‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 44 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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moyen de la monnaie de cuivre (livre VI, chap. vi, § i2), abus que nous retrouverons plus tard, dans l'époque postérieure à Constantin (livre VII, chap. vi, § 1 et 2). Cette habile précaution de placer l'émission du numéraire de valeur nominale sous le contrôle de la publicité et la sauvegarde du Sénat peut être comparée à ce qui se voit de nos jours, quand les gouvernements ont recours à la sanction de l'opinion et au contrôle des grands corps de l'Etat, lorsqu'il s'agit d'émettre des valeurs en papier. Le but que l'on se proposait fut parfaitement atteint, car la dépréciation de la monnaie romaine ne vint pas du cuivre, mais de l'argent, et cependant on peut dire que le numéraire en cuivre aurait dû être la partie faible de la monnaie romaine, puisque ce métal n'avait depuis longtemps plus qu'une valeur fictive, et que cependant on s'en servait même pour payer des sommes considérables (1 ). »

5. Dans le chapitre IV de ce livre, g 2, nous examinerons la question des ateliers monétaires où se frappait la monnaie d'or et d'argent de l'empereur, ateliers plus multipliés dans les provinces que ne l'admet l'opinion ordinaire. Dépendant légalement de la maison de l'empereur, ces hôtels des monnaies étaient administrés par des procurateurs pris parmi l'ordre équestre ou parmi les affranchis

(1) Nous ne découvrons nulle part une ligne de démarcation qui aurait été d'autant plus nécessaire que le cuivre romain avait primitivement servi pour le payement des grandes et des petites sommes. De plus, Paul- \us {Sentent, recept. Y, 23, 1) dit : Lege Cornelia tenetur qui vultu principum signalam monetam praeter adulterinam reprobaverit. Enfin, aux derniers temps de l'Empire, de grandes sommes ont souvent été payées en cuivre.

impériaux; leur existence, la restriction ou la multiplication de leur nombre dépendaient uniquement du bon plaisir de la volonté souveraine. Au contraire, la loi avait déterminé le nombre et le siège des ateliers sénatoriaux destinés à la fabrication des monnaies de cuivre, en même temps qu'elle avait remis cette fabrication au Sénat. Il n'y avait que deux de ces ateliers pour tout l'empire, un à Rome, l'autre à Antioche. Celui de Eome était le plus important ; il fabriquait toute la monnaie d'appoint destinée à circuler en Orient, laquelle s'envoyait de Eome dans les provinces. Le monnayage de l'atelier d' Antioche était beaucoup moins abondant ; ses produits étaient destinés à l'Orient ; mais, comme ils y rencontraient presque partout la concurrence des monnaies provinciales et locales de même métal, ils ne sortaient guère par le fait des provinces de Syrie et de Cypre, et c'est là seulement qu'on les découvre habituellement. L'aire de leur circulation était donc en réalité, et par la force des choses, la même que celle des tétradrachmes d'argent provinciaux de l'empereur, battus également à Antioche.

Les monnaies de cuivre sorties de l'un ou l'autre des deux ateliers sénatoriaux, de celui d' Antioche comme de celui de Rome, portent également d'une manière invariable la formule Senatus Consulta^ marque de leur origine légale, à laquelle était attaché le cours qu'elles avaient partout, tandis que la circulation des espèces provinciales ou locales était limitée, de par la loi, à la province ou à la localité. Mais, sauf ce point commun, les deux classes de monnaies sont tout à fait dififérentes d'aspect. Autant les bronzes de coin romain sont remarquables par le soin du travail, la beauté de l'art, la perfection de la frappe, l'intérêt et la variété des types, autant ceux d' Antioche sont uniformes

et monotones, d'un art plus que médiocre, d'un travail grossier et imparfait (1). Au droit, la tête de l'empereur; au revers, les lettres SC de grande dimension, occupant tout le champ dans une couronne de laurier ; ces monnaies n'offrent pas une variation dans leurs types jusqu'au règne d'Elagabale ; un aigle éplojé, posé sur les lettres SC, s'ajoute seulement au revers à partir de Septime Sévère. La légende qui accompagne la tête du droit est latine jusqu'au règne de Trajan, comme elle Test aussi quelquefois sur les monnaies de cuivre municipales, qui jusqu'à Galba sont émises en même temps par les autorités de la ville^ avec sur le droit la tête et la légende de l'empereur, et sur le revers une inscription grecque dans une couronne, composée du mot ANTIOXEflN et d'une date indiquant le légat impérial de Syrie en exercice (2). En effet, dans les deux premiers siècles de notre ère, l'hôtel des monnaies d'Antioche produisait simultanément, dans des officines diverses et sous la direction des ai^ents d'autorités différentes, quatre espèces de monnaies absolument distinctes : 1° des aurei et des deniers d'argent impériaux à légendes latines, appartenant au numéraire d'empire; 1° les tétradrachmes impériaux d'argent à bas titre, à légendes grecques, frappés pour l'usage particulier de la province de

