ROMAINE
1. Il nous reste, pour terminer notre étude sur le droit monétaire dans l'antiquité, à porter maintenant nos regards sur la série romaine proprement dite. Là, nous allons trouver le droit de monnayage constamment attribué, sous la République et sous l'Empire, à la souveraineté, quelle que soit la forme qu'elle revête.
Pendant toute la durée des temps républicains, c'est au nom de l'Etat et sous sa garantie officielle que sont fabriquées les monnaies. Pendant longtemps, elles ne portent que des types religieux assez uniformes, arrêtés par les
(1) Eckhel, D N, t. Il, p. 5.
(2) Mionnet, t. VI, p. 489, n° 3396, et p. 491, n» 3612.
autorités publiques et puisés daus la religion de l'Etat ; la première légende, d'abord l'unique et jusqu'assez tard la principale, est le nom delà villle, ROM A.
Cette légende, malgré sa forme au nominatif qui s'écarte complètement des habitudes grecques en pareil cas, n'est pas l'indication du lieu d'émission, mais la marque de la souveraineté de l'Etat romain. Aussi apparaît-elle d'abord sur les pièces émises au nom de la République, mais hors de la ville même de Rome. Le premier aes grave coulé de Rome, celui du système libral (livre VII, chap. ii, | 3), est anépigraphe ; pour trouver sur les monnaies de l'atelier romain la légende ROM A, il faut descendre aux émissions à'aes grave déjà fortement réduit qui se rapprochent du poids triental (livre VII, chap. ii, § S), c'est-à-dire qui ont été fabriquées vers le milieu du v' siècle de Rome; encore la légende n'y figure-t-elle que sur les divisions inférieures, frappées au marteau; mais, tant que l'on emploie le procédé de la fonte pour les tailles supérieures, elles restent sans inscription.
Au contraire, en plein règne du poids libral non réduit, nous voyons des as coulés à la légende ROM A, qui ont été fabriqués dans une ville encore indéterminée de l'Italie centrale (1) et dont les types comme le style sont tout à fait étrangers à l'atelier urbain (2). La même légende se lit sur une série frappée, de style grec et de poids semi-
(1) La lettre U, qui se voit dans le champ du revers sur quelques-uns de ces as, doit être l'initiale du nom du lieu d'émission.
(2) Les types sont : Tête de Minerve de face coiffée d'un casque à trois aigrettes; ^ Bœuf marchant à d. ; Marchi et Tessieri, Lœs grave del Museo Kircheriano, incerte, pi. V, n° 15 ; pi. suppl. n" 1 ; Baron d'Ailly, Recherches sur la monnaie romaine, 1. 1, pi. XLVIII; Mommsen, M H, 1. 1, p. 189.
libral , qui n'offre que les tailles divisionnaires du triens , du quadrans, du sextans, de l'once et de la semuncia, et dont l'atelier d'émission a été sûrement dans une ville de l'Apulie ou de la Campanie, peut-être à Suessa (1).
Dans les monnaies des trois métaux frappées pour la République à Capoue et connues sous le nom de série romano-campanienne (2) (livre VII, chap. m, §1), depuis 340 jusqu'en 317 av. J.-C, la légende est RO- MANO, orthographe avec anousvara (â) pour Romanom (/j.) , ancien génitif pluriel employé ici à la façon grecque (3) ; après 317, elle est ROM A, à la façon romaine, et jamais elle ne manque, soit sous l'une, soit sous l'autre forme.
(1) Marchi et Tessieri, classe I, pi. XII, n" 2-5; D'Ailly, t. II, pi. LXVII, n°'l-9; Mommsen, M R, t. I, p. 190.
(2) Mionnet, t. I, p. 127 et s.; Suppl. t. I, p. 237 et s.; Cohen, M C, pi. XLIII et XLIV ; Ch. Lenormant et De Witte, El. des mon. céramogr. t. I, p. XLi-XLV ; Mommsen, M R, 1. 1, p. 260-267.
(3) Sur cette habitude orthographique en latin, particulièrement sur les monuments numismatiques, voy. Longpérier, Rev. num. 1861, p. 333- 330; nous y reviendrons au livre V, chap. ii.
