II
Quaestore (1) et MAGNm. PROCOnSul — VARRO- PRO- Quaestore (2) .
Tandis que les triumvirs monétaires, émigrés avecPom- -pée, transportent dans les provinces le monnayage urbain, César, devenu maître de Eome, installe dans cette ville la fabrication de sa monnaie à^imperator, la seule qu'il puisse faire frapper; rechange du siège de l'émission des deux espèces de monnaies est absolu ; chacune se frappe précisément là où la loi l'interdisait. A peine en possession de la cité-reine, César force les portes de l'œrarium pour y trouver les ressources métalliques nécessaires aux dépenses de la guerre civile. Avec les lingots qu'il en retire, il fait frapper les deniers à la tête de Vénus et au revers d'Enée portant Anchise, avec la légende CAESAR (3), l'aureus du poids exceptionnel de 37 à la livre (4), les deniers et les quinaires (5) qui ont aussi la tête de Vénus, avec au revers un trophée faisant allusion à la conquête des Gaules et la légende CAESAR ou CAESAR. \MPerator (6). Dans la
(1) Cohen, M C, pi. X, Calpurnia, n° 25.
(2) Cohen, M C, pi. XXXIX, Terentia, n°6.
(3) Cohen, M C, pi. XX, Julia, n° 9 ; Mommsen. M B, t. Il, p. 532.
(4) Rev.mm. 1860, pi. XVI, n° 3; Cohen, Mi, t. I, p. 8, n» 11 ; Mommsen, M R, pi. XXXI, n" 4. — Sur l'authenticité de cette pièce, contestée à tort, voy. la note de M. de Witte dans Mommsen, M R, t. II,
(5) Cohen, M C, pî. XX, Julia, n«' 13-16.
(6) La date de ces dernières pièces est déterminée d'une manière absolument précise par le chiffre J.I I, qui se lit au droit d'une parîie des exemplaires. Borghesi {Oss. num. déc. X, 7, Œuvres complètes, t. I, p. 495) et le comte de Salis (Rev. archéol. nouv. sér. t. XIV, p. 17 et s.) ont, en effet, montré que ce chiffre se rapporte à l'âge de César, qui venait d'atteindre 52 ans quand il entra à Rome.
première moitié de 47, avant le retour de César d'Orient à Rome et sa seconde dictature, A. AUienus, alors en Sicile comme proconsul (!), y émet les deniers à la double légende C. CAESAR. \MPerator, COnSw/. \TERum — A. ALLIENVS. PROCOnSul (2).
C'est après le retour de César et avant son départ pour la guerre d'Afrique, c'est-à-dire dans l'automne de M (3), qu'il faut placer l'émission de l'aureus fort rare à la légende CAESAR. DlCTator — ITERî^m (/i). Il inaugure le système de la taille de 40 aurei à la livre, que César n'abandonna plus désormais et qui se maintint jusqu'aux réformes monétaires d'Auguste (livre VII, chap. m, §6). On ne saurait, du reste, en placer la fabrication plus tard, puisqu'à la fin de la même année ou au commencement de 46, avant la bataille de Tbapsus, Q. Metellus Scipio en copia la taille dans l'aureus qu'il émit en Afrique, avec son nom, Q. lAETELlus. PIVS- SCIPio. \MPerator, et celui de P- CRASSVS- WHiajius. LEOatus. PRQ. PRaelore (5) ; cet aureus est, comme presque toujours, accompagné d'un denier pareil, et il existe un autre denier avec les deux mêmes noms ; c'est celui qui offre pour type d'une autre de ses faces la figure du Genius Terrae Africae (6). Le monnayage militaire de l'armée pompéienne d'Afrique comprend encore le denier qui réu-
(l)Eckhel, DN, t. V, p. 134.
(2) Cohen, M C, pi. II, Alliena ; Momrasen, M R, t. II, p. S41.
(3) Mommsen, it//{, t. II, p. 541.
(4) Cohen, M C, pi. XX, Julia, no 18.
(5) Cohen, MC, pi. VIII, Caecilia, n*» 12.
(6) Cohen, M C, pi. VIII, Caecilia, n° 13.
nitles noms Q- METELLms. SCIPIO- mPerator — EPPIVS- LEOalus. Plandum. Curavit (1), avec un autre qui est signé seulement de Q- METEL/ws. PIVS- SCIPIO- mPerator (2). Enfin, dans Utique, où il s'était établi (3), Caton fabrique des monnaies d'argent, où il prend le titre de propréteur, dont légalement il n'aurait pu exercer l'autorité qu'en Sicile, M- CATO- PRO- PRaetore (4), et où il renouvelle les types adoptés jadis par son père, quand il était triumvir monétaire (5) .
A l'an 46, avant le triomphe de César et sa troisième proclamation comme dictateur (6), appartiennent le denier à la légende COnSul. TERTmm. D\CTator. ITERwm — AVGVR. POHTifex, MAXimus (7), et l'aureus frappé dans une province encore indéterminée, d'un travail extraordinairement grossier dans une partie des exemplaires, qui associe les noms de C- CAESAR- COnSul. TERtium — A- HIRTIVS. PRaetor, ouPRaefectus (8). C'est également en /i6 qu'il faut placer la reprise du monnayage régulier
(1) Cohen, M C, pi. XVII, Eppia. — On peut lire aussi, à la fin de la légende, Feriundum Curavit ou Faciendum Curavit.
(2) Cohen, M C, pi. VIII, Caecilia, n° 9.
