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XLVI

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les provinces, effroyiiblement opprimées par l'aristocratie romaine dans les derniers temps de la République. En même temps, on parait à une nécessité économique, en compensant, par ce développement des monnaies locales, l'insuffisance de la monnaie de cuivre d'Empire, dont la fabrication avait été remise au Sénat (voy. le § 8 de ce chapitre, et livre VII, chap. iv, g 1). Il n'y avait, en effet, pour toute l'immense étendue du monde romain, que deux hôtels des monnaies sénatoriaux, l'un à Rome et l'autre à Antioche (voy. dans ce livre, le § 8 du présent clia[)itre, et chap. IV, § 2). Ce n'était pas assez pour produire la masse de monnaie d'appoint de cuivre nécessaire aux besoins de la circulation journalière, des petites acquisitions de la vie quotidienne des millions d'hommes soumis au sceptre de l'empereur • sans compter que les difficultés des communications et la cherté du transport de cette monnaie, essentiellement encombrante, n'eussent pas permis que de Rome et d' Antioche elle se répandît en grandes quantités jusqu''au fond des provinces les plus reculées. Le développement de ce monnayage municipal pour la circulation intérieure de chaque ville répondait donc à un véritable besoin^ du moment que l'empereur ne s'était pas chargé de fournir lui-même la monnaie de cuivre à ses sujets, en la faisant frapper par son autorité dans des ate liers répartis entre les diverses régions.

Mais si la permission du monnayage municipal du cuivre se donnait ainsi avec une extrême facilité, elle ne constituait nulle part un droit existant par lui-même; elle résultait d'autorisations formelles, soumises à de nombreuses restrictions, aune réglementation sévère, et essentiellement révocables. Et sous ce rapport nous n'entrevovons aucune différence entre la condition des villes

déclarées le plus solennellement libres et autonomes, et celle des villes qui ne jouissaient pas des mêmes privilèges. Tout ce que les premières y gagnaient, c'était de pouvoir écrire des titres ronflants de liberté dans les légendes de leurs monnaies municipales. Mais, au point de vue monétaire, il n'en résultait aucun droit réel. Chez les unes comme chez les autres, la suite des monnaies frappées sous les empereurs offre souvent de notables interruptions, révélant des périodes de suspension de la licence de monnayage, que les faits historiques connus par les écrivains et par les inscriptions ne suffisent pas toujours à expliquer. La condition de ville libre ne se traduit même pas par un développement plus grand du monnayage municipal ; il y a certaines cités dotées des privilèges les plus larges et commercialement importantes, comme Byzance et Rhodes, dont la série monétaire au temps des empereurs est singulièrement pauvre à côté de celles de villes qui ne jouissaient pas nominalement d'aussi beaux droits. Notons, du reste, pour achever de bien déterminer la nature des permissions de monnayage, lesquelles devaient être données par l'empereur directement ou en son nom par le gouverneur de la province (voy. ce qui sera dit dans le § suivant, au sujet des colonies), que pour beaucoup de villes elles n'ont été que temporaires et très-courtes. On ferait une longue liste des villes dont on ne possède de monnaies que sous un ou deux empereurs; mais, en général, ce sont des villes de second ou de troisième ordre.

Au reste, pour que la concession de semi-autonomie monétaire, ainsi accordée à l'administration municipale de tant de villes, ne fût pas trop étendue et trop significative pour en marquer l'origine, ainsi que les droits de la souveraineté impériale, une règle presque absolue imposait de

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placer sur la face principale de la monnaie municipale de cuivre l'effigie et le nom de l'empereur ou d'un membre de sa flimille, et le nom et le type de la ville au revers. Bien peu de cités ont dû, comme Athènes, Chios et Massalie (1), au ])restige qui s'attachait à leur nom et à leurs souvenirs, d'être admises à laisser aux monnaies de cuivre qu'elles frappaient une apparence pleinement autonome, n'y mettant que leur nom et leurs types, sans mention du prince qui régnait à Eome et qui les tenait réellement dans sa main.