(4) La légende ROMANOM, avec orthographe pleine, se lit sur un lingot carré du poids de plusieurs livres (Eckhel, D N, t. V, p. 50; Rev. mm. belge, t. 11, pi. VII et VllI ; Mommsen, M R, t. 1, p. 176 et 329); il ne paraît pas coulé à Rome même, et la date peut en être relativement tardive pour un monument de cette classe (voy. livre Vil, chap. ii, § 2). Quant au lingot de même nature portant N. ROMANOM [Rev. num. 1864, pi. X et XI; Mommsen, M R, i. l, p. 331 ; t. IV, p. 6 et s. pi. Ul et IV), il est si singulier que je ne saurais en tenir l'authenticité pour absolument certaine, malgré la haute autorité des juges qui l'ont admise.
(5) Fiiedliender, Oskische Miinzen, p. vi.
2. Toutes les plus anciennes monnaies d'argent de la série romaine, dont l'émission commença en 486 de Kome, 268 av. J.^C. (livre VII, chap. m, § 2), ont été fabriquées exclusivement à Rome même. Un peu plus tard, vers 525 de Rome, 229 av. J.-C, et même peut-être avant, le gouvernement de la République établit dans les provinces un certain nombre de succursales de l'atelier urbain, destinées à fabriquer la monnaie d'Etat dans les provinces (1). A ce moment, toutes les espèces romaines, outre la légende principale ROMA, portent un monogramme ou quelques lettres indiquant en abrégé le nom de la ville où elles ont été frappées. Les ateliers secondaires étaient situés dans la circonscription consulaire, qui comprenait l'Italie avec la Gaule Cisalpine et TUlyrie (2). Sur les pièces d'argent, on trouve les marques en monogramme ROMA (3), indépendamment de la légende principale dont les lettres sont détachées, VIBo (4), KOPzupa (5), et en lettres séparées Lwceria (6), CROTo (7). « On ne connaît jusqu'ici, remarque M. Mommsen, qu'un seul denier de cette espèce, et il est
(1) Mommsen, M R, t. II, p.5S;Bahrfeldt,Ze/7sc/ir./'.iV«m. t. V, p. 40-61.
(2) Voy, Mommsen, Die. Rechlsfrage zivischen Cœsar und dem Sénat, p. 8-
(3) Cohen, Jtf C, pi. XLIII, n°' 5 et 7; pi. LXX, n° 6; Mommsen, M R, t. II, p. 22S, n° 6; D'Ailly, t. II, pi. CIX, n"' 11-18, pi. CXIII, n° 12.
(4) Cohen, M C, pi. XLI, Vibia, n°' 1 et 2 ; Mommsen, M R, t. Il, p. 231, n° 11.
(5) Cavedoni, Bull, de l'Inst. arch. 1856, p. 77; Riccio, Catal. pi. III, ti° 15 ; Mommsen, M R, t. II, p. 230, no 9 ; D'Ailly, t. II, pi. CIII, 11" 4 et 5.
(6) Riccio, Catal. pi. V, n"' 1-4 et 19; Monete di Lucera, classe IV, n»' 1, 3, 4, 8 et 13; Mommsen, M R, t. Il, p. 227, n° 8 ; D'Ailly, t. II, pi. cm, n- 10-17, CIV, CV et CVI. n- 1-11 .
(7) Cohen, M C, pi. XXVII, Metilia, n° 1: Mommsen, i[/ fi, t. II, p. 230, n» 10.
marqué du monogramme de Rome ; il paraît que les ateliers secondaires n'ont émis que le victoriat, le quinaire et le sesterce d'argent avec toute la série de cuivre à partir de l'as, et qu'il leur a toujours été interdit de frapper des deniers ; les pouvoirs qui leur étaient accordés n'auraient ainsi comj)orté que la fabrication de la monnaie divisionnaire ou de second ordre. » Un certain nombre d'ateliers n'ont même frappé que du cuivre ; ce sont ceux que désignent les marques Chmsium (1), KApwa (2) et raestum (3). Les lettres C-M paraissent désigner une dernière localité où l'on émettait des victoriats d'argent (4). Tous ceux de ces ateliers que l'on peut déterminer étaient situés dans des colonies latines ou dans des villes alliées jouissant des conditions de l'alliance la plus favorable (5), et quelques-unes d'entre elles, comme Luceria, Cànusium, Capoue^ Corcyre, fabriquaient en même temps des monnaies de cuivre à leur propre nom.
