‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 3 sur 26 · LES MAGISTRATS MONÉTAIRES CHEZ LES GRECS · texte numérisé non relu

LES MAGISTRATS MONÉTAIRES CHEZ LES GRECS

1 . Il est peu de sujets dont les numismatistes modernes se soient moins occupés que de celui-ci et qui restent plus obscurs. Les inscriptions et les textes littéraires ne fournissent aucun renseignement positif sur les magistrats qui étaient chargés de surveiller et de diriger la fabrication des monnaies, dans les villes grecques, au temps de leur pleine indépendance, et c'est à peine si l'étude attentive des monuments numismatiques permet de glaner à ce sujet quelques observations fort incomplètes et surtout fort peu concluantes.

Les monnaies des villes grecques offrent très-fréquemment la signature du magistrat responsable qui a présidé à leur fabrication, soit sous la forme de son nom inscrit intégralement au nominatif ou en abrégé, soit sous celle d'un monogramme contenant les principaux éléments de ce nom propre, soit enfin par un petit type représenté dans le champ, lequel n'est autre que le symbole du cachet personnel du magistrat (I ) (voy, livre IV, chap. m). Le

(1) Voy. J. Brandis, Beitrâge zur griechischen Wappenkunde, dans la Zeitschr. f. Num. 1. 1, p. 43-68.

symbole personnel est souvent associé au nom inscrit en entier ou en abrégé, ou bien au monogramme. Dans bien (les cités, la monnaie est signée de plusieurs magistrats, qui inscrivent tous leur nom plus ou moins intégralement ; dans d'autres cas, l'un des noms seul forme une inscription ordinaire et l'autre est un monogramme, ou bien il y a plusieurs monogrammes de personnes différentes. Ce système de signatures était nécessaire pour assurer la responsabilité du magistrat en cas d'altération frauduleuse des espèces frappées sous sa direction, responsabilité qui n'était de rien moins que de la vie, d'après l'inscription de Mitylène relative au monnayage commun de cette ville avec Fliocée (1). La peine du magistrat prévaricateur qui corrompait la monnaie confiée à ses soins était donc la même que celle du faux-monnayeur privé (2), et les deux crimes paraissent avoir été légalement assimilés.

Mais la signature du magistrat ou des magistrats responsables ne fait pour ainsi dire jamais suivre le nom du titre de la fonction du personnage. Par conséquent, dans ce silence dos monnaies, qui se joint à celui des documents épigraphiques, il n'est aucune partie des constitutions des diverses cités helléniques qui soit moins connue que le rang, la qualité et la désignation des fonctionnaires chargés des monnaies.

Il est pourtant un fait que l'on peut affirmer, c'est qu'il n'y avait pas à ce sujet de règle uniforme, que chaque ville possédait sur ce point ses usages propres et avait adopté une combinaison particulière. De plus, autant qu'il

(1) Transact. of the R. Soc. of Literature, 2« sér., t. VIII, p. 549; Rev. num. 1SG8, p. 2 il.

(2) Voy. Eckhel, DN, 1. 1, p, cxni, les principaux textes sur la pénalité des faux-monnaveurs.

LA Lot DANS LES MONNAIES ANTIQUES 39

semble, on peut ramener toutes ces combinaisons diverses à deux systèmes principaux, qui se partageaient le monde hellénique. Ou bien l'exercice de cette part de souveraineté, qui consiste dans la fabrication des monnaies, était remis au principal magistrat de la cité, qui l'administrait par des employés à lui, sous sa responsabilité^ et qui par suite y mettait sa signature, les employés spéciaux étant considérés comme ses instruments et ses délégués, des actes de qui il répondait envers la communauté. Ou bien, considérant la division des principaux attributs du pouvoir entre des mains distinctes comme une garantie de liberté, la constitution enlevait la direction des monnaies au magistrat politique, pour la remettre à un ou plusieurs fonctionnaires spéciaux, d'ordre inférieur, indépendants de l'autorité executive de l'ordre politique et responsables directement envers le Sénat et le peuple. Ce dernier système paraît être celui qui a généralement prévalu chez les cités démocratiques, lesquelles, chez les Grecs, ont seules représenté dans sa plénitude l'esprit de liberté véritable, dont elles poussaient les légitimes susceptibilités jusqu'à une jalousie ombrageuse.

