II
imposait aux foederali de l'Italie et aux colonies de droit latin de fabriquer l'as d'une demi-once, tandis qu'ellemême frappait encore l'as d'une once. A plus forte raison, elle avait dû imposer cette règle aux populations indigènes de l'Espagne, soumises à son empire, et par suite l'objection que Ton avait cru pouvoir soulever tombe d'elle-même. Au reste, comme cette monnaie d'argent et de cuivre des cités de l'Espagne Citérieure était exactement conforme à l'étalon officiel romain, quand on cessa de la frapper, elle ne fut pas pour cela démonétisée et retirée de la circulation. Ces espèces avaient encore cours dans le pays cent ans plus tard, au temps du second triumvirat (1). En effet, le denier romain de Domitius Calvinus, qui en copie la tête, est de /jO avant J.-C, et l'imitation des bronzes de cette série est manifeste dans les pièces de cuivre à la légende HISPANORVM , frappées en Sicile par les troupes espagnoles au service de Sextus Pompée (2).
(1) Cependant, dès le commencement du i"' siècle avant l'ère chrétienne, les deniers ibériens ne formaient plus qu'une faible part dans le numéraire d'argent circulant en Espagne. Dans le dépôt de Cazlona, enfoui vers 9i av, J.C. (Mommsen, Atin. de l'Inst. anh. 1863, p. 11-15; M H, t. II, p. 124 et s.), il y avait huit de ces pièces, des plus anciennes et des plus récentes, déjà usées, contre 682 deniers romains et un victoriat. Les deniers ibériens paraissent avoir été absents des trésors de deniers romains découverts à Oliva (l'enfouissement en a été environ contemporain de la Guerre Sociale : Mommsen, Aun, de Fins. arch. 1863, p. 15-22; M U, t. II, p. 126-131), à Pozoblanco (enfouissement delà môme époque que celui d'Oliva : Mommsen, M R, t. II, p. 130-132) et à Cordoue (enfoui vers 38 av. J.-C). Le dépôt dé Livia, enfoui vers 43 (Mommsen, M R, t. II, p. l-i4 et s.), renfermait un ancien denier ibérien avec 982 deniers romains et un victoriat (Aloïs Heiss, Monn. ant. de rEspagne^ p. 155), et celui de Fuente-Alamo, datant de la même époque, 1260 deniers romains et un ibérien (Aloïs Heiss, /. c).
(2) Voy. Aloïs Heiss, Ann. de la Soc. franc, de numismatique, t. III, p. 279 et s., pi. XVIII.
Des observations qui viennent d'être faites il résulte que cette série monétaire, si nombreuse et dont les produits sont si abondants, a vu sa fabrication limitée à une période de 63 ans au plus. Ici encore, comme dans la Première Macédoine, il est évident qu'elle n'a pas été seulement permise, mais encouragée et favorisée par l'autorité romaine^ et qu'elle est en rapport avec les riches mines d'argent du pays. Nous relèverons, dans le cours de cet ouvrage, un très-grand nombre de faits qui prouvent que, en général, les gouvernements antiques, suivant le principe qui fut plus tard celui de la monarchie espagnole au Mexique et au Pérou, quand ils possédaient des mines iPor ou d'argent sur leur territoire^ n'en laissaient exporter les produits par le commerce que sous forme de monnaie, afin de bénéficier de la plus-value que le métal monnayé a toujours sur le métal en lingots. Les deniers espagnols n'avaient pas cours légal hors de la province, mais le commerce les enlevait comme marchandise métallique, et il est probable que c'est seulement sous cette forme que la sortie de l'argent du pays était permise, à destination d'autres contrées que l'Italie. Ce monnayage indigène ne devait, du reste, être toléré dans de semblables conditions qu'avec un partage de ses bénéfices par l'autorité romaine. L'uniformité qu'on y remarque dans les pièces, avec des légendes très-difi'érentes, donne même le droit de douter qu'elles aient été réellement frappées dans les diverses cités dont elles portent les noms ; ou tendrait plutôt à croire que la fabrication en aurait été concentrée dans un petit Qombre d'ateliers voisins des mines. Or^ dès l'an 160, il était de notoriété publique jusque dans l'Orient que c'étaient les Romains qui avaient mis la main directement sur les mines d'or et d'argent de l'Es-