Cette organisation des ateliers secondaires dans diverses
(1) Riccio, Catal. pi. V, n° 21 ; Monete di citià, p. 42 ; Mommsen, MR, t. II, p. 232, n° 12 ; DAilly, t. II, pi. CI, n°' 1-16.
(2) Riccio, Catal. p. 18; Mommsen, M R, t. II, p. 233, n° 13.
(3) Riccio, Catal. pi. V, n°' 7-9, 18 et 22 ; Mommsen, M R, t. II, p. 23S, n° 17; D'Ailly, t. Il, pi. CVIIl, n« 12-19, et CIX, nos l-S.
(4) Riccio, Monete di famiglie,Tp. 262; Mommsen, M R, t. II, p. 234, n° 16 ; D'Ailly, t. II, pi. CI, ms 17 et 18.
M. Bahrfeldt [Zeistchr. f. Num. t. V, p. 33 et s.) explique encore par des noms de villes quelques lettres isolées qui se voient dans le champ de monnaies d'argent de la même époque, prenant H pour l'initiale de Herdonîa, C comme celle de Cammum. Mais, comme ces lettres se rencontrent sur des deniers, je croirais qu'il faut y reconnaître des marques de monétaires romains plutôt que d'ateliers succursales.
(5) Crolone, oià l'un de ces ateliers était placé, n'a reçu sa colonie de citoyens qu'en 194 av. J.-C, c'esl-à-dire après que l'émission de la série dont nous parlons avait déjà pris fin.
villes ne paraît pas avoir été de longue durée. On y renonça pendant le cours de la guerre d'Hannibal, pour en revenir au système du monnayage d'État centralisé dans l'atelier de Rome, à l'exception des pièces frappées extraordinairement dans les provinces en vertu des pouvoirs de Vimperium militaire, monnayage particulier dont nous traiterons au | 7 de ce chapitre. Du moins, si quelques-uns des hôtels des monnaies accessoires dont nous venons de parler, comme celui de Luceria et celui de Psestum, paraissent avoir continué quelque temps encore leurs émissions de monnaie d'Etat, ils ne donnèrent plus absolument que des espèces de cuivre.
3. En quelque lieu qu'elles aient été fabriquées, les monnaies d'argent et de cuivre de la République romaine d'une époque élevée portent l'inscription ROMA, marque de la souveraineté qui les a fait frapper. Sur les monnaies d'argent, remarque M. Mommsen (1), cette légende a ne manque jamais avant QlxO de Rome (114 av. J.-C); on la voit même presque toujours jusqu'en 650 (104; av. J.-C), à quelques rares exceptions près. Depuis l'année 670 (84 av. J.-C), elle ne sert plus qu'à l'indication du type, par exemple sur quelques deniers de T. Carisiiis et de Caton d'Utique, à l'époque césarienne. On peut lui prêter la même signification sur quelques pièces antérieures. Le plus ancien denier de date certaine qui ne porte pas le nom de Rome comme nom de la ville souveraine est celui des questeurs urbains Cépion et Pison (2),
(2) Cohen, MC, pl.X, Calpurnia, n"2i; Mommsen, MB, t.II, p. 383, n° 192.
frappé entre 651 et 65Zi (103-100 av. J.-C.) ; les derniers de date certaine qui le portent sont ceux de L. Piso Frugi (1) et de D. Silanus (2), frappés en 665 (89 av. J.-C), » et c'est pour l'opposer à la légende ROMA que les Italiotes ont inscrit ITALIA ou Vileliu en osque sur leurs deniers du temps de la G-uerre Sociale (3).
« Par conséquent, tous les deniers portant le nom de Rome, quand ce nom n'est pas destiné à expliquer le type, devront être considérés comme antérieurs à la Guerre Sociale, et tous ceux qui ne le portent pas seront incontestablement postérieurs à l'année QliO.
(( La légende du nom de Rome se voit beaucoup plus longtemps sur les pièces de cuivre que sur l'argent. Dans quelques séries, on le voit sur les pièces de cuivre et non sur le denier. ROMA se lit sur tous les as de poids oncial (voy. livre VIT, chap. m, § 3), excepté un seul, celui de Lentulus Marcellinus (li). Le nom de Rome ne tend positivement à disparaître qu'après l'adoption du système sémoncial (livre VII, chap. m, § 5)-, et même alors cette suppression ne fut pas aussi absolue sur le cuivre que sur l'argent, car le nom de Rome reparaît encore sur les as de Sextus Pompée. »
C'est le nom du magistrat monétaire, signant la pièce
(1) Cohen, M C, pi. IX, Calpurnia, n»' 3-21 ; Mommsen, M R, t. II, p. 407, n° 212.
