‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 17 sur 54 · II. dO · texte numérisé non relu

II. dO

nement avaient leur cours limité à la Phrygie. Nous l'avons déjà dit, les circonscriptions monétaires ne correspondaient pas toujours exactement aux limites administratives des provinces.

g 4. — Monnayage des provinces sous l'empire.

1. ce Le denier romain, dit M. Mommsen (1), était, dès le temps de la Eépublique, la seule monnaie ayant cours indistinctement dans tous les pays soumis à la domination de Rome, tandis que les monnaies des provinces ne circulaient légalement que dans celles pour lesquelles elles avaient été frappées : ainsi le denier romain avait cours aussi bien en Italie qu'en Espagne et en Syrie, tandis que la monnaie provinciale frappée pour TEspagne n'était pas acceptée en Syrie, pas plus que les pièces de la Syrie n'étaient acceptées en Espagne. Et lorsque nous voyons dans l'histoire qu'Auguste rendit les monnaies, les mesures et les poids romains obligatoires dans toute l'étendue de l'Empire (2), ceci veut dire seulement qu'il ordonna que tous les comptes publics et tous les tarifs fussent faits et dressés d'après le système romain; car, d'une part, il y avait déjà longtemps que le denier circulait dans les pro^ vinces, et, d'autre part, Auguste ne supprima pas les monnaies provinciales et locales. Les inscriptions trouvées dans l'Asie Mineure et dans lesquelles il n'est pas fait mention, autant que nous sachions, d'une autre espèce de

(2) DioCass. L.II, 30.

monnaie d'argent que du denier, nous en fournissent la preuve. Une remarquable inscription de Cibyra (1) le prouve encore mieux. Après avoir désigné une somme en drachmes de Rhodes, elle en donne immédiatement l'équivalent en deniers romains. L'Egypte est la seule province romaine qui fasse exception à cette règle générale. Il paraît que, au moins jusqu'à l'époque de Dioclétien, les comptes publics continuèrent à y être réglés en drachmes et en oboles. »

Sous rEmpire,il faut distinguer trois sortes de monnaies, d'Etat, provinciales, municipales et locales. Il sera parlé de la monnaie d'Etat au point de vue légal dans le § 8 de ce chapitre. Nous nous bornerons donc ici à jeter un coup d'œil sur les rèdes dont les deux autres sortes de monnaies révèlent Texistence et l'application, en renvoyant au livre VII, chap. iv, § 4, pour l'exposé détaillé des faits, classés dans Tordre géographique .

2. Il n'y a de monnaies provinciales d'argent qu'en Orient, dans les provinces où les habitudes de la population tiennent encore au système grec de la drachme. Le gouvernement impérial frappe alors des monnaies taillées sur l'étalon de celle des drachmes helléniques à laquelle les indigènes sont habitués, mais en modifiant plus ou moins cet étalon pour le mettre dans un rapport exact avec le denier, seule monnaie officiellement adoptée pour la comptabilité publique dans tout l'Empire.

Le plus souvent, la monnaie d'argent fabriquée ainsi pour le service d'une province déterminée est une monnaie

(1) Corp. inscr.graec. n° 4380.

purement impériale, qui n a de local que son type et son système de poids particulier. Le nom de la province n'y apparaît pas, car l'émission est faite au nom du souverain, au nom du gouvernement central, et le monnayage ne porte en rien le caractère d'une autonomie indigène.

Tel est le cas des séries les plus nombreuses et les plus importantes, de celles qui étaient fabriquées pour les provinces les plus riches et les plus populeuses, pour les provinces qui auraient pu compter politiquement d'une façon considérable dans l'Empire. Citons avant tout l'abondant monnayage d'argent à bas titre et de cuivre, sorti de l'atelier d'Alexandrie pour la circulation particulière de l'Egypte (1) ; citons aussi les drachmes émises à partir de l'an 17 ap. J.-C. , date de la réunion du pays à l'empire, à Césarée de Cappadoce (2) ; le nom de la ville n'y est inscrit qu'à partir de Septime Sévère, et toujours sous la forme KAICAPeiA ou KAICAPeiAC, qui n'implique qu'une simple indication de lieu d'émission, tandis que sur les bronzes contemporains nous avons le nom des habitants au génitif pluriel, KAICAPGCON, ce qui dénote le monnayage municipal des gens de Césarée. La nombreuse série des tétradrachmes d'argent fortement allié, que l'atelier d'Antioche fabriquait pour la Syrie, est aussi dans le même cas (3) ; le nom de la ville n'y figure qu'à partir des deux Philippe, et encore sous la forme d'une pure indication

(1) Eckhel, D N, t. IV, p. 26 et s.; Mionnet, t. VI, p. 45-514 ; Suppl. t. IX, p. 24144; Fenardenl, Egypte ancienne, Domination romaine, Paris, 1873; Momrasen, MR, t. III, p. 332 et s.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 187 et s.; Mionnet, t. IV, p. 408-437; Suppl. t. VII, p. 660-709; Mommsen, M R, t. III, p. 314.