(3) Sur la véritable patrie de ces pièces, que M. Mommsen croyait d'abord frappées en Sicile, voy. la note du duc de Blacas dans Mommsen, M R, t. II, p. 539.
(4) Cohen, pi. XXXV, Porcia, n<» 7 et 8.
(5) Cohen, pi. XXXV, Porcia, n»» 5 et 6 ; Mommsen, MB, t. II, p. 396, n" 203.
(6) Eckhel, D N, t. VI, p. 7.
(7) Cohen, pi. XX, Julia, n" 17; Mommsen, M R, t. If, p. S42.
(8) Cohen, M C, pi. XIX, Hirtia; Saulcy, Système mon. de la Rép. romaine à l'époque de César, pi. II, n°" 6 et 7.
des triumvirs monétaires à Eome, car nous avons cinq noms de semblables magistrats, qui appartiennent sûrement il cette époque, L. Hostilius Saserna (1), LoUius Palikanus(2), L. Papius Celsus (3), L. Plautius Plancus (4) et L. Valerius Acisculus (5), donnant presque au complet deux collèges monétaires, qui paraissent ceux des années 46 et 45, Mais le monnayage urbain légal, composé de deniers d'argent, ne supprime pas, en reparaissant, le monnayage impératorial extraordinaire, même à Rome, où César l'a implanté. A la fin de UQ ou au commencement de 45, le dictateur en confie le soin à Munatius Plancus, alors préfet de Eome, lequel émet Taureus et le demiaureus aux inscriptions C- CAESar. D\Ctator. TERtiuin — L. PLANCVS. PRAEFectus. WREis (6).
Pendant ce temps, les fils de Pompée se rendent maîtres de la plus grande partie de l'Espagne et organisent l'armée que César devra combattre à Munda, en 45. Ils y ont, eux aussi, leur monnaie militaire, les deniers aux noms CN- MAGNVS. mPerator{l)— M. POBLICIms. LEGatus, PRO- PRaetore (8) et CN. MAGNVS- \lAPerator. Pilius (ou simplement CN. MAGNVS. IMP)— M- MlHATius. SABINws. PRo.
(1) Cohen, pi. XIX, Hostilia, W' 14.
(2) Cohen, p. XXV, Lolîia, n°' 1-3.
(3) Cohen, pi. XXX, Papia, n"' 2-5.
(4) Cohen, pi. XXXIII. Plautia, n° 7.
(5) Cohen, pi. XL, Valeria, n°» 6-14.
(6) Cohen, pi. XXVIII, Munatia, r.os 1-3; Morarasen, M R, t. II,
(7) C'est toujours Cnaeus Pompée le fils qui prend son prénom sur les monnaies, jamais le père (Mommsen, M R, t. il, p. 536).
(8) Cohen, pi. XXXIII, Pohlicia, n» 8.
Quaestore (1), ainsi que Tas de poids oncial qui a la seule légende CN. MAOnus. IMPerator (2). On sait que quelques mois après la défaite de Munda, où avait péri son frère Cnœus, Sextus Pompée renouvela la guerre en Espagne et s'y maintint jusqu'après la mort du dictateur, jusqu'au moment où il fut appelé en Italie, à la fin de lih. M. Mommsen (3) a démontré que c'est pendant ce temps qu'il fit fabriquer en Espagne les deniers avec l'image de la Piété, PIETAS, et la légende SEX- MAOnus. PIVS- IMPerator ou SEX. MAOnus. IMPerator. SALutatus (4), les as à l'inscription MAGNVS. PIVS- IMPerator (o) et ceux où on lit MAOHus. PIVS. IMPerator. Filius— EPPIVS- LEOatus (6), ou seulement le nom du légat (7) . A ce moment de l'histoire romaine, on ne frappait de monnaie de cuivre qu'en Espagne, où les habitudes particulières du pays en réclamaient impérieusement. C'est, en effet, encore à l'Espagne que reportent les types, si caractérisés à ce point de vue (8), des as portant la double légende CAESAR. DlCtator. TERtium — C. CL0VI?^5. PRAEF ectus{d). C. Clovius était sûrement un des préfets de César dans la guerre de ?Junda,
(1) Cohen, pi. XXVIII, Minatia, nos 1.4.
(2) Cohen, pi. LXIII, Pompeia, n° 6; Mommsen, M R, t. II, p. 534 et 537.
(3) Ann. de Tins. arch. 1863, p. 73 et s.; .)/ R, t. II, p. 538 et s.
(4) Cohen, M C, pi. XXXIII, Pompeia, nos 3 et 4.
(5) Cohen, pi. LXIII, Pompeia, n" 8.
(6) Cohen, pi. LXIII, Pompeia, n» 7.
(7) Cohen, pi. LIV, Eppia.
(8) Eckhel, D N, t. V. p. 169; t. VI, p. 7 ; Mommsen, Atin. de l'Inst. arch. 1863, p. 75; Mi?, t. II, p. 532.
(9) Cohen, pi. LUI, Clovia, no 6.
peut-être un des préfets de sa flotte, et il est probable qu'il faut porter le même jugement sur Q. OPPIVS- PRaefectus{i)j bien que ses monnaies de cuivre ne portent pas le nom du dictateur, car elles ont une étroite analogie de types, de fabrique et de taille monétaire avec celles de Clovius.
