‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 21 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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des Impériales grecques cesse complètement (1), aussi bien que celle des tétradraclimes de l'atelier d'Antioche et des drachmes de celui de Césarée de Cappadoce, les deux seuls monnayages provinciaux des empereurs, avec celui d'Alexandrie, qui se fussent maintenus jusqu'à une époque aussi tardive. Sans qu'aucun écrivain de l'antiquité mentionne ce fait, nous voyons par les monuments monétaires eux-mêmes qu'à ce moment toutes les permissions de monnayage que conservaient encore certaines cités de l'Orient cessèrent, et qu'il n'y eut plus dès lors dans tout l'Empire que la monnaie officielle et uniforme, frappée d'après un système unique par le gouvernement et sous sa garantie, au nom et à la tête de l'Empereur. Ce fut là certainement un des points principaux des grandes réformes monétaires d'Aurélien (voy. dans ce chapitre le § 8, et livre VII, chap. iv, § 2). Alexandrie seule garda quelque temps encore sa fabrication monétaire distincte, qui lui fut définitivement enlevée par Dioclétien (2) ; à dater de la défaite du prétendant Achillée par ce dernier empereur, l'hôtel des monnaies d'Alexandrie cessa de frapper un numéraire spécial, et à légendes grecques, pour le service de la province d'Egypte; il devint un des ateliers de la monnaie commune d'Empire, k légendes latines.

L'extinction graduelle, puis la suppression définitive du monnayage municipal de cuivre des villes grecques coïncidèrent avec la grande crise monétaire qui, dans le

(1) Eckhel, D iV, t. IV, p. SOO; t. VII, p. 475 ; Mommsen, M /?, t. III, p. 340; F. Lenormant, Organisation de la monnaie dans V antiquité, p. 25.

(2) Eckhel, D iV, t. VIII, p. il, Mommsen, M R, t. III, p. 341 ; Feuardent, Egypte ancienne, Domination romaine, p. 285 et s.

11" siècle, sévissait avec une si effroyable intensité dans out l'Empire. Les dernières émissions des villes avaient uivi, pour ce qui est du titre du métal, l'altération pro- ;ressive du numéraire de cuivre émis à Kome par l'autoité du Sénat (1) (sur cette altération, voy. livre II, hap. I, g 2; livre Yll, chap. iv, | 2); mais elle n'était ien à côté de celle du numéraire de billon donné par l'Emtereur pour de l'argent. Il en était résulté, même en Occiient, qu'au lieu de rester un numéraire d'appoint, en ;rande partie conventionnel, la monnaie de cuivre était devenue celle que l'on recliercliait et prisait le plus, à ause de sa valeur intrinsèque (voy. livre II, chap. i, § l). L plus forte raison en était-il ainsi dans TOrient, où la lasse principale des monnaies municipales de cuivre, fa- Tiquées depuis deux siècles par les villes et restant en irculation, se composait de pièces de fort module, dont hacune contenait un poids considérable d'excellent métal, .es conditions de la circulation de ces monnaies s'étaient insi trouvées complètement changées par la force des hoses, dans le cours du iif siècle, depuis l'ouverture de i crise économique et financière. Créées pour n'avoir de ours légal que dans le territoire de la ville qui les frapait et avec une valeur nominale bien supérieure à leur aleur intrinsèque (2), elles étaient devenues parle fait

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 352, qui s'appuie sur une analyse de hiilips.

