BIA ME, MEN, MENE
TA MH
AA HE, nEP
AH np, npn
Al, AIO 20, 20A
EMO 20, 2cî)A, 20AI
En, Eni 2n
EP <i>\
ET, EYP
(( Certains ateliers, observe Beulé, ceux qui signaient ME, 20, 20 ou 2n, par exemple, étaient en permanence : on les voit en activité sous presque tous les magistrats. Les autres n'apparaissent que plus rarement et à de longs intervalles. N'est-il pas permis de croire qu'ils ne
(1) Monn. d'Athènes, p. 135 et s.
(2) Voy, encore C.-L. Grotefend, Chronolog. Anordnuiig (/. alhen. SUhcrmuntcn, p. 9.
fonctionnaient que dans les années où le numéraire abondait et où l'émission était considérable? Dans les temps moins heureux, un petit nombre de monnayeurs suffisaient; mais, dès que la fortune souriait aux Athéniens, dès que leur commerce, qui ne cessa pas d'être leur unique ressource, l'exigeait, on rouvrait les ateliers fermés, on en disposait de nouveaux dont les noms changeaient selon le caprice des temps, et l'on frappait par milliers ces tétradrachmes, souvent d'un style si négligé et toujours d'un titre si pur, que le monde entier recherchait et qui furent recherchés jusqu'au dernier jour.
11 ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que l'àpY'jpo/.o-eTov d'Athènes ait jamais compté vingt-trois officines fonctionnant à la fois. Les magistratures sous lesquelles on relève le plus grand nombre de ces marques n'en comptent jamais plus d'une dizaine. S'il est quelques-unes de ces sigles qui se repètent pendant toute la durée du monnayage des tétradrachmes athéniens de la seconde série, comme celles que nous venons de voir citer par Beulé, et auxquelles il faut ajouter ATT, il en est d'autres qui ne se sont jusqu'ici rencontrés que sur les espèces d'une ou de deux années, par exemple, BIA, TA, AA, EMO, KT, Ol. En outre, dans le système de classement chronologique si ingénieux, quoique non complètement certain dans toutes ses parties, de M. C. L. Grotefend, on voit certaines marques apparaître et disparaître successivement. 11 faut donc de toute nécessité admettre la création d'officines supplémentaires et temporaires, quand le monnayage avait une plus grande activité, ainsi que le changement du nom et, par suite, de la marque de certaines officines avec le cours des temps.
En efî'et, les combinaisons de lettres, qui sur ces tétra- III. ,6
drachmes servent de marques distinctives des produits des diverses officines entre lesquelles était divisé l'hôtel des monnaies d'Athènes, sont de telle nature qu'il est bien difficile d'y voir autre chose que les initiales des noms par lesquels on désignait ces ofdcines. Mais est-il sage et môme possible d'essayer de restituer une partie au moins de ces noms d'après de semblables abréviations, et de se faire une idée de la nature des motifs qui ont pu les faire appliquer aux officines de ràfYuço/.oTrsTov ? Beulé l'a tenté (1); mais on ne saurait guère présenter les conjectures que les marques dont nous avons donné le catalogue éveillent dans l'esprit, autrement que comme des sortes de fantaisies de l'imagination, auxquelles on n'attache pas soi-même plus d'importance qu'elles n'en méritent. On doit cependant être frappé de la facilité avec laquelle une grande partie des commencements de noms qui constituent ainsi les marques des officines de la monnaie se complètent pour former des noms de divinités de la religion attique, AN^Iv.cov, ATTO/Àcovo;, AHar.Tpo;, AIOvjVju, EPaou, HPAy.licoç, IH^oç, MH-pg (cf. le p.Tfwov), des surnoms divins non moins importants et qui pouvaient s'employer seuls, KTHc-tVj (AtoVl, in-ct'pa; ('Ap-éarjo;), OU bien des noms de personnages qui tiennent un grand rôle dans l'histoire de la constitution religieuse et politique d'Athènes, Eniaevr)/,;, TTEPr/./-?;?, lOAwv, de même qu'on pourrait encore y trouver M ENEc79£Ù; et rAa'Jîco?.