pagne et qui en tiraient d'immenses profits pour leurs finances publiques (1). On pourrait donc admettre que c'étaient eux-mêmes qui, gardant pour eux le bénéfice du monnayage, fabriquaient pour les peuples de l'Espagne ces monnaies qui devaient ensuite rentrer dans leurs caisses à titre de tributs. En donnant au numéraire fabriqué ainsi par eux dans la province, avec le métal de ses mines, la forme d'une monnaie indigène, au nom des cités, les Eomains faisaient prendre plus aisément aux Espagnols l'habitude du système du denier et de l'as, devenu ainsi pour eux national, et flattaient leur amour-propre par une attention que n'avait pas eue le gouvernement de Carthage. Quand il s'était agi d'enlever l'Espagne aux Carthaginois, Kome avait dierché à donner au rôle de ses troupes un caractère libérateur. Pendant la période où nous plaçons l'émission des monnaies dites celtibériennes, les provinces espagnoles se trouvèrent dans une situation politique toute particulière, qui demandait de très-grands ménagements envers les susceptibilités indigènes; le pays n'était qu'imparfaitement soumis, et, en dehors des points où se trouvaient leurs garnisons, les préteurs avaient afifaire à une série de petits peuples simplement tributaires, quand ils n'étaient pas en révolte, ayant leurs propres chefs et leur complète autonomie chez eux. C'était la même condition que celle de la Gaule entre César et Auguste, à l'époque où nous y avons constaté également un grand monnayage d'argent sur le pied romain par les cités indigènes et leurs chefs, monnayage seulement composé de quinaires, tandis que celui de l'Espagne l'est de deniers.
(1) I Macchab. viii, 3.
5 . Lors de la réduction de la Sicile en province romaine, en 241 avant J.-C, les Mamertins de Messine demeurèrent dans la condition d'alliés italiques, où leur admission avait été la cause de la première guerre punique, et Tauroménium reçut le même titre en 212, après la prise de Syracuse. tJn certain nombre de villes grecques furent déclarées autonomes et exemptes du tribut, comme Ségeste, Centuripae, Alaesa et Panorme, où résidait le préteur. Dans le droit ordinaire des provinces, les villes placées dans ces deux conditions auraient dû avoir, par suite de leur position légale, la licence de monnayage municipal, pour l'argent aussi bien que pour le cuivre. Mais le Sénat avait résolu d'appliquer à la Sicile la règle établie pour l'Italie depuis que Rome s'était mise à frapper des deniers, l'interdiction de toute fabrication de monnaie d'argent autre que la monnaie d'Etat de la République souveraine (voy. le g 5 de ce chapitre, et livre Vil, cbap. m, § 2), Les villes exceptionnellement favorisées de la province n'eurent donc la permission que d'émettre de la petite monnaie de cuivre (1), qu'elles fabriquèrent d'après l'ancien système indigène, lequel se coordonnait facilement avec le système romain de l'as et du denier, la litra de cuivre sicilienne, à son dernier état de réduction, équivalant au dixième du sesterce (2) (voy. livre VII, chap. i, § 1 ) ; Syracuse fit de même pendant plus d'un siècle et demi après la chute de son indépendance (3). Le monnayage des villes que nous avons nommées sous la domination romaine, et dans ces conditions de restriction, fut
(1) Mommsen. M R, t. III, p. 23o.
(2) Mommsen, A/ fi, 1. 1, p. 118.
(3) Barclay Head, Coinage of Syracuse, p. 75 et s.
assez abondant; les produits en sont toujours à légendes grecques, sauf à AlsBsa (1) et à Assorus (2), où la langue adoptée, au moins à partir d'une certaine époque (3), fut le latin. A côté de ce monnayage municipal, il j eut un monnayage de cuivre provincial, du système romain, émis par les autorités romaines {h). Les questeurs de la province (5) émettent, en y mettant leur nom en entier ou en abrégé, des as, des semis et des quadrans, ayant au droit les têtes des mêmes divinités que sur les pièces correspondantes de la série d'État romaine (livre VII, cbap. ii, § 3), sauf que la tête d'Apollon ou celle de Cérès se substitue quelquefois à celle d'Hercule sur le quadrans; au revers, le nom du magistrat romain , dans une couronne, occupe le champ, ou bien il accompagne le symbole particulier choisi par ce magistrat; plusieurs ont adopté le même type, d'un soldat armé de pied en cap. Lorsqu'il y a sur ces monnaies l'indication d'un lieu d'émission, c'est le monogramme grec contenant les premiers éléments du nom de Panorme, monogramme qui se rencontre aussi sur
(1) Catal. of gr. coins in theBrilish Muséum, Sicily^ p. 28.