(2) Les monnaies de cuivre de Chios, à Tépoque impériale, portant ne légende qui leur assigne une valeur de trois as (Eckhel, D N, t. II, . b6o), commencent par peser environ 18 gr., ce qui est très-près de ji d'once de la livre romaine, poids normal de trois as impériaux ; lais e isuite elles descendent jusqu'aux environs de 6 gr. (Cavedoni, hmism. bihl. p. 117).

une marchandise métallique préférée dans les échanges au numéraire officiel de l'empire. Acceptées par le commerce pour la valeur de métal qu'elles contenaient, on les réunissait en grand nombre, sans plus s'inquiéter de leur provenance et de la marque qu'elles portaient, en bourses^ folles^ faisant un certain poids de cuivre métallique qui, , pour le commerce, représentait une valeur déterminée (1). Dans de telles conditions, ces monnaies devaient bientôt sortir de l'Orient pour entrer, au même titre de marchandise métallique, dans le commerce de l'Occident et s'y mêler aux monnaies de cuivre d'Empire, frappées dans les ateliers du Sénat. Le fait ainsi consommé par la force invincible des choses et des lois économiques en vint même à appeler une consécration officielle. « Il est probable, dit « M. Mommsen (2), que les empereurs du iir siècle ont « peu à peu admis comme monnaie de l'empire toutes les « monnaies locales d'argent et de cuivre, parce qu'ils « trouvaient dans ces monnaies, d'un titre relativement « bon, une ressource précieuse dans la détresse toujours « croissante de la monnaie de l'Empire. Il résulta de ces a expédients précaires, qu'ils détruisirent la monnaie des ce provinces sans améliorer celle de l'Empire. Ces mesures (c ne s'arrêtèrent pas aux dernières émissions, mais elles « s'appliquèrent aussi à toutes les monnaies qui existaient « dans la circulation et devinrent de plus en plus géné- « raies. Le grand nombre de pièces de billon et de cuivre

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 308. Voy. dans le Num. chron. t. Vil, p. 60, la description d'un trésor, trouvé à Milylène, de 400 pièces de bronze de la série des Impériales grecques, appartenant à un grand nombre de villes différentes.

(2) M R, t. m, p. 3S2 et s.

« de Syrie et d'Egypte que nous trouvons aux bords du « Rhin, aux lieux où stationnaient les légions, prouve « bien que, à la fin du m' siècle, les monnaies provinciales « de rOrient avaient été acceptées dans tout l'empire. » Quand Aurélien établit son système de centralisation monétaire, transformant en ateliers de la monnaie unique de l'Empire les anciens ateliers provinciaux, il n'eut pas à démonétiser les anciennes monnaies locales, confondues dans la circulation générale du monde romain. Dès avant lui, on peut constater en Syrie des faits qui marquent de premiers essais pour assimiler les monnaies provinciales, que l'on frappait encore, aux monnaies générales d'Empire et pour mettre la main sur le monnayage local, en donnant à ses produits le même cours qu'à ceux qui étaient jusqu'alors exclusivement sortis des ateliers sénatoriaux de Rome et d'Antioche. Quand l'empereur Philippe fit inscrire sur les tétradrachmes provinciaux frappés à Antioche les mots MOHeta WRBica (1), ce fut pour les assimiler aux pièces de coin proprement romain et pour leur donner cours dans tout l'Empire avec une valeur que nous ne saurions aujourd'hui déterminer (2). Les lettres SC ont été inscrites sur les monnaies de cuivre de Damas au temps de Trajan Dèce et d'Emilien (3), sur celles de Philippopolis d'Arabie au temps de Philippe (4) . Les ateliers

(1) Mionnet, t. V, p. 184, n" 28o et 286.

(2; Avec la dépréciation que le denier avait déjà subie sous Philippe (voy. livre VIT, chap.iv,§2), ce cours était évidemment bien supérieur à celi*^ de 3 ieniers, auquel les tétradrachmes provinciaux d'Antioche avaient. été tarifés dans le début de leur fabrication (livre VII, chap. iv, § 4).

(3) Eckhel, D N, t. IV, p. 498 ; Mionnet, t. V, p. 297, n» 93 ; SuppJ. t. VIII, [K 203, n° 46.

(i) Mionnet, t. I. p. 419. n»' 3o9-361 ; t. V, p. S89, n» 50.

municipaux de ces villes étaient ainsi transformés en ateliers sénatoriaux de l'Empire , et les pièces qui en sortaient avaient par là cours légal dans toute la romanité.