D'autres marques appelleraient comme complément naturel de ces appellations populaires comme on se plaisait à en donner aux statues, même à celles de dieux ou de héros, d'après leur action ou leur trait caractéristi-
(1) Monn. d'Athènes, p. 141.
que (1), APP-/i!popoç et lOAIpto-r/iç; par exemple, et je rangerais volontiers EM0 clans la même catégorie. En se laissant aller h cette pente, l'imagination se représenterait assez volontiers chacune des officines de l'àpyupoxoTireîbv athénien comme désignée d'après une statue de dieu, de héros de la fable ou de mort illustre héroïsé, qui y aurait été placée à titre de celle d'un protecteur, de même que l'hôtel des monnaies tout entier était sous la sauvegarde tutélaire de Thésée Stéphanéphore. Il n'est pas jusqu'à la marque énigmatique BIA qui ne trouverait une explication dans celte manière de voir. Je ne crois pas qu'il soit possible de trouver à ces trois lettres, comme initiales d'un mot ou d'un nom, un autre complément que BIAio-ti/ï:, le nom (2) de la célèbre maîtresse de PtoléméePhiladelphe(3), qui prétendait descendre de la race des Atrides (4) , que l'on admit à envoyer des coureurs aux Jeux Olympiques (5) et à qui son royal amant éleva des temples sous le nom d'Aphrodite Bilistiché (6). Les Athéniens, aidés par Ptolémée Philadelphe, poussèrent envers lui la flatterie jusqu'à le transformer en héros éponyme d'une nouvelle tribu de leur peuple, en même temps qu'ils appelaient aussi Ptoléméenne une des galères sacrées destinées à porter les Théories religieuses (7) et qu'ils élevaient officiellement des
(1) De Witle, Nouv. Ann. de Vlnst. Arch. t. I, p. 518 ; Ann. de iinst. Arch. t. XVIII, p. 399 et s.; Beulé, Monn. d'Athènes, p. 349 et s.
(2) Sur sa vraie forme, voy. l'article que lui a consacré G. Dindorf dans le Thésaurus d'Henri Etienne, de l'édition Didot.
(3) Alhen. XIII, p. 576; Clem. Alex. Protrept. p. 42, éd. Potier.
(4) Athen. XIII, p. 596.
(5) Pausan. V, 8, 11.
(G) Plutarch. Amat. p. 753.
(7) Ulpian. ad Demosth. Adu. Mid. p. 214, ed, Meyer.
statues à la femme (1) et à la fille ("2) du roi d'Egypte. Qu'au milieu de ce débordement de flatteries, un magistrat monétaire, un directeur de ràpY'jpoxo-srov en soit descendu jusqu'à placer une des officines de cet étaLlissement sous le patronage de la statue d'Aphrodite Bilistiché, la chose n'a rien d'impossible ni d'invraisemblable. Elle est digne de ces Athéniens avilis qui avaient laissé élever et entretenaient l'héroon d'Aphrodite Fythionice (3), élevé à la courtisane maîtresse d'IIarpalos , et de l'Aphrodite adorée dans un ancien sanctuaire sur la Voie Sacrée d'Eleusis (i) avaient fait une Aphrodite Philé en l'honneur de la femme de Démétrius Poliorcète (o) .
Quoi qu'il en soit — et en laissant de côté ces remarques sur lesquelles jene voudrais pas trop insister — ce qui me paraît certain, c'est l'existence, sur les tétradrachmes athéniens de la seconde série, de marques qui déterminent les produits des différents ateliers compris dans l'hôtel des monnaies. Une indication de ce genre complétait de la manière la plus heureuse tout le système des garanties, des gages de responsabilité dont Athènes à cette époque entourait la fabrication de ses espèces d'argent, si recherchées encore du commerce, ainsi que la conservation de la loyauté de leur poids et de leur titre. Par là, non-seulement les magistrats monétaires, mais les chefs d'atelier et les esclaves publics qui frappaient la monnaie, étaient atteints
(1) Pausan. I, S, 6.
(2) Pausan. I, G, 8.
(3) Athen. XIII, p. o94 et s.; Pausan. I. 37, u; voy. ma Monographie de la Voie Sacrée Éleusinienne, t. I, p. 4i6-430et 461-472,
(4) Pausan. I, 37,4.
