‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 4 sur 26 · III · texte numérisé non relu

III

tandis que le nom du troisième magistrat est quelquefois omis (1) ; en eflfet, l'inscription du numéro d'ordre de la prytanie pendant laquelle une monnaie avait été frappée suffisait) en cas que l'on constatât que le titre ou le poids en étaient inexacts, pour établir la responsabilité du magistrat mensuel qui avait été en charge pendant cette prytanie. Son nom se retrouvait toujours sur les registres publics.

Nous trouvons, dans l'organisation connue du gouvernement d'Athènes, plusieurs fonctionnaires dont l'office avait la durée d'une prytanie et qui pouvaient avoir dans

Ions. C'est donc pendant la durée de l'époque d'emploi des monogrammes, avant rintroduclion des noms de mairistrats écrits intégralement, qu'a commencé l'usage des lettres indicatrices de la prytanie, placées sur l'amphore du revers.

(1) Dès les périodes les plus hautes du monnayage des tétradrachmes du nouveau style à Athènes, on rencontre sporadiquement quelques exemples isolés d'omission de mention du troisième magistrat, la prytanie en cours étant seulement indiquée par la lettre d'amphore. Mais la suppression de cette mention paraît devenir une règle à partir du i*' siècle av. J.-C. (C.-L. Grotefend. Chronol. Atwrdnunr], p. 9). Les pièces où le roi Mithridate ou son représentant Afiellicon figurent comme premiers magistrats, appartiennent aux débuts de ce nouvel usage et en déterminent approximativement la date. 11 y a dans cette particularité un élément important, et dont M. C.-L, Grotefend s'est heureusement servi, pour jeter les premières bases d'un classement chronologique.

Les monnaies nominales où manque sur l'amphore la lettre numérale de la prytanie, celles du moins que nous avons énumérées dans la note précédente, sont sans nom de troisième magistrat. C'était un retour aux habitudes du début de ce nouveau monnayage, car les tétradrachmes à monogrammes n'en présentent jamais que deux, ceux des deux premiers magistrats de la période où l'on en nomme trois.

Notons aussi l'exception qui marque les deux groupes des tétradrachmes de Dioclès et Mélittidès (Beulé, p. 2j8) et de Quintus et Charias (Beulé, p. 322), lesquels appartiennent aux derniers temps de l'habitude d'inscrire trois noms. Si le troisième magistrat y est mentionné, l'on a omis l'inscription d'une lettre numérale de prytanie sur l'amphore.

leurs attributions la charge de s'occuper des monnaies à un point de vue de surveillance et de contrôle. Beulé (1) a pensé aux [v.sTpovoao!, ou surveillants des mesures et aux d-Kor^ éy.Tv.1 ou receveurs publics, J. Brandis (2) aux sû'Ouvoi ou aux };oyia-Tat, officiers de comptabilité. M.-C.-L. Grotefend (3), à son tour, croit que ces personnages étaient pris dans le collège des Ta[xiai twv tepwv -/p-/i|xaTcov t-?,; 'A9r,va?, opinion qui me semble assez peu vraisemblable. On pourrait également pencher à reconnaître ici les ap/ov-re; to'j àpyupt'ou que mentionne une inscription attique (4). Ces derniers personnages étaient, d'après l'inscription môme qui en parle, plusieurs à remplir leurs fonctions dans une même année, circonstance qui empêche absolument de reconnaître, avec Cavedoni (5), un ap/wv toO àpyjptou dans le magistrat nommé le premier sur les tétradrachmes athéniens.

En tous cas, ce que les tétradrachmes de la seconde série établissent d'une façon certaine, c'est qu'à Athènes le soin du monnayage était confié à des fonctionnaires spéciaux, qui n'occupaient, deux du moins sur trois, qu'un rang secondaire dans la hiérarchie, comme les triumvirs monétaires de Rome (sur ceux-ci, voy. le § suivant). Trois de ces fonctionnaires, revêtus chacun d'attributions différentes, interviennent dans l'émission de toute monnaie et contribuent, chacun pour sa part, à lui donner la garantie publique sous leur responsabilité. A l'un la direction supérieure, à Tautre la fabrication môme, au troisième, celui

(1) Les Monnaies d'Athènes, p. 112^

(2) Zeilschr. f. Num. t. I, p. 5a.

(3) ChronoL Anoidming, p. 4.

(4) C rp. inscr. graec. n° 82.

(3) Mem. di relig. mor. e leiter. di Modena, t. V, p. 3ii.

52 LA MONNAIE l'ANS L'ANTIQUITE

qui change le plus fréquemment, le contrôle et la surveillance, car il est bon que le contrôleur soit souvent renouvelé et n'ait pas le temps de nouer avec ceux qu'il surveille des relations assez prolongées pour donner facilement naissance à une complicité qui faciliterait les fraudes ; telle est la fa(;on dont se répartissent leurs rôles. Et cette organisation est tout à fait conforme à l'esprit général de la constitution athénienne, aux précautions compliquées et soupçonneuses dont elle environne les magistrats qui ont un maniement de fonds. Car non-seulement ils ont toujours des assesseurs qui les redressent, des vérificateurs qui les surveillent, mais on leur donne pour agents subalternes des esclaves publics, parce que l'on peut mettre les esclaves à la torture et découvrir ainsi les malversations .

3. Nous ne retrouvons pas ailleurs une aussi savante division de la responsabilité qu'à Athènes, un mécanisme aussi délicat et aussi ingénieux de contrôle pour prévenir les fraudes et empêcher, si elles se commettent, qu'elles ne demeurent cachées. Mais le principe fondamental de la fabrication de la monnaie confiée à un fonctionnaire spécial, distinct des magistrats politiques supérieurs, se constate d'une manière sûre dans plusieurs autres cités.