(3) Eckhel, D N, t. III, p. 287 et s.; Mionnet, t. V, p. 170-191 ; Suppl. t. VIII, p. 131-139 ; Mommsen. M /?, t. III, p. 319 et s.

d'atelier, ANTIOXIA. Il est également impossible de contester la nature de monnaie purement impériale frappée seulement sur un pied particulier, différent de celui de la monnaie générale de l'empire, en vue de convenances locales, pour la série, si bien étudiée par M. Pinder (1)^ des tétradrachmes d'argent impériaux à légendes latines de TAsie Mineure, qui continue sous l'empire la série des cistophores, mais avec des types différents. L'aire de circulation de ces espèces n'était pas restreinte à la province d'Asie, mais s'étendait aussi certainement à la Bithynie, à la Pamphylie et à la Galatie. 11 n'y a pas eu pour leur fabrication un atelier unique et constant^ mais, au contraire, il est manifeste que, suivant les époques, les tétradrachmes impériaux en question ont été frappés dans différentes villes des provinces qui viennent d'être nommées, par exemple à Ephèse, à Sardes, à Nicomédie, à Perga. Mais ce n'est que d'après les indices de fabrique, de style et surtout d'après les types que l'on peut arriver pour quelques-uns à une détermination d'origine de ce genre. En fait de marque de lieu d'émission, l'on ne trouve que le mot SARD sur un tétradrachme d'Hadrien et un monogramme contenant les premières lettres du nom d' Ephèse en grec sur les didrachmes et les drachmes que Néron et Vespasien essayèrent un moment de substituer aux tétradrachmes (2). Les mots COMmwne ASIAE qui accompagnent l'image du temple de Rome et d'Auguste sur les tétradrachmes de plusieurs empereurs, comme ceux de COM-

(1) Ueber die Cistophoren und iiber die Kaiserlichen Silbermedaillons der rUmischen Provinz Asia, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 18S5; voy. aussi Mommsen, M fi, t. III, p. 302.

(2) Eckhel, D N. t. IV, p. 279; Pinder, p. 576 et s.; Mommsen, Af fi, t. m, p. 307.

mune B\T hyiiiae écrits auprès du même temple sur des tétradrachmes d'Hadrien, se rapportent à l'organisation du culte des temples augustaux de Pergame et de Nicomédie, desservis chacun par la Communauté de l'une des deux provinces (1), et non à l'intervention de ces Communautés dans le monnayage. La preuve en est dans la pièce qui fait lire à côté du temple la légende plus étendue Senalus Populusqiie Roma?ius, COMmune B\Thyniae; elle a trait au culte et à la construction du temple, comme celle qui accompagne la représentation d'un arc de triomphe sur un tétradrachme de la même série, à la tête d'Auguste, Senatus Popuhisque Romanus SIGNIS RE- CEPTIS.

Le nom de la province et de son peuple n'est pas non plus prononcé ; les légendes, rédigées exclusivement en grec, sont exclusivement impériales, sur les deniers frappés en Lycie après la suppression de la Ligue Lycienne et la réduction du pays en province, sous le règne de Claude (2). Ces pièces ont au revers l'ancien type national de la lyre d'Apollon ou de deux lyres, et la fabrication s'en est continuée jusque sous Trajan. Comme, malgré leurs légendes grecques, ce sont des deniers impériaux du même poids que ceux de coin romain, elles ont été admises dans tout l'Empire sur un pied d'égalité avec eux et ont circulé jusqu'aux bords du Danube et enGrermanie (3).

Sous les règnes de Marc-Aurèle et de Commode, après la conquête de l'Osrhoëne et de la Mésopotamie septen-

(1) Diod.Sic. LI,20.