(o) Alhen. VI, p. 2oo ; Corp. ii.scr. graec. n° uû7.
à coup sûr^ si des pièces altérées étaient mises en circulation.
2. Nous verrons la même pratique régulièrement en ufiage dans le monnayage romain impérial, à partir d'une certaine époque; nous en constaterons des vestiges sur une partie des espèces d'argent frappées à Rome sous la llépublique. Il est donc impossible de croire que, dans le monde grec, elle ait été exclusivement restreinte à Athènes. Aussi avons-nous constaté déjà, dans le chapitre précédent (§ 1, 7), que l'interprétation la plus naturelle et la plus vraisemblable, pour les doubles ou triples marques de personnes qui, sous forme de monogrammes ou de sigles de deux ou trois lettres, se rencontrent à côté des différents des villes d'émission sur les espèces royales des monarchies grecques postérieures à Alexandre, consiste à y voir la signature du directeur de l'ensemble de l'hôtel des monnaies de telle ou telle ville, et celle du chef d'une des officines spéciales de cet hôtel, ou bien quelquefois, quand il y a trois marques, celle d'une sorte de maître général des monnaies du royaume ou d'une province, d'un officier de finances ayant eu autorité sur la fabrication monétaire de plusieurs villes à la fois, jointe aux deux autres marques qui viennent d'être indiquées.
Au reste, de même que le système d'indication des diverses villes où étaient frappées les monnaies d'un prince par de petits types, des monogrammes ou des combinaisons de lettres, ne se montre complètement organisé pour la première fois que dans la numismatique de Philippe II de Macédoine, c'est aussi seulement dans le siècle de Philippe et d'Alexandre que l'on commence à rencontrer sur les
monnaies des villes iiidcpendantes ou des rois, des marques que l'on peut interpréter avec quelque vraisemWauce comme les indices des officines entre lesquelles se partageaient les hôtels des monnaies, comme les signatures des chefs de ces ateliers. Aux époques antérieures, on n'avait pas de raffinements de ce genre, ou du moins le goût esthétique des Hellènes, aux plus beaux temps de l'art, évitait d'encombrer le champ des monnaies de tant d'additions parasites, de nature à détourner le regard du type principal. Si donc alors, ce qui peut être encore tenu pour douteux sur les espèces des cités qui avaient un monnayage considérable et permanent, on cherchait à différencier, nonseulement les pièces fabriquées dans chaque année, sous l'autorité de tel ou tel magistrat, mais encore les produits des divers ateliers de ràpY'jpox.o-etov, on devait recourir à des moyens très-peu apparents, analogues aux points secrets des monnayeurs du Moyen- Age, à des modifications extrêmement légères du type principal et de la légende. Ces modifications, servant d'indices secrets, étaient de telle natuie que le sens nous en échappe, et que même la plupart du temps nous ne savons pas les discerner ; les contemporains y voyaient plus clair que nous, mais même pour eux elles ne devaient être complètement comprises qu'en recourant aux registres officiels de l'administration des monnaies. Leur caractère secret pouvait même ainsi devenir un moyen de déjouer la criminelle industrie des faussaires.
En dehors d'Athènes, le silence est absolu chez les écrivains et dans les inscriptions au sujet de la manière dont était organisée la fabrication monétaire, aussi bien que de la condition des monnoyers. Il y a seulement une trèsgrande probabilité pour l'existence d'un hôtel des mon-
naies d'État , d'un àpyjpî/.o-cTov constitué comme établissement officiel, ayant pour ouvriers des esclaves publics et comptant plusieurs ateliers distincts, dont chacun avec sa direction et sa comptabilité sous une direction supérieure commune, dans les grandes cités commerciales où la fabrication était continue et ne s'interrompait pas, où elle avait toujours un développement considérable et où les espèces monnayées, grâce à l'extension des opérations de négoce, formaient un article important d'exportation, comme à Corinthe, à Cyzique, à Rhodes, à Syracuse, à Tarente, à Massalie. C'est aussi ce qui devait être dans les principaux sièges de monnayage des grandes monarchies, dont chacun avait à fournir le numéraire indispensable à la circulation dans une notable étendue de territoire.