Le nom vulgaire d'Impériales grecques est, du reste, peu exact et ne correspond pas à la véritable nature de

(1) M. Mommsen {M R, t. III, p. 233) et M. Herzog (Ga///ae A'arfeonensis provinciae romanae historia, p. iQi) croient que tout monnayage cessa à Massalie après la prise de cette ville par Cé?ar, à cause de l'absence de mention des empereurs sur les monnaies massaliotes. Mais ce fut seuleineat le droit de frapper une monnaie d'argent qu'elle perdit alors. Il est incontestable que la fabrication des espèces d'argent de Massalie se prolongea jusqu'à ce moment, et d'un autre côté la série monétaire massaliote se continue longtemps encore après la cessation du monnayage de l'argent, sous la forme de très-petites pièces de cuivre, dont quelquesunes, d'après tous les caractères de la fabrique et du style, appartiennent à une époque avancée de l'ère impériale (La Saussaye, Numism. de la Gaule Narbonnaise, Massilia, n°' 388-421, 423-431). Un exemplaire du n" 429 de M. de La Saussaye, sortant de dessous le coin, a été trouvé à Aix dans l'urne cinéraire d'un tombeau du ii* siècle de notre ère (Saint- Vincens, cité par La Saussaye, Numisra. de la Gaule Narbonnaise, p. 88), et ce n'est pas la plus récente de ces pièces. Sans doute, le privilège dont jouissait ainsi Ma^^salie était unique en Occident; mais il n'y avait pas, non plus, dans cette moitié du monde romain, d'autre ville grecque qui eût conservé de même, malgré tous les droits que César lui avait enlevés, sa qualité de libre et même son autorité sur quelques autres villes (Strab. IV, p. 181), comme Athénopolis (Plin. H i\, III, 4). Aussi Pomponius Mêla (II, 5), sous Claude, almirait-il qu'elle fût demeurée dans cette condition, et au vi® siècle Agathias (1, [>. 12, éd. de Paris) disait qu'elle n'avait cessé d'être grecque que pour devenir barbare.

ces monnaies, qui, malgré la présence obligatoire de l'effigie du souverain^ sont municipales et non impériales. Il importe d'insister sur ce point aujourd'hui qu'en France quelques numismatistes, trop peu érudits s'ils ont un grand maniement pratique des médailles, prétendent, cédant à de mesquines considérations destinées à flatter des goûts de curieux ignorants (1), ramener la numismatique de deux siècles en arrière, reculer d'Eckhel à Vaillant, enlever la série des Impériales grecques de l'ordre géographique des villes pour la ranger sous la rubrique des empereurs. Les formules des légendes de ces pièces déterminent de la manière la plus précise leur vrai caractère (voy. liv. IV, cliap. II). Les noms des empereurs j sont toujours au nominatif, à l'accusatif, cas qui révèle une formule d'honneur, ou au datif, cas dénotant une dédicace, jamais au génitif, qui caractériserait la possession de la monnaie ; c'est, au contraire, le nom de la ville, ou plus souvent de son peuple, qui y est au génitif d'appartenance ; la monnaie est celle des habitants de la ville. Elle ne se frappe donc pas pour le prince et par son autorité, mais par la ville elle-même, pour son compte et sous sa propre garantie. Les agents du souverain donnent seulement la permission et conservent un contrôle. C'est à titre d'honneur, de marque de respect et de soumission, de reconnaissance de la souveraineté, que la tête de l'empereur y est gravée là où figurait dans les temps vraiment libres le buste de la divinité protectrice de la cité. Aussi cette effigieimpériale s'échange-t-elle quelquefois à la même époque

(1) Môme en me mettant au point de vue du pur curieux, je ne saurais comprendre cette tendance. Pourquoi ne serait-on pas aussi flatté de placer dans son médailler une ville rare qu'une tête impériale peu commune ?