(2) Cohen, M C, pi. XXIII, Junia, n"» 4-10 ; Mommsen, M R, t. II, p. 409, n° 213.
(3) Friedlaender, Oskische Munzen, pi. IX et X; Mommsen, M R, t. II, p. 420-426.
(4) Capranesi, Ann. de l'Inst. arch. 1842, p. 131; Borghesi, Osserv. num. déc. XVII, 6, dans les Œuvres complètes yi, II, p. 32 ; Mommsen, MR, t. II, p. 401, n° 207.
comme responsable, qui tend ainsi, dans la seconde moitié du vif siècle de Rome, à supplanter graduellement la légende ROMA. Les plus anciens deniers, comme les vieilles pièces de cuivre coulées de l'âge antérieur, ne portaient aucune signature de ce genre, sous une forme quelconque. On y voyait seulement au droit la marque de la valeur de la pièce (i) et au revers le nom de la cité souveraine. La plus ancienne forme de la signature du magistrat responsable, empruntée aux usages des Grecs, fut l'introduction dans le champ du revers^ comme type accessoire, du symbole personnel gravé sur son cachet ( voy. livre IV, chap. III, g i). On en a déjà des exemples avant la réduction du denier, survenue en 217 av. J.-C. (livre VII, chap. m, § 1), et M. Mommsen (2) croit pouvoir fixer la première apparition de ces symboles des monétaires vers o20 de Rome (234 av. J.-C). « Depuis lors, remarque le savant prussien , malgré l'usage bientôt général de mettre en
(1) Voici les règles chronologiques que M. Mommsen {MR. t. II, p. 164) pose au sujet de ce genre d'indications : « Les anciennes pièces d'argent portent toutes le signe indiquant leur valeur, à l'exception du victoriat, parce qu'on le considérait, à peu près comme une monnaie étrangère ayant plutôt une valeur commerciale qu'une valeur monétaire (voy.
liv. VI, chap III, §4) Jus(^u'en 6i0deRome (114 av. J.-C), la valeur
est toujours indiquée sur les deniers; depuis 66o environ (89 av. J.-C), elle ne l'est jamais, et entre ces deux dates il n'y a pas de règle fixe. Ce
critérium est un des plus infaillibles pour fixer l'âge des monnaies La
marque de la valeur s'est conservée plus longtemps sur le cuivre que sur l'argent; il y a des séries dans lesquelles on la trouve encore sur le cuivre, alors qu'elle a déjà disparu de l'argent. A l'époque du système oncial, elle manque quelquefois sur les plus petites fractions, par exemple sur la demi-once et sur l'once, très-rarement sur le quadrans ou sur l'as. Après l'adoption du pied semoncial, elle manque plus souvent sur les as, et alors on la retrouve encore sur les fractions. »
(2) M R, t. II, p. 171.
toutes lettres le nom du monétaire sur les pièces, on trouve encore, vers le milieu du vu'' siècle de Eome, des deniers qui n'ont d'autre marque accessoire qu'un emblème de monétaire. Les noms de ceux-ci ne se rencontrent pas avant 537 (217 av. J.-C), mais bientôt après. On les voit paraître à la fois sur le cuivre et l'argent. Originairement, le nom du monétaire était inscrit en lettres liées ensemble, formant ainsi une sorte de monogramme, et les lettres n'étaient détachées les unes des autres que lorsqu'il devenait impossible d'en faire une ligature, comme pour TOD, GR ; alors on se contentait d'une abréviation. Plus tard, ces lettres entrelacées paraissent plus rarement^ et on les remplace par des initiales. Ce n'est que vers la fin du vi® siècle que les monétaires commencent enfin à mettre leurs noms en toutes lettres. Le nom de Eome, qui se trouve sans exception écrit en toutes lettres, reste pendant quelque temps associé à celui des monétaires; nous avons vu qu'il disparaît vers le milieu du VII* siècle, le nom du monétaire étant devenu la légende principale, après n'avoir été d'abord qu'un simple accessoire. C'est alors que, par un revirement assez singulier, le nom de Rome, avant de disparaître entièrement, se montre encore de temps en temps sous la forme d'un monogi-amme (1), et même, plus rarement, indiqué par une simple initiale (2).