(1) Eckhel, DiV, t. III, p. 300 et s.; Mionnet, t. V, p. 191-214; Suppl. t. VIII, p. 139-143.

(2) Eckhel, D iV, t. III, p. 279-282; Mionnet, t. V, p. 167-169; Suppl. t. VIII, p. 130 et s. — Après Galba, la monnaie de cuivre municipale d'Antioche ne cesse pas, mais elle n'offre plus que de petites pièces d'apparence entièrement autonome, sans noms ni effigies d'empereurs, avec des dates de l'ère Césarienne de Syrie qui mènent jusqu'à l'an 226, sous Marc-Âurèle : Eckhel, D N, t. III, p. 283; Mionnet, t. V, p. 159-166; Suppl. t. VIII, p. 127-129.

Syrie, dont il a été question plus haut (dans ce chapitre, §4,2); 3° la monnaie de cuivre sénatoriale ; 4° la monnaie municipale de cuivre.

Sous Trajan, la légende impériale du droit des monnaies de cuivre frappées à Antioche en vertu de l'autorité du Sénat de Rome, avec les lettres SC, devient grecque ; c'est un des signes les plus remarquables du pas qui tend à se faire alors vers Tavénement du grec à l'état de langue officielle, sur le même rang que le latin, dans la moitié orientale de l'Empire. A l'époque où, lorsqu'Hadrien voulut châtier Antioche, la fabrication des tétradrachmes provinciaux de l'empereur s'arrête pour quelque temps dans cette ville, le monnayage sénatorial de cuivre n'y éprouve pas la même interruption, parce qu'il ne dépendait pas de la volonté de l'empereur. On a encore quelques pièces de la monnaie sénatoriale à l'ancien type, les lettres se en grand, placées dans une couronne et occupant le revers, avec les têtes d'Elagabale, de Julia Mamsea et d'Émilien. Mais, à partir du règne d'Elagabale, la presque totalité des pièces de cuivre frappées à Antioche, en conservant les mêmes modules et les mêmes tailles du sesterce et de l'as, prennent des types d'un caractère local, en rapport avec la ville, et portent au revers une légende grecque contenant le nom d' Antioche, avec le titre de colonie que Caracalla lui avait décerné-, ANTIOXenN. MHTPOto>.iç. KOAOvta (1). Mais elles n'en continuent pas moins à porter dans le champ les lettres SC ; c'est comme le résultat de la confusion en un seul du numéraire local de la munici-

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 302 et s.; Mionnet, t. V, p. 205-214. — Le règne de Maximin n'est pas représenté dans les pièces que l'on connaît jusqu'ici; mais il serait bien étonnant que l'on ne Onît pas par en trouver des monnaies de cette série.

pâli té et de celui qui se frappait pour le Sénat de Rome. Il y a là certainement un premier indice de la tendance vers l'assimilation des monnaies locales à la monnaie d'empire, qui devait se réaliser un demi-siècle après (voy . quelques faits analogues que nous avons cités dans ce chapitre, § 4, 6). Au reste, une confusion analogue s'établit vers le milieu du iif siècle, toujours à Antioche, entre le monnayage d'argent provincial de l'empereur et le monnayage sénatorial, jusque-là exclusivement borné au cuivre, conformément aux principes de droit établis par Auguste. Sous Gordien III, les lettres SC commencent à être inscrites sur les tétradraclimes de la série provinciale, dont le titre d'argent va toujours en s' abaissant davantage, et ils s'y maintiennent depuis lors jusqu'à la fin de la fabrication de ces pièces (1) • sous Philippe, on inscrit en outre sur les tétradrachmes les mots MOHeta VRBi'ea, qui les assimilent aux pièces de coin proprement romain et leur donnent cours dans tout l'Empire, avec la valeur d'un certain nombre de deniers que nous ne saurions aujourd'hui déterminer (voy. plus haut, dans ce chapitre, | -4, 6). Les deux séries de l'atelier d'Antioche aux têtes impériales, désormais également marquées des lettres SC, finissent en même temps ; les derniers tétradrachmes sont de Trébonien Galle et deVolusien, la dernière pièce de bronze du début du règne de Valérien.

