‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 9 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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politiques et commerciaux, est attestée par les monnaies d'ancien style, de même poids, au même carré creux sur le revers, avec les noms de l'une ou de l'autre des deux villes et le même type du bœuf marchant, mais ayant sous lui un épia Chalcédoine (1) et un poisson à Byzance (2), aussi bien que par les pièces d'argent, postérieures à Alexandre, sur lesquelles, accompagnant la même tête de Déméter au droit, Byzance met au revers l'image de Posidon et sa propre légende (3), Chalcédoine celle d'Apollon et sa propre légende (4), aussi bien que par le cuivre, contemporain de ces dernières pièces, où les types sont purement byzantins, mais où la légende réunit les noms des deux cités (S).

Quand, dans la numismatique des villes grecques de la Cilicie sous les Achéménides, nous rencontrons des pièces d'argent du plus beau style, offrant une parfîiite unité do poids et de types, au droit la tête d'Athéné, au revers Baal assis sur un trône, et où l'on ne voit, en fait de légende, que M sur les unes et 2 sur les autres, toujours à la même place (G), on ne peut pas hésiter, plus que n'ont fait le duc de Luyneset J. Brandis, à y voir les produits d'un monnayage réglé par une convention d'union, entre les deux villes voisines de Mallos et de Soli.

(1) Brandis, p. 433.

(2) Brandis, p. 520.

(3) Combe, Mus. Hunier, pi. XIII, n° 17; Brandis, p. 521.

(i) Borrell,A^M»i. chron. t. V, p. 191 et s.; Brandis, p. i36.

(o) Mionnet, 1. 1, p. 377, n^^ 83, 86 et 92; Combe, Mus. Hunter. pi. XIII, n''I8.

., (G) D. de Luynes, Numism. des satrap. p. 63 et s., pi. XI; Brandis, p. 499 et s.

Il y a plus. La seule convention monétaire grecque dont nous possédions le texte, celle qui a été rappelée plus haut, est entre Pliocée et Mitjlène, pour la fabrication des hectés d'électrum. Or, nous avons les monnaies mêmes qui ont été frappées d'après cette convention (1). Elles sont pareilles de poids, de titre, de style et d'aspect général ; mais chacune des deux villes y conserve ses types propres, sans rien emprunter sous ce rapport à l'autre. Ici donc, l'union était faite dans les conditions de notre Union latine, chacun des contractants donnant à sa monnaie l'empreinte de sa souveraineté, mais la taillant sur un étalon commun, avec la même valeur, de telle façon que chacun pouvait accepter la monnaie de l'autre et lui donner sur les marchés le même cours légal qu'à sa propre monnaie.

J. Brandis (2) a savamment traité des unions de ce genre dont on trouve la trace dans l'Asie Mineure grecque, pendant la période antérieure à xilexandre. La plus importante de toutes est celle que nous avons appelée plus haut V Union des hectés d'électrum et qui groupa dans la fabrication d'un monnayage homogène une grande partie des cités de la Mysie, de la Troade, de l'Ionie et des îles voisines pendant une période de temps que l'on peut délimiter approximativement entre 412 et 387 av. J.-C. (livre II, chap. I, § 2, 2 ; livre VI, chap. iv, § 3) . Deux groupes successifs et bien caractérisés de monnaies se rattachent à cette union, dont le traité entre Phocée et Mitylène peut être considéré comme un des actes constitutifs. Je suis disposé à placer la fabrication du premier de 412 à /lOO

(1) Mitylène : Brandis, p. 412. — Phocée : Brandis, p. 414.

(2) P. 260 et s.

environ et celle du second de 399 à 387. Dans le premier groupe, les liectés d'électrum nous offrent d'un côté le type d'une ville en relief et de l'autre le type d'une seconde ville en creux ; les associations qu'on y relève sont celles de Mitylène et Samos, Mitylène et Dardanos, Lesbos et Cebren, Lesbos et Saraos, Dardanos et Chios, Dardanos et Samos, Samos et Erythres, Samos et Clazomène, Samos et Cebren, Samos et Abydos, Héraclée d'Ionie et Abydos ( 1 ). De petites pièces d'argent, drachmes de 3 gr. 55ettrioboles de 1 gr. 7o, correspondent à ce monnayage d'iiectés d'électrum et associent aussi deux types de villes, tous les deux en relief, mais celui du revers dans un carré creux ; les associations y sont : Abydos et Cebren, Abydos et Clazomène, Abydos et Cliios (2), Cebren et Téos (3), Samos et Cebren, Samos et Methymna, Samos et Clazomène, Samos et Erythres, Samos et Chios (4). Le second groupe présente les caractères que nous définissions tout à l'heure, en parlant du traité entre Phocée et Mitylène. L'unité est complète dans le système, le poids, le titre, l'aspect général et la disposition essentielle des types : au droit une tête de divinité, au revers, dans un carré indiqué par quatre barres, un type qui est le plus souvent une seconde tête. Mais chaque ville conserve ses types propres, en les arrangeant dans ces données : Phocée, qui possède alors le monnayage le plus étendu, frappe avec des types très-variés et signe les produits de son atelier

(1) Associations deMilylène : Brandis, p. 412. — Les autres associations : Brandis, p. 416 et s.

(2) Brandis, p. 444.

(3) Brandis, p. 443,

(4) Brandis, p. 468 et s.

par une petite figure de phoque placée dans le champ du revers. Parium (1), Abydos (2), Birytis (3), Cebren(/|), Sigée (5), Lesbos (6), Érésos (7), Mitjlène (8), Lébédos (9), Phocée (10), Téos (il), Chios (12), Samos (13) et un certain nombre d'autres villes encore indéterminées (14), prennent alors part à cette forme de monnayage d'union.

On peut poser comme règle que les unions monétaires n'existent qu'entre villes très-voisines, ou du moins entre villes de la même région, ayant des rapports naturels et incessants d'entre-cours commercial, où par conséquent le besoin d'une monnaie commune avait dû se faire vivement ressentir. Quand on trouve sur une pièce antique la réunion des types de cités fort éloignées les unes des autres, que la grande navigation mettait seule en rapports, il faut en chercher l'explication dans quelque circonstance, politique et historique exceptionnelle, plutôt. que dans une union monétaire. Tel est le cas de la pièce d'argent anépigraphe, de fort ancien style, qui unit d'un côté

(1) Brandis, p. 410.

(2) Brandis, p. 411.

(3) Ibid.

(4) Ibid.] (o) Ibid.

(6) Brandis, p. 412.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) Brandis, p. 413.

(10) Brandis, p. 414.

(11) Brandis, p. 41o.

(12) Ibid.

(13) Ibid.

(14) Brandis, p. 418 et s.

les types de Cyrène, plante et graine de silphmm, et de Samos, tête de lion, de l'autre, dans un carré creux, celui d'Ialysos, une tête d'aigle tenant un serpent dans son bec (i). Au lieu de supposer une association de monnayage entre ces trois villes, il vaut mieux rapporter cette pièce à l'expédition qui partit de Samos entre 5'29 et 555 av. J.-C. pour remettre sur son trône, avec une armée de Samiens et de Rhodiens, le roi Arcésilas III, chassé de Cyrène (2). Le style de la monnaie s'accorde admirablement avec la date de cet événement.