Dans la convention entre Mitylène et Phocée pour la fabrication des hectés d'électrum, au texte épigraphique de laquelle nous avons eu déjà l'occasion de nous référer plusieurs fois (voy., dans ce livre, chap. i, § 2, i2 ; et, plus loin, livre YI, chap. iv, § 3; chap. ix, au mot Phocaïdes), le monnoyer, à y.ôlxg t6 /pct'ov, qui exerce son office pendant un an et dont la responsabilité en justice est prescrite six mois après sa sortie de charge, est un personnage spécial, distinct des autorités politiques, ào/a-;; il semble

avoir été un entrepreneur prenant la fabrication à ferme pour la durée établie par la loi, sous certaines conditions déterminées, responsable criminellement des fraudes qu'il commettrait lui-même ou de celles que ses agents subalternes d'exécution pourraient commettre en dehors de lui, faute d'une assez attentive surveillance de sa part; seulement, dans ce second cas il n'est passible que d'une amende, tandis que dans le premier sa peine est la mort.

Nous possédons, je l'ai déjà dit, un bon nombre d'échantillons des hectés d'électrum frappées à Mitylène et à Phocée en vertu de cette convention. Elles ne portent ni noms propres d'hommes inscrits, ni monogrammes, ni petits types dans le champ qui constituent la signature ou le cachet du monétaire. La distinction des émissions de chaque monnoyer successif s'y fait par une autre méthode, qui est aussi celle des statères de Cyzique (voy. livre VI, chap. IV, § 3, et chap. ix, au mot Cyzicènes) et qui la rend encore plus sensible aux regards. C'est l'emblème de la ville d'émission, le thon à Cyzique, le phoque à Phocée, qui passe à l'état de symbole accessoire, subordonné au type ])rincipal ; tout emblème de ce genre fait même défaut -sur l'électrum de Mitylène. Mais le type principal change à chaque émission, et particulièrement à Cyzique, où la fabrication a été la plus abondante et la plus prolongée, déroule à nos yeux tout un cycle de représentations, empruntées aux traditions religieuses de la cité, imitées des types des villes avec qui elle avait les relations commerciales les plus habituelles, ou bien allusives aux faits historiques contemporains, dont la variété est presque infinie (1). Il est clair qu'avec ce système de changer les

(1) Voy. les descriptions dans Brandis : Statères de Cyzique, p. 403- 409. — Hectés de Phocée, p. 414. —Hectés de Mitylène, p. 412.

types à chaque émission, c'est la représentation même du type principal qui devenait le moyen certain d'établir la responsabilité de tel ou tel monnoyer quand une monnaie était reconnue pour frauduleuse, car chacun avait frappé des espèces d'un ou de plusieurs types dont l'iidoption, pendant sa charge, devait être constatée par des actes publics ou tout au moins mentionnée sur les registres de comptabilité (1).

Nous avons vu plus haut (dans ce livre, chap. i, § 6, II) qu'à dater d'une certaine époque les 'types des monnaies d'argent de la République romaine deviennent personnels aux monétaires, chacun d'eux en adoptant un particulier pendant la durée de sa charge. Nous constaterons de môme, dans le chap. f ' du livre IV, en traitant de l'histoire des types, que, dans les villes grecques qui ne s'en sont pas tenues à un type invariable et immobilisé, mais ont admis sur leurs monnaies des représentations très-diverses, ou qui ont adopté le système d'introduire des variations de détail presque infinies dans la représentation de sujets qui restent au fond les mêmes, comme Tarente dans les objets que tient à la main le Taras porté sur un dauphin^ du droit de ses nomes d'argent, ou dans les épisodes de courses de chevaux qui en décorent les revers, — que, dans ces villes, les changements de types d'une telle nature et si multipliés sont en rapport avec la succession des magistrats préposés au monnayage ou des entrepreneurs de la fabri-

(1) M. .l.-P. Six {Num. Chron. nouv. sér. t. XVII, p. 171) remarque ingénieusement que l'on connaît déjà plus de 115 types différents de statères de Cyzique, pour une période de 14o ans environ que paraît avoir duré leur fabrication. Ceci rend manifeste que le changement de type avait lieu chaque année, sinon plus souvent. Car nous sommes bien loin de connaître tous ceux qui ont été adoptés, et chaque jour en voit découvrir de nouveaux.

cation, et devenaient un moyen de plus de constater leur responsabilité. Ainsi, quand nous voyons sur une pièce de Tarente (1) le nom du magistrat AAIMAXOC écrit tout au long, et en même temps le coureur du revers représenté tenant un flambeau allumé à la main, il est clair que cette modification du type est allusive au nom même du magistrat, signifiant « celui qui prend part à la lutte aux flambeaux. » Quelques cités, comme Abdère de Tlirace vers la fin du v" siècle avant notre ère et dans le iv" (2), ont élevé l'emblème personnel du sceau du magistrat éponyme, dont leurs monnaies portent la légende, au rang d'un des types principaux de ces monnaies. Ainsi, à Abdère, tandis que le droit des pièces porte invariablement le griffon, symbole de la cité, le carré creux du revers est occupé par une représentation qui change avec le nom propre d'homme inscrit autour; avec EPI MOAFArOPEn, par exemple, c'est une figure de femme; avec EP OPAIO, un lion; avec HPOct>ANEOI,latêteetle caducée d'Hermès; avec KAEAN- ^pou, une tête de bélier, etc. Dans la numismatique d'Athènes, Beulé a établi que l'emblème personnel du magistrat nommé le second sur les t&tradrachmes de la deuxième série, lequel y est à Tétat de petit type accessoire dans le champ, devient par une règle constante le type principal du revers des monnaies de cuivre correspondant à chaque groupe de ces tétradrachmes.

La numismatique d'argent de Ehodes, après Alexandre le Grand, présente constamment sur le revers des pièces, avec le type et le nom de la ville, exprimé presque toujours

(1) Combe, Mus. Hunter. pi. LVI, n° 1; Avellino, Ital. vel. ntimism. t. I, p. 88, n° 143; R. Rochette, Lettre à M. le duc de Luynes sur les graveurs des monnaies, pi. III, n" 28.