Cependant, une autre organisation semble être indiquée pour Antioche, du temps où elle était la capitale du royaume des Séleucides de Syrie, dans un passage où Polybe (1) décrit les habitudes populacières qu'affectait Antiochus Epiphane. « Quelquefois, dit-il, on le voyait s'échapper de la cour à l'insu de ses serviteurs et s'en aller errer au hasard dans la ville, avec deux ou trois compagnons seulement. On le trouvait surtout dans les ateliers des orfèvres et des monnoyers, bavardant et disputant de leur art avec les ciseleurs et les autres ouvriers (2), Il se plaisait aussi à la conversation des premiers venus dans les gens de la plus basse classe du peuple, et allait boire dans les tavernes avec les plus vils étrangers. » Il n'est pas ici question d'un grand hôtel des monnaies officiel,
(1) XXVI, 10, 3; passage conservé par Athénée, V, p. 193.
(2) MâXtjTa 2à irpô; xoï; ÔLp^\)pov.OTZti.oii eOpîaxsTO xai y^p\jooy oîîot;, eupîat- ^.oywv xal ç'.Àoxe/.vàJv irpô; to'jç Topî'Jtà; xat to'j; â),).oy; zzyyi'zac,»
d'un àfyuco/.o-sTov unique constituant un édifice public important, dont les ateliers, par une précaution tout à fait élémentaire, auraient dû être fermés à tous autres qu'aux ouvriers et aux employés de rétablissement, mais où, en même temps, il eût été bien difficile que le roi pénétrât liabituellement sans être reconnu et entouré des honneurs appartenant à sou rang. Ce récit nous montre, au contraire, dans la ville d'Antioche, plusieurs établissements de monnayers, àppcoxo-eTa, placés par l'écrivain sur la même ligne que les officines des orfèvres, ypc-o/oeTa, et ayant également le caractère d'ateliers privés, ouverts à tout venant, suivant le vieil usage des Grecs de choisir, pour lieux de réunions habituels dans les soirées d'hiver, les forges et les autres ateliers des industries qui employaient le feu. Dès le temps de la composition des poésies homériques (1) et l'époque d'Hésiode (2), aussi bien que plus tard, lors de la guerre du Péloponèse (3), les oisifs aimaient à s'y rassembler, pour causer à la chaleur du fourneau. Ce que les écrivains que nous venons de rappeler indiquent comme se passant chez les forgerons, Polybe le représente comme ayant aussi lieu à Antioche chez les orfèvres et les monnoyers, où le roi venait se mêler incognito aux réunions des gens du peuple. Les ateliers où les choses se passaient ainsi devaient bien plus ressembler à ceux des monétaires de la Gaule à l'époque mérovingienne qu'aux hôtels des monnaies montés sur un grand pied par l'Etat, avec une organisation administrative savante, tels que celui dont nous avons constaté l'existence
(1) Odyss. I, 328.
(2) Op. et dies, 493.
(3) Plutarch. Nie. 12.
à Atliène?, que celui qui fut monté à Rome sous la Eépublique, et ceux que nous verrons, au paragraphe suivant, sur un certain nombre de points de l'Empire romain.
Il semble donc, d'après ce passage^ qui a quelque chose de très-formel dans ses expressions, qu'un certain nombre de villes indépendantes de la Grèce, et même de monarchies puissantes, avaient adopté une combinaison dans laquelle râpyupoy.oro? (\) ou àpY'jçoy.ci77to-Tv;p (2), tout en ayant le caractère d'un officier public, investi d'une mission de l'État, lié par un serment solennel et soumis à une sévère responsabilité pénale, travaillait sous la surveillance et le contrôle des magistrats à ce délégués, non dans un établissement public, mais dans son atelier privé, monté par lui-même à ses frais et à ses risques, avec ses propres ouvriers , esclaves ou travailleurs libres. Il était ainsi , non plus un chef d'atelier dirigeant des esclaves publics dans un établissement de la République ou delà couronne, mais un fermier prenant à bail l'entreprise de la monnaie pour un temps plus ou moins long, dans des conditions plus ou moins dépendantes de l'administration, sans que l'Etat lui fournît ni le local, ni l'outillage. Dans les conditions d'outillage coûteux et compliqué de notre fabrication monétaire moderne, une semblable combinaison serait presque impraticable, surtout avec plusieurs raonnoyers de ce genre fabriquant concurremment dans la même ville, sans compter que Ton trouverait avec raison qu'elle ouvre trop facilement la porte aux fraudes de toute espèce. Au contraire, les procédés des anciens, tels que nous les avons étudiés
(1) Poil ux (VII, 24, 103] en cile, comme le plus ancien exemple littéraire, l'emploi dans VEphialtès de Phryniclios.