A la fin de 45, César, augmentant le nombre des minores magistratus, transforme les triumvirs monétaires en quatuor virs (voy. plus loin, dans ce livre, chap. m, § 2), dont les premiers entrèrent en fonctions au commencement de Tannée kk. Au début de la même année fut rendu le sénatus-consulte qui ordonnait de mettre l'effigie de César sur les monnaies (2). Les nouveaux quatuorvirs, L. Flaminius Chilo, L. JEmilius Buca, M. Mettius et L. Sepullius Macer, avaient déjà commencé à monnayer des deniers sans cette effigie (3) ; dans le peu de jours qui séparèrent la loi nouvelle de la proclamation de César comme dictateur perpétuel et père de la patrie, M. Mettius, L. ^Emilius Buca et P. Sepullius Macer firent frapper les pièces où l'on voit déjà le portrait du maître, mais avec les seuls titres de D\CTator. QVARTwm (/t) ou d'IMPERa^or (5) ; enfin, vers le courant du mois de février, l'institution de la dictature perpétuelle fut saluée par l'émission extraordinairement abondante des monnaies d'argent à la tête de
(i) Cohen, pi. LXI, Oppia, nos 2 et 3.
(2) Dio Cass, XLIV, i; Zonar. X, 12. — L'hisLoiredes portraits numismatiques de César a été traitée de main de maître par M. von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p.l2S-144.
(3) Cohen, pi. XVIII, Flaminia, n° 2; pi. II, ^milia, nos 12 et 13; pi. XXVIII, Mettia, nos i et 2 ; pi. XXXVII, Sepullia, nos 1-3.
(4) Cohen, pi. XXVIII, Mettia, n° 5.
(5) Cohen, pi. II, jEmilia, n" 14; pi. XXVIII, Mettia, n°' 3 et 4; pi. XXXVII, Sepullia, n° 5.
César D\CTator. PERPETVO (1), signés de L. Flarainius Chilo (2), L. jEmilius Buca, P. Sepullius Macer et C. Cossiitius Maridianus, substitué à M. Mettius (3). Toutes ces pièces sont d'argent ; il n'existe pas de monnaies d'or authentiques avec le portrait de César et un nom de triumvir monétaire (4), et nous verrons même un peu plus loin que légalement il ne peut pas en avoir existé. L'aureus du commencement de 44 est encore tout impératorial, sans mention de monétaire urbain, et il n'a pas l'effigie du dictateur ; c'est celui où on lit CAESar. DlCfalor. Q.\ARhim—~ COnSui. QVINQu?es (5); il a été frappé à l'inauguration du cinquième consulat de César, avant l'inauguration de la dictature perpétuelle.
A. Hirtius avait été nommé par César propréteur de la Gaule Belgique pour cette même année !ik , mais il était resté à Rome et faisait gouverner sa province par un délégué (6). Aussi est-ce en son nom, A- HIRTIVS, que fut
(1) Cohen, pi. II, ^mj/m,n°' 15-17; pi. XXXVII, SepulUa, n"' 6-8; pi. XVI, Cossutia, n°' 3 et l.
Les deniers, signés de Sepullius Macer et de Cossutius Maridianus, qui donnent à César le titre de PARENS- PATRIAE (Cohen, pi. XXXVII, Sepuîlia, n" 9; pi. XVI, Cossutia, n° 2), ont été frappés dans les .mois postérieurs à sa mort, sous l'influence de Marc-Antoine.
(2) Cohen, pi. XVIII, Flaminia, n» 3. — La tête de César n'y est accompagnée d'aucun titre, mais ce denier se groupe évidemment avec ceux des autres monétaires.
(3) Mommsen, M R, t. II, p. 546; Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 131.
(4) Cohen, M C, p. xx et s.; MI, t. Vil, p. 2; Mommsen, M R, t. II, p. 5il; t. III, p. 2; Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 132.
(5) Cohen, M C, pi. XX, Julia, n° 19; voy. Cavedoni, Nuovi studi, p. 14.
(6)Cic. Ep.adAtiic. XIV, 9.
alors frappée une petite monnaie de bronze qui se trouve très-habituellement dans les environs de Trêves (1). Les types en reproduisent servilement ceux du denier de César au type de l'éléphant et des insignes du pontificat, monnaie qui avait été particulièrement répandue dans les Gaules pendant la guerre, puisqu'elle était, comme nous l'avons déjà dit, celle que le général faisait frapper pour les besoins de ses troupes. Il en avait même déjà été frappé une copie de bronze au nom de CAESAR, que l'on rencontre également dans le pays de Trêves (2) et qui peut avoir été émise par César lui-même dans le cours de ses campagnes en Belgique. Le délégué d'Hirtius imposa ainsi à plusieurs des chefs gaulois qui monnaj^aient dans la province, entre autres à un chef des Rèmes, Athedias (3), de placer sur leurs espèces de cuivre le nom du gouverneur, sous la forme A- HlRtius. IMPerator, en même temps que le leur propre (4).
(1) A. Senckler, Miinzender allen Triererer. r?ans le t. XI des Jahrh. des Vereins der Freimde des Allerih. fiir die Rheinlande (1847); La Saussaye, Rev. num. 1848, p. 236 et s.; Saulcy, Rev. num. 1838, p. 443.
(2) A. Senckler, mém. cit.; La Saussaye, l. c.
(3) Il y est écrit, en lettres mêlées de grecques et de latines, A0! I- DIAC, et paraît le même que d'autres pièces nous offrent sous la forme purement latine ATISIOS-
[Â) Saulcy, Rev. num. 1858, p. 440-443; 1868, p. 409.