(2) Brandis, p.P)18ets.

seulement par les initiales PO (1), un nom de magistrat écrit intégralement au nominatif et un emblème personnel qui varie avec le nom (2). Ce sont les mômes noms, écrits de même, qui signent les tétradracliraes copiés de ceux d'Alexandre le Grand, portant la marque de Khodes (3), lesquels doivent être considérés comme des monuments d'un monnayage d'imitation purement autonome (plus haut, dans ce livre, chap. i, § 1 , 0; livre VI, chap. v, § i). Le premier, comme rang d'honneur plus que comme autorité effective, parmi les magistrats de Rhodes, celui qui jouissait du privilège de l'éponymie, c'est-à-dire qui donnait son nom à l'année de sa charge, était le prêtre d'Hélios. Au-dessous de lui — car les inscriptions nous font connaître d'une façon très-complète l'organisation des pouvoirs dans cette cité, qui passait pour avoir une constitution particulièrement bien pondérée — se classaient : le greffier, Ypa[7.(jt.aTeù;, du Sénat et du peuple -, les six prytanes, chargés de l'administration politique, qui exerçaient leur office trois par trois, pendant un semestre; les stratèges, présidant aux choses de l'armée et de la flotte, dont le nombre varia de dix à douze; les trésoriers, xa^Aiat, qui ont également été, suivant les époques, cinq ou six, et entre qui un, tenant le premier rang et ayant une compétence plus générale que les autres, était qualifié comme le ray.t'a; par excellence; c'étaient là les fonctionnaires civils les plus impor-

(1) Avant Alexandre, le nom du peuple est écrit en entier, POAION ; celui du magistrat, au contraire, indiqué seulement par une ou deux lettres initiales, mais toujours accompagné de l'emblème particulier de ce personnage : Brandis, p. 480 et s.

(2) Mionnet, t. III, p. 413-4:il ; SiippL t. VI, p. S88-o99; Brandis, p. 481-483.

(3) L. Millier, Numism. d'Alexandre, n" 1160-1167.

tants^ d'où dépendaient encore un secrétaire des stratèges et des trésoriers, un sous-greffier des délibérations du Sénat et du peuple, et enfin un sous-secrétaire des stratèges et des trésoriers; en outre,lesfonctions depolicederastynome et celles de l'agonothète, ou intendant des jeux publics, étaient indépendantes (1). Grâce principalement aux timbres des anses d'amphore rhodiennes, qui portent toujours une date éponymique, nous connaissons les noms d'environ cent cinquante prêtres annuels d'Hélios pour la période comprise entre Alexandre et l'empire romain; d'un autre côté, les monnaies nous offrent environ le même nombre de noms de magistrats dans la même période. Or, entre les deux listes^ il n'est pas possible de relever dix coïncidences. C'est la proportion que le hasard donnera toujours nécessairement pour les homonymies entre deux catalogues d'individus différents d'une même cité, avec l'habitude qui régnait chez les Grecs de reproduire les mêmes noms dans les familles. D'ailleurs, de même qu'à Rome nous trouvons comme triumvirs ayant inscrit leurs noms sur les monnaies bon nombre de personnages qui ont été plus tard consuls (ce qui ne prouve pas que ces monnaies soient consulaires^ comme on l'a cru si longtemps) ; à Rhodes il a pu y avoir plus d'un individu qui, avant d'être élevé au sacerdoce suprême, aura rempli les fonctions moins importantes qui lui auront donné le droit de signer les espèces monétaires comme magistrat responsable. Mais le nombre infiniment minime de ces coïncidences est tellement significatif, que l'on est en droit d'affirmer que ce ne sont pas les prêtres annuels d'Hélios, fonctionnaires supérieurs à tousles autres dans leur caractère sacré et éponyme, dont les noms

(1) Foucart, Inscriptions inédites de î'ile de Rhodes, \). 17.

étaient inscrits sur les monnaies rhodiennes au temps de la pleine indépendance et de la grande prospérité commerciale de cette Ivépublique maritime.

Rhodes ayant conservé sa liberté nominale et sa constitution intérieure jusque sous l'Empire, on est en droit de chercher dans sa numismatique de l'époque impériale des éclaircissements sur l'organis^ation de son monnayage dans les siècles de sa complète indépendance. Sous l'Empire, Rhodes a perdu le privilège de frapper de la monnaie d'argent (plus haut, dans ce livre, cliap. i, § 4, 4; livre VII, chap. IV, § II), mais elle continue à émettre de très-grosses pièces de cuivre, tantôt avec l'effigie des Empereurs introduite à titre d'hommage (1), tantôt sans cette marque de dépendance (2). Ces pièces pèsent environ une once romaine, le même poids que les sesterces en laiton de coin romain dont quatre faisaient un denier romain ; elles portent souvent l'indication de valeur AIAPAXMON , qui prouve à quel degré leur valeur de circulation dans le territoire rhodien était purement conventionnelle ; en effet, d'après une inscription de Cibyra (3), la drachme de Rhodes était tarifée à 10 as ou ^ denier, ce qui fait pour nos didrachmes de cuivre 20 as ou 1 V^ denier, précisément la valeur que le métrologue d'Alexandrie (/i) attribue à la drachme rhodienne forte (5), c'est à-dire environ 5 fois la valeur métallique intrinsèque de ces pièces (voy. livre VI, chap v, § 6; livre VIT, chap. iv, § 4). Celles de ces monnaies de

(1) Mionnel, t. III, p. 427-429; Suppl. t. VI, p. 60S-607.

(^) Mionnet, t. III, p. 424 et s,, n«s 247-268; Suppl. t. VI, p. 603 ets., n°' 304-316.

(3) Corp. inscr. graec. n° 4380.