(2) Ibid. p. 31.
(3) A Alœsa, les légendes latines n'apparaissent qu'au moment, dont la date est encore indéterminée, où la ville fut faite colonie romaine ; comme ville autonome et immune sous les Romains, elle avait d'abord monnayé avec des légendes grecques.
(4) Eckhel, D N, t. I, p. 233 et s.; Fr. et L. Landolina Paternô, Monografia délie monete consolari sicule. Naples, 18S2; Fr. Landolina Paternô, Lellera al Riccio intorno ad alcune monete romano-sicule, Catane, 1853 ; Momnisen, M /?, t. 111, p. 237 et s.; Catal. of yr. coins in the Brit. Mus. Sicily, p. 124-129.
(5) Le seul des magistrats romains nommés sur ces monnaies qui ait ajouté son titre, M'. Acilius, se qualifie de questeur : Cohen, M G, pi. XL VI, Acilia, no 2 ; Mommsen, M 71, t. II, p. 59.
les autonomes de la ville. Au lieu de porter le nom du questeur, les as , semis et quadrans les plus anciens , ceux qui forment la tête de la série, ont au revers, dans une couronne, un grand monogramme composé des lettres nOR (1), initiales du nom de Porlus, qui paraît avoir été l'appellation adoptée en latin pendant quelque temps, comme traduction du grec Ilavopp; (2). Ainsi, durant une bonne partie de la période républicaine, après la conquête, l'atelier de Panorme émit simultanément un double monnayage^ municipal à légendes grecques, dans le système de la litra sicilienne, provincial à légendes latines, au nom des fonctionnaires romains et dans le système de l'as.
La combinaison du droit de monnayage municipal autonome, restreint aux seules espèces de cuivre, qui fut^ comme nous venons de le voir, appliquée d'abord aux villes privilégiées de la Sicile, devint, lors de la formation des provinces de Macédoine, d'Acliaïe et d'Asie, le droit commun des villes grecques. Ou du moins celles à qui l'on accorda la permission de battre monnaie ne la reçurent que dans ces conditions, car, quelque nombreuses que soient les villes qui ont battu monnaie avec toutes les formes extérieures de l'autonomie , mais seulement en cuivre, dans ces provinces sous la domination romaine et avant l'empire, leur liste offre des lacunes trop nombreuses et trop significatives pour que l'on ne reconnaisse pas qu'il fallait une autorisation spéciale des gouverneurs, que le droit n'était pas absolu. En dehors des quelques cités plus privilégiées, comme Athènes et celles qui ont été énumérées au commencement de la section 2 de ce §,
(1) Eckhel, D iV, 1. 1, p. 234.
(2) Moramsea, M R, t. III, p. 238.
lesquelles monnayaient l'argent parce qu'elles étaient considérées comme entièrement libres et alliées, une concession de ce genre, d'un droit monétaire inférieur et restreint, correspondait bien à la condition normale des villes grecques, soumises à un lourd tribut et placées sous l'autorité directe du gouverneur de la province, mais en même temps possédant une autonomie restreinte qui leur laissait la possibilité de se gouverner elles-mêmes dans leur administration intérieure, sauf une haute surveillance qui intervenait quelquefois, même dans ces affaires privées (1).
' 6. Le principe adopté dans l'organisation de la province d'Achaïe avait été l'isolement des villes grecques, dont on avait dissous toutes les Ligues ; il n'y avait donc pas d'institutions régionales, et le seul lien d'unité de la province était dans l'autorité du gouverneur romain, étendue sur tous. Dans cette situation, il ne pouvait pas y avoir lieu à un droit monétaire pour la province envisagée comme corps. Il en fut autrement en Macédoine et en Asie, provinces qui jouissaient d'une véritable personnalité légale.
