L. NEP. L. SVRA. PR. IIVIR
P. SALPA. M. FVLVI. PR. IIVIR(2);
M. FVL. C. OTAC. PR. QVIN (3).
Il serait vraiment singulier que, dans quatre collèges successifs correspondant précisément aux quatre années que la ville garda le nom inscrit sur ces monnaies, les huit mao;istrats, duumvirs ordinaires et annuels dans les colléges des trois premières années, transformés ensuite la quatrième en quinquennaux, aient été tous obligés de se faire remplacer par des praefeclL Le bon sens repousse une pareille hypothèse. Il faut l'écarter et reconnaître dans les légendes des monnaies de Celsa les vieux titres de PRaetores IIVIRf et de PKaetores Q.W\H(jue?i7iales, formellement justifiés l'un et l'autre par des exemples épigraphiques (4). Les préteurs municipaux se retrouvent aux premières époque de leur existence chez tous les municipes de l'Italie, fondés avant Sylla, et quelques-uns conservèrent ce titre à leurs magistrats par esprit de tradition. Ailleurs, l'épigraphie mentionne des préteurs et des duumvirs, et dans ce cas ou constate que les premiers ont précédé les seconds (5) . Dans la Graule Narbonnaise, h Narbonne même et dans beaucoup de villes, les premiers magistrats municipaux sont appelés d'abord y;r«<?/ores, praetores duumviri et praelores quatuorvui ; c'est vers
(1) A.IIeiss, p. 142 et pi. xi, n» lu.
(2) A. Heiss, p. 142 et pi. xr, n»* 11 el 12.
(3) A. Heiss, p. 142 et pi. xi, n° 14.
(4) Prador duumvir : Orelli, n°s 3265 et 378o;Henzen, n'» 7027-7030; Ilerzog, Gall. Narhon. prov. roman, histor. inscr. n° 16. — PRtielor CE- Realis \uri Dicundo Quin duennalis : Orelli, ii"* 3993 et 3994; cetlc dernière inscription rectifiée dans Henzen, p. 434.
[o] Herzog, ouvr. cit. p. 21^,
le milieu du règne d'Auguste que ces titres disparaissent et sont remplacés par ceux de duumvin ou quatuorviri (1). De même à nos praetores dimmviri et iwaetores quinquennales de Celsa, du temps du triumvirat, succèdent sous Auguste des duumviri.
Déjà sur quelques-uns des as lihrales fabriqués à Luceria entre 4-40 de Rome (314 av. J.-C), date de la fondation de cette colonie, et* les environs de 486 (268) av. J.-C, époque approximative de la cessation de tout emploi du poids libral (livre VU, cliap. ii, §3-5), par suite de l'introduction du monnayage de l'argent à Eome, déjà sur quelques-uns de ces as on lit deux noms d'hommes à l'ablatif (2), qui ne peuvent être que ceux des préteurs duumvirs municipaux ayant été chargés par la curie locale de diriger la confection des monnaies. Sur les monnaies divisionnaires de cuivre du pied sémoncial frappées à Paestum un peu avant radoi)tion de la loi Plautia-Papiria (3) (voy. plus haut, dans ce livre, chap. I", § 5-1), on trouve habituellement deux noms de magistrats. Dans beaucoup de cas ils ne sont suivis d'aucune désignation de la nature de leurs fonctions, ou bien un des deux personnages porte un titre sacerdotal, comme FAD/^a? PON-
(1) Herzog, ouv. cit. p. u6 et 21o; De praetoribus Galliae Narbonensis miinicipaîibus^ Leipzig, 1862.
(2) L. PVLIO. L. F. C. MODIO. CN. F : Mus. Hedervar. t. L pi. H, n° 42; Bullet. de llnst. Arch. 18i7, p. L'iO ; Riccio, Le monde atlribuite alla zecca di Luceria, pi, ii; Mommsen, MR, t. I, p. 344, b.
SE. nos. p. BAB : Minervini, 0.ssen;. num. p. lOi; Mommsen, MR, t. I, p, 344, b.
A. Fabretli, Corp. inscr. ital. n°£916; Ritsch', Prise, latin, moti. epigr. pi. VI, w; Garrucci, Syllog. inscr. latin, p. 78.
(3) Gravées dans les pi. cxxxt-cxxxiv de Carelli. La collection do leurs légendes dans Garrucci, Syllog. inscr. latin, p. 66 et s.