2. A Athènes, nous trouvons la monnaie confiée à des magistrats spéciaux distincts des fonctionnaires supérieurs de la République. L'apposition de leur signature n'apparaît, du reste, que sur les tétradrachmes de la seconde série (livre VI, chap. v, §7), c'est-à-dire postérieurement à Alexandre, d'abord sons la forme de monogrammes, puis en inscrivant le plus intégralement que l'on peut trois noms, qui vers la fin de ce monnayage se réduisent à

deux (1). Trois personnages, quand les indications sont complètes, interviennent pour donner la garantie à ces monnaies (2). Les deux premiers sont des magistrats annuels -, le nom du troisième change, au contraire, tantôt dix, tantôt onze et tantôt douze fois, pendant l'année de fonctions des deux premiers; sa charge avait donc la durée d'une prytanie, car les variations que nous venons d'indiquer correspondent précisément à celles qui se produisirent dans le nombre des tribus attiques pendant les siècles postérieurs à Alexandre (3). Mais les trois

(1) J'adopte presque eniièremenl le système de classement chronologique, proposé par M. C.-L. Grotefend, pour les tétradrachmes où les noms des magistrats sont inscrits plus ou moins intégralement; il me paraît bien établi et excellent, sauf peut-être quelques modifications de détail à y introduire. Mais il me paraît, d'après les caractères numismatiques intrinsèques des pièces, impossible d'admettre, avec M. Grotefend, la postériorité des tétradrachmes à monogrammes sur les tétradrachmes nominaux. Ici je n'hésite pas à penser que c'est Beulé qui a eu raison de les considérer comme antérieurs.

(2) Cavedoni, Osservazioni sopru le anliche monde di Atene, dans le t. V des Memorie di religione, morale e lilleratura de Modène ; Ralhgeber, Nunutidneunzig silberne Miinzen der Atlienaier aus der Sammlung zu Gotha, Weissensee, 1858; Beulé, Les Monnaies d'Alhèns, p. 109-116; J. Brandis, Zeitschr. f. Num. t. I, p. 5o; C.-L. Grotefend, Chronologischc Anordnung der athenischen Silbermiinzen, Hanovre, 1872.

(3) C.-L. Grotefend, mém. cit. p. 6.

On sait que Clislhène avait établi dix tribus chez les Athéniens. Au temps de la domination de Démétrius Poliorcète on créa deux nouvelles tribus. l'Ainigonide et la Démétriade ; mais elles ne survécurent pas à la défaite des rois que l'on avait pris pour leurs éponymes. On en revint donc aux dix tribus jusqu'en 263 av. J.-C, oiî l'on ajouta à leur nombre une onzième, la Plolémaïde, en l'honneur de Ptolémée Philadelphe. A son tour, le régime des onze tribus dura soixante-cinq ans. et. à partir de 200. on en compta douze, une nouvelle tribu, l'Attalide, ayant été formée sous les hospices d'Atlale de Pergame. • Ces vicissitudes dans le nombre des tribus attiques, historiquement datées d'une manière certaine, fourniraient l'élément le plus précieux et le

noms ne sont accompagnés d'aucun titre, et les inscriptions attiques, si riches pourtant en documents descendant jusqu'aux moindres détails sur les institutions politiques et financières de la cité de Minerve, sont jusqu'ici absolument muettes sur la nature des officiers monétaires. On ne peut donc émettre à ce sujet que des conjectures plus ou moins vraisembl allés, jusqu'à ce que la découverte d'un texte positif vienne les démentir ou les confirmer.