Nous verrons de même, un peu plus loin, le nom de Munatius Plancus écrit d'un côté d'une pièce gauloise, qui porte de l'aulre le nom du chef VLATTV. Ceci pourrait donner lieu de conjecturer, avec M. de Saulcy (Syst. monét. de la Républ. rom. à V époque de César, p. 22), que sur les quinaires des Pictons aux légendes DVRATîo* — IVLIOS (Duchalais, Méd. gauloises de la Biblioth. royale, p. 14, n" 26; Saulcy, mém. cit. pi. VI, n°8) et des Séquanes aux légendes IVLIVS — TOGIRIX (Saulcy, mém. cit. pi. VI, n° 9), Julius n'est peut-être pas un gentiliiium
6. Notre étude sur les monnaies militaires sous la République romaine nous a conduit à passer en revue toute la numismatique de César, pour en classer les monuments à leurs dates précises. Deux innovations des plus considérables marquent cette numismatique et sont de nature à justifier ceux qui veulent faire partir de César la suite monétaire des empereurs : c'est Finauguration d'une fabrication désormais continue de monnaies d'or frappées à Rome même, puis l'introduction sur les espèces monnayées de l'effigie de l'homme vivant investi du pouvoir suprême. L'une et l'autre ont été empruntées aux latitudes que la législation républicaine laissait au droit de monnayage exercé par suite de Vim'penum militaire.
Pour la fabrication d'une monnaie d'or, la question n'est pas douteuse. Comme l'a établi d'une manière décisive M. Mommsen (1), il n'existe de monnaies d'or de l'époque républicaine que celles frappées par les généraux hors de Rome ; ou du moins la seule qui ait été frappée dans la cité-reine avant César, par un magistrat civil, l'aureus de Cn. Lentulus, ne Fa pas été par un simple triumvir monétaire dans l'exercice de son pouvoir ordinaire, mais par le questeur urbain, revêtu d'une commission extraordinaire, et cela pour les frais d'armements militaires.
Qu'une semblable manière d'agir ait été, comme le veut le savant prussien (2), le résultat d'un profond et sage
romain adopté par les Gaulois Duratius et Togirix en l'honneur du conquérant, mais le nom de César lui-même, inscrit en vertu de son imperium sur le monnayage de ses clients, comme marque de soumission de ceux-ci à l'autorité romaine.
(1) il/ /î, t. II, p. 117.
(2) M R, t. Il, p. 117.
calcul de politique économique, afin de laisser le grand commerce administrer librement, et sans intervention de l'Etat, ses ressources métalliques, laissées sous la forme de lingots, ou bien qu'elle ait tenu seulement à un principe somptuaire, analogue à celui qui fit que le Sénat se refusa si longtemps à créer une monnaie d'argent à Rome même ; dans tous les cas, il est certain que jusqu'à César on ne fabriqua pas d'espèces d'or à Rome, que ce métal fut exclu de l' échelle normale des monnaies urbaines. L'or était pourtant abondant depuis bien longtemps dans la Ville éternelle ; toutes les grandes affaires de négoce se réglaient en or; mais c'est sous forme de lingots ou de monnaies étrangères traitées comme marchandises (les philippes ou statères grecs du poids établi par Philippe de Macédoine), que ce métal était employé dans les échanges (voy. plus haut, livre II, chap. i, § 2, 3).
Dès 357 avant J.-C, on frappa sur les affranchissements d'esclaves un impôt de 5 0/0, qui se payait en or et, à cause de cela, s'appelait aurum vicesimarium (1). Le produit de cet impôt fut déposé dans les caisses de l'Etat et s'accumula au point que, lorsqu'en 209 avant J.-C. on eut recours à cette dernière ressource pour faire face aux besoins pressants de la République^ il s'en trouva quatre mille livres pesant. Ce n'était pas là, d'ailleurs, la seule source qui fit amener de l'or dans le Trésor public. Sans doute le gouvernement républicain avait l'habitude d'exiger des vaincus le payement des contributions en argent (2), c'est-à-dire dans le métal dont il formait sa propre monnaie, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'il leur accordait
(4) T. Liv. XXVII, 10; cf. VII, 16.
(2) Plin. HN, XXXm, 3, 51.
la faculté de payer en or d'après un certain tarif, comme nous avons vu plus haut (livre II, chap. i, § 1, 2 et 4) qu'on l'avait permis aux Étoliens (1 ) ; mais des masses d'or énormes étaient rapportées comme butin après chaque guerre heureuse. L'or en vint donc à former la principale portion de la réserve que l'on conservait dans l'aerarium. Suivant Pline (2), en 157 avant J.-C, c'était pour les 4/5 que l'or entrait dans cette réserve, et quand César, en 49, mit la main sur l'œrarium, plus de la moitié de la valeur en caisse était constituée par des lingots de ce métal (3). C'était, en effet, en lingots que l'or se conservait dans le Trésor depuis une époque déjà très- ancienne (4). Ces lingots étaient coulés d'un poids exact sous la surveillance des triumvirs monétaires (5) , et une loi de Sylla défendait d'y introduire aucun alliage (6). Quand on parle, à une époque élevée, de payements en or faits par le Trésor (7), c'est en lingots de ce genre qu'ils avaient été faits. C'est également sous cette forme que les particuliers possédaient des sommes du même métal. A la suite d'un vol commis à Larinum en 69 avant J.-C. , on constata la disparition d'une forte somme d'argent monnayé et de cinq livres d'or
(1) Polyb. XXII, 15, 8; T. Liv. XXXVIII, 41.
(2) H N, XXXill, 3, 55; voy. Mommsen, M R, t. II, p. 109.
(3) Plin. H N, XXXm, 3, 56.
(4) Varr. ap. Non. Marcell. p. 5:20.