Le plus souvent, l'union monétaire entre deux cités ou un plus grand nombre paraît avoir été exclusivement bornée à son objet spécial et n'entraînait aucunement une fédération politique. Hien de semblable ne s'aperçoit dans l'histoire pour les villes de l'Italie méridionale, qui émirent les monnaies d'argent incuses, ni j)Our les cités grecques de l'Asie Mineure occidentale, groupées commercialementetmonétairementdans l'Union des hectés d'électrum. Pourtant, dans quelques cas, il en est autrement. Nous possédons des pièces d'argent du v" siècle avant notre ère où le nom de Phères est associé à ceux de plusieurs autres villes de la Thessalie^ dans des accouplements qui vont toujours deux par deux (3) , et une, d'une cinquantaine d'années postérieure, où Phères et Larisse sont nommées ensemble, chacune sur une des faces (h). Cette dernière

(1)L. Millier, Num. de l'anc. Afrique^ t. I, p. 11.

Câ) Voy. (lavedoni, Osserv. sulle monete délia Cirenaica, p. 20 et s.; L. Muller, Num. de l'anc. Afrique, p. 18.

(3) Duchalais, Ruv. num, 18o3, p. 235 et s. , pi. XIV.

(i) Catalogue Huber, p. 29; Leicester Warren, Greek fédéral coinage,

appartient certainement au temps où Jason de Phères (en 374 av. J.-C.) était parvenu à se faire élire par l'assemblée générale des Thessaliens tagos ou clief militaire de tout le pays, au-dessus des familles aristocratiques exerçant le pouvoir dans les diverses cités, office que son successeur médiat Alexandre transforma en une tyrannie complète. L'union des noms des deux villes sur la même monnaie y est donc en rapport avec une communauté de gouvernement. Ceci rend fort probable que les pièces analogues frappées à une époque plus ancienne se rapportent à une hégémonie antérieure exercée momentanément par Phères dans la fédération des cités thessaliennes^ fédération dont l'institution du tagos commun était le lien (1), et qui, avec des éclipses fréquentes et malgré la résistance du particularisme auquel poussaient les familles dominantes des différentes villes, comme les Aleuades de Larisse, les Scopades de Crannon, les Créondes de Pharsale, reparaissait dans toutes les circonstances qui menaçaient l'indépendance du pays (2) . Aristote, dans son livre des Républiques, consacrait un chapitre à la constitution de cette X.OI.V/] 02(7ca')aov izolizeia (3). Nous avons donc, je crois, dans les monuments numismatiques que je viens de rappeler, un essai de monnayage fédéral, aussi imparfait et aussi irrégulier que l'était la confédération tliessalienne elle-même.

(1) Vœmel, De Thessaliae tnco/ès, Francfort, 1829; Titlmann, Darstellunrj d. griech. Staatsverf. p. 713; Schœmann, Anliq.juris publ. Graec. p. 401; Hermann, Lehrb. d. griech. Staatsalt. § 178.

(2) Freeman, Hist. of fédéral ijovei'nment, p. 152 et s.

(3) C. Millier, Fragm. hislor. graec. t. II, p. 151, fr. 115-1 iS.

3. Les monnayages fédéraux du monde grec, très-différents de la numismatique des simples unions monétaires, ont été groupés et étudiés dans un fort remarquable travail de M, Leicester Warren {]). C'est en grande partie avec ce guide, mais en ajoutant cependant quelques faits à ceux dont il s'est occupé,- que nous allons jeter un coup d'œil sur cette partie de notre sujet.

Dans différentes contrées de la Grèce et des pays grecs, et à diverses époques, les dangers de tout genre qui résultaient du morcellement de la souveraineté jusque dans les plus petites localités, de l'isolement et de la rivalité des cités par rapport les unes aux autres, amenèrent à mettre en commun les forces militaires et les grands intérêts provinciaux, par la formation de ligues permanentes ayant pour ces choses un gouvernement fédéral et des institutions communes, mais où chacune des cités ou des tribus entrées librement dans la ligue conservait ses lois particulières, avec la plénitude de sa souveraineté pour ses affaires intérieures. Quelques-unes des fractions de la nation grecque se montrèrent plus aptes que les autres à ce régime fédératif, et nous l'y voyons en vigueur depuis ré[)oquela plus reculée ; chez d'autres, au contraire, la fédération ne se forma que tard, après une amère expérience du régime de morcellement particulariste. Il importe, d'ailleurs, de distinguer dans l'histoire les fédérations de villes ayant par elles-mêmes une importance et une vie propres, et les fédérations de tribus sans villes saillantes, comme celles des Phocidiens et des Etoliens. Ces dernières eurent, en général, une existence beaucoup plus permanente, un fonc-

(1) Essay on greek fédéral coinage, Londres et Cambridge, 1863. — Ce travail a été écrit pour former un appendice à YHistonj of fédéral goveriiment de M. Freeman.

tionnement plus facile des institutions communes, parce que les rivalités municipales ne vinrent pas y apporter un élément de trouble et de décliirement.

Nous rencontrons même des ligues de cités, et trèsfortement constituées au point de vue fédéral, chez des populations non helléniques. Telle était la ligue des villes lyciennes. Grâce à la coliésion de ses membres, à la solidité de ses institutions et à l'habile politique par laquelle, dans les grandes luttes armées entre les Grecs et la Perse, elle sut s'isoler des événements militaires, à la charge de payer un léger tribut alternativement aux uns et aux autres des belligérants, quelquefois à tous les deux en même temps (1), la Ligue Lycienne parvint à se maintenir jusqu'à Alexandre dans une situation de véritable indépendance de fait. Et cette indépendance était assez effective pour qu'au temps où la Syrie appartenait en droit à l'empire des Achéménides, dans lequel elle formait une satrapie k part, avec la Pamphylie et le pays de Milyas (2), elle pût, tout en acceptant les dariques d'or du suzerain, d'après lesquels elle réglait la taille de ses propres monnaies d'argent (o) (voy. livre YI, chap. iv, §2), fermer son territoire aux espèces d'argent d'empire, qu'elle ne recevait qu'en les tarifant à son gré et en y imposant une contremarque (i). Pendant le v" et le iv^ siècle avant l'ère chrétienne, la Ligue Lycienne eut un monnayage fédéral

(1) En 4i6 av. J.-C, les A-jxiot xal (7'jvt;),£ï; Ggurent sur la liste des tributs de la confédération de Délos {Corp. mscr. attic. n° 234); mais à la même époque ils n'étaient pas considérés comme rebelles à la cour de Suse.

^2) Arrian. Anab. I, 23, 4; III, G, G.

(3) Brandis, p. 131 etSio.

(4) Brandis, p. 26o et s., 3i4. •

abondant et parfaitement caractérisé (1), dont tous les produits offrent une parfaite unité de système. Chaque ville y frappe des espèces à son nom et en y plaçant au droit le type qu'elle a choisi -, mais le revers présente toujours le symbole de la Ligue, trois croissants disposés en triquetra et se rattachant par une de leurs extrémités à un anneau qui forme centre commun. Ce symbole bizarre doit faire allusion aux trois peuples, Cauniens,Troyens etTrémiles(2), dont la réunion formait la nation lycienne (3). A côté des espèces fédérales frappées par elles, beaucoup de villes ont en même temps un monnayage purement municipal, où n'apparaît plus l'emblème de la Confédération (4). Enfin, quelques pièces, ayant au revers un symbole commun , — qui difiere de celui de la grande ligue en ce que ce sont quatre croissants, au lieu de trois, qui s'y rattachent à un anneau central (5), — semblent indiquer, au moins pendant quelque temps, l'existence d'une petite confédération distincte, comprenant seulement trois ou quatre localités. Il ne serait pas impossible que ce fût celle des Cauniens (6), que les inscriptions athéniennes des tributs montrent dis-

(1) Fellows, Coins of ancient Lycia, Londres, 1855 ; Brandis, p. 344 et

(2) Voy. Fellows, Coins of Lycia, p. 5; et les notes de l'Hérodote anglais de G. Rawlinson, 2' édit. t, I, p. 247 et s.