(4) Dans Vincent, Recherches sur Héron d'Alexandrie, p. 212. (o) Voy. Mommsen, MR, 1. 1, p. oO et s.

cuivre de Rhodes, du temps de l'Empire, qui ont une apparence pleinement autonome, portent la mention d'un des magistrats de la cité, et c'est toujours le trésorier ou questeur, T<yjuy.ç (i) dont le nom, il est vrai, s'y présente au génitif précédé de la préposition l-l, Eni.... TAMIA, c'est-àdire dans une formule qui peut constituer une simple date et non pas une indication de responsabilité. Pourtant, en numismatique, il n'est guère possible d'attribuer à la formule èizl Toû Seïvx le caractère d'une date pure et simple, d'où il n'y a pas à inférer une participation directe du magistrat nommé à la fabrication de la monnaie, que lorsque ce magistrat est l'éponyme de la cité. Aussi la mention, sur les espèces monnayées, qu'elles ont été frappées « sous la magistrature » d'un officier public revêtu d'attributions purement financières et qui ne jouissait pas de Teponymie, doit-elle être considérée comme équivalant à sa signature, comme indiquant que c'est lui qui a dirigé l'émission monétaire et qui en était responsable. C'était par conséquent un ry.[Maç qui était préposé à la fabrication des monnaies municipales de Khodes au temps des Empereurs, et comme les institutions de la cité étaient demeurées les mêmes que lorsqu'elle était indépendante, il est au moins très-probable que c'est à un magistrat du même titre et du même rang qu'avait incombé dans les époques antérieures la charge de la direction du monnayage, si développé pendant la grande puissance maritime et commerciale des Rhodiens, en même temps que l'obligation de les signer de son nom pour étabir et constater sa responsabilité. Telles sont les raisons qui m'induisent à considérer les magistrats nommés dans la numismatique rhodienne comme des Taj^.t'at, soit que le premier des trésoriers eût seul pendant une année la signa-

(i) Eckhel, DN, t. II, p. 603, t. IV, p, 202.

ture de la monnaie, soit qu'elle appartînt h tour de rôle et pendant un certain temps à tous les fonctionnaires ainsi qualifiés qui étaient nommés pour chaque année ; en effet, de])uis que le nombre des trésoriers ou questeurs de Rhodes avait été porté à six, ils devaient se succéder en fonctions de deux mois en deux mois, ou bien se diviser en deux collèges de trois, administrant chacun les finances pendant un semestre, comme trois des six prytanes administraient les affaires politiques.

4. Après ces quelques exemples, empruntés aux cités ou le monnayage était confié à des officiers particuliers ou bien aux administrateurs financiers de la République, distincts des magistrats politiques, jetons un coup d'œil sur les séries numismatiques où Ton peut reconnaître l'application de l'autre système^ du monnayage remis à la direction et à l'entière responsabilité du magistrat suprême, de celui qui avait l'éponymie et le rôle de chef du pouvoir exécutif.

Une célèbre pièce d'or de Smyrne porte la légende des «prytanes des Smyrnéens)), XMYPNAION nPYTANEII(l}, (pli s'y révèlent ainsi comme ayant possédé la direction du monnayage dans cette ville pendant la période d'autonomie qui correspond aux siècles des successeurs d'Alexandre, jusqu'à la création de la province romaine d'Asie. Les tétradrachmes d'argent de Smyrne, durant cette même période, ont généralement au revers le nom du peuple au génitif d'appartenance, IMYPNAIHN, et un nom de magistrat écrit intégralement au nominatif. Ce magistrat est un prytane, le premier en rang, le président

(1) Eckhel, UN, t. II, p. o37 ; Mionnet, t. III, p. 190. n° 909.

LA LOI DANS LES MONxVAIES ANTIQUES 61

de leur collège, qui, à Smyrne comme dans la plupart des villes grecques de l'Asie Mineure, possédait la direction du gouvernement. En effet, sur plusieurs tétradrachmes, en même temps que l'on a inscrit son nom, l'on a placé l'indication de son titre dans un monogramme dont la disposition varie un peu d'un exemplaire à un autre^mais qui offre toujours avec certitude les lettres TlPTTAvtg (î). Quelquefois ce monogramme y est seul avec la légende du peuple, sans nom de magistrat exprimé (2) ; c'est alors le parallèle exact de l'inscription de la monnaie d'or (3).

Sur les cistophores frappés à Pergame, le magistrat local qui met sa signature est encore le premier des prytanes. Car les initiales de son nom ïontle plus souvent accompagnées d'un monogramme des lettres TTPTT, quelquefois suivi de la lettre numérale A, UPTTavi; AÇncôiroç) (4). En revanche, sur quelques cistopliores de Tralles (o), les lettres FTPTT, détachées ou groupées en monogramme, ne peuvent pas être prises pour l'indication d'un titre ; c'est l'abréviation du nom propre UPTTavi;, puisqu'elle n'ac-

(1) Eckhel, DN, t. II, p. 338; Mionnet, 1. 111, p. lOOels., n"- 915-918, avec les noms HPAKAEIAH2 et 0ANOKPATHI.

(2) Mionnet, t. III, p. 190, n»' 910-912.

(3) L'inscription anonyme du titre de la fonction du magistrat qui fait frapper la monnaie, sans mentionner son nom personnel, tel que nous l'avons ici, n'est pas un fait sans autres exemples en numismatique. Dans le § 7 du cliap. T'' de ce livre, nous avons vu plusieurs monnaies militaires romaines signées du titre IMPera/or, Qucestor ou [.EOctus, sans nom propre. De même, il existe des pièces de cuivre de Leptis Magna dans la Syrlique (L. Millier, Num. de Vanc. Afrique^ t. II, p. 3, nos I et 2; cf. p. 10), oîi la légende, en caractères néopuniques (voy. livre V, chap. m, § 2), offre les mots ~pS'- — ^psS « Leplis — le préfet », sans donner le nom de ce magistrat supérieur.

(4) Pinder, Ueber die Cislophoren,^. oii et 565.

(5) Pinder, p. 543, 56o et 506.

compagne aucun nom et que, sur les cistophores de cette ville, la règle est que la signature du magistrat responsable se compose de ces quatre premières lettres, AnOAAo')v'-cç, APTEaoiv, AlONJ(7io;, etc.