(5) Mommsen, M R, t. II, p. 46. — C'est pour cela que l'or est compté dans les attributions des triumvirs à une époque où ils ne frappaient pas encore de monnaies de ce métal (entre autres, Cic. De kg. III, 3, 6).
(6) Digest. XLVIII, 10, 9.
(7) Lucil. ap. Non. Marcell. v. Publicitus, p. 513; cf. v. Rogare, p. 382.
en lingots (1). Dans le célèbre dépôt de Cadriano, enfoui au moment où éclatait la guerre civile entre César et Pompée, l'on a trouvé plusieurs milliers de deniers d'argent et un certain nombre de lingots d'or (2).
Naturellement, les généraux, quand ils adressaient de leur armée des appels de fonds au Sénat pour subvenir aux frais de leurs campagnes, demandaient qu'on leur envoyât de l'or plutôt que de l'argent; ils pouvaient ainsi recevoir de plus grandes valeurs sous une forme moins encombrante et plus facilement transportable. On leur envoyait en lingots pesés à la livre , mais dont on tenait compte sur les registres publics en sesterces d'argent, d'après un certain tarif de proportion entre les deux métaux (3). C'est ainsi que L. Scipion, ayant reçu 6,000 livres d'argent et 480 livres d'or, on l'accusa de ne pouvoir rendre compte que de 2 millions de sesterces de dépenses, tandis qu'on lui en avait envoyé 4 millions (4). Dans un autre passage de Tite- Live (5), on voit un général qui avait demandé 100 livres d'or n'obtenir que 80,000 sesterces, c'est-à-dire 20 livres du précieux métal (6). Dans les préparatifs de la première guerre contre Mitliridate, on vendit des terres
(1) Cic. Pro Cluent. 64, 179.
(2) Schiassi, Ritrovamento di medaglieconsolari fatto a Cadriano, p. 24.
(3) Mommsen, MR. t. II, p. 111.
(4) T.Liv. XXXVIII, S5.
(o) XXXIX, S.
(6) Ces deux exemples rentrent dans les données de la proportion :: 1 : 11,91 admise entre les deux métaux à Rome au v^ siècle de la ville (voy. plus haut, livre II, cbap. i, § 1, 4), proportion d'après laquelle la livre d'or valait 4,000 sesterces.
du domaine public pour se procurer de l'or, et l'on en rassembla ainsi 9,000 livres (1), qui furent presque entièrement dépensées en Italie, dans les troubles civils, avant le départ de Sjlla pour l'Orient. Ce sont ces envois de lingots que le général faisait monnayer ou employait à ses dépenses sous la forme où il les avait reçus, suivant qu'il le jugeait convenable et d'après les habitudes du pays où il opérait. En général, on l'a vu par les exemples que nous avons groupés, on transformait en espèces frappées les lingots reçus de l'aerarium ou bien provenant des contributions levées sur le pays ou du butin, dans les guerres orientales, parce que dans ces contrées l'usage de la monnaie d'or était général; le commandant en chef faisait ainsi profiter sa caisse militaire du bénéfice monétaire et de la plus-value que le métal monnayé acquérait sur le métal en lingots. Dans les guerres en Espagne, on ne fabriquait de monnaie que d'argent et de cuivre, parce que c'étaient les métaux admis à titre habituel dans la circulation du pays.
Jusqu'à César, du reste, la monnaie d'or frappée par les généraux dans les provinces où ils guerroyaient avait pris si peu droit de bourgeoisie dans le système monétaire romain qu'il n'existait pas une taille fixe d'après laquelle on fabriquât ces pièces. On se bornait à leur donner le poids d'une des parties aliquotes de la livre, mais chaque général adoptait individuellement un certain type, sans chercher à le rendre conforme à celui que d'autres avaient choisi; on variait ainsi entre i/30, 1/36, 1/37, 1/-40et 1/42 de livre. L'aureus de chaque commandant en chef, taillé d'après ces principes, n'est pas une pièce d'une va- Il) Appian. Mithridat. 22; cf. Oros. V, 18.
leur ronde, mais d'un certain poids divisionnaire de la livre, comme un lingot dont l'estampille de l'autorité publique garantit la régularité pondérale et l'exactitude ie titre, et dont la valeur dans la circulation se rapporte au cours commercial de la livre d'or. Ce qui en fait cependant une monnaie, et non pas une simple marchandise, c'est que le poids s'en tient toujours un peu au-dessous du taux précis de la division de la livre, dans les limites d'infériorité de la taille effective des espèces monnayées par rapport à la taille théorique, que les anciens admettaient toujours comme constituant le droit de seigneuriage en faveur de celui qui émettait la monnaie (voy. livre VI, chap. i). Ainsi i/oO de la livre est exactement 10 gr. 915, et le poids effectif maximum de l'aureus lucullien, à fleur de coin, 10 gr. 85; 1/36 livre, 9 gr. 096, et le poids maximum de l'aureus de 36 à la livre de Sylla et de Pompée 9 grammes; de même que 1/40 livre est théoriquement 8 gr. 1S6 et le poids effectif de l'aureus de César 8 gr. 16. Nous montrerons d'ailleurs, dans le livre VIT, chap. m, I 5 et 6, qu'en adoptant les tailles de 1/30 et 1/^0 de la livre , Sylla et Auguste ont eu certainement l'intention de rapprocher de très-près leurs monnaies d'or militaires d'espèces de monnaies grecques du même métal , auxquelles le commerce était habitué de longue date.