(3) Cette explication me paraît préférable à celle qui y voit une sorte de harpon à trois crochets, faisant allusion au nom d'IIarpagos, le conquérant du pays pour les Perses, dont la dynastie se maintint à la tête de la confédéraiion au moins jusqu'au temps d'Artaxerxe Longue-Main (Stewart, dans Fellows, Lycian coins, p, 14).

(4) Brandis, p. 345 et48fi-488.

(5) Fellows, pi. I et II; Brandis, p. 488.

(6) C'est aussi l'opinion de M. Fellows.

tinctsdes Lyciens proprement dits, au milieu du X" siècle.

Quelques villes grecques de la côte occidentale de l'Asie jMineure nous offrent un monnayage fédéral, organisé d'une manière très-analogue, dans une circonstance historique que M. Waddington a admirablement déterminée (1), Après la bataille de Cnide, Samos, Eplièse, lihodes et CnidCj, délivrées des harmostes lacédémoniens parla flotte de Conon et de Pliarnabaze, s'unirent en une ligue pour la défense de leur liberté reconquise et frappèrent une monnaie d'argent commune, portant au droit le symbole de la ligue, Hercule enfant étouffant les serpents, avec la légende lYN^ qu'il faut entendre soit comme l'abrégé de lYNf7.a-/ta, soit comme un mot complet à prendre au sens adverbial, « ensemble ! » ; sur le revers, chacune des villes met son nom et son type particulier. Des cités plus éloignées paraissent avoir adhéré à l'alliance politique, à laquelleles événements mirent bientôt fin, mais non à l'union monétaire qui s'y rattachait. C'est ainsi que Cyziqne et Lampsaque ont frappé alors^ mais chacune dans son système particulier de monnaies, lapremière un st.atère d'électrum (^), la seconde un statère d'or pur (3), avec le type significatif d'Hercule étoufi'ant les serpents.

Toutes les ligues grecc{ues form^ées dans un but militaire et politique, avec une caisse commune, n'ont pas cherché à se créer une monnaie fédérale, mais seulement celles qui étaient composées des habitants d'un même pays, dont l'existence correspondait à un sentiment national réel. En ce cas, la règle presque constante est que lamonnaie-

(1) Rev. mm. 1863, p. 223 et s., pi. X.

(2) Rcv. num. 1863, pL X, n° 6.

(3) Ibid. n° 5.

fédérale a été frappée dans un atelier commun et porte au génitif d'appartenance le nom du peuple formant la confédération, des Phocidiens, des Béotiens, des Etoliens, etc.

La Pliocide nous offre un des plus anciens exemples de monnayage fédéral dans la Grèce propre (1). Les pièces au type de la tête de bœuf et au nom des Phocidiens commencent avec le plus ancien style (voy. livre VI, chap. ix, au mot Slalères de Phocide). Ce monnayage fédéral est parallèle au monnayage indépendant de Delphes (2), qui depuis les Guerres Médiques prit séance a part des Phocidiens, comme un Etat distinct, dans le conseil amphictyonique. C'est également au vi® siècle avant l'ère chrétienne qu'il faut faire remonter le début des monnaies d'argent fédérales frappées en commun par les cités de la Chersonèse de Thrace (3), qui avaient un môme sénat et formaient une ligue très-étroite (-1).

Le monnayage des Béotiens ne commence pas moins haut. Il est nombreux et célèbre (5), s'étendant sur le

(1) Eckhel, D iV, t. IL p. 193; Mionnet, t. II, p. 94 et s.; Leicesler Warren, p. J2 et s.

(2) Bossftt, Essai sur les médailles de Céphalonie et d'Ithaque, p. 7 et 30, pi. V, nos 1 et 2; H. de Longpérier, Rev. num. J869, p. Li9 et s.

(3) Mionnet, SuppL t. II, p. S24 et s.; Brandis, p. 524.

Voy. L. Millier {ISumism. d'Alexandre, p. 41) pour la démonstration de C3 que sont les monnaies fédérales de la réunion des villes chersonésiennes, et non les espèces particulières d'une ville de Chersonésos, qui n'a jamais existé.

(4) Demosih. Pro coron, p. 2oG, décret rendu en commun par les Chersonésiens, dont les villes sont énumérées en tête.

(5) Eckhel, DiV, t. II, p. 195 et s.; Mionnet, t. II, p. 99 et s.; Leicester Warren, p. 23 et s.

cours (le plusieurs siècles. A cette monnaie fédérale de la Ligue Béotienne, l'une des plus anciennes de la Grèce, doivent être rapportées non - seulement les pièces qui ont le nom des Béotiens plus ou moins abrégé, mais toutes celles qui, avec le type du bouclier béotien sur le droit, ne portent pas sur le revers le nom d'une ville spéciale. Le monnayage fédéral des Béotiens se continua jusqu'à la dissolution de la ligue par les Romains en 146. Mais, dans le cours du iir siècle, le type en fut changé. C'est alors qu'ont été frappés les tétradracbmes qui ont d'un côté la tête de Jupiter et de l'autre Neptune assis avec la légende BOinTflN (1) et les bronzes correspondants f2). Les drachmes h la tête de Jupiter et au revers de la Victoire (3), imitéd des statères d'or d'Alexandre, avec les bronzes au revers de la Pallas (4) , représentent une époque encore postérieure et la fin de l'existence de la Confédération Béotienne.

La Confédération des villes de la Chalcidique sur la cote tliraco - macédonienne , appelée souvent dans l'histoire Ligue Olynthienne, d'après le nom de sa capitale, a frappé vers les débuts du iv^ siècle, entre la guerre du Péloponnèse et la dissolution de son propre lien fédéral^ imposée par Sparte en 379, d'admirables monnaies d'or, d'argent et de cuivre, ayant au droit la tête d'Apollon laurée, au revers une lyre avec le nom XAAKlAEflN (5). Olynthe,

(1) Mionnet, t. II, p. 103, n° 59.

(2) Mionnet, t. II, p. 104, n°' 66-68.

(3) Mionnet, t. II, p. 103, n" 60-64.

(4) Ibid. n" 6o.

(5) Mionnet, Suppl. t. III, p. 60 et s.; Leicester Warren, p. 28 et s.; Brandis, p. 533 et s.

centre de la ligue et lieu probable de la fabrication des monnaies communes, a mis son nom sur le droit d'une de ces pièces, mais en gardant au revers celui de la confédération (1). Au même temps, la ville de Bottiée nous offre un monnayage municipal de petites pièces de cuivre, avec son nom particulier, mais le type fédéral (2).