Sur une monnaie d'argent de Taba de Carie (1), nous lisons l'indication abrégée du titre du magistrat dont le nom y est inscrit avec celui de son père : AP/wv TABHNHN — APTEMON HAniOY. C'est encore cette fois le premier fonctionnaire de la cité, l'archonte, qui possède réponymie.

En général, du reste, on est en droit de penser que, dans les villes grecque de l'Asie-Mineure^ au moins pendant l'époque des successeurs d'Alexandre, le système qui prédominait était celui consistant à remettre entièrement l'administration et la direction de la monnaie au magistrat suprême, lequel y apposait sa signature. Cette manière de voir n'est pas seulement suggérée par les trois faits très-positifs que nous venons de rappeler, elle est presque imposée par l'importance exceptionnelle de la place qu'occupent les noms de magistrats sur les monuments numismatiques des cités de cette région à l'époque dont nous parlons, par la façon dont ces noms y sont fréquemment suivis d'un patronymique (c'est la règle invariable à Erythres d'ionie et à Taba de Carie;, et même quelquefois de la désignation de l'aïeul après celle du père.

Nous trouvons aussi quelques exemples du même régime dans la Grèce occidentale.

Corcyre avait un gouvernement calqué sur celui de Corintlie (2), sa métropole. Le pouvoir politique y apparte-

(1) Leake, Numism. hellen., Asiatic Greece, p. 12G; Brandis, p. iTi.

(2) Pausan. IV, 4, 4.

nait a cinq prytanes annuels, dont le premier avait l'éponymie de l'année (1). Or, il résulte d'une façon tout à fait formelle de la comparaison des monnaies et des inscriptions de Corcyre, quec'estle prytane éponyme qui est mentionné, avec son nom au nominatif, sur les espèces monétaires de cette ville, lorsqu'on y lit un nom de magistrat (2). M. Leicester Warren (3) admet, avec beaucoup de vraisemblance, que le personnage dont le nom est inscrit au nominatif, avec la légende du peuple, sur le revers des monnaies d'argent deLeucade (4), est le prêtre de l'Apollon Actien, premier magistrat et éponyme de la cité, qui fut aussi l'éponyme de la Ligue Acarnanienne au temps où Leucade en faisait partie (5) ,

MM. Ch. Lenormant et de Witte (6) ont reconnu avec une certitude presque complète, dans le XAPIAEfll mentionné sur plusieurs monnaies d'argent de Naples (T),^ Cliarilaos qui, étant le premier magistrat de la ville, la livra aux Romains en 321 (8). Ce rapprochement ingénieux déterminerait la nature des personnages dont les noms (écrits en lettres très-fines au-dessous de la tête de Partliénope) et les emblèmes ont été placés sur le droit des pièces

(1) Franz, Corp. inscr. (jraec. t. IL p. 23.

(2) F. Lenormant, flet;. num. 18G6, p. 150-153.

(3) Greek fédéral coinage, p. 15.

(4) Mionnet t. II, p. 82 et s.

(5) Rose, Inscript, (jraec. p. 28'2; Freeman, Histonj of fédéral government, p. 1 i9.

(6) Elite des mon. céramographiques, t. I. p. xlvii; Rev. num. 1844 p. 251 ; De Witte, Etudes sur les vases peints, p. 103.

(7) Carelli, Catal. n°^ 101-107; Mionnet. Suppl. t. I, p. 2i2, n° 300,, et p. 243, n» 302.

(8) T. Liv.VIII, 25.

(le Néapolis de Campanie; et cette ville serait k enregistrer parmi celles où le magistrat qui signe la monnaie est celui qui, dans l'ordre politique, tient le premier rang. Son titre y était le démarque [\).

Dans la numismatique d'Olbiopolis sur les bords de l'Hypanis, à partir de la reconstruction de la ville, vers 65 av. J. C. , quand elle eut été une première fois détruite par les Gètes, le nom de magistrat inscrit sur la monnaie, lequel est toujours au génitif quand il a été tracé intégralement^ ou le premier nom, lorsqu'il y en a deux, est presque constamment accompagné d'un monogramme des lettres APX, indicatif de ses fonctions d'archonte (2). Par analogie, M. de Kœhne (3) a admis avec pleine raison que, sur les monnaies de l'époque antérieure, les noms qui se présentaient dans les mêmes conditions, sans titre exprimé, étaient aussi des noms d'archontes. Au reste, sur les monnaies olbiopolitaines de la seconde époque (après 65), on trouve le plus souvent deux noms en abrégé, le premier avec le monogramme APX, le second sans titre (i) , et même à la première époque on lit bien des fois deux noms abrégés, dont ni l'un ni l'autre n'est accompagné de qualification de fonctions (5), le rang respectit des deux personnages n'étant déterminé que par la priorité que l'on donne à l'un des deux noms. L'association que l'on observe ainsi dans la série des monnaies autonomes d'Olbiopolis est sûrement, comme l'a reconnu M. de Kœhne, celle du magistrat poli»

(1) Franz, Cor^p. inscr. graec. t. III, p. 717.

(2) De Kœhne, Muiée du prince Kotchoubey, t. I, p. 71, 76 et s.

(4) De Kœhne, t. I, p. 77 et s.

(5) De Kœhne, t. I, p. 46, oO, 53 el s.

tique le plus élevé de la cité, du premier des archontes, qui étaient au nombre de neuf d'abord, puis de cinq, appelé aussi TizoeG-ioç T-7,; tto'Isco; , et du monnoyer spécial, soit fonctionnaire public de l'ordre financier, soit entrepreneur de la fabrication. Ils partagent la responsabilité du monnayage, et, par suite, en signent concurremment les produits.