(2) Eckhel, D N. t. III, p. 1; Mionnet, t. III, p. 430 et s.; Suppl. t. VII, p. 1 et s.; Mommsen, M R, t. III, p. 311.

(3j Mommsen, MB, t. III, p. 312.

trionale dans la campagne de Lucius Yérus contre les Parthes, ou fabriqua, probablement dans l'atelier d'Edesse, une série de petites pièces d'argent de poids assez irréguliers, mais se rapprochant du système des drachmes frappées à Césarée de Cappadoce ; elles étaient destinées à la circulation spéciale de la nouvelle province (1). Les légendes en sont grecques ; elles ont d'un côté la tête et le nom de Marc-Aurèle, de Faustine, de Lucius Vérus, de Lucille ou de Commode, au revers des types variés, mais toujours avec la lé2;ende YneP NIKHC PCOMAICON ou YneP NIKHC TCON KYPICON CGBaGTâiv.

Sont encore purement impériales, sans mention d'autorités locales de province ou de ville, certaines espèces d'argent de poids grec, qui ont été destinées aune circulation provinciale^ mais frappées en moins grand nombre, qui ne constituent pas des séries continues et apparaissent seulement d'une manière exceptionnelle et temporaire. Tels sont les tétradrachmes de Yespasien et les didrachmes de ses fils, associés par lui à l'Empire, frappés en Cypre avec des légendes grecques (2); un tétradrachme à -légende latine frappé sous Tibère en Pamphylie (3), avant l'entrée de cette province dans la circonscription où circulaient les pièces continuant la série des cistophores ; enfin les drachmes de Trajan en Cyrénaïque {li).

Ces faits sont d'autant plus importants au point de

(1) Eckhel, D N, t. III, p. S20 et s.; Mionnet, t. V, p. 638 et s.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 83; t. IV, p. 419 ; Mionnet, t. III, p. 672 et s^ Suppî. t. VII, p. 305; Mommsen, M R, t. III, p. 327 et s.

(3) Eckhel, D N, t. VI, p. 161.

(4) Eckhel, D iV, t. VI, p. 443; Duchalais, Rev. num. 1851, p. 101 ; L. Muller, Num. de l'anc. Afrique, t. I, p. 172, n"» 4i3-445 et 448.

vue de l'étude des conditions de droit public et de la législation monétaire, que plusieurs des provinces dont nous venons de constater l'existence d'un monnayage d'argent purement impérial, bien que destiné aux besoins régionaux, nous offrent parallèlement un monnayage provincial de cuivre, fait au nom du Koivov de la province. C'est le cas delà Bithynie (1) et de Cypre (2). Tout en se réservant dans ces provinces la fabrication exclusive de la monnaie d'argent provinciale, l'Empereur y abandonnait le cuivre à la direction de l'assemblée de la Communauté des indigènes, de même que dans la monnaie d'empire il avait laissé ce métal à l'autorité du Sénat (voy. le § 8 de ce chapitre) . Deux autres pays nous offrent un monnayage exclusivement de cuivre émis sous les empereurs et avec leurs effigies, mais au nom du Commune indigène : c'est la Macédoine (3), oii l'on ne frappe plus désormais de mon-

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 403 ; Mionnet, t. Il, p. 410. — C'est Hadrien qui donna un droit monétaire à la Communauté de la province natale de son cher Antinous. Auparavant, les monnaies provinciales de cuivre en Bithynie avaient été fabriquées comme monnaies de l'Empereur, portant avec la formule è7tt...àv6uuàTou, sous le proconsulat de iV, qui a le caractère d'une date, les noms des proconsuls, et du procurateur sous Vespasien, qui avait momentanémeni modifié l'administration du pays : Eckhel, D N, t. II, p. 400 et s.; Mionnet, t. II, p. 408 et s.

(2) Eckhel, D iV, t. III, p. 84 ; Mionnet, t. HI, p. 671 et s. — En tôte de la série de bronze de Cypre sous l'Empire, nous rencontrons sous Auguste une monnaie proconsulaire à légendes latines.