(1) Sur les deniers de L, Marcius Philippus (Cohen, M C, pi. XXVI, Marcia, n° b; Mommsen, M R, t. II, p. 346, n° lo6), de T. Didius (Cohen, M C, pi. XVI, Didia; Mommsen, t. II, p. 349, n° 158) et de L. Piso Frugi (Cohen, M C, pi. IX, Calpurnia, n°^ 3-21; Mommsen, t. II, p. 407,
(2) Sur quelques exemplaires du denier de A. Albinus (Cohen, M C, pi. XXXV, Postumia, n° 4).
« D'après l'ancienne législation, chaque fonctionnaire était indépendant de ses collègues et pouvait exercer les fonctions de sa charge sans leur concours. C'est d'après ce principe que l'on ne voit dès l'origine qu'un seul nom de monétaire sur les pièces, ce qui eut lieu d'ailleurs le plus souvent. Cependant, dans le courant du vif siècle, on trouve deux et quelquefois trois monétaires nommés à la fois.
(( Les titres des fonctions et des honneurs ne commencent à être mentionnés sur les monnaies qu'à une date assez récente. Dans la seconde moitié du vif siècle, cette indication devient fréquente sur les pièces des émissions extraordinaires ; il arrive même que le nom de la dignité s'y trouve sans celui du dignitaire. Cependant il faut bien remarquer que l'indication de la dignité n'était pas indispensable, même sur les pièces frappées extraordinairement, . . . Comme de raison, les officiers ordinaires de la monnaie furent les derniers à mettre sur leurs pièces le titre de leur charge. » Il était évident que le nom inscrit sur la monnaie devait être présumé celui d'un magistrat monétaire régulier, à moins d'indication contraire.
II. La modification graduelle des types des deniers de la République romaine suit une marche exactement parallèle à celle de la modification des légendes. Pendant toute la période ancienne, les types restent uniformes, d'un caractère religieux ; ce sont ceux de l'État.
Au droit, on voit la tête de Pallas ou plutôt de la déesse Rome (1) , coiffée d'un casque ailé. Cette tête se main-
(1) Sur les incertitudes auxquelles donne lieu la détermination pré-
tient sans variation jusqu'au milieu du vu* siècle de l'ère romaine. « Il n'y a que six ou tout au plus sept deniers avec la marque de leur valeur et le nom de Rome sur le revers, qui s'éloignent de cette règle (1). » Et toutes ces pièces sont postérieures à 640 (Hù av. J.-C). Ce n'est que plus tard, lorsque le nom de Rome change de place ou qu'il manque entièrement, que l'on voit la tête de la déesse Rome remplacée habituellement par celle d'une autre divinité ou par celle d'un des ancêtres du monétaire. Encore, jusqu'à la dictature de Sylla et même de son temps, à côté des pièces à types nouveaux, il s'en trouve qui conservent l'ancien type.
Le revers le plus ancien des monnaies d'argent de Rome est, comme tout le monde sait, le type des Dioscures à cheval j tels qu'ils étaient apparus combattant dans les rangs des Romains à la bataille du lac. Régille (2). Mais, dès avant la première réduction du denier et même l'apparition des petits symboles personnels des monétaires^ on
cise de cette tête, voy. Olivieri, Saggi delV Accademia di Cortona, t. IV, p. 133; Eckhel, D N, t. V, p. 84; Borghesi, Oss. mm. décad. I, 4; Cavedoni, Saggio di osservazioni, p. 124; Aldini, Sul tipo primario délie antiche monete délia Rumana Republica, dans les Mem. delV Accadem. di Torino, 2= sér. t. III et IV; F. Kenner, Die Romatypen (Vienne, 1837), p. 11 et s.; Mommsen, M R, t. II, p. 8, 19 et 181 ; D'Ailly, Recherches sur la monnaie romaine, t. II, p. 43 et s.
(1) Mommsen, M R, t. II, p. 181.