Le premier de ces magistrats, celui dont le nom est inscrit avant les deux autres (1), était annuel, comme nous venons de le dire, mais sa charge pouvait lui être r-enou-

plus sûr pour le classement chronologique des létradraclimes athéniens de la seconde série, si chacun des groupes de ces monnaies nous offrait régulièrement autant de noms divers de troisième magistrat ou de lettres placées sur l'amphore et indiquant le rang des prytanies dans l'année, que celle-ci en comptait aux différentes époques. Mais il n'en est pas ainsi; presque toujours la suite des prytanies d'une année se présente à nous incomplète dans les monuments numismatiques, d'abord parce que nous sommes loin de posséder toutes les variétés qui ont été frappées de ces monnaies, puis, parce qu'il est probable que le plus souvent on n'a pas monnayé dans toutes les prytanies de l'année, de même qu'il paraît certain que l'on n'émettait même pas tous les ans de nouvelles espèces (nous n'avons jusqu'ici que 105 groupes de pièces, pour un monnayage qui a sûrement duré, pour le moins, plus de deux siècles). Ainsi les tétradrachmes au nom de Micion et Euryclide (Beulé, p. 339), qui appartiennent à l'an 220 av. J.-C. (C.-L. Grotefend, Eurykleides und Mikion, .dans le Philolugus. t. XXVIII, p. 70-85) et sont, par conséquent, de l'époque des onze tribus, ne nous offrent pas de lettres d'amphores au delà du K de la 10° prytanie; ceux dont le premier magistrat est Antiochus IV, de Syrie, ayant pour second, d'abord Nicogène, puisCaraïchos (Beulé, p. 203 et 206), ont été frappées en 176 (Rathgeber, Ann. de llnst. Arch. t. X, p. 33), sous le régime des douze tribus, et pourtant la dernière lettre d'amphore que l'on y constate est celle de la 11" prytanie, A.

(1) Sur la difficulté qu'il y a quelquefois à déterminer exactement quel est le premier magistrat, voy. C.-L. Grotefend, Chronol. Anordnung, p. 4 et suiv.

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velée h plusieurs reprises (1), ce qui n'est pas le cas du second, également annuel. 11 paraît avoir tenu un rang d'une certaine importance dans l'État, assez pour que sa fonction pût être décernée par honneur à des princes étrangers. En elTet^ s'il est une place honorable sur la monnaie d'Athènes, c'est celle de ce magistrat, et nous la voyons quelquefois occupée par le roi Withridate ("2), qui paraît avoir voulu à Athènes renouveler la pratique de son royaume du Bosphore, où le roi prenait le titre républicain d'archonte dans la ville grecque de Panticapée, par Antiochus IV de Syrie, avant qu'il fût roi (3), par Aristion, tyran d'Athènes au nom de Mithridate (4), par Apellicon son complice (5), par un personnage romain du nom de Quintus (6)^ par un Ammônios (7), un Thémistocle (8), descendants des plus illustres familles (9). Il s'agit donc, bien évidemment^ du

(1) On trouve, en effet, AlOKAHI TO AETTEpov (Beulé, p. 2o9) etTO TPItov AlOKAHI (Beulé, p. 261).

(2) Beulé, Les Monnaies d' Athènes, p. 237; Rev. num. 1863, p. 476-179.

(3) Beulé, p. 206.

(4) Beulé, p. 210.

(5) Beulé, p. 211.

(6) Beulé, p. 3:::0. — Il n'est pas sûr, du. reste, qu'il s'agisse ici réellement d'un Romain el non d'un Athénien agrégé à quelque famille romaine. Remarquons, du reste, le singulier usage, fort peu explicable, qui fait que dans ces signatures de magistrats des tétradrachmes athéniens de la seconde suite, il n'apparaît jamais aucun nom latin que des prénoms,

comme KôifvTo; , n67:)-ioç, Aeûxioç.

(7) Beulé, p. 194.

(8) Beulé, p. 30o.