(3) Eckhel, D N, t. II, p. 64; Mionnet, 1. 1, p. 458 et s., 554-562. — Sur les premières impériales de la Macédoine, jusqu'à Vespasien, on lit d'un côté les noms de l'Empereur et de l'autre le titre de ZEBAZT02 MAKEAONflN, qui semble le qualifier comme « l'Auguste des Macédoniens » ; à partir de Domitien, la légende du revers est KOINON MAKEAONnN.

naie d'argent, et la Thessalie (I ). Par contre, en Judée, nous constatons une fabrication de petites pièces de cuivre purement impériales, destinées exclusivement à la contrée et recevant une forme particulière, pour ménager les susceptibilités religieuses des habitants. Nous avons vu plus haut (dans ce chapitre, §1,4) qu'après Simon Macchabée les princes Asmonéens n'avaient plus frappé que de petitesmonnaiesdebronze, par ménagement pour les susceptibilités des Séleucides. Hérode, leur successeur, ne reçut d'Auguste, comme la plupart des rois vassaux, la permission de monnayage que restreinte au même métal. Lorsque la Judée, à partir de l'an 6 ap. J.-C, fut administrée par un procurateur impérial, l'atelier monétaire national resta en activité. Les procurateurs romains y firent frapper de petites monnaies de cuivre aux mêmes types que celles des derniers dynastes indigènes (2), sans l'effigie impériale, qui répugnait tant aux Juifs ; ces monnaies ne portent, en fait de légendes, que le nom de l'empereur et des années de Tère d'Auguste, commençant en 727 de Rome, 27 av. J.-C; la fabrication s'en continue jusqu'à l'explosion de la grande révolte, sous Néron. Ce sont ces petites pièces de cuivre que l'Evangile appelle Xctttov (3)

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 135; Mionnet, t. II, p. 6 et s. — Jusqu'à Hadrien, la Ligue thessalienne, reconstituée sous César, frappe sa monnaie de cuivre à la façon d'une république simplement vassale de l'Empire ; au droit est l'effigie de l'empereur suzerain, avec son nom, au revers la légende nationale OEZZAACON et le nom du stratège de la Ligue. C'est seulement ensuite que la légende du revers devient KOINON

oeccAAnN.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 497 ; Saulpy, Numismatique judaïque, p. 138 et s.; Numism. de la Terre-Sainte, p. 69-78; Madden, History of jewish coinage, p. 134-IS3; Mommsen, M R, t. III, p. 326.

(3) Luc, XXI, 2.

OU bien xo^pavT-/i; (1), ce qui semble indiquer que dans les comptes officiels elles étaient cotées comme équivalant au quadrans romain (2). Pour le payement de l'impôt sacré du demi-sicle au Temple (3), l'horreur religieuse qu'inspirait toute monnaie avec une effigie humaine devait faire que Ton ne se servait que des anciennes pièces d'argent des Asmonéens, conservées pieusement pour cet objet, et, comme les demi-sicles étaient très-rares par comparaison avec les sicles entiers, les changeurs du Temple demandaient un fort agio pour changer les sicles en demisicles (4). L'Evangile appelle cJt-^paypv et «rrarÀp la pièce employée au payement de cet impôt (5) . Mais, pour le cens à payer au fisc impérial, on se servait des monnaies à l'image de l'empereur (6), tétradrachmes provinciaux ou deniers de coin romain. Ces derniers circulaient abondamment déjà dans le pays au temps de Jésus, et l'Evangile évalue en deniers le prix des choses d'une valeur élevée (7), D'autres prix, minimes, y sont exprimés en as, àccapia (8), et en effet il est probable que ceux de l'atelier sénatorial d'Antioche venaient en grande quantité dans la Judée.

(1) Matth. V, 26; Luc, xii, 42.

(2) Il serait bien difficile d'admettre que les quadrans de l'atelier de Rome venaient circuler jusqu'en Judée ; d'aussi petites monnaies ne voyagent pas d'ordinaire. Dans l'atelier sénatorial établi à Antioche pour le monnayage du cuivre, on ne frappait pas de quadrans,

(3) Joseph. Ant. Jud. XVIII, 9, 1.

(4) Maimonid. De sicl. III, 1. .

(5) Matth. XVII, 24-28.

(6) Matth. XXII, 15-21 ; Luc, xx, 20-2S.

(7) Johan. vi, 17; xii, 5.

(8) Matth. X, 29 ; Luc, xir, 6.

Sous Vespasien, après la prise de Jérusalem, on frappa en Judée les seules monnaies impériales grecques qui portent le nom du pays, et cela pour célébrer sa défaite, les pièces de bronze à la légende lOYAAIAC EAAWKYIAC (1). Elles doivent avoir été frappées dans l'atelier de Césarée, de même que l'aureus de Titus avec la légende latine correspondante IVDAEA DEVICTA (2). Nous avons ensuite, sous Domitien, quelques pièces de cuivre lutines provinciales^ sans les lettres S C, que leur travail et leur provenance constante, de même que leurs types, montrent avoir été frappées à Samarîe ou à Césarée pour circuler en Judée (3). Puis, à dater de ce moment, la Judée ne posséda plus de monnaies provinciales propres ; elle se servit de celles de la province de Syrie.