C'est dans la série des pièces d'argent d'imitation corinthienne (voy. livre IV, ckap. vii), frappées dans le IV siècle, que nous rencontrons les premières monnaies portant le nom du peuple des Acarnanieus, soit désigné par les initiales AK (3), qui pourraient aussi s'appliquer à la ville d'Actium, soit par les lettres AKAP groupées en monogramme (/i), à côté d'espèces semblables munies des marques municipales de beaucoup de villes acarnaniennes, comme Alyzia (5), Anactorion (6), Argos Amphilochion (7), Leucade (8), Métropolis (9) et Thyrreôn (10). Le monnayage fédéral de la Ligue Acarnanienne devient plus im-

(1) Cadalvène, Méd. inéd. pi. I, ri° 28. — La pièce d'argent continuant le type fédéral, avec une modification dans la tête et la légende OAYN- OINON (Mionnet, Suppl. t. III, p. 84, n-^ 518; Catal. Nortkvick, n° 579), doit être postérieure à la dissolution de la ligue.

(2) Mionnet, 1. 1, p. 470, n° 168; Bompois, Num. chron. n. s. t. XIV, p. 2l{).

(3) Cousinéry, Essai sur les monnaies de la Ligue Achêenne, 2e part, pi. II, n" 9; I'^" part. pi. II, n° 21.

(4) Ihid. V' part. pi. II, n° 2-4.

(5) Ibid. 2.<-- part. pi. II, n- 20 et 21.

(6) Ibid. 2«part. pi. II, n°' 10-19; i« part. pi. II, n" 23.

(7) Ibid. 2^ part. pi. III, n- 1-9.

(8) Ibid. r part. pi. III, n"" 13-18; 1^« part. pi. II, n" 28.

(9) IbiJ. 2« part. pi. III, n" 19.

(10) Ibid. 2" part. pi. III, n"' 20 et 21.

portant et beaucoup mieux caractérisé dans la période après Alexandre. C'est alors que sont frappées les pièces à la légende AKAPNANflN, avec la tête d'Achéloiis et de l'autre côté la figure d'Apollon Actien, ou plus rarement celle de Zeus debout (1), et les cuivres qui y correspondent, avec des types différents (2).

C'est encore dans la série des imitations d'argent de Corintlie que l'on voit apparaître les premières pièces portant le nom des Locriens (3) : elles paraissent dues aux Hespériens ou Ozoles et avoir été frappées dans Naupacte, leur seule ville importante. Mais c'est vraiment abuser de l'expression de (( monnayage fédéral » que de l'appliquer, comme a fait M. Leicester Warren (4), aux monnaies que les trois tribus des Locriens ont frappées d'une manière entièrement distincte et indépendante (5). Le monnayage particulier d'une petite tribu, telle qu'étaient les Opontiens (6) ou les Epicnémidiens, constitue une autonomie parcellaire aussi bien que celui d'une simple ville. Il importe beaucoup

('I)Eckhel, D iV, t. II, p. 183; Mionnet, t. II, p. 78 et s.; Leicester Warren, p. 14 et s.

(2) Mionnet, SuppL t. III, p. 454, n°= 7-9.

(3) Cousinéry, Monnaies de la Ligue Achéenne, 2^ part. pi. II, n°' 1-8.

(4) P. o9 et s.

(5) Le seul indice que l'on y rencontre d'une tendance à l'unité est dans ce fait que les Epicnémidiens et les Opontiens ont à un certain moment frappé de petites pièces de cuivre au môme type , mais chaque tribu avec son nom : Mionnet, t. II, p. 90, n° 3, et p. 93, n° 28.

(6) Les admirables monnaies d'argent des Opontiens au type d'Ajax combattant (voy. Catal. Daprè, n° 217, l'exemplaire avec la légende explicative en petites lettres Al Al) ont alternativement pour inscription AOKPnN ou OnONTiflN (Mionnet, t. II, p. 91 et s.; SuppL t. III, p. 489 et s.}.

défaire disparaître dulangage numismatique la désignation barbare et inexacte qui a fait classer sous des rubriques semblables les pièces de la Béotie in génère, ou de l'Etolie in génère^ numéraire fédéral de grandes ligues de cités ou de tri])us, et celles de l'Elide in génère^ monnaies d'une ville ayant un territoire qui dépendait absolument d'elle. Seulement il serait fâcheux de remplacer une expression aussi vague et aussi impropre par une extension inexacte de celle de monnaies fédérales.

/l. L'Arcadie nous oflfre un singulier problème. 11 est tout à fait positif historiquement qu'aucun lien politique, aucune confédération, n'existait avant le temps d'E[)aminonclas entre les différents cantons de l'Arcadie. Chacun d'eux avait sa vie propre, et les petites villes et les bourgs se groupaient dans quelques-uns d'entre eux sous la dépendance de cités plus importantes. Telle était la situation de Clitor, d'Hérée et de Mantinée, et l'antique importance du monnayage de ces trois villes correspond bien à un semblable état de choses. Pourtant nous avons une très-nombreuse série de petites monnaies d'argent, dont les plus anciennes appartiennent certainement au vr siècle et dans la succession desquelles on peut suivre pas à pas tous les progrès de l'art dans le cours du V (1), monnaies où Ton voit d'un côté Zeus Aphésios, donnant la volée à l'aigle qu'il tient sur sa main, et de l'autre la tête d'Ar-

(1) iMionnet, t. II, p. 2i3; Suppl. t. IV, p. 27J. — Pour la succession des styles d'art dans ces pièces, voy. surtout Imhoof Blumer, Choix de monnaies grecques, pi. II et III, n- 71-81; Zeilschr. f, Numism. t. III, pi. VII, n°' 2-27; VIII, n- 1-8 ; p. 289-302.

LA LOr DANS LES MONNAIES ANTIQUES 81

témis liymnia (1), avec la légende ARKADIpON et pins tard APKAAIKON. Il n'y a pas à y voir des monnaies fédérales, puisqu'à l'époque où elles furent frappées il n'y avait pas de Ligue Arcadienne ayant une existence politique ; ce ne sont pas non plus les espèces d'une des villes qui exerçaient chacune sur son territoire la souveraineté dans toute sa plénitude. Une seule explication est possible pour ce monnayage qui s'intitule lui-même Arcadien, 'Ap/.a^i-/,ov . sous -entendu voyicjy.a ou y.oajxa. C'est que c'est un monnayage sacré, émis par le sacerdoce du culte commun de la ville sainte de Lycosura, « la plus antique cité qu'eût vue le soleil », suivant sa prétention traditionnelle (2) , et du mont Lycée, culte qui était alors le seul lien national entre les tribus arcadiennes, revendiquant toutes la même origine (3). L'emploi de l'adjectif possessif au lieu du nom du peuple au pluriel a peut-être ici une signification caractéristique : la monnaie n'est pas celle (( des Arcadiens » comme peuple réuni politiquement, mais une « monnaie arcîadienne sacrée » .

Sur la monnaie archaïque d'Olympie (4), on lit de même OAYMPIKON, sur le tétradrachme de Delphes AAAOI- K0N(5). Il semblerait donc que l'on pourrait être en droit de tenir semblable forme de lésende comme étant dans la Grèce propre indicative des monnaies non plus nationales,

(1) E, Curtius, dans les Beitrage de Pinner et Friedlânder, p. 8o-92.

(2) Pausan. VIE, 38, 1.

(3) C'est l'opinion de M. E. Curtius, du colonel Leake (Numisin. hellenic. Europœan Greece, p. 16-18; Add. p. lo6; Suppl. p. 114) et de M. Leicester Warren (p. 11).