Nous manquons de documents précis pour déterminer jusqu'où allaient l'autorité et l'indépendance administratives du KOINON MAKEAONflN, dont le nom est inscrit sur des monnaies de l'époque impériale (2), Mais une mention de
(i) Cette position légale des villes grecques a été définie de main de maître par M. Momrasen, à propos de la province d'Achaïe : Hist. rom. t. IV, p. 349.
(2) Mionnet, t. I, p. 4S8 et s., 5o4-b62; Suppl. t. III, p. 8-14, 223-231,
ce genre suffit à établir l'existence d'institutions provinciales indigènes , d'une sorte d'assemblée délibérant sous la direction du gouverneur romain et ayant part à l'administration. La Communauté des Macédoniens, organisée dans la province que l'on établit en 146 av. J.-C, après la défaite de Philippe Andriscos, fut mise en possession d'un droit monétaire, qui s'étendit même pendant un demi-siècle environ à la fabrication d'espèces d'argent.
Il existe une assez riche série de pièces d'argent et de bronze qui portent le nom du peuple des Macédoniens, MAKEAONflN. Eckhel (1) les a rapportées à l'époque des derniers rois de Macédoine, dont les petits bronzes portent des types analogues à ceux qui y prédominent ; cette opinion a été adoptée parla généralité des numismatistes, et c'est celle que tout dernièrement encore M. Bompois a défendue dans une importante monographie de ces monnaies (2). Elle me paraît pourtant devoir être absolument rejetée. A mes yeux, les pièces de la légende MAKEAONflN n'ont pu être frappées qu'après la formation de la province romaine ; elles font suite à celles des quatre Confédérations formées après la bataille de Pydna, au lieu de les précéder historiquement.
J'ai déjà indiqué plus haut (dans ce chapitre, § 1,4) les raisons de droit public qui ne me permettent pas d'admettre que les rois de Macédoine, dont la monarchie était si forte et si concentrée, aient pu laisser se produire un monnayage commun, au nom du peuple, à côté de leur
(1) D iv, t. II, p. 61.
(2) Examen chronolugique des monnaies frappées par la Communauté des Macédoniens, Paris, J876.
monnayage royal. Quant aux preuves de la date que j'assigne à la série en question , elles me paraissent nombreuses et probantes. Les tailles d'argent que nous y constatons sont le tétradraclime, le triobole et le triliémiobole du poids attique, qui depuis Alexandre était le seul en usage dans ce pays. Mais entre le tétradraclime et le triobole nous rencontrons une pièce intermédiaire, qui ne rentre plus dans les divisions normales du système attique (1); or, son pbids est celui du victoriat romain (livre VU, cliap. m, § h), qui n'a pu s'introduire dans le pays qu'après la conquête. Un des bronzes les plus remarquables comme travail (2) porte un grand D latin au-dessus de la légende grecque MAKEAONflN, disposée en deux lignes et occupant le champ du revers. D'autres (3) ne peuvent être séparés des bronzes, identiques de travail et de types, où se lit le nom du questeur romain C. Publilius (h). Enfin, sur les tétradracbmes d'argent, nous voyons à un certain moment s'introduire sans aucun changement dans le type, sans aucun hiatus entre les pièces qui n'ont pas et celles qui ont cette mention, le mot latin abrégé LEG (5).
Le LEOalus que mentionnent ces dernières monnaies peut être un legatus pro praetore, chargé temporairement de l'administration de la province, ou bien un legatus pro quaeslore, comme celui que sur d'autres tétradracbmes au nom des Macédoniens , sur lesquels nous reviendrons dans un instant , désigne l'indication plus complète
(1) Bompois, ouvr, cit. pl.I, n"» 4 ot S.
(2) Bompois, pi. II. n° 16.
(3) Bompois, pi. II, n-20 et 21.
(4) Bompois, pi. IV, 6' catégorie, n" 5.
(5) Bompois, pi. 11, 2* catégorie, n°' 1 et 2.
Là LOI DANS LES MONNAIES ANTIQUES 141
LEGPROQ. L'intervention du questeur dans la fabrication de monnayages faits hors de Kome est aussi indiquée par un simple Q, sans nom propre, sur quelques cistophores (1) et sur un denier et un aureus de 36 à la livre (2), frappés à Yalentia dans le Bruttium (3) lors du retour de Sylla en Italie (voy. le § 7 de ce chapitre et livre VII, chap. m, §5).