Tifex (I) ou D. FAD?V/.ç EPVLo Publke EVidatus (2); une fois, tous les deux ont la qualification honorifique de FATRo?n (3). Mais c est à titre de duumvirs de la colonie qu'ils figurent ainsi sur sa monnaie, pour avoir eu en cette qualité la direction de la frappe; car dans plusieurs exemples aussi ce fait est précisé par l'inscription du titre de IIVIR?' après leurs noms (4). D'autres fois, toujours dans le même monnayage, il n'y a qu'un nom, sans désignation de magistrature (5); dans un cas, ce nom unique est suivi de IIVIR (6), dans deux cas de IIIIVIR (7). Il est probable que ce sont là deux manières synonymes et pouvant s'échanger pour désigner un des deux magistrats suprêmes investi isolément par les décurions de la commission monétaire, et que Pjestum était des villes qui groupaient leurs duumvirs et leurs édiles dans un collège de quatuorviri (8) , pouvant ainsi qualifier indifî'éremment les deux premiers de ra})pellation de duumvir ou de celle de quatiiorvir. Car il n'est guère possible de songer à un changement dans la constitution intérieure de la colonie, qui aurait substitué des quatuorvirs aux duumvirs comme magistrats supérieurs, puisque nous voyons reparaître les duumvirs, de nouveau officiers monétaires, sur les espèces de cuivre fabriquées à Psestum sous Auguste et Tibère, en vertu
(1) Garrucci, p. 67, q et r.
(2) Garrucci, p. 67, p.
(3) Eckhel, Z)iV, 1. 1, p. lo8; Garrucci, p.
(4) Garrucci, p. 66 et s., h, y.
(o) Garrucci, p. 66 et s., a, n, o.
(6) Garrucci, p. 68, w.
(7) Garrucci, p. 66 et s., /, .r.
(8) Zumpt, Comment, epigr. t. I. p. 16G.
d'une permission spéciale du Sénat (1) (dans ce livre, chap. 1", ^5-3).
L'exemple que nous venons d'étudier et qui appartient à l'époque de la République, n'est pas le seul où nous voyons le titre de quatuorvir apparaître dans les légendes des monnaies des colonies (2). A Clunia de Tarraconaise, la règle ordinaire est l'inscription simultanée sur les espèces des noms des quatre personnages constituant le collège des IIIIVIR? (3). L'unique monnaie frappée dans la colonie que César avait organisée à Cirta en Numidie^ à la suite de la défaite de Juba I" à Tliapsus (4), colonie appelée Cirta Julia (5) ou Colonia Sittianorum (6), nous présente les noms des deux quatuorvirs (7), dont le premier est P. Sittius lui-même (8). A Carteia, dans la Bétique, la monnaie est signée habituellement de un (9) ou
(1) Garrucci, p. 69, hh, ii, kk, oo, mm, pp.
Deux fois dans ce monnayage les pièces sont signées d'un seul duumvir, qualifié par son titre (Garrucci, p. 70, nn, qq), une fois aussi par un seul, sans rien après son nom (Garrucci, p. 69, gg). Les légendes de Garrucci, p. 09, //, mm, sont obscures; mais je ne crois pas qu'il faille y voir l'inscription du nom de Tibère Auguste comme duumvir ayant un particulier pour collègue.
(2) Eckhel, Z)iV. t. IV, p. 480.
(3) A, Heiss, Monn. ant. cVEspagne, p. 229 et s. et pi. xxix, n°^ 2-6 a
(4) L Millier, Numism. de l'une. Afrique, t. III, p. 61 et 65.
(5) Ptol. IV, 3.
(6) Pomp. Mel. I, 7; Plin. HN, V, 3, ^.
(7) L. MuUer, t. III, p. 60, n° li.
(8) Sur la curieuse histoire de cet aventurier, ancien partisan de Calilina, qui rendit les plus grands services à César dans sa guerre d'Afrique et en fut si richement récompensé, voy. Lacroix, Hist. de la Numidie, p. 53 et s.; Haakh dans Pauly, Real-EncycL t. VI, part. 1, p. 1226.
(9) A. Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. 332 et pi. xlix, n°s22, 23, iio, 20 et 30; plus deux pièces attribuées inexactement à Obulco, p. 305 et pi. XLiv, n°s iOet 41.
deux quatuorvirs (I), et il n'y a guère à douter qu'il ne faille reconnaître des personnages de la même qualité dans ceux qui signent d'autres pièces isolément (2) ou à deux (3), sans joindre de titre à lenr nom.