6. Du partage de la direction du monnayage, suivant les métaux, entre l'empereur et le Sénat, résulte, par une

(1) EckheL D N. t. III, p. 298; Mionnet, t. V, p. 184 et s.; Mommsen, ilfif, t. III, p. 323.

conséquence nécessaire, que les vicissitudes des révolutions politiques, des compétitions de prétendants à l'empire, ne se reflètent pas de la môme manière dans la monnaie de cuivre ou dans la monnaie d'or et d'argent, en comprenant, comme de juste, dans celle-ci, le billon de mauvais aloi et le cuivre saucé que le gouvernement impérial donnait au lir siècle pour de l'argent, et qui était considéré légalement comme tel. Quiconque prenait le titre d'Auguste s'emparait par là même du droit de battre des espèces d'or et d'argent, et se hâtait d'en user, ainsi que nous l'avons montré, comme manifestation extérieure de son pouvoir et proclamation de ses prétentions. Mais, comme la monnaie de cuivre d'empire ne se fabriquait que par ordre du Sénat et dans les deux seules villes de Rome et d'Antioche, il n'en a été frappé qu'au nom et à l'effigie des princes qui ont été maîtres de ces villes et qui ont fait reconnaître leur autorité par le Sénat de Rome. Sans parler des tyrans éphémères du iil^ siècle, qui n'ont porté la pourpre que pendant quelques semaines, et dont l'autorité s'est à peine étendue à une seule province^ Pescennius Niger, maître pendant un an de près de la moitié de l'Empire, ne compte pas une seule pièce de bronze dans la série romaine, parce que son autorité ne s'étendit pas à Rome et que Septime Sévère ne le laissa pas proclamer par le Sénat, quelque envie qu'en eût ce corps. Albin n'est intitulé Auguste que sur des monnaies d'or et d'argent, qu'il fit frapper de sa propre autorité, quand il entra en lutte ouverte avec Sévère; sur le bronze, il n'est jamais appelé que César, parce que son rival, maître de Rome, ne permit jamais au Sénat de lui reconnaître une autre qualité. Par contre, on a des monnaies de cuivre de coin romain des deux Gordiens d'Afrique, père et fils, dont le

règne dura six semaines et qui ne purent pas atteindre Rome, parce que le Sénat les avait acclamés, en haine de Maximin. Le seul personnage qui, avant Aurélien, frappa des monnaies de bronze en ayant son pouvoir confiné dans une région autre que l'Italie, et sans avoir jamais été reconnu par le Sénat romain, fut Postume. Et, circonstance bien remarquable, tous ses bronzes, pareils à ceux dont l'émission était légalement dans les attributions sénatoriales, portent dans le champ les lettres SC, comme s'ils avaient été frappés à Rome en vertu d'un sénatus-consulte régulier. C'est que Postume, dans son empire gaulois, avait établi au complet tous les rouages de l'organisation constitutionnelle .de l'Etat romain. N'étant pas reconnu par le Sénat de Rome, que Gallien obligeait à le traiter en ennemi public, il avait, comme jadis Sertorius en Espagne, créé dans les Gaules un autre Sénat, siégeant à Colonia Agrippina ou à Burdigala, et il l'avait investi des mêmes droits monétaires que celui de Rome (1). Nul autre, dans les mêmes conditions, ne sut faire de même, car nul autre, parmi les soldats de fortune qui s'élevèrent vers le même temps à la pourpre dans les diverses parties du monde romain, n'était doué du même génie d'organisation et ne cherchait k réaliser de même la conception d'un empire complet, sans prétendre h la possession de Rome. Postume donnait enfin un corps à cette idée de Vi7nperium gallicum^ à la fois national et constitué sur le modèle romain, que des patriotes des Gaules avaient rêvé et tenté sans succès de mettre en pratique dès le i*' siècle, et rien ne révèle mieux que ses monnaies de bronze le caractère de l'édifice politique qu'il avait élevé.

(1) Eckhel, DiV, t. VII, p. 445.