Dans tous ces faits, on voit assez nettement se dessiner la délimitation des principales circonscriptions monétaires provinciales admises dans l'Empire, et dont la plupart avaient été établies par Auguste lui-même. Comme déjà nous l'avons constaté sous la Képublique, elles ne coïncident pas exactement avec les divisions administratives . Ainsi plusieurs provinces ayant une administration séparée sont réunies pour former la circonscription d'émission et de circulation des tétradrachmes qui se greffent sur l'ancienne série des cistophores . D'un autre côté, des pays placés sous la même administration et dans la même province, comme la Crète et la Cyrénaïque, ont des monnaies

(1) Saulcy, Numistn. judaïque, p. ISS; Numism. de la Terre-Sainte, p. 79 et s.; Madden, Jewish coiiiage^ p. 183.

(2) Cohen, M I, 1. 1, p. 347, n° 45; Madden, p. 190.

(3) Cohen, MI, t. I, p. 430, n" 354 et 355; Madden, p. 197; Saulcy, Numism. de la Terre-Sainte, p. 80-82.

différentes. La Bithynie et le Pont forment une seule province; mais monétairement la Bithynie est agrégée à l'Asie, tandis que le Pont en est distinct. La communauté d'étalon monétaire entre plusieurs de ces circonscriptions de monnaies provinciales, la Syrie, laCappadoceetCypre, est de nature à faire penser que leurs espèces pouvaient en ce cas circuler de l'une dans l'autre, et les dépôts de médailles que l'on découvre viennent confirmer cette hypothèse. C'est peut-être même pour faciliter l'entre-cours monétaire entre ces provinces que l'on n'a permis de frapper que des tétradrachmes en Syrie et des drachmes en Cappadoce : la première de ces provinces était ainsi obligée d'emprunter à l'autre les pièces divisionnaires et la seconde les multiples à la première.

En général, il n'y a qu'un atelier unique et central par chaque circonscription, et il est placé dans la métropole, à Antioche pour la Syrie, à Césarée pour la Cappadoce, à Alexandrie pour l'Egypte. Si la fabrication n'est pas concentrée de la même manière dans la circonscription qui comprend l'Asie avec la Bithynie et la Pamphylie, c'est précisément parce qu'elle comprend plusieurs provinces et que dans celle d'Asie plusieurs villes ont le rang de métropole (1).

3. Les monnaies provinciales d'argent de la Crète ont un caractère différent de celles que nous avons jusqu'ici passées en revue. On y lit le nom de l'empereur, celui du gouverneur romain, celui du peuple de la province, enfin celui de la ville d'émission plus ou moins abrégé, car on

(1) Marquardt, Handb. d. rôm. Al{erth. t. III, 1, p. 139.

en a frappé à Eleutliernse, Gortjne, Hiérapytna, Cydonia et Polyrrhénion (1). En général, ces pièces sont émises au nom des Cretois, KPHTE2, et le nom de l'empereur est au datif de dédicace. La fabrication de ces espèces d'argent n'a eu lieu, du reste, que sous les règnes d'Auguste et de Tibère (2). Après, on ne trouve plus que des monnaies de cuivre ayant au droit l'effigie et la légende impériale, au revers la mention du KOINON KPHTHN ; elles se prolongent jusque sous Caracalla. Lorsqu'une monnaie provinciale d'argent reparaît un moment sous Trajan, elle est toute impériale, avec d'un côté la tête et la légende de l'empereur en latin, de l'autre l'image de la déesse Dictynna et l'inscription Al KTYNNA KPHTHN (3) ; le peuple de la province n'est plus mentionné que d'une manière indirecte, dans la qualification de sa déesse nationale. « Le nom delà Crète se trouvant encore sur les pièces d'argent impériales des premiers règnes, remarque judicieusement M. Mommsen (i), prouve seulement que le gouvernement n'attachait pas grande importance à ce petit Etat^ et qu'il ne croyait pas nécessaire de contrarier, dès le principe, ses tendances à l'autonomie et ses espérances de liberté. »

En Cilicie, province à laquelle on pouvait encore laisser sans inconvénient politique certaines allures de liberté, on va même encore plus loin dans cette voie. Le monnayage d'argent provincial, qui ne paraît avoir jamais été très-

Ci) Eckhel, D N, t. Il, p. 301 et s.; Mionnet, t. II, p. 2S7 et s.; Suppl. t. IV, p. 296 et s.; Mommsen, MR. p. 330 et s.