(2) Hesych. s. v.; Cratinos avait employé ce mot t-vec un sens métaphorique dans son Trophouios (Poil. /. c).
250 LA MONNAIE DANS L'ANTIQUITE f:
dans le § 1" du chap. m du livre II étaient tellement rudimentaires, ne réclamaient qu'un outillage si simple, que la chose était facile à réaliser, et que tout orfèvre pouvait f en quelques jours s'improviser monnoyer. Les faits que nous avons constatés plus haut (dans ce livre, chap. m, §1,5) sur les drachmes d'argent de Dyrrhachion et d'Apollonie d'Epire, où l'on voit jusqu'à neuf ou dix monnoyers différents en exercice dans l'année de fonctions d'un magistrat éponyme, et cha([ue monnoyer continuant généralement à frapper sous plusieurs éponymes, cadrent mieux, pour l'organisation .technique de ce monnayage, produit sur nne très-vaste échelle en vue de l'exportation, avec l'hypothèse d'un certain nomb^^e de fermiers faisant travailler simultanément dans leurs ateliers particuliers, qu'avec celle de Texistence d'un vaste hôtel des monnaies officiel.
Aux temps mérovingiens, nous voyons des personnages, comme Abbon et son élève Saint-Eloi, avant qu'il ne devînt évêque, être à la fois orfèvres et monnoyers publics (1). Delà môme façon, dans les cités grecques, ràpppo/.o7roç ou monnoyer, en même temps qu'il remplissait un office de la République, en forgeant ses espèces monétaires destinées à avoir cours légal, joignait à cette fabrication d'une nature particulière des travaux d'orfèvre, travaux d'industrie toute privée oii il cherchait une source de bénéfices supplémentaires. Aussi, à Ephèse, est-ce le monnoyer (àpyupoy,6-oç) Démètrios, qui, voyant par suite des prédications de Saint-Paul diminuer son commerce de petits naos d'Artémis en argent, lâche dans la rue ses nombreux ouvriers et excite l'émeute aux cris de : « Grande est l'Artémis des
(1) Lecointre-Dupont, Essai sur les monnaies du Poitou, p. 18 et s., A. de Barlhélemy, Ilev. num. 1848, p. 178.
Éphésiens » (1). C'est grâce à cette fréquente réunion des deux professions dans les mêmes mains, ainsi qu'à leur étroite et fondamentale affinité, que les orfèvres et les monnoyers sont quelquefois indiqués comme formant un seul corps de métier (2). Une inscription de Smyrne émane de la corporation des monnoyers et orfèvres, Suvspyao-i'a rwv àpyLip&x.oTTcov -/.al -/puToyotov (3). On en Vint même à appliquer abusivement, dans le sens du latin /«ô^r aryentarins^ le mot grec àpyupo/.oTîog (i), dont la composition étymologique impliquait pourtant d'une manière formelle celui qui taille en monnaie (x.o'-tei) l'argent.
Là oh ils étaient organisés^, comme à Smyrne, en corporation avec les orfèvres, les monnoyers cessaient complètement d'avoir le caractère d'officiers publics, pour être de purs industriels comme ceux à qui ils étaient associés. Il semble donc que, dans un certain nombre de cités grecques, il n'y ait pas eu d'offices de monétaires permanents ou institués d'une manière officielle pour un temps fixe d'une durée plus ou moins longue, que la fabrication de la monnaie y ait été entièrement remise à l'industrie privée, un orfèvre soumissionnant aux conditions déterminées par les autorités publiques la totalité ou partie de la fourniture d'une émission monétaire, quand elle avait été décidée par un vote du Sénat et du peuple. C'est même là ce qui devait généralement arriver dans les villes de peu d'importance, qui ne monnoyaient que de loin en loin, pour
(1) Ad. Apost. XIX. 24-41.