L'abréviation des mots Senatus Consulta, inscrite sur les bronzes qui sortaient de l'atelier sénatorial d'Antioche, n'était pas une vaine formule ; on ne frappait en réalité dans cet atelier que sur l'ordre formel du Sénat de Rome. C'est ce qui résulte de la manière la plus manifeste de l'examen de la série des monnaies qui en sont sorties. On n'y trouve pas tous les princes qui ont été reconnus à Rome par le Sénat ; il est arrivé quelquefois que leurs rivaux, proclamés en Syrie par l'armée, ont empêché de suivre sur ce point les prescriptions qui venaient de la Ville Eternelle. Mais dans cette suite on ne rencontre pas une seule tête de prétendant qui n'ait pas eu la sanction officielle du Sénat romain, même quand Antioche était le siège principal de sa puissance. Si ceux qui se sont trouvés dans cette situation avaient en main les moyens de coercition qui leur permettaient d'empêcher de monnayer au nom de leur rival, aucun d'eux n'a, du moins, osé porter atteinte aux droits sénatoriaux en faisant émettre à son nom les pièces de cuivre aux lettres SC avant que le . sénatus-consulte qui en ordonnait la publication fût arrivé de Rome. Ils attendaient leur reconnaissance légale parle corps qui, malgré son abaissement et sa servilité, gardait encore un certain prestige, et respectaient la fiction constitutionnelle qui lui laissait une part de souveraineté. C'est ainsi que Vespasien a mis obstacle à l'émission de monnaies de l'espèce qui nous occupe au nom de Vitellius, Pescennius Niger à celle de monnaies de Pertinax et de Didius Julianus, bien que ces trois empereurs eussent été solennellement reconnus par le Sénat de Rome. Mais Pescennius Niger n'ayant jamais obtenu cette reconnaissance, il ne fut pas non plus frappé à son nom et à son effigie dans l'atelier d'Antioche de pièces de cuivre à

la marque sénatoriale, bien que, comme souverain de fait dans la ville, il utilisât d'autres officines du même hôtel des monnaies pour y faire frapper les rarissimes aurei (1) et les deniers d'argent à légendes latines rentrant dans le système de la monnaie générale d'Empire, et quoiqu'on y fabriquât aussi des tétradrachmes provinciaux à son nom. Il y faisait exécuter toutes les espèces de monnaies qui dépendaient uniquement de l'autorité impériale qu'il s'était arrogée, mais non celles qui ne pouvaient être émises que sur l'ordre du Sénat.

Plusieurs textes littéraires viennent confirmer ces faits, que constate la numismatique. Nous avons rappelé un peu plus haut le passage où Tacite (2), racontant la proclamation de Vespasien par l'armée de Syrie, parle des monnaies aussitôt frappées par le nouvel empereur à Antioche, afin de subvenir aux frais de la guerre contre Vitellius. Les termes dont il se sert sont importants à noter : Apud Antiochenses aurum argentumqiie signalur. Ainsi ce n'est que de la monnaie d'or et d'argent que l'on fabrique, car on ne peut pas encore légalement en faire d'autre ; pour le cuivre, il faut attendre la reconnaissance du Sénat. L'empereur, à peine élu parles légions, s'empare des ateliers proprement impériaux de l'hôtel des monnaies d'Antioche; il respecte l'atelier sénatorial, sur lequel il n'a pas d'autorité. Dans sa narration de l'avènement de Macrin, Lampride, après avoir raconté comment le nouvel empereur, pour rassurer les légions saisies d'une crainte superstitieuse à l'idée qu'il n'y avait plus un

(1) Sur les monnaies d'or de Pescennius Niger, voy. Cohen, Rev. num. 1868, p. 441 et s.

(2) Hist. II. 82.