Carteia est, du reste, la ville où nous constatons le plus de variations au sujet de la classe de magistrats dans laquelle la curie choisissait le commissaire ou les commissaires qu'elle désigne pour présider à telle ou telle émission de monnaies. Ainsi, nous y voyons cette charge donnée à deux édiles, CN- AMI- L- ARG. AED (4), à un seul édile C VIB- AID (5) ou à deux censeurs, L- RAI. L- AGRI. CES (G). Deux autres commissaires des monnaies sont désignés comme P. IVLJ. Q (7) et Q. CVRVI- Q (8). L'abréviation ne peut se lire ici Q.uinquennalis, car les quatuorvirs de Carteia étaient annuels (9) ; il est donc presque
(1) A. Heiss, p. 332 et pi. xlix, n^s 27, 28 et 29.
(2) A. Heiss. p. 330 et s. et pi. xlix, n°' 4, 5, 6, 8, H, 30 a et 30 d.
(3) A. Heiss, p. 332 et pi. xlix, ii°s 20, 21 et 30 c.
(4) A. Heiss, p. 331 et pi. xi.ix, n° 13.
(5) A. Heiss, p. 331 et pi. xlix, n° 12. — Le même C. Vibius signe plus lard d'autres espèces comme IIIJVIR [Jerum (A. Heiss, p. 332 et pi. XLIX, n° 30). On suit ainsi une partie de son cursus honorum municipal.
(6) A. Heiss, p. 331 et pi. xlix, n° li; cf. n° lo.
(7) A. Heiss, p. 331 et pi. xlix, n°s 9 et 10.
(8) A. Heiss, p. 332, n° 30 b.
On trouve aussi un C. MINI. Q (A. Heiss, p. 331 et pi. xlix, n» 16\ mais je n'ose le grouper avec les deux antres; car il se peut qu'il faille lire Caius M\H\us Quinti (/î/iws) et reconnaître ici un quatuorvir, d'après une autre pièce (A. Heiss, p. 332 et pi. xlix, n°s 2o et 26) qui porte Caius MINJHs Quinti Filius IIIIVIR \TeRum.
i9) C'est ce qui résulte formellement de la menlion d'un (jualuorvir (juarlum : A. Heiss, p. 332 et pi. xlix, n° 27.
certain qu'elle désigne les questeurs de la colonie. Car, bien que les abréviations de titres se fassent dans les légendes des monnaies d'une façon beaucoup moins fixe et moins régulière que dans les inscriptions lapidaires, l'expression de quatormr par Q serait tellement contraire aux habitudes que l'on ne saurait s'arrêter à une semblable hypothèse.
Nous avons vu plus haut (dans ce livre, chap. i'% § 6, 5 ; et dans le premier paragraphe du présent chapitre ii) des édiles curules et des édiles plébéiens recevoir à Eome du Sénat l'autorisation ou la commission d'un monnayage extraordinaire , distinct du monnayage ordinaire des triumvirs, qu'ils signent de leur nom. L'émission extraordinaire, en pareil cas, est toujours faite pour un objet déterminé, en vue de dépenses qui rentrent naturellement dans les attributions des édiles. Dans le monnayage des colonies et des municipes, Carteia est loin d'être la seule ville qui nous montre des autorisations ou des commissions extraordinaires du même genre confiées aux édiles municipaux (1), sans doute pour les besoins spéciaux des services dépendant de leur administration^ là où la direction executive en matière monétaire appartenait ordinairement aux premiers magistrats.
Ainsi, parmi les villes que nous avons vues avoir leurs espèces municipales habituellement signées des noms des duumvirs annuels ou quinquennaux, nous relevons :
A Calagurris de Tarraconaise, deux pièces signées des édiles (2) \
(I) Eckhel. DIV, t. IV, p. 181.
(i2) A. Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. lOi et pi. xv. n" 5; p. 176 cl pi. XVI, n° 32.
A Celsa de Tarraconaise, deux groupes de pièces, signés chacun de deux édiles (1) ; !
A Parium de i\Iysie, un exemple de l'inscription du nom des deux édiles (2), et un autre oii il semble n'y en avoir qu'un seul qui figure (3) ;
A Sagonte de Tarraconaise, deux monnaies signées des deux édiles (4) ;
A Turiaso de Tarraconaise, trois autres où les deux édiles collègues ont inscrit leurs noms ensemble (5J.
Nous avons dit qu'à Bailo en Bétique on inscrivait sans titres, sur la monnaie, les noms de deux personnages qui semblent être les duumvirs ; une fois nous voyons y substituer le nom d'un seul édile, L. AP0. FAT. AID (6). AClunia, dans la Tarraconaise, trois monnaies nous présentent les noms de deux édiles (7) au lieu de ceux des quatuorvirs, indiqués au complet. La seule monnaie connue d'Acinipo de Bétique où soit inscrit un nom de magistrat, porte celui d'un édile (s).