La série des monnaies de la Communauté provinciale des Macédoniens a dans le début une physionomie purement autonome, dans l'argent comme dans le cuivre -, les monogrammes qu'on y rencontre sont grecs et paraissent exprimer les noms d'officiers monétaires indigènes. Il y a même une des pièces d'argent (II) où nous trouvons le monogramme composé des lettres in, lequel se trouve également sur des pièces de Philippe V, de Persée et de la Première Macédoine. Ainsi quel'a reconnu M. L. Millier (5), ce monogramme désigne certainement le Zoïle qui a écrit son nom tout au long sur quelques tétradrachmes de Persée, particulièrement remarquables comme art (6) -, il fut maître de la monnaie d'Amphipolis pendant près d'un demi-siècle, et sous les rois eut également une autorité sur les ateliers monétaires de Pella et d'Uranopolis. Bientôt ce caractère tout indigène ne reste plus qu'aux espèces de cuivre-, il y a limitation dans l'autorité monétaire du co7n-
(1) Pinder, Weber die Cistophoren, p. 271.
(2) Cohen, M C, pi. XV, Cornelia, n° 18 ; Mommsen, M R, t. Il, p. 247,
(3) Les types des pièces sont ceux de cette ville.
(4) Bompois, pi. I, n° 4.
(5) Rev. num. 1867, p. 91.
(6) Mionnet, Suppl. t. 111, p. 257, n- 689 et 690, pi. XI, n» 4.
mwne macédonien. Les tétradrachmes continuent toujours à porter la légende nationale MAKHAONflN, mais c'est le questeur ou le proquesteur de la province qui dirige leur fabrication et qui y met sa marque. Déjà un peu auparavant (1), la monnaie questoriale avait fait son apparition à côté de la monnaie du commune indigène , sous la forme d'espèces de cuivre portant, aveclenom des Macédoniens, celui du questeur écrit en grec, MAKEAONHN TAMIOT TAIOT nOnAlAIOT, MAKEAONnN TAMIOT AETKEIOT ct)OAKINNIOT (2). A dater du moment où la marque latine de l'officier de finances romain commence à se montrer sur les tétradrachmes, on ne frappe plus de monnaies d'argent de tailles inférieures. Peut-être est-ce aux premiers temps du régime du nouveau règlement monétaire indiqué par ces différents changements, et dont la date peut être approximativement dix ou quinze ans après la création de la province, qu'il faut attribuer certaines pièces d'un billon de bas titre (5) qui paraissent avoir remplacé les petites pièces d'argent comme monnaies divisionnaires supérieures au cuivre. Ces pièces de billon présentent des monogrammes grecs de magistrats responsables, sans doute de ceux que déléguait le commune indigène, et la fabrication en fut évidemment très-peu prolongée.
Les premières émissions des tétradrachmes à la légende MAKEAONflN, jusqu'à ceux où se montre le mot latin LEG, paraissent s'être suivies avec assez de continuité et
(1) Les pièces des questeurs C. Publilius et L. Fulcinnius, d'après leur style, appartiennent manifestement aux premiers temps de la réduction du pays en province romaine.
(2) Bompois, pi. IV, 6* catégorie, n"' 1-8.
(3) Bompois, pi. IV, 5® catégorie, n° 1.
pendant un temps assez court. Toutes ces pièces, ayant sur le droit le buste d'Artémis au centre du bouclier macédonien, forment un groupe d'une étroite unité. Mais, comme Ta montré M. Mommsen (1), ce monnayage provincial n'était plus de droit absolu ; il dépendait du l)on plaisir de la puissance souveraine et ne pouvait avoir lieu qu'en vertu d'une autorisation spéciale et temporaire du gouverneur. Par suite, il ne se produisait que par intervalles, suivant les besoins administratifs et surtout militaires (voy. le § 7 de ce chapitre). Aussi tous les caractères du style indiquent-ils un hiatus d'une quarantaine d'années entre le premier groupe de tétradrachmes au nom des Macédoniens, dont je viens de parler, et un second, où les types sont autres, d'un côté la tête d'Alexandre divinisée, de l'autre les insignes de la questure placés au milieu d'une couronne. Sur ces nouveaux tétradrachmes, on lit encore la légende grecque MAKEAONflN, mais en même temps toujours des noms d'officiers romains^ écrits en latin (2). Les plus nombreuses de ces pièces (o) , frappées dans les trois ateliers d'Amphipolis, de Thessalonique et de Pella (4), portent au revers le nom AESILLAS Quaestor et quelquefois au droit l'indication abrégée du gouverneur dont il dépendait, C/E. PR, On ne sait comment compléter
(1) MR, t. m, p. 282.