(2) Les Dioscures étaient, d'ailleurs, assimilés aux Pénates, De plus, il ne faut pas oublier que, comme le remarque M. Mommsen (M R, t. II, p. 29), a les Dioscures étaient considérés comme les dieux tutélaires des chevaliers romains, c'est-à-dire de la portion du peuple-roi qui s'occupait plus particulièrement du commerce; le quartier ovi était situé le temple qui leur était consacré pouvait être considéré comme le centre des affaires, comme la Bourse de Rome. »
voit aussi s'introduire le type de Diane ou de la Lune dans un bige (1), et, un peu plus tard, après la réduction, celui de la Victoire dans le même char attelé de deux chevaux (2). Ce sont les deniers à ces types que l'on qualifiait de bigati^ appellation qui est devenue plus tard comme une désignation générique des anciennes pièces d'argent républicaines (3). « Le remplacement de la Victoire par d'autres divinités dans le char, la substitution du quadrige au bige et de cerfs aux chevaux comme attelage de Diane (4) , semblent devoir être rapportés à la fin du vr siècle de Rome ou plutôt au commencement du VIP (5). »
Vers l'an 620 (134 av. J.-C), les premiers types de revers personnels aux monétaires, et faisant allusion à leur nom ou aux grands souvenirs historiques de leur famille, commencent à se montrer sur les pièces et à y prendre la place des types fixes de l'État. Les plus anciens exemples en sont fournis par les coins de :
C. Minucius Augurinus (6), représentant le monument élevé devant la porte Trigemina à L. Minucius, consul et
(1) Cohen, M C, pi. XLIII, n- 8 et 13; Moramsen, M R, t. II, p. 226, n" 7; D'Ailly, t. II, pi. LI, i\°' 12-14.
(2) Cohen, il/C, pi. XLIU, n° 11; Mommsen, .1/ R, t. II, p. 262, n" 59 ; D'Ailly, t. II, pi. LI, n°^ lS-18. — Sur ces types au bige et leur chronologie, voy. KUigniann, Zeilschr. f. Num. t. V, p. 62-72.
(3) Plin. H N, XXXIII, 3, 44; Tacit. German. 3 ; T. Liv. XXIII, 15; XXXIII, 23.
(4) Cohen, M C, pi. XLIII, n° 10 ; Mommsen, M R, t. IL p. 289, n° 94.
(5) Mommsen, M R, l. II, p. 182.
(6) Cohen, pi. XXVIII, Minucia, n° 3; Mommsen, M R, t. II, p. 303, n° 109.
décemvir, et en même temps, auprès de ce monument, M. Minucius Fsesus, le premier augure nommé parmi les plébéiens (1) ;
Sex. Pompeius Faustulus (2), au type du berger Faustulus découvrant la louve qui allaite Romulus et Ré mus sous le figuier Ruminai ;
Tiberius Yeturius (3), retraçant la prestation de serment des alliés lors du traité conclu par le consul T. Veturius Calvinus avec les Campaiiiens et les Samnites (4).
De 620 à 650 de Rome (134 à 104 av. J.-C), les anciens revers, aux types de l'Etat, balancent en nombre les nouveaux, ceux dont les types varient et sont propres aux monétaires. Dans cette dernière classe, il faut alors signaler, par ordre d'ancienneté, ceux des deniers de :
Q. Marcius Philippus (5) , avec l'image équestre de Philippe de Macédoine (6) ;
M. Caecilius Metellus (7), aux types rappelant les vie- Ci) Eckhel, D N, t. V, p. 2do ; Mommsen, t. II, p. 301.
(2) Cohen, M C, pi. XXXIII, Pompeia, n° I ; Mommsen, t. II, p. 30o, n" 110.
(3) Cohen, M C, pi. XLI, Veturia; Mommsen, t. II, p. 306.
(4) Je ne saurais comprendre comment M. Mommsen a pu admettre un seul instant la possibilité de voir dans ce type une allusion au traité conclu par le même consul T. Veturius Calvinus à la suite du désastre des Fourches Caudines. Ce n'était pas là un souvenir de famille que l'on pût être tenté de rappeler sur la monnaie.
(o) Cohen, M C, pi. XXVI, 3Iarcia, n" 4; Mommsen, t. II, p. 33i, n» 142.
(6) Borghesi, Oss. num. déc. III, 7, dans les Œuvres complètes, t. 1, p. 208.
(7) Cohen, M C, pi. VIII ; Cœcilia, n°' 6-8 ; Mommsen, t. II, p. 333 et s., n- 143 et 144.