduens (i). Notons en passant que la flibrication des quinaires d'argent et des cuivres suivant le s^ystème romain, mais d'apparence autonome, parles cités gauloises et leurs cliefs, ne prit fin qu'en 29 av. J.-C. , lors de l'organisation définitive des trois provinces de la Gaule par Auguste. Quant aux statères d'or, les derniers ont été frappés, au milieu des péripéties des luttes suprêmes pour l'indépendance expirante, par les deux plus grands adversaires que César ait rencontrés, par Vercingétorix, quand il se trouva placé à la tête de la Gaule entière soulevée (2), et par ce roi des Bello vaques que les textes imprimés et les manuscrits des Commentaires appellent Correus^ mais qui dans la réalité, et d'après les monnaies, s'appelait CRICIRVS (3).

La jalousie de la République romaine au sujet du mon-

tache au pied de l'as semoncial introduit à Rome par la loi Plaulia-Papiria ; ces monnaies, pense-t-on, datent des alentours de 52 av. J.-C. : Saulcy, Rev. num. 1861, p. 165 et s. ; 1862, p. 177 et s., pi. VI.

(1) jI. de Saulcy suppose que les quinaires à la légende KAAGT GAOT, qui doivent être attribués aux Éduens, ont commencé à être frappés dès 123 av. J.-C., quand ce peuple conclut alliame pour la première fois avec les Romains : Rev. archéul. nouv. sér., t. XVII, p. 127 et s.

(2) Pour la série complète des monnaies d'or de Vercingétorix, voy. Saulcy, Numismatique des chefs gaulois mentionnés dans les Commentaires de César, p. 28-30, pi. IV, n°* 57-65.

(3) Monnaies d'or, d'argent et de cuivre de Cricirus : Saulcy, ouvr. cit. p. 30-32. pi. IV, n°» 66-75.

nayage de l'or était si grande, que même les rois des pays entièrement indépendants, quand ils sont dans la sphère de l'action romaine et peuvent craindre d'attirer sur eux le courroux de la Cité reine, s'abstiennent de frapper des pièces de ce métal. La fabrication des monnaies d'or dans le royaume lagide d'Egypte cesse avec la minorité de Pto~ lémée Philométor et la tutelle de M. jEmilius Lepidus; on n'en a aucune des derniers Séleucides de Syrie, des rois de Pergame ou de Cappadoco. En Macédoine^ la série d'or royale se termine à Philippe V et à la bataille de Cynoscéphales ; Persée n'a pas laissé de statère de ce métal (1). Seules les monnaies d'or de Nicomède II Epiphane en Bithynie (2), dont l'une porte la date de l'an 160 de l'ère du pays, 138 av. J.-C.;, forment dans cette période historique une exception singulière, avec le pentastatère deTyr de Tan 102 avant l'ère chrétienne (3), surtout les premières, car, sous Nicomède II, la Bithynie était depuis assez longtemps déjà entraînée dans l'orbite de la politique romaine. Il faut qu'à ce moment une circonstance particulière ait induit à user envers lui d'une tolérance que le Sénat refusait presque toujours et à fermer les yeux sur le privilège qu'il s'arrogeait.

4. Il semble que le gouvernement de Rome, en vertu de circonstances locales, et i)articulièrement pour tirer profit des produits de mines eu les faisant monnayer sur

(1) Celui qu'on lui a allribué (Mionnet, Siifpl. t. III, p. 2S6, n» 683) est positivement faux.

(2) Mionnet, t. II, p. 509, n°s 49 et 50.

(3) Zeitschr. f. Numism. t. IV, p. 6.

place et répandre dans le commerce sous forme de pièces frappées, n'ait pas seulement permis, mais prescrit à des peuples vassaux et placés dans les conditions d'alliés, le monnayage de l'argent sur une large échelle.

La masse des tétradraclimes de la première des Confédérations macédoniennes établies après la bataille de Pjdna, qui se rencontrent encore aujourd'liui non-seulement dans le pays même, mais jusqu'au delà du Danube, en Valachie et en Transylvanie, est quelque chose de presque incroyable (1) ; on les y trouve par dépôts de plusieurs milliers, à tel point qu'en général on se borne à les donner à la fonte sans essayer de les placer dans le commerce des médailles. Pour que de pareilles quantités d'une monnaie se découvrent encore après tant de siècles, il faut que la fabrication en ait dépassé toutes les limites ordinaires. Cette fabuleuse abondance des émissions s'explique, du reste, si Ton tient compte de ce que c'était précisément dans la Première Macédoine que se trouvaient situées les mines qui depuis Pliilippe II avaient fait la grande richesse du royaume macédonien (2). Mais le traité de 168 avait

(1) Eckhei, D N, t. II, p. 63; Cousinéry, Voyage en Macédoine, t. I, p. 231.