Aiitonin à la tête de l'Empire, leur présenta son fils Diaduménien en lui faisant prendre ce nom, alors si populaire, ajoute : « Aussitôt on frappa monnaie à Antioche au nom d'Antonin Diaduménien ; mais on remit pour celle de Macrin jusqu'à l'arrivée des ordres du Sénat (1). » Les monuments monétaires s'accordent de la manière la plus précise avec ce témoignage et en fournissent un précieux commentaire. On a bien attendu la reconnaissance de Macrin par le Sénat pour frapper à son nom et à son effigie non-seulement les pièces de cuivre à la marque sénatoriale, mais même les tétradrachmes d'argent provinciaux, car sur ces derniers il porte toujours le titre de consul, YnATOC, qu'il n'a jamais pu prendre qu'après avoir reçu les ornements sénatoriaux (2) qui lui furent dédiés par le Sénat (3) . Quant à la monnaie battue en toute hâte au nom du César Diaduménien pour constater sa proclamation et surtout faire connaître aux peuples qu'il avait adopté le nom d'Antonin, nous la possédons : c'est un tétradrachme provincial, tels qu'ils pouvaient s'émettre sur le seul ordre de l'Auguste et sans avoir besoin de la proclamation du Sénat, On a mis tant de précipitation à l'exécuter, que l'on n'a pris le temps de graver un coin nouveau que pour la tête ; pour le revers, on s'est servi d'un coin de Caracalla, mentionnant dans sa légende le quatrième consulat, AHMAPX. ei- YnATOC- TO- A,

(1) Staiim apud Antiochiam moneia Antonini Diadumeni nomine percussa est : Macrini, usque adjussum Senatus dilata est : Lamprid. Ant. Diadum. 2.

(2) On sait qu'après Septime Sévère la remise des ornements sénatoriaux donnait droit à prendre le titre de consul, sans que l'on eût pour cela exercé effectivement le consulat ; Eckhel, D N, t. VIII, p. 429 et s.

(3) Dio Cass. LXXVIII, 13.

quand le fils de Macrin n'a jamais été même une seule fois consul (1). Quant à la légende du droit, elle Tappelle seulement M. One^.oç. ANTCONINOC KA[ICAP, sans son cognomen antérieur de Diadumenianus^ qui lui est donné, conjointement avec celui d'Antoninus, sur les monnaies que l'on a frappées un peu plus tard, quand le protocole de ses titres fut définitivement réglé, entre autres sur les espèces de cuivre de l'atelier sénatorial d'Antioche.

Reste lesingulierproblème que présente le règne d'Othon, dont on ne possède pas une seule monnaie de cuivre de coin romain (2), tandis qu'on en a dans les produits de l'atelier sénatorial d'Antioche (3) . C'est devenu une espèce de lieu commun que d'expliquer l'absence de bronze romain d'Othon, en disant qu'il n'avait pas obtenu la reconnaissance du Sénat. Mais il y a là une pure erreur historique. Othon avait été proclamé empereur par le Sénat avec toutes les formes régulières, et Tacite dit même que c'est le prestige de cette proclamation qui lui conserva fidèles toutes les provinces orientales {h) ; et, en l'absence de ce témoignage si formel, il suffirait, pour prouver le fait, de l'existence des monnaies de cuivre frappées à Antioche en son nom, d'après un sénatus-consulte attesté par l'inscrip-

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 291; t. VII, p. 243.

(2) Eckhel, D N, t. VI, p. 302 et s.

(3) Mionnet, t. V, p. 193, n<" 356 et 3S7; Cohen, MI, t. I, p. 253 et pi. XIV, n" 21.

(i) Longinquae provinciae, et quidquid armorum mari dirimitur^ pênes Othonem manebant, non partium studio, sed erat grande mommtum in nomine Urbis ac praetexta Senatus, et occupaverat animos prior auditiis : Tacit. Hisl. 1, 76.

tion de la formule SC. C'est M. Mommsen (1) qui a découvert la vraie et incontestable raison de l'absence de monnaies de cuivre d'Othon de coin romain. Le savant prussien a prouvé, en effet, que pendant toute la durée du I" siècle, jusqu'à la mort de Domitien, le titre de Pontifeœ Maximus était considéré comme le plus haut et le plus auguste des titres impériaux. Le Sénat, en particulier, ne tenait légalement le pouvoir de l'Empereur comme complet que lorsqu'il avait revêtu le Souverain Pontificat, et c'est seulement au moment de l'investiture d'un nouvel Auguste comme Pontifex Maximus que la monnaie sénatoriale de cuivre commençait à être frappée en son nom (2); jusque-là, on émettait seulement pour lui les espèces d'or et d'argent dont il avait la disposition. Or, l'élection et l'investiture du Pontife Souverain n'avaient lieu qu'à une époque déterminée de l'année, dans le mois de mars ; il ne fut fait que deux fois exception à cette règle dans tout le cours du i" siècle, pour Galba, dont on ignore la date d'élévation au titre de Pontifex Maximus^ mais qui le reçut nécessairement entre juillet et janvier, et pour Vitellius, qui se fit de force créer Souverain Pontife le 18 juillet (3), après avoir été reconnu à Rome le 19 avril. Pour tous les autres empereurs dont l'avènement à la pourpre eut lieu dans le courant de l'année pontificale, on

(1) Zeitschr. f. Num. t. I, p. 238-2-44.