7. Dans tout ce qui précède, je n'ai parlé que de l'Orient. C'est, en effet, principalement dans les contrées helléniques et orientales que nous suivons' ici les vicissitudes du droit monétaire sous la domination romaine, et ce n'est, d'ailleurs, que dans cette moitié de TEmpire que nous trouvons un grand développement de monnayage provincial et local. En Occident, les faits de ce genre sont fort restreints et prennent fin de très-bonne heure, sous les premiers empereurs. Il sera donc facile de les embrasser d'un coup d'œil rapide, comme une sorte de supplément à l'étude que nous venons de poursuivre dans les provinces orientales.

Il n'y a d'abord pas en Occident de monnayage d'argent provincial distinct de la monnaie générale de l'Empire, et il ne pouvait pas y en avoir, d'après la règle, signalée déjà plus haut (dans ce chapitre^ § 3, 1), que, dès le temps de la République, Eome ne toléra pas en Occident, de la part de ses sujets ou de ses vassaux, la fabrication de monnaies d'argent d'un autre système que celui du denier. Les espèces de ce métal frappées dans certaines provinces d'Occident pour des occasions particulières et des besoins déterminés, celles qui portent le plus manifestement dans leurs types la marque de leur origine provinciale, comme les deniers à la tête d'Auguste et au nom du légat P. Carisius (1), frappés en Espagne au cours de la

(1) Eckhel, D N,l. V, p. 164 ; t. VI, p. 92 ; Cohen, MC, pi. X et XI, Carisia, n<" 10-19.

guerre contre les Cantabres et en commémoration de la fondation d'Emerita (25 av. J.-C), ne se distinguent en rien de la monnaie d'Empire; elles y appartiennent, et elles avaient cours légal partout, au même titre que les pièces sorties de l'atelier de Rome. La monnaie d'or et d'argent, administrée et réglée par l'Empereur, ne se frappait pas, du reste, exclusivement dans la capitale, comme la monnaie sénatoriale de cuivre ; il y avait un certain nombre d'ateliers impériaux pour l'or et pour l'argent répartis dans les provinces occidentales (voy. dans ce livre, chap. IV, § 2) ; mais ces ateliers provinciaux n'y frappaient pas, comme en Orient, des monnaies d'une nature particulière, à la circulation limitée dans une certaine circonscription territoriale ; ce qu'ils produisaient, c'étaient des espèces de la monnaie d'empire.

Au contraire, pour le cuivre, Auguste a fait fabriquer en Afrique, en Mauritanie, en Gaule et peut-être en Espagne, des émissions assez abondantes de monnaies impériales, destinées à n'avoir de cours légal que dans les provinces où elles étaient frappées. En abandonnant au Sénat la monnaie d'Empire de ce métal (voy. dans ce chapitre, § 8, et livre YII, chap. iv, § 1), il paraît ne lui avoir assuré d'abord pour ses espèces le monopole absolu de la circulation que dans l'Italie. Les premières émissions sénatoriales, quelque abondantes qu'elles fussent, ne pouvaient suffire à fournir de monnaie d'appoint tout l'Occident; il était impossible qu'il n'y eût pas une période de transition, pendant laquelle on suppléât à l'insuffisance de ces émissions de Rome au moyen de monnaies de cuivre provinciales et locales, dans les pays occidentaux situés hors de l'Italie. C'est ce qui arriva, en effet; mais les mesures qui avaient permis et organisé ce monnayage étaient

si bien en principe purement transitoires, qu'au fur et à mesure des progrès de la dififusion du numéraire sénatorial, dès qu'il y en eut assez dans les provinces pour les besoins de la circulation, l'on mit fin à toutes les fabrications provinciales et locales. A partir de Néron, toutes avaient cessé, et il n'y avait plus dans l'Occident que la monnaie d'Empire, eu cuivre aussi bien qu'en or et en argent.