César, comme nous l'avons dit, implanta le premier à Kome, en 49 av. J.-C, le monnayage de l'or, qui n'avait jusqu'alors été effectué que dans les provinces où opéraient les armées. A dater de ce moment jusqu'à sa mort, son monnayage d'or romain se continua sans interruption, et en 46 il en confia la direction à un magistrat urbain^ le préfet de la ville. Mais, comme l'a très-justement fait re- II. 21
marquer M. Mommsen (1), même avec cette innovation considérable, il ne modifia pas les anciens règlements relatifs à la monnaie urbaine proprement dite, à celle que les triumvirs monétaires fabriquaient et administraient sous le contrôle du Sénat. Sous lui, ni les triumvirs, ni dans sa dernière année les quatuorvirs qui les remplacèrent, n'eurent aucune part à la fabrication des espèces d'or. Jusqu'à la fin, la monnaie d'or de César, bien que frappée à Rome, reste exclusivement impératoriale ; elle est émise directement en son nom, par suite des pouvoirs appartenant à son titre àUmperator ou de dictateur. Quand un magistrat chargé de diriger la fabrication sous ses ordres y est mentionné, ce n'est jamais un des monétaires urbains ordinaires. C'est pour cela que toutes les pièces d'or de César siguées de noms de triumvirs ou de quatuorvirs monétaires, qui ont été publiées à diverses époques, ont fini par être reconnues pour fausses après un examen plus attentif. Il n'en existe pas, et il ne peut pas en exister, car, d'après les lois en vigueur, le Sénat et les monétaires ordinaires, qui étaient ses agents, n'avaient pas le droit d'en émettre. C'est seulement, comme nous le montrerons tout à l'heure, l'année après la mort de César que le Sénat fit entrer les espèces d'or dans le cadre des monnaies urbaines normales, que fabriquaient les quatuorvirs et qui dépendaient de son autorité.
7. La question relative à l'effigie monétaire est moins complètement élucidée, et, sur ce point, l'innovation con-
(1) M R, t. III, p. 2.
sommée sous la dictature de César fut beaucoup plus considérable, entraînant bien plus de conséquences.
Dans le cliapitre i" du livre IV, en traitant spécialement des types dans la numismatique ancienne, nous essayerons d'esquisser l'histoire de l'usage de placer sur la monnaie des portraits de personnages vivants, à la place de la tête des dieux. C'est dans l'empire des Achéménides que nous le verrons se produire pour la première fois, et j'espère arriver alors à prouver que, dans cet empire, le droit d'effigie appartenait exclusivement au souverain, que les prétendus portraits de satrapes, dont l'existence est admise sur certaines monnaies par un grand nombre i'érudits, sont en réalité des portraits de rois de Perse, que l'on peut même parvenir à déterminer. Chez les Grecs, le premier portrait qui figura sur la monnaie, du vivant ie celui qu'il représentait, fut le portrait d'Alexandre le jrand, et encore il ne s'y montra que d'une manière détournée, en donnant les traits du roi à la tête d'Hercule. Les portraits monétaires directs, où l'on ne s'astreint plus i des déguisements de ce genre, commencent avec Démétrius Poliorcète, Ptolémée Soter et Séleucus Nicator. Dans les mœurs grecques, Peffigie d'un vivant a toujours lin caractère essentiellement monarchique : le droit de la placer sur la monnaie est nne des prérogatives qui appartiennent exclusivement à la royauté.
C'est pour cela que les Eomains répugnèrent si longtemps à cet usage, et le repoussèrent tant que dura chez p.ux la République, de même qu'ils repoussèrent toutes les formes qui rappelaient le nom odieux de roi. Quelque latitude qui, dans la corruption du gouvernement républicain, eût fini par être laissée aux monétaires, pour mettre sur la monnaie qu'ils faisaient frapper des types à 11. 21.
eux personnels, faisant allusion à leur nom^ retraçant les souvenirs de leur famille, les traits de leurs ancêtres célèbres, l'effigie d'un homme vivant fut toujours absolument exclue de la monnaie de Eome (voy. plus haut, dans ce chapitre, § 6, 4). Dans le sujet composé de petites figures, le monétaire arrive même quelquefois à représenter une scène où il a joué un rôle personnel; ainsi, sur les deniers qu'il a émis comme édile curule, en 58 avant Jésus- Christ, M. J^milius Scaurus a représenté la soumission d'Aiétas, roi des Nabatéens (1), reçue par lui deux ans auparavant; antérieurement même, entre 103 et 100, les deux questeurs Pison et Cépion, sur les deniers qu'ils fabriquèrent ADFRy7nentum. EKlYjidimi. EX. Senatus. ConsuUo (2), firent figurer sur le revers deux questeurs assis l'un près de l'autre sur leur tribunal, avec des épis dans le champ. Mais il y avait loin de là à placer sur le côté principal de la monnaie, réservé aux têtes divines, son propre portrait en grand ou celui d'un personnage vivant revêtu du pouvoir suprême.
Même la presque universalité des monnaies émises par les généraux d'armées et les gouverneurs de provinces, au temps de la République, n'admet pas l'effigie. Sans doute, les sujets où est mis en scène le général qui a usé de son imperium pour émettre les espèces, sont relativement, beaucoup plus multipliés dans les types des revers sur les monnaies militaires que sur les monnaies urbaines;
(1) Cohen, M C, pi. I, .'Emilia, u<" 1 et 2; Mommsen, M R, t. II, p. 489, ii° 273-, voy. Borghesi, Oss. num. déc. XV, 1, Œuvres complètes, t. Il, p. 185.