(4) Zeistckr. f. Numism. t. II, p. 26o.

(5) Rev. num. 1869, p. 149.

mais sacrées, frappées avec les richesses métalliques qui affluaient dans les caisses de certains temples; car l'absence de toute vie politique à Olympie, cité purement religieuse dépendant d'Elis depuis la ruine de Pise (1), ne permet pas d'attribuer un autre caractère à sa monnaie. Les pièces d'argent à la légende 0 El P IKON (2) au lieu de OEiriEHN peuvent parfaitement être des monnaies sacrées, frappées par le sacerdoce du fameux sanctuaire d'Eros à Thespies, plutôt que des monnaies émises par les autorités politiques de la ville. N'avons-nous pas encore en Béotie une autre monnaie frappée par un temple, dans une localité qui n'avait pas d'autonomie politique, celle d'Ismène (3), faubourg de Thèbes, ou plus exactement du sanctuaire d'Apollon Isménien?

Il faut faire dans la numismatique grecque une place à ces monnaies sacrées (/j.) . A côté de la souveraineté des cités et des rois, le droit de monnayage, ce privilège souverain, a été reconnu à un certain nombre de corps religieux et de temples, qui utilisaient pour la fabrication de monnaies une partie de leurs trésors et y trouvaient de

(1) Celte situation est parfaitement exprimée par la belle monnaie d'argent du Musée Britannique, où l'on voit d'un côté la tête de Zeus avec la légende ordinaire des Éléens, FAAEIflN, de l'autre la tête de la nymphe Olympie avec son nom, OATMPIA : Zeitschr. f. Num. t. II, p. 266.

(2)Mionnet, t. II, p. 110, n» 110; Suppl. t. III, pi. 17, n° 7. — C'est certainement la tête androgyne d'Éros qui est au revers de ces pièces.

(3) A. Soutzo, Rev. num. 1869, p. 177, pi. VI, n° 15. M. Imhoof-Blumer conteste cependant l'attribution : Numism. Zeitschr. de Vienne, 1871 , p. 353.

(-4) Voy. surtout E. Curtius, Ueher den religiosen Charakter der yriechischen Munzen, dans les Monatsberichte de l'Académie de Berlin de juin 1869; Num. chron. 1870, p. 91 et s.; Zeitschr. f. Numism. t. I, p. 267 et suiv.

nouveaux revenus. C'est dans cette catégorie qu'il faut ranger les beaux tétradrachmes frappés par les Amphictyons, comme corps sacré bien plus que comme assemblée politique, et où la tête de la Déméter d'Anthéla et l'image de l'Apollon Delphien rappellent les sanctuaires où ils tenaient leurs deux assemblées annuelles (1). Nous avons la monnaie d'argent du temple de Didymes^ près de Milet, que son inscription appelle sacrée, lEPH (2) (voy. plus haut, livre I, chap. i, § 2, 2). Les monnaies de bronze de Corcyre à la figure et souvent au nom de Zeus Casios, lesquelles datent de l'ère de la domination romaine et ont été frappées jusque sous Caracalla, sont d'une fabrique toute différente de celle des autres monnaies corcyréennes de la même époque; elles doivent être rapportées à un atelier particulier, installé à Cassiopé dans les dépendances du temple du dieu (3). Ainsi s'explique le monnayage de certaines localités, qui quelquefois n'étaient même pas des villes, mais seulement des sanctuaires, qui dans tous les cas n'auraient eu politiquement aucun droit à battre monnaie, car elles ne possédaient pas d'indépendance souveraine, comme Eleusis (4), simple dême de l'Attique et le seul où Athènes ait toléré un monnayage de cuivre distinct de la monnaie de l'Etat, Orthia en Elide (5) et peut-être le Carnéasion voisin d'Andania en Messénie (6).

(1) Mionnet, t. Il, p. 96, no 21 ; Cadalvène, Méd. inéd. pi. II, n" 18. — La drachme correspondante : Rev. num. 1860, pi. XII, n" 8.

(2) Millingen, Sylloge ofancient coins, p. 70.

(3) Lambros, dans Postolaccas, KaxaXoYo; vo[i.iO[X(xtwv twv v-fiatin'j Kspxûpaç, AeuxàSoç, X. t. >. p. 51.

(4) Eckhel, D N, t. U, p. 222; Mionnet, t. II, p. 140.

(5) E. Curlius, Peloponnesos, t. II, p. 102.

(6) R. Rochette, Mém. de numism. p. 128.

Il faut rapprocher les faits, sur lesquels nous reviendrons plus tard (livre IV, chap. li), des villes où la monnaie, comme à Pessinonte (1), à Hiérapolis de Syrie (2), à Alexandria Troas (3), à Ilion (/l), à Thasos (5), à Odessos (6), est désignée par sa légende comme celle de la divinité protectrice de la cité, au lieu de celle du peuple, de telle façon qu'il semble que ce soient les autorités sacerdotales, et non les autorités politiques, qui y donnent la garantie légale. La seule Ligue Arcadienne que connaisse l'histoire est celle de Lycomède, fondée sous l'influence d'Epaminondas en même temps que Ton créait Mégalopolis pour y servir de capitale (7). Malgré les déchirements presque continuels qui remplissent ses annales, la confédération politique des Arcadiens a eu un large monnayage fédéral , évidemment battu à Mégalopolis (8). Du moment même de sa première organisation datent les admirables statères d'argent de poids éginétique qui ont pour types la tête de Zeus Lycseos et Pan assis sur un rocher (9) ; ces types

(1) Mionnet, t. IV, p. 391, n° 104.

(2) Mionnet, t. V, p. 139 et s.

(3) Mionnet, t. II, p. 639, n« 65-67; Rev. num. 1858, p. 1-5J.

(4) Mionnet, t. II, p. 657 et s.

(5) Mionnet, t. I, p. 435, n" 30-39.

(6) Mionnet, t. I, p. 395, n" 221.

(7) Voy. l'excellent article Arcadex, par M. Foucart, dans le Dictionnaire des antiquités de MM. Daremberg et Saglio.

(8) Leicester Warren, p. 30 et s.

(9) Mionnet, t. II, p. 244, n"' 6 et 7. — Les lettres OATM, que quelques exemplaires laissent lire sur le rocher, ne le désignent pas comme l'Olympe arcadien, le Lycée; c'est un simple nom de magistrat en abrégé, car, sur un autre exemplaire, c'est XAPI qu'on lit à la même place [Zeilschr. f. Num. t. 111, pi. VU, n» 1, p. 289).

se continuent ensuite sur les quarts de statères (1), taille au-dessus de hiquelle la Ligue ne monnaye plus. Les plus petites pièces d'argent (2) et celles de cuivre (3), avec d'un côté la tête de Pan cornu et de l'autre, en guise de type, un grand monogramme composé des lettres APK, constituentle numéraire divisionnaire de la Confédération, fabriqué jusqu'à l'époque où celle-ci se fondit dans la Ligue Achéenne.