Les monnaies provinciales de cuivre, du temps d'Auguste et des premiers empereurs, se distinguent dès le premier coup d'œil des monnaies d'Empire par l'absence des lettres SC, indicatives de l'intervention du Sénat dans la fabrication du numéraire de ce métal, lettres dont la présence était nécessaire pour donner aux espèces de cuivre cours légal dans toute l'étendue du territoire romain. C'est d'après leur fabrique, leurs types et les lieux où on les découvre constamment que l'on parvient aies attribuer à telle ou telle province.

En Sicile, il n'y a pas de monnaie provinciale à partir de la fin des guerres civiles. Le monnayage des gouverneurs romains et de leurs questeurs dans l'atelier de Panorme (dans ce chapitre, § 3, 5) ne se continue pas sous Auguste. Les noms des propréteurs et proconsuls de Sicile, contemporains de ce prince, que l'on a pu relever sur les monuments numismatiques (1), ne se lisent pas sur des espèces provinciales, mais sur des monnaies municipales de colonies (voy. le§ suivant), seul monnayage local que connaisse encore la Sicile au temps d'Auguste. Dans la Sardaigne, il faudrait admettre un monnayage provincial sous ce prince, si Ton s'attachait à l'opinion d'Eckhel,

(t) Borghesi, Bullet. arch. Napol. nouv. sér. t. VI, p. 31 et?.

assez généralement adoptée par les numismatistes, d'après laquelle c'est de son temps qu'auraient été frappées les pièces de cuivre portant d'un côté la tête et le nom du dieu SARDVS PATER, de l'autre la tête et le nom de M ATIVS BALBVS PRae/or, grand-père d'Auguste (1). Mais il n'y a réellement aucune raison déterminante pour croire ces pièces commémoratives et pour ne pas les regarder comme frappées par le personnage lui-même, pendant sa prétare, c'est-à-dire dans les derniers temps de la Eépublique.

Il existe certainement des monnaies provinciales d'Espagne, sous les premiers empereurs, en dehors du monnayage local des colonies et des muuicipes de ce pays ; mais elles n'ont pas encore été suffisamment étudiées jusqu'ici (2). En revanche, M. L. Millier (5) a parfaitement déterminé celles delà province d'Afrique. Elles paraissent avoir été frappées dans l'atelier d'^Hadrumète, bien qu'elles ne mentionnent aucune ville. Toutes sont du temps d'Auguste ; les unes ont sa tête et son nom (4), d'autres l'effigie et le nom d'Africanus Fabius Maximus, proconsul d'Afrique en 5 av. J.-C, avec aussi le nom de

(1) Eckhel, D N, t. I, p. 271; t. V,p. 145; Cohen, M C, pi. XLVIU, Atia ; Spano, Dulîet. arch. Sardo, l. I, p. 9 et s.

(2) On doit attribuer sûrement le caractère de monnaie provinciale d'Espagne au grand bronze de Tibère décrit dans Cohen M I, t. I, p. 122, n" 36, ainsi qu'aux moyens bronzes de Caligula décrits dans le même ouvrage, t. I, p. 150, n°' 28 et 29. Les bronzes de Aloïs Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. 429, pi. LXV, Monnayages espagnols-latins, n"' 1-3, donnés souvent à Carlhagène ou à Sagonte, sont des monnaies provinciales de l'Empereur, frappées dans le nord-ouest de l'Espagne pendant la guerre d'Auguste contre les Canlabres.

(3) Numism. de l'anc. Afrique^ t. II, p. 61 et s.