contre la tête d'une divinité (1), à Cyzique, par exemple, contre celle de Coré Sotira, ou celle d'un génie protecteur, d'une personnification allégorique du peuple ou du Sénat, AHMOC, rePOYCIA, lePA CYNKAHTOC Je ne connais pas à ce point de vue de monnaie plus intéressante et plus instructive que les tétradrachmes frappés sous Auguste et sous Tibère à Byzance (2). Ils n'ont pas d'autre légende que d'un côtélenom du peuple au génitif, BYrANTinN('mo?inme) des Byzantins, de l'autre la mention du magistrat de la ville, Eni MATPOAnPOY HPOIENOY, sous {la magistrature de) MéLrodore Héroxène; mais la face principale de la pièce offre la tête d'Auguste comme souverain, et le revers celle du roi deThrace Cotys V. Celui-ci n'avait aucune autorité directe sur la ville grecque libre, couverte par le protectorat romain, mais il était puissant et bien vu à la cour de Tempe ■ reur ; ses domaines touchaient au territoire de Byzance ; il y avait intérêt à le ménager, et la cité cherchait à capter sa

(1) Il y aurait un travail de la plus grande importance à faire, et qui n'a jamais encore été même ébauché par personne. Il consisterait à essayer de déterminer et de classer historiquement, d'après les indications du style et les jalons chronologiques précis que fournissent les noms de magistrats locaux existant simultanément sur des pièces de l'une et de l'autre espèce, les monnaies des villes grecques à l'apparence purement autonome qui sont contemporaines de celles aux eflSgies impériales. Le résultat d'un semblable travail établira qu'elles sont beaucoup plus nombreuses qu'on ne le croit généralement et qu'on en a frappé pendant toute la durée de la période où l'on fabriquait les prétendues Impériales grecques. Cette étude réclame, du reste, une grande patience, une critique sévère et minutieuse, et beaucoup d'expérience pratique des monnaies anciennes. Je ne crois pas commettre une indiscrétion en disant que M. E. Muret la poursuit depuis plusieurs années avec zèle et persévérance. Ceux qui ont pu apprécier ce que sa modestie recèle de vraie science savent que personne n'est plus apte que lui à y réussir.

(2) Pellerin, Médailles de rois, pi. IV, n° 3; Eckhel, D N, t. II, p. 59; Mionnet, 1. 1, p. 4i9, W' 149 et loO.

bienveillance par cet hommage monétaire honorifique. Par contre, sur un autre tétraclrachme de la même ville (1), frappé au temps de Tibère, nous voyons d'un côté la tête d'Auguste radiée avec la légende 0EOI 1EBAIT02, de l^autre celle de Livie avec la légende 0EA lEBAlTH, et la mention de la cité n'a plus lieu que sous la forme abrégée BYZ, placée au-dessous de la tête de Livie.

Nous avons vu, du reste, plus haut (dans ce chapitre, §1,5), que la représentation de l'effigie royale sur les monnaies urbaines avait été l'une des conditions deTautonomie monétaire restreinte accordée à beaucoup de villes de la Syrie par Antiochus IV. La présence de cette effigie, quoique la monnaie ne fût pas émise au nom du roi, était un hommage et une reconnaissance de sa souveraineté supérieure. C'est pour la même raison que Mithridate fit mettre sa tête sur les monnaies delà ville de Smyrne, quand il était maître de l'Ionie (2). Il est facile de citer encore un certain nombre d'autres exemples de même nature dans la numismatique grecque entre Alexandre et Auguste. Nous avons ainsi le tétradrachme de Lacédémone dont le droit offre une tête royale, qui est probablement celle d'Antigone Doson (3)^ hommage de soumission rendu au roi de Macédoine après sa victoire de Sellasie. Des pièces d'argent de Carystos d'Eubée portent une effigie encore indéterminée de roi (4), peut-être celle d'Attale 1" dePer-

(1) Cohen, J/J, 1. 1, p. 107.