La série fédérale de la Ligue Etolienne, à la légende AITHAriN, est également riche et fort belle comme art (4). Elle appartient à l'époque culminante de la puissance de cette confédération, dans la période historique entre les premiers successeurs d'Alexandre et la conquête romaine. On y distingue deux groupes de pièces : d'abord des statères d'or et des tétradrachmes d'argent de poids attique, que les têtes du droit, dans l'un et l'autre métal, doivent faire ranger parmi les imitations des espèces d'Alexandre le Grand exécutées avec une certaine liberté (voy. livre IV, chap. vu) ; puis des monnaies d'argent qui ont pour étalon une drachme de 5 gr. 35 et des petites pièces de cuivre qui s'y rattachent , toutes ces monnaies ayant des types allusifs à la principale légende héroïque de l'Etolie , la chasse du sanglier de Calydou.

J'ai indiqué plus haut (§1,4 de ce chapitre) les raisons qui m'induisent à croire que les monnaies d'apparence

(1) Mionnet, t. II, p. 2ii, t.- 8-13.

(2) Mionnet, t. II, p. 244, n° i.

(3) Mionnet, 1. 1[, p. 24o, n" 14-16.

(4) Eckhel, l) iV, t. Il, p. 188; Mionnet, t. Il, p. 86 et s.; Leicester Warren, p, uG et s.

républicaine au nom des Epirotes (1) ont commencé à être frappées aussitôt après Pyrrhus, quand les derniers descendants de la dynastie des Eacides occupaient encore le trône de ce pays, mais n'exerçaient qu'une autorité très-limitée dans son pouvoir. S'il en était ainsi, et l'absence de toute pièce royale de TEpire postérieure à Pyrrhus est de nature à le faire penser, les Epirotes auraient possédé une monnaie nationale commune, émise au nom du peuple, dès avant la révolution qui abolit chez eux la royauté pour y substituer une république plus unitaire que fédérative, entre 239 et 2i^9 av, J.-C. Ils n'eurent donc qu'à la continuer dans le nouvel état de choses, jusqu'au moment de leur soumission à la puissance romaine. Dans le midi de l'Italie, vers l'époque de Pyrrhus, nous voyons cesser tout monnayage d'argent des villes du Bruttium ; il est alors remplacé par les abondantes pièces d'or, d'argent et de cuivre portant le nom national des Bruttiens, BPETTinN (!2). Ces monnaies attestent la formation d'une ligue avec monnayage fédéral, qui se maintint jusqu'après la guerre d'ïlannibal et sur laquelle les historiens restent muets (3).

5. Dans- toutes les confédérations dont nous venons de passer rapidement en revue les monuments numismatiques, les cités, en constituant une autorité commune pour les choses de la guerre et pour l'administration de

(1) Eckhel, D N, [. II, p. 100 et s.; Mionnet, 1. 1, p, i7 et s.; Leicesler Warren, p. 16 et s.

(2) Eckhel, DiV, t. I, p. 166 et s.; Mionnet, 1. 1, p. 179-186.

(3) Mommsen, Hl B, t. I, p. 127-132.

certains intérêts généraux, se réservaient la plénitude de leur souveraineté politique et législative dans tout ce qui était de leurs aiFaires intérieures. De même, en créant une monnaie fédérale commune, elles n'abdiquaient pas leur droit antérieur de monnayage particulier, où elles trouvaient une source de bénéfices (1). Aussi presque partout, à coté des produits des émissions fédérales, trouvons-nous ceux d'un monnayage municipal contemporain, et quelquefois très-développé. Toutes les cités de la Ligue Béotienne ont eu leurs monnaies particulières à leur propre nom, en même temps que se frappaient les pièces fédérales de l'âge antérieur à Alexandre, monnaies taillées sur le même pied et présentant de même toujours au droit l'emblème commun de la nation, le bouclier béotien (2). Dans la Ligue Arcadienne organisée par Lycomède, l'existence du monnayage distinct des villes à côté du monnayage commun au nom de la confédération est aussi la règle générale. La création de la Ligue et la fondation de Mégalopolis marquent même, comme l'a très-bien mis en lumière M. Leicester Warren (3), une date capitale pour l'histoire de l'art monétaire dans le Péloponnèse (voy. livre IV, chap.i) ; c'est un moment d'expansion et de progrès qui se traduit par la fabrication dans beaucoup de villes arcadiennes de statères d'argent, de poids éginétique comme ceux qui portent le nom des Arcadiens confédérés, statères offrant avec ceux-ci la plus étroite analogie de style (livre Vf,

(1) Voy. Leicester Warren, p. 9.

(2) Une liste, non tout à fait complète, des villes dont on a de ces monnaies, a été donnée par M. Leicester Warren, p. 27; cf. Imhoof-Blumer, Zur Miinzkunde und Paldographie Bwo/iens, Vienne, 1873.

cliap. IV, § 1). Il n'est pas jusqu'à la ville fédérale, siège de l'atelier monétaire commun, Mégalopolis, qui n'ait en même temps sa monnaie municipale. Elle frappe des quarts de statères d'argent ou trioboles exactement semblables à ceux de la Confédération, sauf qu'ils ont en légende MET au lieu du monogramme des lettres APK (1); beaucoup d'exemplaires unissent, du reste, le monogramme consacré de la Ligue à la légende propre de la ville, et cette association est presque constante sur les cuivres au nom de Mégalopolis (2), soit sur ceux qui ont au revers Pan assis (3), soit sur ceux qui y ont un aigle sur un foudre (4).

Tliyrréôn était le siège du conseil de la Ligne Acarnanienne (5) ; c'est là qu'elle devait avoir son hôtel des monnaies. Mais de cet hôtel, comme à Mégalopolis, en même temps que les espèces fédérales, sortaient des monnaies municipales d'argent, exactement semblables comme types et comme poids à celles de la Ligue, sauf que c'est le nom de la ville qui y est inscrit en légende (6). L'abondante série de bronze de la ville des Œniades (7) a vu le jour au temps oii cette cité appartenait à la Ligue Acarnanienne et n'avait pas encore passé à celle des Etoliens. En effet, comme marque d'adhésion à la confédération natio-

(1) Mionnet, t. II, p. 249 et s., n"' 37-42.

(2) Leake, Numism. hellen., European Greece, Suppl. p. 133.

(3) Mionnel, t. Il, p. 2o0, n° 44; Suppl. t. IV, p. 281, n° 33.

(4) Mionnel, Snppl. t. IV, p. 281, n° 56.

(5) Polyb. IX. 3, 4.

(6) Mionnet, t. II, p. 83 et s.

(7) Mionnet, t. II, p. 84 et s.; Suppl. t. III, p. 470 et s.

iiale, toutes les pièces en question portent im monogramme, composé soit des lettres AKAP, soit simplement (le AK, ou bien un A, au-dessous de la tête de taureau à face humaine du fleuve Achéloos (1). Cette tête elle-même doit être considérée comme un type fédéral, car nous la voyons apparaître sur certaines pièces de cuivre frappées à Leucade (2), lesquelles marquent la période de temps assez courte où cette ville appartint à la Confédération Acarnanienne ; elle y est encore accompagnée des lettres A K en monogramme (3). Dans la riche suite des monnaies d'argent de Leucade, dont la fabrication avait commencé plus anciennement, cette période d'adhésion à la Ligue est indiquée, non par un changement des types qui restent immobilisés, mais par l'inscription du monogramme des lettres AK dans le champ du revers [h).