(4) L. Millier, t. II, p. 62.

son Quaestor PRO PRaefore , C. Livineius Gallus (1), d'autres enfin l'effigie de l'empereur avec les noms de Cn. Calpurnius Piso (2), proconsul en 1 av. J.-C, et de L. Passienus Rufus (3), proconsul en 3 ap. J.-C. Dans la Mauritanie, pendant l'intervalle entre la mort de Bocchus III (33 ans av. J.-C.) et le relèvement du trône de ce pays par Auguste en faveur de Juba II (25 av. J.-C), on fabriqua une monnaie provinciale de cuivre au nom de l'empereur (4).

Mais le plus important de ces monnayages impériaux de cuivre, fabriqués en dehors de toute intervention du Sénat pour une circulation restreinte dans de certaines limites territoriales, fut celui qui eut pour siège Lugdunum, après l'organisation des trois provinces de la Gaule par Auguste. Tout le monde connaît les bronzes de différents modules aux effigies d'Auguste, Tibère, Caligula, Claude et Néron, qui offrent au revers l'image de l'autel de Kome et d'Auguste, élevé au confluent du Rhône et de la Saône, et ne portent jamais les lettres SC (5). Ce sont, comme l'a déjà reconnu M. Mommsen (6), des monnaies destinées à circuler exclusivement dans les trois Gaules,

(1) L. Mùller, t. Il, p. 61.

(2) L. Millier, Suppl. p. 44.

(3) L. Muller, Suppl. p. 43.

(4) L. Muller, t. III, p. 101 ; Suppl. p. 73.

(5) Eckhel, DiV, t. VI, p. 13i et s. ; Artaud, Discours sur les médailles d'Auguste et de Tibère au revers de V autel de Lyon, Lyon, 1820; Duchalais, Descr. des méd. gauloises de la Bibl. royale, p. 141 et s.; Cohen, MI, 1. 1, p. 71, n- 273-275; p. 123, n»' 39-46; p. 165, n- 84 et 85; p. 204, n« 241.

(6) M R. t. in, p. 268 et s.

dont les députés se réunissaient h. l'autel de LugJunum. Leur caractère purement provincial (voy. déjà plus haut, livre I, chap. l, § 1 , 5) ne ressort pas seulement de l'absence de la marque du Sénat, mais surtout des nombreuses contremarques empreintes sur le plus grand nombre de leurs exemplaires, contremarques qui fournissent un ample et précieux sujet d'études (voy. livre IV, chap. v, § 1). Quelques-unes ont une origine militaire -, elles ont été marquées, pour donner une valeur exceptionnelle et temporaire aux pièces, par les généraux des armées de Germanie ou par les chefs des différentes révoltes qui éclatèrent en Gaule dans le cours du T' siècle de notre ère ; nous les laisserons de côté pour le moment. Mais il importe de signaler ici celles qui ont eu pour destination évidente de donner cours à ces monnaies en dehors des trois Gaules. Les unes assimilent ce numéraire provincial à la monnaie d'Empire ; ce sont celles où on lit \MPerator ou AWGuslus^ les lettres plus ou moins réunies par des ligatures, ou bien les deux mots ensemble \MPerator AWGustus^ PROBatum, BOHum, Nero Caesar Augustus PRobavit (1), contremarque appliquée aus?i sur de nombreuses monnaies de cuivre de coin romain et qui se rapporte aux modifications apportées par Néron dans le cours des monnaies, Senatus Populus- Que Romanus ou Senatus Populusdue, contremarque de l'interrègne républicain qui suivit la mort de Néron (2); elle a été également frappée sur un bon nombre de pièces de coin romain des cet empereur (3). D'autres sont desti-

(1) Borghesi, Oss. num. déc. III, 8; cf. Cavedoni, Rev. num. 1861, p. 481.

(2) Voy. D. deBIacas, Rev. num. 1862, p. 197 et s.