5, Cette combinaison de la mention simultanée, sur la monnaie, du premier magistrat politique, en possession de l'éponymie, et du monnoyer, a dû être fort répandue dans les cités grecques. Elle fournit la meilleure et la plus vraisemblable explication des cas, fort multipliés, où les monnaies nous offrent à la fois, sans accompagner de titres ni Tun ni l'autre, un nom écrit intégralement et un autre représenté par un monogramme, ou bien deux monogrammes placés côte à côte.

Nous l'observons avec une certitude complète et un caractère particulièrement bien déterminé dans l'abondante série des drachmes d'argent frappées à Dyrrhachion et à Apollonie d'Epire postérieurement à Alexandre et dans les premiers temps de la domination romaine (1). Le principe de disposition des types et des légendes sur ces monnaies est invariable (2) : d'un côté^ la vache allaitant son veau, avec un nom d'homme au nominatif et un petit type accessoire, qui est un emblème personnel de magistrat ; de

(1) Lagoy, J\ev. num. 1838, p. 33i-337; J. Brandis, Zeilschr. f. Num. t. I, p. uG-G8,

(2) Dyrrhachion : Mioniiel, t. II, p. 3743, nos 84-153; Suppl. l. III, p. 330-3 i8, n"^ 121-272.— Ai)oIlonic:Mioimet, t. II, p. 29 et s. n°' 3-29; Suppl. t. III, p. 314-317, n"' o-36.

l'autre le type vulgairement désigné sous le nom inexact de jardins irAlcinolis, c'est-à-dire deux carrés juxtaposés, à l'encadrement plus ou moins riche, dont chacun renferme une sorte d'astre ; ce type du revers est accompagné delà légende de la ville, abrégée en quelques lettres, AYP pour Dyrrhachion et ATTOA pour ApoUonia, plus un nom propre d'homme inscrit en entier et au génitif. Contrairement à ce que l'on eût pu être disposé à attendre au premier abord, l'emblème placé en petit type sur le droit n'appartient pas au magistrat dont le nom est écrit au nominatif sur cette face de la pièce, mais à celui dont le nom figure au génitif sur le revers. On en acquiert la preuve quand on voit la conie cU abondance se maintenir au droit avec le nom AMYNTA au revers, tandis que le nom du droit change et est successivement EYNOVI, KTHTOI, OIAON et iniTPinN; la grappe de raisin coïncider avec APIM- NAITOY au revers, tandis que le droit a HPAKAEIAH2, HP0A0T02, MAXATA2 et 0EOAOTOI; un épi et une grappe de raisin avec AAMHNOZ au revers, tandis que le droit laisse lire les différents noms EYKTH MON, znnYPOI, KTHTOI, APIITHN, ANTI0X02, AAZIOI, OiAOTAI, nEPITENHI et OEPENIKOI, etc. Trompé par l'analogie avec les tétradrachmes athéniens de la seconde série, où l'emblème du petit type appartient au personnage qui est le })lus spécialement chargé de la fabrication, le directeur de la monnaie, J. Brandis, a supposé que sur les drachmes de Dyrrhachion et d'Apolloniale magistrat politique, l'éponyme, était celui dont le nom se lit au nominatif sur le droit, le monnoyer celui dont le nom est au génitif sur le revers. C'est précisément l'inverse qu'il faut admettre, comme le marquis de Lagoy l'avait reconnu dès 1838.

La place d'honneur, sur ces monnaies, celle qui appar-

tient au premier magistrat politique, est la légende du revers^ où le nom d'homme est associé à celui de la ville ; c'est là, en effet, que le roi Monunios place également son nom quand, devenu maître de Dyrrhacliion, il monnaye aux types de cette ville (1). L'importance moindre du magistrat nommé sur lé droit est encore attestée par l'existence d'une série peu nombreuse et antérieure à l'habitude d'écrire les deux noms tout au long, série où il n'y a pas de petits types et où le nom du droit est exprimé par un simple monogramme, tandis que celui du revers est inscrit intégralement, toujours au génitif (2). Du reste, cette forme du génitif, du moment qu'elle n'entraîrie pas l'idée de l'appartenance, que l'on ne saurait admettre ici, implique celle de Téponymie, et l'intention dans laquelle on l'a employée est précisée par une pièce d'ApoUonie (3) où le nom du revers est précédé de la préposition iizî, ET7I KAAOY ; le sens est donc bien : « Sous la magistrature de N. » Ainsi, dans la numismatique d'Apollonie et de Dyrrhachion, c'est le magistrat politique éponyme qui marque la monnaie de l'emblème de son sceau personnel, tandis que le monnoyer proprement dit la signe de son nom au cas direct. Remarquons, de plus, que l'on y trouve jusqu'à neuf ou dix moniioyers différents sous un même éponyme, et que, déplus, un monnoyer figure généralement sous plusieurs éponymes successifs. Ceci semble indiquer l'existence de plusieurs ateliers différents fonctionnant en même temps pour ce monnoyage, fabriqué sur une très-grande échelle en vue de l'exportation (nous parlerons de cette

[i] Mionnet, t. II, p. 44, n" 164; Siippl. t. III, p. 353, n°314; Ch. Lenorraanl, Num. des r. gr. pi. XXI, n°s 5 et 6.

(2) J. Brandis, Zeitschr. f. Num. t. I, p. 58.

(3) Mionnet, t. II, p. 30, n° 4; Rv. mm. 1838, p. 335.

exportation des monnaies d'argent de Dyrrhachion et d'Apolloniu, principalement vers l'Italie, livre VI, cliap. v, § G, et livre VII, cbap. m, §/|) ; cliacun a son directeur ou son entrepreneur, en fonctions pour plusieurs années, tandis que le magistrat politique éponyme est annuel. Quant à la responsabilité, telle qu'elle résulte de's signatures opposées aux espèces monnayées, elle est organisée de la manière suivante : le monnoyer est responsable de la qualité des monnaies qu'il fabrique dans son atelier, sous quelque éponymie que ce soit, et en même temps l'éponyme (qui est probablement le premier des prytanes, car Dyrrhachion et ApoUonie devaient avoir la même constitution que Corcyre, leur mère-patrie) est responsable de toutes les espèces frappées par les différents monnoyers pendant l'année de son administration.