(2) Plutarch. De vit. aer. alien. p. 830.
(3) Corp. inscr. graec. n° 3154.
(4) Jud. XVII, 4; Jerem. VI, 29 ; Plutarch. Deplacit. philosoph. p. 876; Hierocl. Philog. 263, éd. Boissonade; Justin. Mari. p. 493.
des besoin? spéciaux et dans des occasions exceptionnelles. Dans ces villes, il n'y avait pas lieu d'avoir d'àpyupo/.oTTÊrov de la République ni même de monnoyer officiel en permanence ; par suite, lorsque l'occasion s'en présentait, il fallait bien recourir aux ressources de l'industrie privée pour la fabrication des espèces, à moins qu'on ne se décidât à faire venir temporairement le monnoyer public d'une ville voisine et plus importante. Le simple bon sens || suffit à faire deviner qu'en pareil cas, lorsque la fabrication de la monnaie avait lieu par entreprise de l'industrie privée, on devait prendre des précautions particulières, imposer au soumissionnaire, sous la sanction de peines très-sévères, des obligations analogues à celles que les lois de Solon avaient établies à Athènes pour les graveurs de cachets. Il était absolument défendu aux dactylioglyphes de garder chez eux les empreintes des sceaux et cachets qu'ils avaient gavés (1), de manière à éviter qu'on ne pût ensuite falsifier ces cachets en les copiant exactement, ce qui, dans les habitudes antiques, eût correspondu à une falsification de signature. A plus forte raison, l'orfèvre qui avait eu l'entreprise d'une émission de monnaies devait être tenu, la fabrication achevée, de remettre aux magistrats publics les coins et les poinçons qu'il avait gravés pour cet objet-, c'est seulement ainsi qu'on pouvait être assuré qu'il se maintiendrait exactement dans les limites à lui fixées par la décision publique qui avait ordonné la création de monnaies, et qu'il ne continuerait pas frauduleusement la fabrication à son profit personnel.
(1) Diog. Laërt. I, 37.
3. La présence de signatures des artistes qui ont gravé les coins, sur quelques monnaies grecques de la plus belle époque, est un fait aujourd'hui parfaitement établi. Sa constatation a été l'une des découvertes les plus heureuses et les plus fécondes qui aient été faites en numismatique depuis l'époque d'Eckhel.
Que les graveurs des monnaies helléniques aient été de véritables artistes, vivant dans des conditions d'honorable liberté, assez considérés même pour avoir été dans certains temps et dans certaines villes admis à signer leurs œuvres, c'est ce qu'attestent d'une façon impossible à contester les pièces de Cjdonia de Crète oii on lit NETANT02 EPOEI (1) et celles de Clazomène qui portent 0EOAOTO2 EPOEI (2), plaçant ainsi après le nom du graveur le verbe i-KÔei, « faisait » , qui constitue le complément habituel des formules des inscriptions d'artistes. En présence de deux exemples aussi formels, les numismatistes ont dû se demander si, sur les monuments qui font l'objet de leurs études, il n'existait pas d'autres signatures du même genre, avec une formule moins complète, sans addition du verbe, mais pourtant possibles à déterminer , et s'il y avait des règles qui permissent de distinguer avec quelque certitude ces noms d'artistes de ceux des magistrats responsables, préposés à la fabrication des monnaies et y donnant leur garantie personnelle par l'apposition de leur signature. Le résultat de ces recherches a été de faire reconnaître avec sûreté des inscriptions d'artistes dans un
(1) Eckhel, DN, t. II, p. 309; Mionnel, t. II, p. 271, n" 112; Zeitschr. f. Numisni. t. II, pi, i, n" 8.
(2) R. Rochette, Lettre à M. Schorn, vigneUe du tilre; Catalogue Dupré, pi. ir, n° 288; Friedlander, Zeitschr. f. Num. t. 1, p. 294; Von Sallet, même recueil, t. Il, p. 9, pi. i, n" 9.