(3) De Saulcy, Mélanges de numismatique, 187.% p. 186.

nées à donner cours aux pièces seulement dans une province autre que celles de leur origine, probablement dans la Narbonnaise, où on les rencontre souvent; sous la forme PP ou quelquefois nn, elles constatent le permissus procomulis qui autorisait cette circulation. Enfin, il en est qui ont seulement pour but d'ouvrir à ces monnaies, par une décision de l'autorité municipale, le territoire d'une colonie : telle est celle où on lit Decurionum Decreto. Elle est particulièrement fréquente et paraît avoir été apposée dans la colonie de Vienne, dont le vaste territoire était si voisin de Lugdunum, mais appartenait à la Narbonnaise. Toutes ces contremarques prouvent que les bronzes au type de l'autel de Lugdunum n'étaient pas une monnaie d'Empire et ne pouvaient circuler légalement en dehors des trois Gaules qu'après avoir reçu une estampille de ce genre. Quand on eut cessé de les émettre, sous Néron, ils ne furent pas démonétisés, et même ceux qui n'avaient été frappés d'aucune contremarque continuèrent à circuler dans les Gaules sur le même pied que la monnaie de cuivre d'Empire. Les dépôts de monnaies antiques que l'on trouve dans notre sol français, et où ces pièces sont mêlées aux bronzes des empereurs plus récents, sont là pour le prouver (1).

Le monnayage au type de l'autel de Lugdunum a pour ses débuts une date certaine, celle de la dédicace même de cet autel en l'an 10 av. J.-C. (2). Auparavant, la ville de Lugdunum n'était pas seulement le siège d'un mon-

(1) Il existe un très-grand nombre de contrefaçons barbares des bronzes au type de l'autel de Lugdunum, fabriquées par les indigènes dans les parties reculées du nord et de l'ouest des Gaules.

(2) Sueton. Claud. 2.

nayage colonial dont il sera question un peu plus loin (dans ce chapitre, § 5, 2), mais aussi déjà d'un monnayage provincial sans nom de ville. Nous y distinguons deux groupes : le premier, qui se place historiquement de 40 à 27 av. J.-C , se compose des grands bronzes, très-ressemblants à ceux des colonies de Lugdunum et de Vienne, ayant au revers une proue de navire sans inscription, et au droit la tête de Jules César avec la légende Divus IVLIVS, ou bien celle d'Octave, tantôt avec la légende CAESAR, tantôt sans aucune légende (1) ; le second, nécessairement postérieur à Tan 27 et au titre d'Auguste décerné à Octave (2) , est constitué par les petits bronzes ayant d'un côté la tête de l'empereur avec IMP CAESAR, de l'autre AVGVSTVS DIVI F avec un taureau cornupète, type des plus petites monnaies de cuivre de la Colonia Copia Lugdunum (3), ainsi que par ceux qui, avec IMP CAESAR du

(1) Duchalais, Méd. gauloises de la Biblioth. Royale, p. 140; Cohen, M I, t. I, p. 13, n° oO, et p. 72, n° 283.

Les piècesdécrites dans Cohen, MI, 1. 1, p. 16, n° 5, et p. 70, no26S, gravées dansSaulcy, Système monétaire de la République romaine à l'époque de Jules César (Paris, 1873), pi. VH, n" 5 et 6, senties monuments d'un monnayage provincial d'Octave dans la Narbonnaise, contemporain et parallèle. On les a souvent attribuées à l'Espagne; mais elles ne s'y rencontrent jamais, tandis qu'elles se trouvent toujours dans le midi de la Gaule (Saulcy, mém. cit. p. 26), où par conséquent elles ont dû être frappées.

(2) Au moment où Octave reçut ce titre. le monnayage du cuivre, interrompu à Rome depuis Sylla, n'y avait pas encore repris (voy. Mommsen, M R, t. 111, p. 8). La nouvelle appellation qui venait d'être décernée au maître de Tempire fut relatée sur un certain nombre d'émissions de monnaies de bronze, faites en son nom dans diverses provinces : voy. Cohen, M I, t. 1, p. 69, n° 260 (pièce frappée en Syrie).