Le système des deux noms, l'un sur le droit, l'autre sur le revers, se continue dans la série, encore plus récente, d'ApoUonie, où les pièces d'argent, du poids du denier romain, ont d'un côté la tête d'Apollon, de l'autre trois Nymphes dansant autour des feux naturels du mont Nymphée, voisin de la ville (1). Ce sont bien manifestement les noms des deux mômes personnages qu'à l'époque antérieure ; mais il est plus difficile d'y déterminer quel est l'éponyme politique et quel est le monnoyer ; car, dans ce monnayage de décadence, on n'observe plus de règle précise et significative pour la forme sous laquelle chacun des deux se présente. Ils sont indifleremment l'un et l'autre, tantôt au nominatif, tantôt au génitif, quelquefois tous deux au même cas ; de môme l'un ou l'autre indiff"éremment,

(I) Mionnet, t. II, p. 30 et s., n°s 30-40; Suppl. t. III, p. 317 el s., n"' 37-ii. — Sur l'explication du type du revers, voy. Eckhei, ÎSuin. vei. an cd, p. 92.

OU tous deux ensemble, peuvent être suivis d'un patronymique.

L'exemple des drachmes de Dyrrhachion et d'ApolIonie établit d'une manière bien positive ce que les règles de la grammaire grecque suffiraient à faire admettre par avance, que, lorsque sur une monnaie de ville on trouve, avec la légende du peuple, un nom d'homme au génitif, ce nom doit être celui du magistrat éponyme de la cité, que la préposition sTrlest sous-entendue dans cette formule (1), Inquelle désigne la monnaie, non comme «celle de N», mais comme celle qui a été frappée «sous la magistrature de N. «Telestlecas dans la numismatique de Cherrhonésos de Tauride. Le nom delà ville y est presque toujours indiqué sous la forme abrégée XEP • en même temps, on y lit habituellement sur les pièces un nom propre d'homme au génitif. Par l'exemple d'un certain Agasiclétès, mentionné à la fois dans une inscription et sur les monnaies, M. deKœhne (2) a prouvé que le magistrat dont le nom se trouve ainsi écrit sur les monnaies de Cherrhonésos est celui dont le titre était 6 Tïpo^Teuojv, sorte d'archonte éponyme, chef du pouvoir exécutif. Cavedoni (3) et M. L. Millier (4) ont également montré que les noms de magistrats qui se présentent au génitif sur les monnaies des diverses villes de la Cyrénaïque pendant la période républicaine, entre l'extinction de la dynastie des Battiades et la soumission du pays à Ptolémée (4oO- 322 av. J.-C. ), en particulier sur les belles pièces d'or

(1) Voy. Cavedoni, Spicilecjio numhmntico, p. 06.

(2) Mém. de la Soc. iVArihéol. et de Nnm. de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 23i-2;j7; Musée du prince Kotchouhey, t. I, p. 134 et 139.

(3) Osserv. sopra le monete délia Cirenaica, p. 45 et s.

(4) Num. de l'anc. Afrique, t. I, p. 112 et s.

de Cyrène^ sont ceux des archontes on éphores éponymes de ces villes.

La mention de l'éponyme sous cette forme, avec la préposition i-l exprimée ou sous-entendue, ne constitue proprement qu'une date et n'implique pas nécessairement que le magistrat, ainsi mentionné sur la monnaie, eût de sa personne la direction et la res])oniïabilité des opérations monétaires. Sans doute, rinscription d'une date sur les espèces monnayées n'a pas pour objet de donner un renseignement oiseux; il importe peu de savoir qu'une pièce a été frappée en telle année, si ce n'est pour établir, en cas oii on reconnaîtrait une altération dans le numéraire émis cette année, la responsabilité du monétaire alors en fonctions. L'inscription du nom du magistrat éponyme fournit cette date, qui permet de faire remonter la responsabilité à qui de droit; mais il n'en résulte pas d'une manière cibsolue et certaine que le responsable soit le personnage dont le nom détermine la date. Nous avons vu que, sur les monnaies athéniennes, la mention du numéro d'ordre de la prytanie suffisait à constater la responsabilité du contrôleur mensuel, et qu'à cette marque on se dispensait de joindre l'inscription de son nom, toujours facile à retrouver sur les registres publics. Dans les cités qui se bornaient à marquer les monnaies du nom de l'éponyme, il était également facile de retrouver sur ces registres le nom du monnoyer responsable correspondant à telle éponymie, même quand la loi le faisait entièrement distinct de l'éponyme politique ou sacerdotal. Cette manière de dater les monnaies .suffisait donc à fournir les moyens de vérification et de poursuite des fraudes, dont le public avait le droit de réclamer la présence sur les espèces mises entre ses mains par le gouvernement, sans que ce fût pour cela le person-

nage réellement responsable dont le nom y fût inscrit. La seule forme de signature qui entraîne de toute nécessité la responsabilité directe de celui qui l'appose à la monnaie est celle qui met le nom au nominatif. En ce cas, l'inscription du nom du magistrat ne marque plus une date, mais une garantie personnelle qu'il donne du poids et du titre des espèces, et qui l'en constitue responsable.

Mais, en droit, l'apposition du sceau personnel équivaut et a toujours équivalu à celle de la signature. Quand donc un magistrat, de quelque rang qu'il soit, marque la monnaie de l'emblème de son cachet, il s'en déclare personnellement responsable envers le public, aussi bien que lorsqu'il la signe de son nom au nominatif. Aussi n'y a-t-il plus à hésiter en présence de certaines villes où, comme à Abdère et à Maronnée, par exemple, le nom de l'éponyme est inscrit avec la forme de date la plus caractérisée, précédé de la préposition ir:l, mais où cet éponyme place en même temps sur la monnaie son cachet personnel, soit en type accessoire , soit en type principal opposé sur le revers au symbole de la ville qui occupe le droit (1). Le premier magistrat politique, investi de l'éponymie, y est en même temps celui à qui revient la direction et la responsabilité de la direction de la monnaie. Aussi, en même temps que, par l'apposition de son emblème propre, il se constitue responsable, voit-on quelquefois, dans l'inscription de son nom, surtout à Abdère, la forme de la signature au nominatif remplacer celle de la date au génitif avec la préposition ê-t ; on trouvé, par exeinple, ANAZIAIKOI ou MHTPOOnN au lieu de la formule bien plus habituelle EPI MOAPAAOI, En FOAYAPHTOI, etc.