2d4 LA MONNAIE DANS L'ANTIQUITÉ
certain nombre de noms qui se présentent sur les monnaies, tracés en caractères extrêmement petits, à demi dissimulés en général, dans une position exceptionnelle, dans un accessoire du type, un bandeau de la coiflfure, un pli du vêtement, à des places bien moins apparentes que celles où se montrent les noms des magistrats, qui sont aussi toujours écrits en plus grandes lettres. On a pu, en effet, constater qu'entre les différentes pièces qui offrent un même nom dans ces conditions exceptionnelles, il existe toujours, dans l'exécution des types, une parenté de style, de faire, de main, qui ne permet pas d'y mécon- ■ naître les œuvres d'un même artiste.
Le premier qui ait ouvert la voie à ces ingénieuses et brillantes reclierclies, a été le duc de Luynes (1). Après lui , Raoul Eochette a définitivement établi le fait des signa- m tures de graveurs monétaires sur une quantité notable de pièces grecques (2), et formulé d'une manière fort heureuse les règles qui permettent de les discerner. Mais, malheureusement, il n'a pas été toujours assez fidèle aux règles qu'il avait posées lui-même, et il s'est laissé entraîner à grossir démesurément la liste des artistes de cette classe, en y inscrivant des noms qui n'avaient en aucune façon droit à y figurer. Un nouveau travail qui reprît la question avec une rigoureuse critique, écartât les exemples sûrement allégués à faux, et dans les autres fît la part du certain et du douteux, restait donc à faire après celui de Rochette. La science l'a longtemps attendu, mais il a été enfin exé-
(1) Ann. de Vlnst. Arch. t. II, p. 83 et s.
(2) Lettre, à M. le duc de Luynes sur les graveurs des monnaies grecques. Paris, 1831, in-4°; et dans sa Lettre à M.Schorn, où un chapitre est con. sacré aux graveurs monétaires. — Voy. aussi II. Brunn, Geschichte der griechischen Ktinsller, t. II, p. 41o-438.
cuté de main de maître par M. Yon Sallet (1), qui a su y déployer les qualités éminentes par lesquelles se distinguent toujours ses œuvres numismatiques.
C'est principalement sur les monnaies de la Grande Grèce et de la Sicile qui se rencontrent les signatures d'artistes. Voici la liste de celles que l'on peut y tenir pour asssurées :
Italie.
Héraclée de Lucanie : APIITOZENOI, APIITOZEvo;(-2) ;
ETcDPOvtoç (3).
Métaponte: APIITOZsvoç (4).
Vélia : KAETAnPOT (5), KAET(îaipou (6) ;
0IAIITinNOI (7).
Pandosia : MAAY2 (8) ;
(1) Die Kunsilerinschriften mif griechischen Miitizen, Berlin, i81i',Zu den Kunsilerinschriflcn auf griechischen Miinzen, dans la Zeilschr. {. Numism. t. II, p. 4-9.
(2) Iiflhoof-BIumer, Berliner Blalter fiir Miinzkunde,t. V, pi. lu, n° 2^ Von Sallet, p. iietU.
(3) Imhoof-Blumer, 6'/ioi,r c/e /neV/aî7/e*, pi. VIII, n" 234; Von Sallet, p. 2 i et 44; Zeilschr. f. Num. t. II, p. I.
(4) R. Rochelte, pi . iv, n° 32 ; Von Sallet, p. 1 4 et 44.
(5) R.Rochette, pi. m, n° 21.
(6) Von Sallet, p. 30 et 4G.
(7) R. Rochette, pi. m, n° 20; D. de Luynes, Choix de médailles grecques, pi. m, n» 17; Von Sallet, p. 37 et 46,
Peut-être faut-il y joindre, d'après des monnaies de la même ville, HPA : D. De Luynes, Choix de méd. pi. m, n» 16; Von Sallet, p. 25 et 4G.
(8) Calai, of gr. coins in the Brit. Mus., Ilaly, p. 370, n^ 2 ; Zeilschr. f. Num. t. II, p. 2.
Ehéfrium :
NI KO M), nom que nous n'osons pas compléter, tant ce début peut l'être de façons différentes.
ETatv£7o-j (2); KPATHIirrO (3).
On doit aussi probablement reconnaître des signatures de graveurs sur quelques pièces d'argent de Tliurium ; mais elles sont encore douteuses et surtout très-difficiles à distinguer des inscriptions de noms de'magistruts.
Sicile.