(2) Mionnet, t. III, p. 217, n° 1210.

(3) Bompois, Etude historique sur les portraits attribués à Cléomène III, Paris, 1870.

(i) Irahoof-Blumer, Zeitschr. f. ISumism. t. III, p. 302 et s., pi. VUI, n" 9 et 10.

game. Les villes autonomes comprises dans les Etats que M arc- Antoine avait donnés à Cléopâtre, Ascalon (1), Béryte (2) , Tripolis (3) , placèrent alors sa tête sur leurs monnaies, et Ascalon mit également sur ses tétradraclimes autonomes celle de Ptolémée Césarion (4). D'autres villes, qui n'étaient pas dans les Etats royaux de Cléopâtre, mais qui faisaient partie des provinces laissées à Antoine par la paix de Brindes, rendirent à la reine d'Egypte l'hommage d'effigie monétaire pour flatter son amant ; ce fut le cas de Patres d' Achaïe (5), de Damas (6) et d' Arados (7); à Nicopolis de Cilicie, son image fut associée à celle du triumvir sur les monnaies municipales autonomes (8), comme aussi à Tripolis de Pliénicie (9) et à Arados (10). On voit que, en imposantl'effigie impériale au monnayage

(1) Saulcy, Rev num. 1874, p. 126; Feuardent, Rev. num. 1874, p. 184 et s.

(2) Feuardent, Egypte ancienne, Monnaies des rois, p. 128.

(3) Mionnet, t. V, p. 397, n° 401.

(4) Feuardent, Rev. num. 1874, p, 184 et s.

(o) Mionnet, t. VI, p. 60o, n° 56 ; Feuardent, Egypte ancienne, Monnaies des rois, p. 127.

(6) Mionnet, t. V, p. 285, n" 23-25.

(7) Mionnet, Suppl. t. VIII, p. 321, n° 408.

(8) Mionnet, t. II, p. 56, n°81.

(9) Mionnet, t. V, p. 397, n"» 402-403. — M. Bompois {Rev. numism. 1868, p. 96) voit, dans la tête de femme associée à celle d'Antoine sur les monnaies de Tripolis, Octavie au lieu de Cléopâtre ; mais les dates des pièces ne permettent pas d'admettre celte attribution. Ce sont les années 23 de l'ère pompéienne de Syrie (42-41 av. J.-C), antérieure au mariage d'Antoine et d'Octavie, puis 30 de la même ère (35-34 av. J.-C), postérieiire à la rupture entre le triumvir et sa femme. D'ailleurs, Tripolis appartenait à Cléopâtre, et celle-ci n'eût pas laissé mettre le portrait de sa rivale sur les monnaies d'une ville qui dépendait d'elle-même comme reine.

(10) Mionnet, Suppl. t. YIII, p. 321, n- 409 et 410.

rriunicipal de cuivre des villes grecques^ on suivait une tradition liellénique dont les premiers exemples dataient du temps des successeurs d'Alexandre (1 ) ; seulement on en

(1) Cet usage remontait môme à une époque antérieure, aux traditions de l'empire des Achéménides. Du moins je demeure convaincu, et j'espère pouvoir prouver d'une manière absolue, dans le chapitre i^'^ du livre IV, que les effigies coiffées de la mitra persique, que l'on voit sur un certain nombre de monnaies de villes grecques de l'Asie Mineure, comme sur les espèces provinciales à la légende BAZIAEOZ (monnaie) du Roi par excellence, c'est-à-dire du Grand Roi (livre VI, chap. iv, § 2), effigies considérées habituellement dans les derniers travaux comme celles de satrapes (voy. principalement Brandis, p. 240 et s.; Barclay Head, Num. chron. n. s. t. XVI, p. 289), sont en réalité des portraits de rois de Perse, qui seuls possédaient le droit d'effigie dans leur empire. Ainsi je n'hésite pas à reconnaître, avec M. Waddington (Mélanges de nvfyiixmalique, t. I, p. 96-100), la tête d'Artaxerxe Mnéraon sur le droit d'un siatère d'or de Lampsaque, sans légende royale, ayant au revers le type constant de la ville (Waddington, ouvr. cit. t. I, pi. VII, no 3).