(1) Abdère : Brandis, p. 517-519. — Maronée : Brandis, p. 522 et s.

6. Confédérations de cités souveraines qui se réservaient d'une manière absolue leur indépetulanne administrative, mettant seulement en commun certains grands intérêts de politique générale tenant aux relations avec l'extérieur et les institutions qui touchaient à la défense militaire commune, les liuues grecques n'ont jamais possédé une administration fédérale développée ni compliquée. Un Sénat formé des plénipotentiaires des villes fédérées et délibérant sur les intérêts communs, un ou plusieurs stratèges contrôlés par ce Sénat, mais possédant par le fait une grande liberté d'action dans la sphère de leurs attributions, ayant surtout un rôle militaire en tant que commandants des troupes fédérales formées des contingents des diverses cités, exerçant comme tels une certaine part de pouvoir exécutif là où ils n'étaient pas arrêtés par la souveraineté propre des villes, enfin administrant les rapports internationaux avec l'étranger, tel était le cadre fort simple auquel se réduisaient généralement leurs institutions communes. Quand donc ces ligues avaient institué un monnayage fédéral, comme ceux que nous avons étudiés au § 2 du chapitre l^' du présent livre, il était naturel que la direction et la responsabilité en fussent remises au stratège unique ou au premier de ces magistrats guerriers, lorsqu'il y en avait plusieurs. Et c'est en effet ce que nous constatons dans la plupart des séries monétaires fédérales de la Grèce.

Les monnaies de la Ligue Phocidienne offrent quelquefois un nom de magistrat. 11 n'est jamais accompagné d'un titre, mais la nature des fonctions du personnage qui y est ainsi mentionné se trouve déterminée avec une certitude absolue par les pièces où on lit les noms d'Onymarchos et

de Phalaïcos (1), connus dans l'histoire comme deux des stratèges des Phocidiens dans la Guerre Sacrée. Il est vrai que ces noms j sont tracés au génitif, sous la forme de date éponymique, encore plus caractérisée sur les monnaies de la Ligue Clialcidienne, où le nom du stratège en fonctions lors de l'émission de la pièce est toujours précédé de iizt EPI FOAYZENO, EPI AIKAHPIOAnPO, etc. (2). En revanche, les noms des stratèges inscrits sur les espèces fédérales de la Ligue Acarnanienne (3), s'y montrent toujours comme des signatures au nominatif, souvent suivies d'un patronymique.

Les noms inscrits sur le revers des statères d'argent de la Ligue Béotienne sont en général écourtés de telle façon qu'ils ne présentent pas de désinence casuelle. Parmi ceux qui semblent entiers, on en observe au génitif (comme EYFAPA, du nom ([ui, dans le grec commun, est Eùap-/iç)et d'autres au nominatif ( KAIHN, forme dialectique pourKXéojv). On a, du reste, quelques raisons de croire que celui qui signait les monnaies fédérales des Béotiens était celui des Béotarques (on appelait ainsi les stratèges de cette ligue) qui, au moment de l'émission des espèces, avait, à son tour de rôle, le pas sur les autres et le commandement suprême des forces de la Confédération {A). On lit le nom EPAMIvcovf^aç sur des pièces dont le style convient parfaitement à l'époque oi^i le grand Epaminondas avait la direction des affaires politiques et militaires. Par contre, le nom yARO, inscrit sur d'autres statères^ ne peut pas être attribué au Charon de

(1) Lcicester Warren, Greek fédéral coinage, p. 12 ; Friedlœnder Zeitschr f. Num. t. I, p. 296 et s.

(2) Brandis, p. 333 et s.

(3) Leicester Warren, p. 12.

(4) Leicester Warren, p. 24 et s.

l'histoire, ami de Félopidas ; la forme des caractère de la légende est trop archaïque pour son temps.

Les espèces fédérales des Epirotes ont un nom exprimé par quatre ou cinq lettres et accompagné d'un autre exprimé par un monogramme, ou bien deux noms écrits delà même ftiçon en lettres détachées, ou bien encore deux monogrammes (l). Nous sommes portés à voir dans ces combinaisons un nom de stratège, de magistrat suprême militaire et politique et un nom de monnoyer. En etïet, la supériorité de rang d'un des deux personnages sur l'autre est bien caractérisée par la forme où ils se présentent lo plus souvent : l'un écrit avec un certain développement, en lettres détachées, l'autre réduit à un monogramme dans une place subordonnée. De plus, l'un des noms inscrits avec développement, AEPAA (2), est celui de Derdas, connu par Tite-Live (3) comme stratège des Epirotes en 204av. J.-C.

Le même système d'inscription de deux non^s, celui du magistrat suprême de la confédération et celui d'un monétaire, s'observe, cette fois avec une entière certitude, dans le monnayage d'argent de la Ligue Thessalienne, formée sous les auspices des Romains après la bataille de Cynoscéphales (voy. plus haut, dans ce livre, chap. i, § 3,2). On y lit sur le revers, avec la légende GEHAAIIN, deux noms d'hommes dont la position réciproque varie : l'un est au génitif éponymique, précisé encore dans un exemple par l'emploi de la préposition, Eni ANAPOI0ENOYZ; l'autre est au nominatif. Le premier est sûrement le nom

(1) Mionnet, t. II. p. i7-o0; Suppl. t. III, p. 3o9-36I.

(2) Leicesler Warren, p. 17.

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