(9) Euryclide et Micion de Céphissia, qui menaient en même temps les affaires de la République vers 220 av. J.-C. el que les historiens désignent comme les TipoTToc-rat des Athéniens (Plularch. Aral. 41 ; Polyb. V, 100; Pausan. II, 9, 4; cf. les inscriptions dansRangabé, Ant. Hellén. t. II,

plus haut des fonctionnaires préposés à la monnaie, de celui qui en avait la direction supérieure, responsable plutôt que compétent. Mais quel était son titre ? Beulé (1) a pensé à cet administrateur en chef des finances publiques que l'on appelait tantôt Taat'a; ou sT^iij-sV/ir/i; zr.ç Y,oiY7,q Trpûiroàou, tantôt ù i~\ Tv^; ^loixr^csw; (2) , dont les fonctions furent remplies par Aristide^, par l'orateur Lycurgue, par Habron son fils et par Aphobétos, frère d'Eschine. Mais il faut absolument renoncer à une telle conjecture, car nous savons d'une façon positive que les fonctions d'administrateur suprême des finances avaient une durée de quatre ans et ne pouvaient pas être renouvelées au même personnage, tandis que le premier des magistrats monétaires était annuel et susceptible d'être rappelé jusqu'à trois fois à la même charge. M. C.-L. Grotefend (o) voit en lui le xa[j.iy.ç twv cTpaTuoTixtov, opinion plus plausible que celle de Beulé ^ mais uniquement conjecturale et encore fort douteuse.

11 se peut d'ailleurs qu'en dehors de cas exceptionnels, comme ceux de Mithridate et d'Antiochus, le personnage nommé le premier sur les tétradrachmes athéniens de la

n^ 880; Ross, Z'ernew vonAttika, p. 43 et suiv.)r apparaissent ensemble sur les mêmes tétradrachmes (Beulé, p. 339), Micion à titre de premier magistrat et Euryclide à titre de second. En revanche, c'est comme premier magistrat, ayant pour second un personnage inconnu du nom d'Ariarathe (Beulé, p. 297), que figure, sur un groupe de télr,idrachmes du temps des douze tribus (on y trouve la marque de la 12^prytanie, |VI).|un nouvel Euryclide^ petit-fils du premier, qui a dû exercer sa magistrature vers 190 av. J.-C. (C.-L. Grotefend, Chronol. Anordnung, p. 15), car la date de sa vie est déterminée par deux inscriptions (Philologus, t. XXV, p. 338; <i>t).î(TTtop, t. IV, p. 4 et suiv.).

(1) P. 114. J. Brandis [Zeitschr. f. Niimism. t. I, p. 50) ne parait pas non plus éloigné de cette manière de voir.

(2) Bœckh, Slaaishaushalt d. Athen. liv. II, chap. vi.

(3) Chronol. Anordnung, p. 4.

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seconde série ait été un magistrat d'un ordre moins relevé, dont l'office se sera borné exclusivement à la surveillance et à la direction de la monnaie. M. Albert Dumont (1) a très-ingénieusement reconnu le premier magistrat d'un des groupes de ces tétradraclmies, Aropos (2), dans le personnage de môme nom qui figure sur une inscription attique (3) comme trésorier d'une confrérie d'éranistes. Il était tout naturel qu'ayant dans l'association l'un des officiers de finances de la République on en eût fait le trésorier.

Le second nom paraît à M. Beulé celui du directeur spécial de la monnaie (àpyuco/.o-srov), du citoyen qui la prenait peut-être chaque année à entreprise, ou plutôt qui était désigné pour cette liturgie : ce qui serait de nature à faire penser que c'était une liturgie, une fonction imposée, c'est l'annuité, à laquelle se serait difficilement soumis un entrepreneur prenant la monnaie à ferme par spéculation. Du reste, quand Démosthènes tenait à honneur d'être commissaire pour l'achat des grains, il n'y avait pas moins d'honneur à être commissaire pour la fabrication des monnaies. Quoi qu'il en soit de ce dernier point, il paraît tout à fait positif que le second magistrat est le monnoyer proprement dit. Le petit type qui se place dans le champ de la monnaie, en même temps que les noms, est son symbole personnel, son cachet. Des deux premiers personnages qui signent les monnaies d'Athènes, il semble que le premier dispose du type de la République et le place

(1) Essai sur la chronolo'jie des archontes athéniens, p. 118.

(2) Beulé, p. 222. — Les monnaies signées d'Aropos et Mnasagoras paraissent de fort peu antérieures à la guerre de Milhridale.