Il a pu, du reste, y avoir des villes où les magistrats monétaires habituels et normaux étaient les édiles. Tel était le cas du municipe d'Obulco, en Bétique, dont les grosses pièces de cuivre offrent toujours au revers les noms de
(1) A. A. Heiss, p. 143 et p!. xii, n°s 20-22. — B. A. Heiss, p. iii el pi. XII, n" 27.
(2) Eckhel, DN, t. H, p. 461 ; Mlonnet, t. II, p. 577, n°s 417 et 420; SuppL t. V, p. 393, ri°G93.
(3) Mionnet, SuppL t. V. p. 393, n° 692.
(4) A. Heiss, p. 219 el pi. xxviii, n"» 18 et 22.
(5) A. Heiss, p. 194 et s, et pi. xxui, nos 27. 28 et 29.
(6) A. Heiss, p. 341 et pi. l, n° 2^ A. Delgado, t. I, pi. vi, n° 3.
(7) A. Heiss, p. 230 et pi. xxix, n°s 7-8 bis. (^) A. Heiss, p. 362 et pi. liv, n° 1.
deux magistrats, d'abord en écriture turditaine (livre V, chap. VI, § 2), qui cache quelquefois des uoms d'un caractère romain, comme celui de Metellus , orthographié MeUôq (1), puis en latin. En effet, à cette dernière époque, les noms en question sont accompagnés de la mention du titre de MDlles (2).
Les noms des magistrats, sur les monnaies des colonies et des municipes, sont, comme on a pu le voir par ce qui précède, au moins aussi souvent sans titre qu'avec titre. Ce qui est beaucoup plus rare, c'est l'indication du rôle rempli par un magistrat municipal dans l'émission de la monnaie, au moyen de l'inscription du titre de sa fonction, sans que son nom soit exprimé, de même que nous avons vu plus haut (dans ce livre, chap. i", § 7, 4 et 5; t. II, p. 284, 287 et 297) certaines monnaies militaires romaines ne porter que la marque Q , initiale de quaestor. C'est la numismatique de Carteia qui nous offre le plus d'exemples de ce genre. Nous y avons des pièces qui n'ont, avec le nom de la ville, que IIIIVIR. D- D (3); d'autres, CES {h), censoroM censores; diUwtYe^ enfin Q (5) , quaestor. A Clypea, dans la province d'Afrique, une grande monnaie de cuivre,
(1) A. Heiss, p, 303 et pi. xliii, n°s H-I4; A. Delgado, t. II, pi, lv, n°s 1-7.
(2) A. Heiss, p. 303 et pi. xuir, n°s 1G-I9; A. Delgado, t. II, pi. lviii, n°» 36-41.
Les pièces plus petite?, portant deux noms de quatuorvirs, que M. A. Heiss (p. 30d et pi. xliv, nos .io et il) a publiées comme d'Obulco, ne sont pas de cette ville, mais de Carteia.
(3) A. Heiss, p. 332 et pi. xlix, n°' 23 et 2i.
(4) A. Heiss, p. 331 et pi. xlix, n" 16. '
(5) A. Heiss, p. 330 et pi. xlix. n» 3.
la plus ancienne que Ton ait de cette colonie, offre au revers la légende C///j)ca Uilia Paconsis. IIIIVIR (1).
Quelquefois, dans les légendes des pièces du monnayage colonial, une formule caractérise le rôle des différents magistrats exécutifs que nous venons de passer eu revue, rôle de curateurs à la réalisation du décret de la curie municipale ordonnant la fabrication et l'émission des espèces. C'est ainsi que nous avons vu l'abréviation Paciendum C?/rrt'i7V employée à la suite du nom du magistrat sur une monnaie de Carteia (2) et sur celles d'Utique (3), que nous avons lu Curante P GAVIO CASCA sur des pièces de Clypea [h). La numismatique de Sagonte offre la légende CN BAEBI?/5 GLABr/o, L CALPVRN//«' f^EDiles CVRaveruni (5). C'est aussi une formule se terminant par CVR, ciiravit ou ciiraverwit, qui était inscrite au revers de la monnaie de la colonie de Cirta (6) ayant au droit les noms de deux quatuorvirs. Mais, sur l'unique exemplaire connu, qui appartient au Cabinet royal de Florence, cette légende est trop mutilée pour qu'on puisse tenter de la rétablir en entier.
(1) L. Millier, Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. 153, n° 330.
(2) A. Delgado. Nuevo método de clasiflcacion de las medallas autonomas de Espa'a, t. I, pi. xv, n° G2.
(3) L. Miiller, t. II. p. 160 et s.
(4) L. iMuller, t. II, p. 1S6.
(o) A. Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. 219 et pi. xxviii, n'^ 18. (6) L. Miiller, t. III, p. 60, n° 74.