Un staière de Cyzique nous offre pour type, à titre d'honneur rendu, non à une autorité suzeraine, mais à des -princes avec lesquels ils étaient en amicale^s et étroites relations de commerce et dont la bienveillance était nécessaire à leurs intérêts, l'effigie d'un des rois du Bosphore Cimmérien, coiffé de la tiare conique de feutre qui était leur coiffure caractéristique, et dont les débris existaient encore autour du crâne de celui de ces rois dont la sépulture fut découverte sous le tumulus du Koul-Oba, près de Kertch [Antiquités du Bosphore Cimmérien, t. I, p. 17 et 19). Mais rien ne prouve que cette effigie ait été celle d'un roi vivant, que l'hommage ainsi rendu n'ait pas eu un caractère commémoratif, s'app'iquant, par exemple, au fondateur de la dynastie des monarques bosporitains. Les gens de Lampsaque, qui avaient au fond du Pont-Euxin les mômes intérêts commerciaux que ceux des Cyzicéniens et leur faisaient concurrence sur le marché de Panticapée, ont placé la même tête sur un de leurs statères d'or pur (Sestini, Descr. di stateri antichi, pi. IV, n" 3). L'image de Phanagoras, le fondateur légendaire de Phanagoria, est représentée coiffée de la même tiare conique sur les monnaies de cette ville (De Kœhne, Muiée du prince Kotchouhcy, t. I, p. 403). La tête du roi du Bosphore figurée sur les statères de Cj'zique et de Lampsaque a donc le caractère d'une représentation héroïque plutôt que d'un hommage rendu à un prince de son vivant.

régularisait l'application en la rendant générale et constante. Au reste, dès avant l'établissement de l'Empire, les Romains avaient admis des applications de cet usage en l'iionneur de leurs généraux ou des chefs de la République. Nous verrons dans le § 7 de ce chapitre qu'au moins à partir d'une certaine époque Ximperator ou le proconsul possédait le droit d'effigie monétaire dans l'étendue de son commandement, et qu'à ce droit se rattachait celui, conservé dans les deux provinces d'Asie et d'Afrique jusque s(>us Auguste, défaire placer son portrait sur les monnaies municipales des villes. Nombre de villes grecques ont décoré, entre Philippes et Actium, les monnaies qu'elles frappaient à leur propre nom, des portraits des triumvirs, soit de celui d'Antoine seul (i), comme maître de TOrient, soit de son image associée à celle d'Octave et de Lépide (2) ou du seul Octave (3). Mais ce n'est pas seulement au triumvir sous la main duquel elles étaient placées et à ses collègues que les villes grecques rendaient cet hommage ; leur flatterie envers lui allait plus loin, et il existe toute une numismatique des femmes d'Antoine parmi les monnaies municipales des cités grecques. En dehors des pièces à la tête de Cléopâtre, frappées jusqu'en Achaïe, dont nous venons de parler, nous trouvons celle de Fulvie sur une monnaie d'Eumenia de Phrygie^ qui prit un moment le nom de Fulvia en l'honneur de cette ambitieuse mé-

(1) Alexandrie d'Egypte, Aradoset Balanée; la tête d'Antoine se trouve lussi sur les coloniales de Corinthe, Parium de Mysie et Zacynthe, ainsi que sur quelques monnaies du royaume du Pont, oîi elle est associée à celle du roi Poiémon.

(2) Ephèse.