(2) Au triomphe de Paul Emile sur la Macédoine, on porla, suivant Plutarque [Aemit. 32 et 33), 7o0 vases conienant chacun trois talents d'argent monnayé (en tout 2,2o0 talents attiques ou 58,941 kil. 450 gr.) et 77 conienant chacun trois talents de monnaie d'or (en tout 231 talenis ou 6,051 kil. 322 gr.). En convertissant l'or et l'argent d'après la proporiion dixième qui régnait alors en Grèce, cela ferait une valeur totale de 27,360,00(> drachmes d'argent en mêlai monnayé ; en le convertissant d'après le rapport :: 11,91 : 1, admis à Rome vers le même temps, 30,007,260 drachmes. Cette dernère somme, traduite en monnaie romaine, donne 134,432,414 sesterces. Velleius Paterculus (I, 9) exagère donc beaucoup, ou compte le métal non

formellement interdit l'exploitation de ces mines (1) ; c'est seulement en 158 que le Sénat permit de les rouvrir (2), et en 14:6 survint la révolte d'Andiiscos, qui amena ladestruction des Confédérations macédoniennes. Les tctradraclimes en question, dont la multitude nous étonne encore aujourd'hui, n'ont donc été frappés que pendant un espace de 8 ans (3). C'est dire assez quelle fut la prodigieuse activité de leur fabrication, qui dans ces conditions ne put être que voulue, et non- seulement tolérée, par la puissance suzeraine.

Les Carthaginois avaient interdit à TEspagne, pendant leur domination, toute fabrication d'une monnaie d'argent indigène (4) ; ils n'y laissaient circuler que leur monnaie d'État, pour laquelle un atelier au moins devait être établi dans la Nouvelle Cartbage (5), à proximité des mines d'ar-

monnayé pour une valeur bien supérieure à celle de la monnaie, quand il dit que Paul-Émile enrichit alors le trésor de 210 millions de sesterces ; Pline {H N, XXXUI, 3, 18) dit 230 millions.

(1) Tit. Liv. XLV, 18et 29.

(2) Cassiodor. an. 39" ; voy. Mommsen, Hist. rom., t. IV, p. 28.

(3) Borghesi, Osserv. num. déc. XVI, 1-4, dans les Œuvres complètes, t. II, p. 233 el s.; Mommsen, M R, t. I, p. 281.

(i) Pourtant quelques-unes des monnaies d'argent de Gadès à légende punique (Mionnet, t. I, p. 12, n" 77; Delgado, Nuero métodode clasipcacion de la medatlas aulûnomas de Espana, t. II, pi. XXV, n°* l-ll) paraissent remonter au temps de la domination carthaginoise. Mais Gadès était une ville phénicienne antique et sacrée, que les Carthaginois ne pouvaient soumettre au même régime que les indigènes ; ils avaient dû lui laisser les privilèges de cité libre et alliée.

(3) L. Miiller, Num. de lanc. Afrique, t. II, p. 107. — Même la monnaie de cuivre, bien que fabriquée dans le pays (L. Miiller, t. II, p. 109), était de coin carthaginois. Il semble pourtant y avoir eu un monnayage de cuivre à types particuliers, mais probablement toujours fait au nom

gent dont l'exploitation avait pris une si grande activité sous les Barcides. Par une politique opposée, les Romains favorisèrent et développèrent dans toutes les cités de l'Espagne Citérieure la fabrication d'un numéraire indigène de ce métal, taillé sur le pied du denier de 8Z|. à la livre (voy. livre VII, cliap. m, § o), depuis la première conquête jusqu'à la guerre de Numance, époque où la concession du droit monétaire paraît avoir été uniformément révoquée pour la province entière (1).

On connaît la nombreuse série des monnaies improprement appelées d'ordinaire celtibériennes (2). Si le déchiffrement des légendes de ces monnaies, tracées à l'aide de l'alphabet ibérien (voy. livre V, chap. vi, § 1), et par suite leur attribution certaine aux différentes villes et aux différents peuples qui les ont fait frapper, présentent encore des problèmes de la plus grande obscurité^ elles forment du moins un groupe parfaitement un et défini, dont la place dans l'histoire est fort nette. Toutes ont été manifestement émises à la même époque et pendant un assez court espace de temps, malgré l'abondance de ce monde la République souveraine, dans la Bélique (L. Muller, t. II, p, 147). Les anciennes villes puniques, comme Gadès, Abdère, Malaca, Sex, seules avaient peut-être dès lors leur monnayage autonome de bronze. Encore n'est-il pas sûr que, pour plusieurs d'entre elles, ce ne soit pas sous les Romains qu'il ait commencé.