A part ApoUonie (5), qui, d'après sa situation, devait être plutôt à l'origine une ville des Locriens Ozoles et qui n'a dû appartenir à rÉtolie qu'assez tard (6), aucune ville de l'Etolie propre ne nous offre de monnayage municipal parallèle au monnayage fédéral, ce qui s'accorde bien avec le caractère de la constitution de ce pays, ligue de tribus plutôt que de cités. Mais au moment de la puissance cul-

(1) Leicester Warren, p. 16.

(2) Mionnet, Suppl. t. Ill, p. 466, n° 80.

(3) Ce type aurait encore été celui des monnaies d'argent de Stratos avant que cette ville passât aux Étoliens, si la pièce dans Mionnef, Suppl. t. m, p. 472, est authentique et bien décrite.

(4) Leicester Warren, p. 16.

(5) Mionnet, t. II, p. 88, n° 20.

(6) Au temps où Tite-Live (XXVIII, 8) la mentionne, celte ville était étolienne.

minante de la Confédération des Etoliens, vers l'époque de leur guerre contre la Ligue Achéenne, les habitants d'un certain nombre de localités étrangères à l' Etoile propre , ceux d'Amphissa (1) et de Thronion en Locride (2), ainsi que les Œtéens (3) et les Jî^nianes (4) dans le midi de la Tliessalie, proclament leur adhésion au pacte fédéral en frappant des bronzes à leurs propres noms, mais au type de ceux de la Confédération. C'est de la même façon que nous avons vu tout à l'heure Bottiée de Chalcidique indiquer son inscription dans la Ligue Olynthienne ou Chalcidienne.

Au temps de la guerre entre les Achéens et les Etoliens et de celle des Romains, dont les Etoliens étaient alors alliés, contre Philippe V de Macédoine, les Àchéens de la Phthiotide formaient une petite confédération, cliente de celle des Etoliens et souvent confondue avec elle, mais pourtant en droit distincte. Elle ne paraît pas avoir eu de monnaie fédérale commune; mais nous possédons des pièces de bronze frappées à cette époque dans les villes de Thèbes (5) et de Larisse en Phthiotide (6). Les types y sont divers et purement urbains, les légendes celles des villes; mais toutes ces pièces ont en commun la présence dans le champ du revers d'un monogramme formé des lettres AX, initiales du nom des Achéens (7). C'est la

(1) Mionnet. t. II, p. 90, nM.

(2) Mionnel, t. II, p. 93, n-^ 29.

(3) Mionnet, t. H, p. 19, n- UO et 141.

(4) Mionnet. Sappl. t. III, p. 278, n° 121.

(d) iMionnet, Siippl. t. III, p. 528, n"' 150-152.

(6) Friedlœnder, Archœol. Zeit. 1809, p. 100.

(7) R. Weil, Zeitschr. f. Numùm. t. I, p. 175.

désignation de la ligue par un monogramme qui tient sur la monnaie une place secondaire, comme nous l'avons vu sur les pièces de Mégalopolis d'Arcadie et sur celles de plusieurs des villes comprises dans la Confédération Acarnanienne. De la même façon, Démétrias, chef-lieu de la Ligue des Magnètes (1), formée sous les auspices des Romains, quand elle frappe, à côté des monnaies fédérales dont nous reparlerons dans le § suivant, des espèces d'argent municipales portant le nom de ses habitants, AHMH- TPIEflN (2), y inscrit en môme temps un monogramme dont la décomposition peut fournir les lettres MA.

6, Il semble que, dans certains cas, les villes faisant partie d'une confédération nationale ne se soi.entpas bornées à maintenir leur droit à la fabrication d'un monnayage particulier, parallèlement au monnayage fédéral. Poussant à l'extrême le principe de la conservation de leur souveraineté propre dans sa plénitude, elles prétendaient quelquefois avoir le droit de former entre elles des unions séparées et plus intimes, dans le sein même de la confédération. C'est le droit de Sonderbimd, que certains des cantons souverains de la Confédération Suisse revendiquaient encore en 1846 et 18Û-7. Quelques faits numismatiques paraissent se rapporter à des ligues temporaires de ce genre, entre cités normalement comprises dans une plus iïrande confédération. Dans les environs de 300 avant Jésus-Christ (d'après les indications du style), nous rencontrons en Béotie au moins six villes, Haliartos, Léba-

(l)Tit. Liv. XXXV, 31.

(2) Mionnet, t. K, p. 10, n« 78.

dée. Orchomène, Platées, Tunagra et Thespies, qui frappent des monnaies de bronze absolument identiques, ayant au droit le bouclier béotien, au revers le nom de la ville en abrégé, au milieu du champ sans aucun type. Toutes ces pièces sont si semblables entre elles, qu'il est difficile de ne pas y reconnaître les monuments d'une union monétaire parfaitement caractérisée et même de ne pas les croire fabriquées dans un atelier commun (1). On peut comparer à ce fait celui qui se produisit dans la Suisse en 1825, lorsque les sept cantons de Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure, Baie, Argovie et Yaud s'unirent par un Concordat, en dehors de toute participation des autorités fédérales, pour la fabrication d'une monnaie commune. Celle-ci portait d'un côté, avec le millésime et la marque de la valeur, les armes et le nom d'un des cantons concordataires, de l'autre la croix fédérale avec un C au centre et autour, en légende, LES CANTONS CONCORDANTS DE LA SUISSE sur les pièces des cantons de langue française, DIE CONCORDIER CANTONE DER SCHWEIZ sur celles des cantons de langue allemande. Quel que fût le canton dont elles portassent le nom, ces espèces avaient cours légal dans tout le territoire corcordataire, et elles furent frappées dans deux hôtels de monnaies seulement, Berne et Lausanne, d'après une proportion réglée à l'avance pour chaque canton (2). Il est vrai d'ajouter qu'à cette époque la Suisse ne possédait pas encore de monnaie fédérale, mais seulement les monnaies distinctes des cantons, taillées sur des pieds fort divergents.

Du reste, la ligue séparée des villes béotiennes, au

(1) Leicester Warren, p. 10 et 23 et s.

(2) E. Lehr, Rev. mm. 1874, p. 294 et s.

nombre de six au moins, dont l'existence est révélée par les monnaies dont nous venons de parler, se produisit dans des conditions historiques toutes particulières. Quatre des villes qui la composaient, Platées, Thespies, Tanagra et Orchomène, avaient été détruites par Thèbes au moment de sa plus grande puissance et relevées de leurs ruines par Philippe de Macédoine. C'est bien évidemment sous les auspices des rois de Macédoine que leur union particulière se forma pour tenir tête à l'ancien parti thébain, soit pendant le temps où Thèbes, ruinée à son tour par Alexandre, n'existait plus, soit quand Cassandre la rebâtit, en SlZi.

On a cru pouvoir rapporter aux derniers temps de l'existence de la Confédération Béotienne une autre pièce de bronze, qui aurait uni les deux noms de Délion et de Tanagra (1); mais cette monnaie n'appartient pas à la Béotie, elle est en réalité de Temnos d'Eolie, et sa légende doit être lue AH;7.ou TApi'wv. Au reste,, tout monnayage de Délion, de quelque date qu'il soit, est plus que douteux (2).

Nous parlerons dans le g suivant des monnaies fédérales de la Ligue Lycienne, qui appartiennent, en effet, à l'époque de la prédominance exclusive des Komains. Mais il me paraît utile d'indiquer dès à présent, pour grouper tous les exemples d'un fait rare et réellement singulier, que dans le monnayage de cette Confédération, vers la fin de son existence, nous constatons des unions séparées de villes soumises au pacte fédéral. Toutes celles de ces

(1) Mionnet, t. II, p. 104, n° 73.