(3) Thessalonique. — Une pièce d'Ephèse unit les effigies de Marc- Antoine, d'Octavie et d'Octave.

gère (4), et celle d'Octavie sur les monnaies de Pella et de Thessalonique de Macédoine (2). Il est vrai que l'introduction de ces deux dernières effigies a lieu d'une manière un peu détournée sur les monnaies grecques de villes; on donne les traits de l'une ou de l'autre de ces femmes du triumvir à des divinités protectrices. Le buste de Fulvie est muni des ailes de la Victoire (3); la tête d'Octavie à Thessalonique est accompagnée d'inscriptions qui en font la déesse de la Liberté, EAEY0EPIA, ou la personnification de l'Institution des jeux publics, AFflNOGEIlA. C'est ainsi que, sur les monnaies de coin romain, la tête de Livie n'apparaît que comme celle de la Piété, PIETAS, de la Justice, IVSTITIA, ou de la Santé, SALVS AVGVSTA (4), que Julie, fille d'Auguste, n'est représentée sur un denier romain que sans son nom et sous la forme d'une tête de Diane à qui l'on a donné ses traits (5). Chez les Grecs, du reste, où la première tête royale qui avait apparu sur la monnaie avait été celle d'Alexandre comme nouvel Héraclès, comme dieu et fils de Zeus, une certaine idée d'apothéose s'attachait à l'effigie monétaire. En plaçant celle de l'empereur là où, du temps de la pleine autonomie, elles

(1) Waddington, Rev. num. 1853, p. 248, pi. X, n° 5.

(2) Sur les portraits d'Octavie, voy. Bompois, Rev. num. 1868, p, 63- 101 ; De Witte, Gazette archéologique, 187S, p. 121-124.

(3) C'est encore sûrement la tête de Fulvie en Victoire qu'il faut reconnaître sur les quinaires d'argent frappés à Lugdunum : De Witte, méra. cit. p. 123. Nous reviendrons un peu plus loin sur ces pièces.

(4) Cohen, il/ /, t. I, p. 106.

(5) Cohen, M I, 1. 1, p. 1 12, Julie et Auguste. — Sa tête n'est franchement un portrait que sur les deniers oîi elle est associée, au revers d'Auguste, à celles de ses deux fils Caius et Lucius Césars.

mettaient celle de leur divinité protectrice, et où celle d'un dieu de l'Oljmpe seule la remplaçait encore quelquefois, les villes grecques faisaient acte de culte religieux envers la divinité impériale autant que d'hommage politique envers le souverain. Les deux notions étaient d'ailleurs inséparables pour les Grecs et en général pour les provinciaux, chez qui surtout s'était développée l'adoration de l'empereur vivant, la religion de l'autorité impériale, devenue comme une expression sensible du lien politique de l'Empire, un symbole de l'unité romaine (1).

La substitution, qui se produit quelquefois, comme nous l'avons déjà dit, au portrait de l'Empereur ou d'un membre de sa famille, de la tête d'une personnification allégorique (2) expliquée par les légendes CYNKAHTOC, IGPA CYNKAHTOCouiePAN CYNKAHTON, GGON CYNKAHTON, est fort importante aussi pour bien déterminer à quel titre et avec quel caractère l'effigie impériale est placée sur les monnaies des villes grecques. Eckhel (3) a surabondamment démontré que cette personnification était celle du Sénat de Kome, auquel était réservé, dans les habitudes du langage administratif grec, le nom de auyxXyjroç, tandis que les sénats locaux des villes étaient appelés ^ovl-h ou yecovdx. Sur une pièce de Synnada de Phrjgie (4), on

(1) Voy. à ce sujet les excellentes remarques de M. Boissierj La religion romaine d' Auguste aux Anlonins, t. I, p. 173 et s.

(2) Le sexe de cette personnification varie. Le plus souvent, la tête es nnâle et ju\énile, nue ou laurée ; mais quelquefois aussi c'est une tête de femme voilée (à Nysa de Carie, par exemple), parce que le nom de oijYy.).viToç était féminin en grec. Au reste, sur les différents types de représentation du Sénat romain personnifié, en numismatique, voy. Witte, Rev. num. 1862, p. 106-111.

(3) D N, t. IV, p. 225.