(2) Cohen, M C, pi. X, Calpurnia, n° 24; Mommsen, M R, t. If, p. 38j, u° 192; voy. Cavedoni, Append. al saggio di osservazioni, p. IG4.
sur les pièces Je ce genre où ont été inscrits leurs noms ou seulement ceux de leurs questeurs, Marius, Sylla et Pompée ont représenté leur cliar de triomphe, dans lequel ils se tiennent eux-meraes, et cela avec des circonstances qui leur sont strictement personnelles ; Sylla a fait aussi de l'image de sa statue équestre le type monétaire d'un de ses questeurs. Mais, tout en allant jusque-là, ni Marius, ni Sylla, ni Pompée, ni les généraux moins éclatants dont nous avons énuméré les monnaies, n'ont fait retracer les traits de leur visage sur le droit de ces pièces.
Pourtant, dès une époque élevée, nous avons le statère de T. QuinctinsFlaminious, qui montre sa tête représentée ù la même place que les effigies des rois grecs et de la même manière, sauf qu'elle n'est pas ceinte du diadème, avec un caractère de portrait aussi individuel. Et Thistoire n'a pas conservé une trace de difficultés que ce fait lui ait suscitées de la part du Sénat et du peuple, si jaloux pourtant de tout ce qui, dans Rome, paraissait affecter à la royauté et si prompts h le réprimer par le dernier supplice. Il faut que l'on n'ait pas jugé qu'il eût excédé pur là les limites de la faculté résultant de son imperium^ car, après son retour, on n'en continua pas moins à lui laisser la haute main et la direction de toutes les affaires relatives à la Grèce.
L'exemple de T. Quinctius Fhimininus est-il, d'ailleurs, absolument isolé pendant la période républicaine? Les monnaies sardes d'Atius Balbus offriraient un second exemple de portrait de personnage romain vivant sur une monnaie provinciale, frappée en vertu de Yimperium militaire, s'il était bien établi que c'est par lui-même qu'elles ont été émises; je suis porté à le croire; mais, comme la question est encore douteuse, comme beaucoup de savants,
précisément h cause de l'effigie (seul motif d'une semblable conjecture), pensent que ces monnaies sont seulement commémoratives et datent du principat de son petit-fils Auguste, je les laisserai de côté. Mais il m'est impossible de ne pas appeler l'attention sur certaines monnaies de cuivre de Nicée, portant les dates des années 233 et 235 de l'ère de Bithynie. On y voit d'un côté, avec la légende NIKAIEHN, une tête virile nue, portrait fort caractérisé d'un Romain du dernier siècle de la République, de l'autre une Victoire avec la légende EniT-OTIBIOT-nANIA (1). 11 existe aussi des pièces semblables de Nicomédie, avec les mêmes légendes et la môme tête (2). Jusqu'ici, cette tête a été décrite comme celle de César, parce que l'on ne s'attendait pas à en voir une autre sur des pièces antérieures à Auguste. Mais en réalité cette effigie n'a rien de commun avec celle de César ; c'est un portrait tout autre. D'ailleurs les dates inscrites sur les monnaies s'opposent absolument à cette identification de la tête des pièces frappées à Nicée et à Nicomédie sous le gouvernement de Vibius Pansa. Il est aujourd'hui bien établi et reconnu par tout le monde que l'ère de Bithynie est la même que celle du Pont et part également de 297 avant Jésus- Christ (3). Les années 233 et 235 de cette ère sont donc 64 et 62 avant Jésus -Christ (4); c'est le moment même où Pompée, vainqueur de Mithridate, réglait en maître
(1) Mionnet, t. II. p. 4d0, n" 210; Siippl. t. V, p. 79, u"' -iOl-40-4; Saulcy,S^sf. monét. de la Républ. rom. à l'époque de César, pi. Ylll, n" 1.
(-2) Mionnel, Sapj]l. t. V, p. 169, n° 981.
(3) Seslini, Lett. nutn. dl conlinuazione, t. VII, p. 64.
(4) On a même publié une pièce portant la date de l'an 232 = 63 avant .lésus-Chfist; mais il n'est pas sûr que la lecture en soit exacte.
les affaires de l'Asie, et où l'astre levant de César était en core bien loin de pouvoir faire concurrence au sien. La tète figurée sur les monnaies de Nicée et de Nicomédie offre, par le fait, bien plus de ressemblance avec celle de Pompée qu'avec celle de César, et c'est, pour ma part, celle du général qui était alors pour les Asiatiques plus qu'un roi, que je serais disposé à j reconnaître, mais sans oser donner ceci comme aussi certain que l'impossibilité absolue d'y voir César. En tout cas, chronologiquement et iconographiquement, on ne peut hésiter qu'entre deux portraits sur les monnaies dont nous parlons, celui de Pompée, le plus vraisemblable dans les données de l'histoire, ou bien celui de Vibius Pansa lui-même. Même en laissant le choix entre deux encore indécis, nous avons là un second exemple de portrait numismatique d'un Romain vivant, exerçant un commandement militaire en dehors de r Italie j exemple encore antérieur à César et qu'il faut enregistrer à côté de celui de Flamininus (1). Ceci me paraît devoir induire à penser que, si l'usage habituel y répugnait même sur la monnaie militaire, le fait de placer son effigie sur les espèces qu'il faisait directement frapper ou de la laisser représenter sur le monnayage local, soumis à son contrôle, des cités grecques de sa province, n'était pas regardé comme une usurpation coupable de la part d'un commandant en chef. La latitude illimitée des droits attachés à son imperium absolu allait jusque-là, bien que, dans la pratique, il s'abstînt généralement d'user de cette faculté.