(3) Ratigdbé, Ant. hellén. t. Il, n° 811 ; 'Esr,u.. àf^aio),. n° SOI.

sur les espèces avec sa signature, avec sa responsabilité, tandis que le second se constitue responsable pour sa part en la marquant de son propre sceau, avec son nom. J. Brandis (1) a très-ingénieusement rapproché ici ce qui se passait pour le trésor de l'Acropole, aux portes duquel le ray.ia; r^; Y.oiv/i; 7:co(j6^ov apposait le sceau officiel de la République (2) tandis que le trésorier d'Athènes les scellait de son sceau personnel (3).

Cependant, sur les statères et les tétradrachmes signés BAIIAEÙ; IV1I0PAAATH2 et APIITijQN, le petit type est l'astre placé entre deux croissants des monnaies du roi de Pont (4); sur les tétradrachmes deAPIITIflN etOlAHN, c'est le Pégase des tétradrachmes royaux de Mithridate Eupator(o) dont Aristion était le représentant ; sur ceux de ANTIOXOlavecNIKOrENHIouavecKAPAIXOI, l'éléphant des Antiochus de Syrie (6). Et ce fait ne se produit même

(1) Zeitschr. f. Num. t. I, p. 50.

(2) Aristoph. Equit. 943.

(3) M. C.-L. Grotefend (Chronol. Anordnung, p. 7) a essayé d'établir, contrairement à l'opinion généralement admise depuis Beulé, que le symbole du petit type appartenait au premier, et non au second personnage mentionné. Quelque ingénieux et dignes d'attention que soient ses arguments, ils ne me paraissent pas pouvoir prévaloir contre ceux sur lesquels se fonde la théorie opposée.

(4) Beulé, p. 237; Rev. num. 1863, p. 176. (o) Beulé, p. 216.

(6) Beulé, p. 203 et 206. — Ici le second magistrat a changé dans le courant de l'année, pour une cause que nous ignorons, peut-être par suite de mort, après la 2^ prytanie (marquée B) ; le symbole ne change pourtant pas, parce qu'il se rapporte au premier magistrat, qui reste le même. Un fait semblable s'observe dans deux autres groupes :

1° Nous avons ries tétradrachmes signés d'Eumaridès et d'Alcidamas avec les marques A et B (1" et 2^ prytanie), puis d'Eumaridès et de Cléomène avec des marques qui partent de la 4"^ prytanie (A), évidem-

pas seulement pour faire honneur à des princes étrangers, comme une sorte d'hommage qui aurait transformé temporairement la monnaie de la République en leur monnaie à eux (1). Nous avons des tétradrachmes Signés de 0EMI2- T0KAH2 et ©EOTTOMnOI, où le petit type du chomp représente la galère Salaminienne à la proue ornée d'un trophée (2), symbole incontestablement en rapport avec le nom du premier magistrat, lequel devait être un membre delà branche de la famille des Lycomides descendant de Néoclès, le fils aîné de Thémistocle, branche dans laquelle le nom du vainqueur de Salamine se reproduisait de deux en deux générations avec une grande régularité (3); il est même probable que ce Thémistocle des tétradrachmes athéniens était le bisaïeul de celui que nous voyons occuper la dadudrie d'Eleusis vers oo av. J.-C. (4). Il semble donc que lorsque le premier des magistrats monétaires était un prince

ment de la môme année (Beulé, p. 289 et 291); malgré le changement du second magistrat le petit type y reste le même.

2° Un certain Métrodore est associé à un Milliade pendant les prytanies A et B (Beulé, p. 337), puis à un Démosthène (Beulé, p. 338), et dans l'un et l'autre cas nous voyons le jriêmo symbole, une grappe de raisin, figurer dans le champ.

(1) C'était là l'opinion de J. Brandis, Zeitschr. f. Niim. t. I, p. o6.

(2) Beulé. p. 30o.

(3) Yoy. les recherches sur la généalogie de cette famille, dansBossler, Degenlibus Atticae sacerdotalibus, p. 43; et dans mes Recherches archéologiques à Eleusis, p. lo4-137.