(1) Saulcy, Monnaies autonomes de l'Espagne, p. 12; Mommsen, M R.

(2) Principaux ouvrages sur ces monnaies : Saulcy, Essai de classification de monnaies autonomes de l Espagne, Metz, ISiO; Boudard, Essai sur la numismatique ibérienne, Paris, 1859; Aloïs lleis>, Description générale des monnaies antiques de l Espagne, Paris, 1870; A. Delgado, Nuevo método de clasificacion de la 7ncdallas autônomas di Espaha, Séville, en cours de publication, deux volumes ont déjà paru.

nayage. Les pièces d'argent sont imitées des deniers romains au plus ancien type de la tête de Rome casquée, avec le revers des Dioscures à cheval, type encore maintenu après la première réduction du denier (livre VII, chap. III, § 2 et 3), dont elles suivent l'étalon. On y voit d'un côté la tête d'un dieu ou d'un héros à la barbe courte, de l'autre un cavalier avec divers attributs, la lance en arrêt ou bien tenant une palme . Ces types invariables se reproduisent sur les bronzes correspondants, qui suivent le système de l'as.

Les monnaies d'argent de cette série ont été désignées par les écrivains latins sous le nom générique à'argentiwi osce7ise,et l'on voit, parles énumérations du butin porté dans les triomphes de l'Espngne Citérieure, au Vf siècle de Rome, qu'ils y formaient alors le fond de la circulation métallique, avec les deniers romains, mais en plus grande abondance (1). Le nom (Margentum oscense paraît venir de la ville d'Osca chez les llergètes, à côté de laquelle étaient situées de riches mines d'argent (2). Il est probable que le métal provenant de ces mines fut principalement

(1) lit. Liv. XXXIV, 10 et 46; XL, 43,

Une remarque très-importante pour la classification de ces monnaies a été faite pour la première fois par M. Mommsen [M R, t. III, p. 144) : c'est que, dans les triomphes sur l'Espagne Ultérieure, le butin comprend une seule fois des deniers romains (Tit. Liv. XXXVI, 21 et 39), toujours de grandes quantités d'or et d'argent non monnayé, jamais de mcmnaie indigène. Il semble donc que la fabrication d'espèces d'argent locales fut limité à la province Citérieure, à 1 époque où ces monnaies ont éié émises. Par suite, il faudrait pour cette époque étendre à toute l'Espagne Ultérieure ce que Strabon (III, 3, 7) dit de la Lusitanie : qu'il n'y avait pas de monnaie et qu'on y employait les métaux précieux au poids dans les échanges.

(2) Plin. UN, XXXIV, 10, 48.

employé, ou peut-être avant celui d'autres mines, pour le monnayage de l'Espagne Citérieure. On peut même admettre que c'est à Osca, près de la mine, que furent frappées les premières de ces monnaies, et que la tête barbue qui les décore est celle d'un dieu local et éponyme, nommé Osca, protecteur spécial des mines, qui aura été reproduite par les autres peuplades espagnoles à l'imitation des émissions de la ville même d'Osca. En effet, il existe un denier romain, frappé en Espagne, l'an 714 de Rome (ko a.v. J.-C-)» parCn.Domitius Calvinus (1), dans le cours de sa campagne contre les Cérétans (2), monnaie où la légende OSCA, explicative du type, accompagne la tête qui décore constamment Vargentum oscense. Peut-être même Osca était-il le dieu ou le héros éponyme commun de la population indigène de l'Espagne^, dont les derniers descendants, dans le pays basque, se donnent encore à eux-mêmes le nom d'Esques ou Eusques. M. de Saulcy et M. Delgado admettent que l'expression à^argentum oscense était un simple synonyme d' « argent ibérien » . Cependant il faut remarquer la persistance du type propre aux monnaies celtibériennes sur les pièces de cuivre à la légende latine de la ville d'Osca, qui sont postérieures, et jusque sur celle que cette ville frappa à l'effigie impériale, comme municipe, du règne d'Auguste à celui de Caligula (3). Cette permanence aussi tardive du type de Vargentum oscense ne se remarque au même degré que dans un

(1) Eckhel, D N, t. V, p. 203 ; Cohen, M C, pi. XVII, Dotnitia, n- 7.

(2) d:o Cass. XLVIII. 42 ; Vell. Paterc. II, 78.

(3) Eckhel, D N, t. I, p. 53; Aloïs Heiss, Monn. ant. de l'Espagne, p. 157-59, pi. XIII, n°s 9-14 et 16-18 ; XIV, n-^ 19, 23, 24, 26 et 27.

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