(1) La tête de Pompée se voit sur les monnaies de Pompéiopolis, mais elle y a un caractère commémoratif ; c'est celle du fondateur, reproduite longtemps après sa mort, car on la trouve jusque sur des pièces datées de l'an 229 de l'ère delà ville, lequel tombe sous le règne deMarc-Âurèle.
Après ces remarques, un aureus de César, que nous avons laissé tout à l'heure de coté, nous paraîtra moins suspect qu'à M. Von Sallet (1), qui cependant n'ose i)as le condamner d'une manière formelle. L'exemplaire qu'en possède le Musée Britannique est aujourd'hui regardé comme faux par les savants conservateurs de cet établissement; mais celui du Cabinet de Paris offre toutes les apparences de l'authenticité et est jugé comme bon par les plus fins et les pins sûrs connaisseurs de notre pays. Je veux parler de l'aureus, très-analogue comme style et comme fabrique à celui qu'a signé A. Hirtius, sur lequel on voit au droit la tête de César lauré et voilé comme pontife, avec la légende C- CAESAR, et au revers les insignes des deux qualités d'augure et de grand pontife (2). Si cette pièce est anthen= tique, comme nous sommes porté à le croire, il n'est en aucune façon nécessaire de supposer, avec M. Mommsen (3), qu'elle a été frappée après la mort de César (4), ni même qu'elle n'a pu l'être qu'à la suite du décret du Sénat sur l'introduction de l'ef&gie du dictateur au droit des monnaies. C'est, en effet, une pièce purement impératoriale, à laquelle ne s'appliquait pas la législation relative aux monnaies urbaines et sénatoriales. Au point de vue où nous nous plaçons, et que je crois le véritable, il n'y a rien d'impossible à ce que César lui-même, à un certain moment de sa dictature, faisant comme avait fait autrefois Flami-
(1) Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 133.
(2) Cohen, M C, pi. XX, Julia, n° 20.
(3) M R,t. III, p. 3.
(4) En ce cas, d'après les règles si bien établies par M. Von Sallet (Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 13S et s.), la pièce serait nécessairement antérieure à l'apolliéûîe de César, qui eut lieu à la fin de 43 av. J.-C.
ninus, et cela encore dans une province, car la pièce n'est pas de fabrique proprement romaine, ait introduit sa propre effigie sur sa monnaie d'or impératoriale, donnant ainsi le premier l'exemple auquel se conforma le Sénat.
Le décret de celui-ci, comme l'a très-judicieusement remarqué M. Mommsen (1), ne pouvait avoir d'effet que pour la monnaie qui était dans ses attributions, pour la monnaie urbaine d'argent que signaient les quatuorvirs. Il ne concernait pas la monnaie impératoriale d'or, dont le dictateur disposait seul et librement. 11 avait pour objet de transporter dans la monnaie urbaine, et d'y établir à l'état de règle fixe, ce qui n'avait été pour la monnaie militaire de Vimperator qu'une faculté dont César lui-même n'avait pas osé beaucoup user. Le fait même du décret rendu par le Sénat en février lik me paraît un argument en faveur de l'idée que chez les Komains l'effigie monétaire, à la fin de la République, ne paraissait pas une prérogative impliquant nécessairement la royauté. Sans avoir, en ce qui regardait les formes extérieures de son pouvoir, la prudence cauteleuse qui réussit si bien à Auguste^ César était obligé à certains ménagements envers l'horreur traditionnelle que le peuple romain conservait pour le nom de la royauté. Il dut refuser^ bien que de mauvaise humeur, le diadème que lui présentait Antoine, et le titre de roi, dont quelques-uns le saluaient. Les historiens énumèrent les signes extérieurs de royauté, qui, dans les honneurs accumulés sur sa tête, causaient principalement l'indignation des républicains et mii-ent les poignards aux mains des conspirateurs des ides de mars; ils n'y font jamais figurer la loi qui lui accordait l'honneur
(l)M/?, t. III, p. 3.
(le l'effigie monétaire. 11 importe même de lire la façon dont Dion Cassius (1) relate cette loi. Enumérant tous les privilèges honorifiques extraordinaires que la servilité du Sénat prodigua à César après son élévation à la dictature perpétuelle, il les classe en trois groupes, ceux qui lui assuraient à perpétuité dans Rome même les pouvoirs de Vimperator militaire et les honneurs du triomphateur, ceux qui lui donnaient la censure à vie et l'inviolabilité des tribuns, enfin ceux qui, inouïs jusqu'alors chez les Komains, affectaient complètement les dehors de la royauté. Or, c'est dans la première classe et non dans la troisième qu'il mentionne l'introduction de son portrait sur la monnaie.
Il faut voir, d'ailleurs, ce qui se passa immédiatement après la mort de César^ pour bien se rendre compte de l'idée que les Eomains attachaient alors à l'effigie monétaire, de ce qu'elle était réellement au point de vue du droit public de l'époque. Dans le courant de l'année 4i, quelques mois après la mort du dictateur, le quatuorvir monétaire P. Sepullius Macer, entièrement dévoué au parti d'Antoine, ne se borna pas à continuer à mettre sur les espèces qu'il signait, et qui étaient des deniers urbains soumis au contrôle du Sénat, la tête de César (2), déjà mort et non encore divinisé, ou l'image du temple de la Clémence de César (3) ; il frappa aussi des deniers avec l'effigie d'Antoine, la tête voilée comme augure et la barbe longue en signe de deuil (4). Antoine et Octave, avant