(3) Mionnet, Suppl. t. I, p. 1-48, n° 132. — Cette rarissime monnaie, qu'on n'avait pas revue depuis Panel, se trouve dans le cabinet de M. Etienne Récamier.

Le même taureau cornupète est le type du revers d'aurei et de de-

côté de la tête, ont au revers AVGVSTVS et un aigle éployé (i).

8. Pour ce qui est des monnaies locales dans l'Occident sous l'empire, en Sicile tout monnayage municipal des villes grecques cesse avec Auguste (2) ; on ne frappe plus, et pour bien peu de temps encore, d'espèces de ce genre que dans les colonies romaines. Pourtant l'île de Mélite, qui dépendait de la province de Sicile, nous offre encore des pièces de cuivre autonomes (3), sans effigie impériale, ayant d'un côté la légende grecque MEAITAION, de l'autre le nom en latin de C ARRVNTANIVS BALB«s PROPRaefor, qui exerçait sa charge dans les premières années d'Auguste (4). En Numidie et en Mauritanie, les monnayages municipaux des villes cessent avec l'extinction des monarchies indigènes et l'établissement du régime provincial romain. Quelques colonies continuent seules à avoir leur monnaie propre, et en Espagne aussi nous ne retrouvons plus sous les premiers empereurs que des monnayages de colonies et de municipes de citoyens ro-

niers d'Auguste, qui ont été certainement frappés dans l'atelier impérial de Lugdunum et portent les dates IMP X et IMP XII (Cohen, i/ /, p. S5- 57, n- 116-121 et 137-142).. Ces dates sont celles de 12 et 10 av. J.-C. , et c'est précisément en l'an 12 que Drusus tint la premièro assemblée des délégués de la Gaule pour le culte de Rome et d'Auguste à Lugdunum (Dio Cass. LXI, 32), avant que l'autel monumental fût encore achevé et dédié.

(1) Cohen, il//, t. I, p. 70, n°261.

(2) Eckhel, D N, 1. 1, p. 183.

(3) Eckhel, JDiV, t. I, p. 269.

(4) Borghesi, Bull. arch. Napol. nouv. sér. t. VI, p. 32.

mains (1). Dans la Gaule Narbonnaise, la ville libre et autonome de Massalic présente, comme nous l'avons déjà remarqué tout h l'heure, une exception unique, et continue jusque dans le ir siècle la fabrication de ses petits quadrans où rien ne mentionne, pas plus que dans le monnayage d'Athènes, la suprématie impériale.

La province sénatoriale d'Afrique est la seule, en Occident, à nous offrir, au début de l'empire, un développement de monnayage municipal de villes libres, comparable à celui qui existait en Orient. A la suite de la ruine de Carthage, on avait accordé une large part d'autonomie aux cités du littoral de cette province, comprenant les territoires qui furent plus tard ceux de la Syrtique, de la Byzacène et de la Zeugitane. Elles en avaient profité pour exercer largement le droit monétaire que Carthage, au temps de sa suprématie, leur avait toujours dénié. Ce droit, du reste, elles ne l'avaient que pour le cuivre, sauf Leptis Magna, qui a frappé, vers le temps des guerres civiles, une pièce d'argent du poids du denier (2). Leurs émissions municipales de cuivre se continuèrent avec abondance pendant le règne d'Auguste, soumises seulement, comme celui des villes grecques, à l'obligation d'y placer l'effigie impériale. Les légendes y sont le plus souvent

(1) Seule une des Baléares, peut-être Minorque, dépendance de la province d'Espagne dans les mêmes conditions que Mélite de celle de Sicile, a eu un monnayage indigène sous Tibère, Caligula et Claude, avec la double légende Q'ttJ3''iS en caractères néo-puniques et INSu/a AWGusta en latin (Aloïs Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. 422, pi. LXIV, n"' 23- 26;. Le fait est d'autant plus remarquable qu'aucun des monnayages des colonies ou des municipes d'Espagne ne descend jusqu'au règne de Claude.