(2) Quelquefois à ce moment le Sénat faisait frapper la monnaie de cuivre du nouvel Empereur en quantité suffisante pour fournir d'un seul coup aux besoins de tout son règne. C'est ce qui fut fait pour Claude, dont tous les bronzes sénatoriaux portent la date de la première puissance tribunicienne, tandis que l'on a de l'or et de l'argent de toutes les années de son règne.

(3) Tacit. Hist. II, 91; Suet. Vitell. 11.

remit leur nomination et l'investiture à l'époque régulière, le Sénat attendant aussi ce moment pour procéder à l'émission de leurs monnaies de cuivre. Tel fut le cas d'Otlion. Proclamé et reconnu par le Sénat le 15 janvier 69, et s' étant donné la mort le 1 5 avril de la même année, son règne, quoique bien court, aurait offert un temps suffisant pour la fabrication de pièces de cuivre par l'autorité du Sénat, parallèlement à celles qu'il faisait frapper directement lui-même en or et en argent, si l'on n'avait pas voulu attendre son élévation à la dignité de Pontifex Maximus. Mais nous savons maintenant, parles fragments récemment découverts des actes des Arvales, que les comices sacerdotaux pour son élection comme tel n'eurent lieu que le 9 mars, cinq jours avant qu'il quittât Rome pour marcher contre Vitellius. Il ne put pas être installé régulièrement, et d'ailleurs dès ce moment ses affaires étaient tellement compromises qu'il est tout naturel que le Sénat, peu héroïque de sa nature, qui avait attendu jusque-là d'après les précédents de la jurisprudence, ait jugé plus prudent d'attendre encore, avant de commencer son monnayage, pour voir quelle serait l'issue de la lutte entre les deux rivaux .

Rien ne prouve que dans l'atelier d'Antioche, considéré comme moins important que celui de Rome, on attendît aussi l'investiture du Souverain Pontificat pour commencer la fabrication de la monnaie de cuivre d'un nouvel empereur, d'autant plus que la qualification de Pontifeop Maximus ne figure pas dans les titres que donnent aux souverains les légendes des pièces de cet atelier. 11 est trèspossible que l'ordre de monnayer y fût envoyé aussitôt après la reconnaissance politique par le Sénat. Mais, même dans le cas où ce corps aurait suivi pour son atelier

monétaire d'Antioche la même règle que pour celui de Kome, le temps, qui manqua dans la Ville Reine pour entamer après le 9 mars la fabrication des monnaies d'Othon, ne fit pas défaut de même dans la cité syrienne. Il est évident qu'à tout le moins, dès que la date des comices où l'Empereur devait être élevé au Souverain Pontificat avait été fixée, on avait dû envoyer à Antioche les ordres nécessaires pour faire commencer le monnayage à son nom en même temps qu'à Eome ; à supposer qu'ils arrivèrent en mars, ce n'est qu'au mois de juin que l'on put savoir en Syrie la mort d'Othon, ce qui fait plus de deux mois pour la fabrication des monnaies de l'atelier sénatorial au nom et à la tête d'Othon, même en la resserrant dans ces étroites limites et en en retardant autant le début. De plus, en Syrie, les nouvelles des progrès de Yitellius ne devaient pas causer les mêmes craintes et les mêmes hésitations qu'à Rome. On s'y était vivement prononcé pour Othon, dont le légat Mucien avait fait mettre la tête sur les monnaies municipales de cuivre d'Antioche aussitôt qu'il avait appris sa proclamation (1). On se sentait encore loin de l'atteinte des légions de Germanie, et, jalouse de celles-ci, l'armée qui occupait la province était déjà résolue à faire elle-même un empereur plutôt que de reconnaître Yitellius. L'existence de monnaies de cuivre d'Othon de l'atelier sénatorial d'Antioche s'explique donc historiquement, aussi bien que le manque de monnaies semblables de l'atelier de Rome. La difierence des événements politiques qui se déroulèrent alors en Italie et en Syrie est la cause qui fit que la reconnaissance d'Othon par le

(1) Eckhel, D iV, t. UI, p. 282; Mionnet, Suppl. t. VIII, p. 131, nMS.

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