(4) Pausan. I, 37, 1. — Dans le t. II du présent ouvrage, p. 110, j'ai admis que le Thémistocle monétaire pouvait être le daduque du milieu du i"' siècle av. J.-C, mais ceci doit être rejeté. Les tétradrachmes qui portent son nom doivent être de JoO ans environ plus anciens, frappés peu après 200 av. J.-C, car ils se classent chronologiquement avec une grande vraisemblance entre ceux de Micion et Euryclide (vers 220) et ceux d'Euryclide et .\riaralhe (vers 190), plus près des derniers que des premiers; voy. C-L. Grotefend, Chronol. Anordmng, p. lo.

OU simplement un personnage tenant un rang exceptionnel parmi les citoyens, par la possession d'une charge sacrée ou par toute autre cause du même genre, le second lui abandonnait par déférence le droit de mettre l'emblème de son sceau sur la monnaie. Pourtant le symbole, pour avoir rapport à la personne et aux traditions de famille du premier magistrat, n'en est peut-être pas moins celui qui figurait sur le sceau du second pendant la durée de sa charge. L'hommage rendu par celui-ci au rang de son collègue aurait consisté dans ce cas à adopter, pour le temps oi^i ils devaient être en charge ensemble, un-sceau dont l'emblème appartînt plutôt au personnage qu'il voulait honorer (l). C'est là, du reste, un point qu'il n'est guère facile d'éclaircir, où l'on ne peut même arriver à un résultat probable qu'en examinant à un point de vue général, comme nous le ferons dans le chapitre m du livre IV, la question de savoir si les symboles des sceaux des magistrats, placés comme types accessoires sur les monnaies, sont de véritables armoiries de famille, ainsi que l'a pensé J. Brandis, et ne sont pas plutôt, comme nous penchons à le croire pour notre part, des emblèmes purement personnels, dont un même personnage pouvait changer à plusieurs reprises dans le cours de sa vie, adoptant quelquefois un nouveau type de cachet en entrant dans une charge publique (2), de telle façon que ces era-

(1) Les quelques faits dont M.-C.-L. Grotefend argue pour établir que le petit ty[ie du champ est le symbole personnel du premier magistrat, cadreraient sans aucune difficulté avec notre hypothèse.

(2) M. Grotefend (CAfono/. Anordnung, p. 7) admet que sur les tétradrachmes athéniens un môme magistrat change de symbole à chaque année de sa charge. Il est vrai que, pour élayer cette conclusion, il s'appuie principalement sur des faits dont nous sommes disposé à contester la signification, puisqu'ils reposent sur le rapport établi entre le petit

blêmes de magistrats paraissent quelquefois porter le reflet des circonstances politiques du moment (I).

type accessoire cl le premier magistrat au lieu du second. Mais, môme en les écartant, lo principe que cherche à dégager le savant lianovrien iiaraît s'imposer en présence des trois groupes de tétradrachmes signés de Xénoclès et Ilarmoxénos (Beulé, p. S.-i.'î, 3u6 et 337). Il y en a trois, qui appartiennent évidemment à la môme époque, oîi les marques numérales des prytanies indiquent trois années dilTércntes (pour l'une de A à Z, pour une autre de f à A et pour la troisième de A à M) et où le symbole change aussi trois fois. Ainsi, quand les mêmes personnages restent en fonction pendant plusieurs années successives ou reviennent en charge ensemble à peu d'intervalle, pour chacune des années, celui qui place son emblème sur la monnaie en adopte un nouveau.

Nous voyons également, sur des tétradrachmes dont la fabrication indique qu'ils ont été frappés à deux ou trois ans de distance les uns des autres, un même individu, du nom d'Œnophilos, tenir le second rang, d'abord avec un Lysandre (Beulé, p. 3ii9), puis avec un Amphias (Beulé, p. 198), et dans ces deux occasions employer un emblème différent.