(2) La pièce analogue du règne de Nerva (Mionnet, t. II, p. 239, n** 9) est fausse.

(3) Mionnet, Stippl. t. IV, p. 297, n° 8.

(4) M R, t. III, p. 349.

nombreux, mais qui se prolonge jusque sous Caracalla, prend la forme d'un monnayage semi-autonome de la ville de Tarse, métropole de la province (1). Si ces pièces ont toujours l'effigie impériale, le nom de la cité y est invariablement écrit au revers, avec le titre qui lui donnait le privilège d'émettre la monnaie pour la province ; on y trouve même quelquefois mentionnée l'Assemblée, KOINO- BOYAION, qui siégeait dans cette ville.

4 . Ceci nous amène naturellement à examiner les faits de monnayage local et municipal pendant la période de l'Empire, et les règles qui en ressortent.

Comme de juste, nous ne rencontrons de monnaies d'argent locales que dans les villes qui ont le titre de libres, autonomes et immunes. Encore toutes celles qui sont dans ce cas ne jouissent-elles pas de ce privilège. Quelques-unes des plus grandes , des plus riches et des plus glorieuses cités qui conservent une autonomie nominale, comme Athènes, Rhodes, Cyzique, n'ont plus la permission d'émettre que des monnaies de cuivre. Les faits de monnayage d'argent par les villes sous l'Empire sont, du reste, assez peu nombreux pour que nous puissions tous les passer en revue (2j.

(1) Eckhel, D iV, t. III, p. 72 et s.; Mommsen, M R, t. III, p. 329.

(2) Il faut, avant tout, retrancher comme fausses les pièces suivantes, qui ont été citées comme exemples de monnayages de ce genre :

Bagae (Lydie), à la tête de Gallien : Mionnet, t. IV, p. 18, n» 92.

Clazomène (lonie), à la tête d'Auguste : Mionnet, t. III, p. 70, n° 77.

Tyr ne cesse la fabrication de ses tétradrachmes d'argent de forme pleinement autonome, sans rien qui rappelle la suprématie impériale, qu'après l'an 183 de son ère locale, 57 ap. J.-C. (1), c'est-à-dire dans les premières années du règne de Néron. Les tétradrachmes purement impériaux d'Antioclie, frappés pour la province de Syrie, dont nous avons parlé tout à l'iieure, ne commencent qu'en 54 de l'ère chrétienne. Auparavant, sous Auguste, la ville d'Antioche, comme municipalité, avait émis en son nom des tétradrachmes à la tête de l'empereur, depuis l'an 25 jusqu'à l'an o6 de l'ère actiaque, c'est-à-dire de o av. J.-C. à 6 ap. J.-C. (2). Ce monnayage avait alors cessé, par une cause qui nous reste inconnue, et Séleucie, succédant au privilège d'Antioche, avait fabriqué des tétradrachmes dans les mêmes conditions (3), de l'an 38 à l'an 54 de l'ère d'Actium (4), par conséquent jusque sous Tibère (5),

La Ligue Lycienne, république seulement vassale de Rome et de l'empereur, continue son monnayage d'argent jusqu'à Claude, qui met fin à sou existence. Seulement,

Séleucie du Calycadnos (Cilicie), à la tête d'Hadrien : Mionnet, t. m, p. 600, n» 294.

Tralles (Lydie), à la tête de Matidie : Mionnet, t. iV, p. 184, n° 1066.

(1) Eckhel, D N. t. III, p. 380 ; Mionnet, t. V, p. 416.

(2) Eckhel, D iV, t. III, p. 272 et 287.

(3) Mionnet, Suppl. t. VIII, p. 188, n» 288.

(4) Mionnet, t. V, p. 276, n° 887.

(5) On a aussi de Tibère un tétradrachme grec qui paraît frappé à Laodicée, où le nom de la ville n'est pas inscrit, mais oîi l'on voit ceux de deux magistrats locaux : Mionnet, Suppl. t. VllI, p. 170, n» 220.

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