(2) Imhoof-Blumer, Numismat. Zeitschr. de Vienne 1871 , p. 326-

unions dont on relève aujourd'hui la mention numismatique convergent autour de la ville de Cragos , qui marque sa ligne particulière avec Tlos , Xanthos , Telmessos et Myra sur des pièces d'argent ou plus souvent de cuivre (1), où est mentionné en même temps le nom de la Confédération Lycienne (2). Les inscriptions de la Lycie paraissent mentionner aussi des unions séparées du même genre sous le nom de crufjLTCoXiTeuofjievoi ^-I^jm (3). Au reste, comme l'a remarqué M. Waddington (4), « les mé- « dailles lyciennes, qui portent l'indication d'une alliance (( entre deux villes, paraissent appartenir au siècle d'Au- (( guste (5), époque à laquelle l'ancienne Confédération a Lycienne commençait à tomber en décadence , par (( suite de discordes intestines, qui lui firent finalement (c enlever son autonomie par l'empereur Claude, et dont (( ces alliances partielles de ville à ville furent peut-être (( le germe. » .

7. Quelques-unes des confédérations grecques les plus fameuses dans l'histoire n'ont pas eu de monnaie fédérale. C'a été généralement le cas des simples symmachies,

(1) Waddington, Rev. mm. 18S3, p. 93; Leicester Warren, p. 41.

(2) La pièce d'argent unissant les noms de Cragos et de Tlos ne porte pas toujours la mention des Lyciens : Rev. nutn. 4843, pi. XVII, n" 14.

(3) Le Bas-Waddington, Voyage en Grèce, Inscriptions de l'Asie Mineure, n"' 1290 et 1292.

(4) Rev. num. 1853, p. 93.

(5) La pièce d'argent qui réunit les noms de Cragos et de Tlos doit être pourtant un peu antérieure à Auguste, sous qui la Ligue Lycienne abandonna l'ancienne taille rhodienne de ses monnaies d'argent, pour adopter celle du denier.

formées par des cités réparties sur une vaste étendue de territoire en vue de se défendre contre les entreprises d'un ennemi ambitieux. Il y avait alors alliance d'États qui n'abdiquaient et ne mettaient en commun aucune partie de leurs prérogatives de souveraineté , se promettant seulement assistance mutuelle; il n'y avait pas à proprement parler une confédération ayant pour lien un pouvoir fédéral réel. On n'allait pas plus loin dans cette voie que la création d'un cruv£(^ptov des alliés, destiné à servir de conseil de guerre pour des opérations communes et dans certains cas de tribunal arbitral dans les différends entre les cités alliées. Le pacte constitutif de la deuxième Ligue Athénienne , dont le texte nous a été conservé par une inscription (1), montre avec une grande netteté quelles étaient les conditions des symmachies de ce genre, et l'on y voit comment elles ne pouvaient pas donner lieu à la création d'une monnaie commune. Aussi ne connaissonsnous qu'un groupe de monnaies que Ton puisse qualifier proprement de symmachiques, en les distinguant des monnaies fédérales. Ce sont les pièces d'argent frappées par plusieurs villes d'Asie Mineure alliées après la bataille de Cnide, dont il a été question plus haut (sous le chiffre 3 dans ce §). Encore y avons-nous vu, au sein de la symmachie générale, une union monétaire spéciale, restreinte à plusieurs villes, tandis que les autres cités alliées monnayent leurs espèces d'après leur système particulier, en se bornant à adopter toutes le type symbolique de THercule étouffant les serpents.

Dans d'autres cas, lorsque la confédération n'a été en réalité que la domination effective et fort lourde d'une cité

(1) Corp. inscr. attic. t. II, n" 17.

prépondérante , jalouse du pouvoir, avide des bénéfices financiers que lui assurait la direction de la ligue, transformant en tributaires et en sujettes les autres cités, nominalement ses alliées, la ville dominatrice s'est bien gardée de créer une monnaie fédérale dont les profits auraient dû être mis en commun. Au lieu de créer ainsi une concurrence à sa propre monnaie, c'est celle-ci que, dans un intérêt égoïste, elle a tenu à développer, en imposant à tous ses sujets de la recevoir. C'est ce qui s'est passé dans la première Ligue Athénienne^ dans la Confédération de Délos, dont le régime oppressif souleva, lors de la guerre du Péloponnèse, tant d'ennemis contre Athènes parmi ceux qui auraient dû être ses alliés naturels. Non-seulement cette Confédération n'eut jamais de monnaie commune, mais nous constaterons d'une manière positive , lorsque nous étudierons en détail le monnayage des villes grecques de l'Asie Mineure entre les Guerres médiques et le temps d'Alexandre (livre YI, chap. iv, § 3j, que l'époque de la suprématie athénienne est précisément dans cette contrée celle de la plus grande divergence de ville à ville dans les tailles monétaires. Ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure , cette diversité des monnaies produisait d'un marché sur l'autre de telles complications de change, que le commerce avait été conduit à adopter les tétradrachmes d'Athènes comme une monnaie internationale, à valeur fixe , partout recherchée. Les Athéniens n'auraient eu garde de pousser les villes de leur empire dans les voies de l'unité monétaire, de faire cesser un état de choses qui assurait à leur propre monnaie un succès exceptionnel et une large exportation, leur procurant ainsi de si beaux bénéfices dans l'exploitation des mines du Laurion et dans la fabrication des espèces monnayées. Ils favorisé-

rent donc la variété des étalons des monnaies locales et entravèrent toutes les tentatives pour s'y soustraire, tant que dura leur suprématie. C'est seulement après l'écroulement de leur empire que nous voyons se former entre les villes qu'ils avaient dominées des unions monétaires dans le genre de celle des bectés d'électrum ; c'est môme seulement après la paix d'Antalcidas, et sous les auspices du gouvernement perse, que se produit dans un grand nombre de villes de l'Asie Mineure un mouvementtrès-sensible vers l'unification de l'étalon monétaire, mouvement qui se traduit par l'adoption du pied de l'argent rliodien (1).

Au reste, une des grandes préoccupations de la politique financière d'Athènes a été de développer l'exportation de la monnaie d'argent, où elle trouvait une de ses meilleures sources de revenus (voy.liv.YI,chap. IV, §1). C'est àce point de vue qu'elle régla la situation de ses colonies sous le rapport monétaire, au moins de celles qu'elle établit pendant la période de sa plus grande puissance. A d'autres époques de l'histoire grecque, nous voyons certaines cités en possession d'une domination extérieure étendue, comme EhodeS, qui permettent et favorisent le monnayage de l'argent chez leurs sujets. Ainsi, pendant le temps où Ehodes eut la souveraineté de la Lycie, entre 188 et 168 av. J.-C, la plupart des villes lyciennes furent admises à frapper de petites pièces d'argent aux types rhodiens, où elles inscrivaient leurs noms au lieu de celui de Rhodes, et même quelquefois deux de ces noms en union monétaire (2) . Il est probable que la ville souveraine devait percevoir un droit sur les bénéfices de ce monnayage de ses sujets. Au

(1) Voy. Brandis, p. 223 et s.

(2) Longpérier, Rev. mm. 1840, p. 405 et s.; Leicester Warren, p. 37.

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