Camarina : EZAKEITEIAAZ (i) ; EZAKEc-ûOy.c , rétrograde (5) ; ETAIvsTo; (6) ;
Catane : ETAINsto; (7 , ETAIvcto; (8) ;
(1) Salina?, Std tipo dei ielradrammi di Segesta, p. 28; Zeilschr. f. Num. t. II, p. 2.
(2; Zeilschr. f. Nutn. t. II, p. 2. — C'est l'analogie du style avec celui des coins gravés à Syracuse par Evénète, qui amène à compléter ainsi ce nom, réduit en abréviation à sa première syllabe.
(3) Cataî. Th. Thomas, n"s 166 et IG7 ; Friedlander, ^rc/iû2oZ. Zett. 1847, p. 119, pi. vm, n" 6; Pmder, Die antiken Miinzen, p. 21, n° Ul ; Von Sallet, p. 26 et il ; Zeilschr. f. Num. t. II, p. 3.
(4) R. Rochette, pi. II, n° 18 j Catal. of gr. coins in (he Brit. Mus., Sicihj, p. 33, n" IL
(o)iRev. Num. 186i, pi. xv, n° 6; Von Sallet, p. 16 et 48.
(6) Catal. of Bril. Mus., Sicily, p. 36, n° 16; Zeilschr. f. Num. t, II, p. 3.
(7) R. Rochette, pi. i, n" 8 ; Calai, of Brit. Mus., Sicily, p. 48, n° 3d.
(8) R. Rochette, pi. i, n° 9; Catal, of Bril. Mus., Sicily, p. 48, n° 37; Von Sallet, p. 20 et 49.
HPAKAEIAAI (1); PPOKAHI (2); XOlPinN (3);
Messana : Kl MON (4) ;
Naxos: nPOKAHI(o);
Syracuse : EYAINETO, EYAINEtou, ETAIvetou (6) •
EY0 (7)^ nom que l'on ne saurait compléter avec certitude ;
ETKAEIAA, ETKAEIrk (8) ;
ETiViENOT (9), ETIVlHNOT(iO),etlesa])révia-
(ï) Calai, of Br. Mus., Sicily, p. 46 et s., nos 31, 32 et 39; Von Sallet, p. 26 et 49.
(2) R. Rochette, Lettre à M. Schorn, vignette de la préface; Von Sallet, p. 34 et 49.
(3) Fox, Greek coins, pi. m, n° 30; dilal. nf the Brit. Mm., Sicibj, p. 47 et s., n=s ji et 42; Von Sallet, p. 41 et 49; Zeitschr. f. Num. t. II, p. 3, pi. I, n° 7.
(4) Catal. nf Brit. Mus., Sicihj, p. lOo, n° u6. La lecture est encore quelque peu douteuse.
(5) Torremuzza, Sicil. vei. niim., Auctar, II, pi. iv, n° 3; Millingen. Ancient coins, pi. ii, n° lo; R. Rochette, pi. ii, n° 19; D. de Luynes. Choi.vde mèi. pi. vu, n° 7; Von Sallet; p. 3i et 50; Zeitschr. f. Num. t. II, p. 3.
(6) R. Rochette, pl.i, nos 6 et 7; Von Sallet, p. 17 et s.; Calai, of the Brit. Mus., Sicihj, p. 166, n» 148; p. 171 et s., n»» 173-190; Zeitschr. f. Num. l. II, pi. I, n°2.
(7) R. Rochette, pi. ir, n» 16; Catal. Gréau, pi. i, n° 870; Von Sallet, p. 21; Ca'al. ofBrit. Mus., Sicihj, p. 167, n° 152.
(8) R, Rochette, pi. i, nos 2-.j; Catal. Gréau, pi. i, n° 878; Von Sallet, p. 21 ; Catal. of Brit. Mus., Sicily, p. 173 et s., n"» 190-199; Zeitschr. f. Num. t. II, pi. I, n<'so et 6.
(9) Catnl. ofBrit. Mus., Sicily, p. 166 et s., n°' 148-150, 152 et 162.
(10) R. Rochette, pi. i, n° 2; il, n°s U, 12 et 15; Catal. of. Br.t. Mus., Sicily, p. 10 i et s., no^ 1 i0-14i.