(4) Eckhel, D N, t. III, p. 173 ; Mionnet, t. IV, p. 973.

voit d'un côté une tête juvénile avec l'inscription IGPAN CYNKAHTON, et de l'autre une figure en pied, vêtue de la toge, tenant une patère et un volumen, avec AHMOC PriMAIflN-, sur une autre, d'attribution incertaine, mais qui n'est sûrement pas de Damas, comme l'a prétendu Liebe (1) en la publiant, d\m côté une tête virile jeune, accompagnée des mots AHMOC POOMAICON, de l'autre une femme assise, couronnée de lauriers et tenant un globe, plus la légende IGPA CYNKAHTOC. Sur une monnaie de la colonie de Corinthe (2), la tête masculine et voilée du Sénat a près d'elle l'inscription SENATVf PopuloQue Romano, comme sur d'autres ROMAE ET IMPERIO, avec la tête de Rome tourrelée (3). Les Cretois dédient une de leurs monnaies provinciales d'argent, frappée à Cydonia (-4), à l'empereur Tibère et au Sénat romain : TIBEPIfl KAIIAPI lEBAITH Eni KOPv/jXtou AYnOY à Tibère César Auguste^ sous (le proconsulat de) Cornélius Lupus, Tête de Tibère. — lYNKAHTH KPHTE2 au Sénat les Cretois, Tête barbue et voilée du Sénat. Enfin un grand bronze de Smyrne (5) a d'un côté les deux têtes affrontées de Livie et du Sénat personnifié, CCBACTH. CYNKAHTOC, de l'autre l'image de Tibère debout, vêtu de la toge, dans un temple, CCBACTOC TIBCPIOC

Ces représentations du Sénat, s' échangeant avec l'effigie impériale, ne se montrent sur les monnaies des villes que dans les provinces sénatoriales, en particulier dans la

(1) Gotha nummaria, p. 330.

C2) Eckhel, D iV, t. II, p. 238 ; Mionnet, t. H, p. 170, n° 1 70.

(3) Eckhel, /. c; Mionuet, t. 11, p. 170 et s., n»' 171-174.

(4) Eckhel, D N, t. Il, p. 302 ; Mionnet, t. II, p. 2S8, n- 2 et 3. (b) Eckhel, D iV, t. II, p. 5i7 ; Mionnet, t. III, p. 2t9, n° 1224.

province d'Asie. Elles y sont la marque de la part de souveraineté que le Sénat exerçait légalement, et au moins nominalement, sur ces provinces. Mais la souveraineté est alors inséparable de la divinité. La tête du Sénat n'est donc pas seulement celle d'une personnification allégorique du corps souverain, c'est celle d'un dieu, qui reçoit un culte public. Nous savons par Tacite (1 ) que le commune des villes de la province d'Asie avait élevé un temple au Sénat, en même temps qu'à Tibère et à Livie, templum Tiberio matrique ejus ac Senatiii, et les médailles nous apprennent que ce temjile était situé à Smjrne (2). C'est pour cela que l'image du Sénat, figurée sur les monnaies, est fréquemment qualifiée de Qeôç SuyxV/iToç. La même association intime des notions de souveraineté et de divinité est aussi celle qui s'attache à l'emploi de la tête de la déesse Eome, remplaçant également l'effigie de l'empereur sur un certain nombre de monnaies des villes grecques à l'époque qui nous occupe.

6. A mesure que l'on avance dans la durée de l'Empire, on voit le privilège monétaire des villes grecques diminuer (3), devenir illusoire et purement honorifique, se restreindre aux occasions de la célébration de ces jeux solennels qui tenaient une si grande place dans la vie du monde hellénique sous la domination romaine (voy. liv. IV, chap. iv). Sous Aurélien enfin, la fabrication de la série

(1) ^nw. IV, p. 15 et 37.

(2) Eckhel, D N, t. II, p. 547.

(3) Les monnaies municipales grecques deviennent trèà-rares à partir de Gordien III et surtout de Gallien.

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