(2) L. Millier, Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. S, n° 13.

dans la langue du pays et en écriture néo-punique (voy. livre V, chap. m, § '2) ; quelques villes ont adopté le latin. Une pièce de Gergis ou plutôt de Cercina mentionne lapermission proconsulaire qui était nécessaire pour ce monnayage, PERlAissu L VOLVSI PROCOnSuHs (1), et nous fournit par là un renseignement légal de la plus haute valeur, dont l'indication est unique sur les monnaies de cette classe. Pourtant, ainsi que l'a admis Cavedoni (2), il faut interpréter comme se rapportant à l'octroi de cette permission Tinscription des noms des proconsuls au nominatif sur ces monnaies municipales de villes libres; c'est ainsi que nous lisons celui de P. Quinctilius Varus (proconsul en 7 av. J.-C.) sur des pièces d'Achulla (3) et d'Hadrumète (4), celui de L. Yoiusius Saturninus (proconsul en 6 av. J.-C.) dans les mêmes villes (5), et celui d'Africanus Fabius Maximus (proconsul en 5 av. J.-C.) dans la numismatique d'Hadrumète (6). Déjà sous la République, le nom de P. Sextiliiis, propréteur en 94 av. J.-C, avait été inscrit de même sur des pièces de cette dernière ville (7). La mention du proconsul est le plus souvent accompagnée de son effigie, fait sur lequel nous reviendrons dans le § 7 de ce chapitre.

Le monnayage municipal des villes libres de la province d'Afrique nous offre quelques exemples d'associations de

(1) L, Mûller, t. II, p. 35.

(2) Bull. arch. Italiano, 186-2, p. 176.

(3) L. Muller. t. II, p. U.

(4) L. Muller, t. II, p. 52.

(5) L. Muller, t. II, p.44et52.

(5) L. Muller, t. II, p. 52.

(7) L. Muller. t. II, p. 51.

quelques villes voisines pour la fabrication d'espèces communes, par exemple celles d'Œa, Zitha et Zuchis (1), d'Œa, Macargsa et Bilan (2), de Macarœa et Bilan (3). Les exemples, on le voit, sont limités à la Sjrtique.

Dans toutes les villes, ce monnayage cesse pendant le règne de Tibère, qui paraît avoir révoqué toutes les permissions par une mesure générale. Mais la numismatique d'Hippo Diarrhytus nous offre une bien singulière anomalie. Interrompue sous Tibère avec celle des autres villes (4), sa monnaie municipale reparaît tout à coup sous Albin (5), quand depuis bien longtemps on ne frappait plus aucune monnaie analogue en Occident, et se continue sous Macrin et Diaduménien (6), avec la vieille légende HIPPONE LIBERA, dans laquelle la ville proclame sa condition de liberté (7) . 11 est singulier que, en accordant à une ville d'Afrique une dérogation à toutes les règles administratives admises de son temps en matière monétaire, Albin ait gratifié Hippo Diarrhytus d'une telle faveur au lieu de

(1) L. Muller, t. U, p. 20.

(2) L. Muller, t. II, p. 23.

(3) L. Muller, t. II, p. 27.

(4) L. Muller, t. II, p. 167.

(5) L. Muller, t. II, p. 168.

(6) L. Muller, t. II, p. 170.

(7) Cette légende soulève un problème jusqu'à présent insoluble. La ville s'y qualifie de « libre », et pourtant Pline le Jeune {Epist. IX, 33, 1) la traite de colonie, ce qu'elle n'était pas encore au temps de Pline l'Ancien {H iV, V, 4). Zumpt {Comment, epigr. p. 407) a pensé qu'elle l'était devenue dans l'intervalle; mais cette conjecture paraît démentie par les monnaies du temps d'Albin et de Macrin, où la ville est toujours Hippo libéra. Faut-il donc admettre, avecMannert, que Pline le Jeune s'est purement et simplement trompé?

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