(2) Friedlânder, Zeitschr. f. Num., t. III, p. 177-182; Bompois, pi. V, 7* catégorie, n<" 1-6.
(3) II y a une drachme qui y correspond : Bompois, pi. V, 7° catégorie, no 7.
(4) Les deux premières de ces villes sont indiquées par les lettres A et 0, la troisième, comme au temps des quatre Confédérations et sur les cuivres du questeur C. Publilius, par le monogramme BOT, de laBottéatide.
le nom de ce dernier personnage, mais en tout cas il est antérieur à Sylla, puisqu'il porte le titre de FRaetor et non celui de propréteur. D'autres tétradrachmes, sortis exclusivement de l'atelier de Thessalonique, ont au revers SVVRA LEGatus PRO Quaestore. On ne saurait hésiter à reconnaître ici, avec l'illustre Borghesi (1), Bruttius Sura, légat de Sentius Saturninus, gouverneur de la Macédoine de 89 à 87 avant Jésus-Christ. Ceci date nettement ce groupe monétaire, encore très-un et resserré dans un court espace de temps. C/E. PR est le prédécesseur de Sentius Saturninus dans le gouvernement de la Macédoine, et rémission de tétradrachmes au nom des Macédoniens, que ces deux préteurs successifs ont fait faire sous la direction, l'un de son questeur, l'autre de son proquesteur, a eu pour objet déparer aux nécessités financières qui fondaient sur eux de tous côtés, par suite de l'invasion de Mithridate en Europe et des attaques que depuis l'année 92 avant Jésus-Christ il n'avait cessé de provoquer contre la Macédoine pour se frayer la voie, incursions des Thraces et révolte du prétendant Euphène. Ayant à faire face à ces dangers, tandis que l'Italie était en proie à la Guerre Sociale et aux dissensions civiles, les préteurs de la Macédoine étaient alors obligés, comme Sylla le fut bientôt après en Grèce et en Asie Mineure (voy. le § 7 de ce chapitre), de trouver dans le pays les ressources métalliques qui leur étaient nécessaires et de créer la monnaie destinée à la paye de leurs troupes ainsi qu'au service de leur intendance.
Que la province d'Asie ait possédé sous l'autorité de la
(1) Osserv. numism. déc. XVI, 1-i; dans ses Œuvres complètes, t. II. p. 236 et s.
Hépublique romaine une monnaie d'argent régionale, d'apparence entièrement autonome au début, et que cette monnaie ait été les cistophores (voy. livre Vï, chap. ix, à ce mot), c'est un fait aujourd'hui si bien établi que M. Pinder (1) et M. Mommsen (2) ont même admis que les cistophores avaient été créés seulement à la formation de la province romaine, en 133 avant Jésus-Christ. J'ai déjà dit (dans ce chapitre, §1,5) que je ne partageais pas cette manière de voir, que je croyais que la fabrication des cistophores avait commencé sous les rois de Pergame et s'était seulement continuée sous les Romains; j'y reviendrai encore plus tard. Quoiqu'il en soit, du reste, le débat ne peut plus porter que sur ce point, et il est incontestable que la grande majorité de ces pièces d'argent date du temps de la domination romaine. Les cistophores ont une grande analogie avec les produits du monnayage fédéral de la Ligue Achéenne et de la Ligue Lycienne. Ce sont de même des monnaies d'un type et d'un poids uniformes, destinées à circuler indifféremment dans toute l'étendue du pays, quel que fût leur lieu d'émission. Ils ne sortent pas d'un atelier central; mais, au contraire, un certain nombre de villes les frappent, en y inscrivant leur nom en abrégé (3),
(1) Ueber die Cistophoren, p. 5S2.
(2) M R, t. I, p. 63 et s.; t. UI, p. 301 et s.
(3) Ces villes sont :
En Mysie :
Parion. ' Pergame.
Adramytlion Atarnée (?).
En Lydie :
Sardes. Tralles.
Thyatira.