11 faut, du reste, apporter beaucoup d'attention et de réserve en constatant les faits de ce genre, car on pourrait facilement £e laisser égarer par les homonymies entre personnages sûrement distincts et ayant vécu à des intervalles assez éloignés. Ainsi, il ne saurait y avoir identité entre Apellicon collègue de Gorgias (Beulé, p. 221) et Apellicon, collègue d'Aristotélès (Beulé, p. 210); Lysandre, collègue de Glaucos (Beulé, p. 326), et Lysandre, collègue d'Œnophilos (Beulé, 329); Ménédème, collègue d'Epigène (Beulé, p. 331), et Ménédème, collègue de Tiinocrate (Beulé, p. 334). Micion, collègue de Théophrasie (Beulé, 3i3), doit être le quatrième descendant du Micion, collègue d'Euryclide (Beulé, p. 339) ; en effet, il me paraîi numismatiquement impossible d'admettre, avec M.-C.-L. Grodefend {Philulogus, t. XXVIII, p. 83), qui lui-même a renoncé à cette opinion, que le Micion associé sur les monnaies à un Théophrasie soit le petitfils du premier Micion, mentionné dans une liste de vainqueurs aux jeux Panalhénaïques l'an 3 de la cxlvi® Olympiade (Rangabé, Ant. Hellén. t. II, n° 9G2).

(I) Il faut, du reste, remarquer que, parmi les allusions à des événements politiques que Beulé a cru reconnaître dans les types accessoires des tétradrachmes athéniens, presque aucune ne saurait être acceptée. Ce sont en général de véritables mirages, surtout quand il s'agit des faits antérieurs au milieu du m® siècle avant l'ère chrétienne.

Le troisième nom des tétradrachmes d'Athènes, nous l'avons déjà dit, change, suivant le temps, dix, onze ou douze fois pendant hi durée de charge des deux premiers magistrats, c'est-à-dire à chaque prytanie. Pour indiquer le numéro d'ordre dans l'année de celle où il exerce son office, on se sert d'une des lettres de l'alphabet, jusqu'à K sous le régime des dix tribus, jusqu'à A sous le régime des onze et jusqu'à M sous le régime des douze, inscrite sur l'amphore sur laquelle est posée la chouette du type du revers (1). Cette marque ne manque jamais, si ce n'est à la fin du monnayage, dans la période de sa décadence (2),

(1) Beulé, p. 129-134; C.-L. Grolefend, Chronol. Anordnung, p. 5.

Vers la fin du u" siècle avant notre ère, postérieurement à l'établissement des douze tribus, il y eut un moment où le changement du troisième personnage mentionné sur les monnaies ne s'opéra plus régulièrement à chaque prytanie (voy. C.-L. Grotefend, mém. cit. p. 12). Nous en avons la preuve par les tétradrachmes d'Amphicratès et Epistratos (Beulé, p. 200), où l'on ne compte que cinq troisièmes magistrats différents pour les douze prytanies de l'année, et ceux d'Andréas et Charinautès (Beulé, p. 202), où l'on n'en compte même que trois. La durée de l'année ne se divise même pas d'une façon régulière entre ces derniers personnages, dont chacun reste en fonctions pendant plusieurs prytanies. Dans les tétradrachmes d'Andréas et Charinautès, KPITON fst troisième magistrat avec les marques numérales A ^l- B seulement, AMTNOMaxo; avec A, E et Z, enfin AHMHTP.o; avec H, K, A, M.

(^2) Les lettres d'amphore, indicatives des prytanies, font défaut dans les groupes suivants, tous sans mention de troisième magistrat, parmi les pièces où les noms sont inscrits avec développement •

Ammônioset Dio[genès? : Beulé, 191.

Adimanlos et Héliodoros : Beulé, p. 188.

Charias et Héraclide : Beulé p. 377 ;

Ammônios et Dio[clès? : Beulé, p. 193;

Héraclon et Héraclidès : Beulé, p. 30i.

Les mômes lettres manquaient sur la majeure partie des tétradrachmes

à monogrammes, qui représentent les débuts de la seconde période du

monnayage d'argent d'Athènes. Entre ces pièces, les séries 1, 2, 3, 4, 5,

6, 8,9, 11, 13 et 17 de Beulé présentent la particularité dont nous par-

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