‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 5 sur 26 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

du stratège annuel et éponyme de la confédération ; et, en effet, plusieurs de ceux qu'offrent les monnaies se retrouvent dans la liste des stratèges thessaliens qu'Eusèbe nous a conservée d'après Phorphyre de Tyr, mais qui malheureusement n'embrasse que les années de 19o à 179 av. J.-C. L'autre nom, qui a la forme d'une signature de responsabilité, ne saurait être que celui du monnoyer spécial, magistrat élu ou entrepreneur à ferme (4).

Les magistrats dont les noms se trouvent inscrits sur les monnaies de la Ligne Achéenne ne sont certainement pas ceux des stratèges fédéraux annuels ('2). En effet, sur les pièces de cuivre, où ces noms sont exprimés intégralement, on ne retrouve pas un seul de ceux des stratèges connus dans riiistoire comme chefs de la ligue. Sur les petites drachmes d'argent, où ces noms sont généralement abrégés, on pourrait être tenté au premier abord d'expliquer par les deux personnages historiques d'Aratos et de Lydiadès les abréviations AP et AY, qui se trouvent avec les marques des villes de Dymé, Patrœ, Égire et Elis ; mais, comme l'a justement remarqué M. Leicester Waren, il suffit, pour démentir cette interprétation, delà pièce de Dymé, où l'on trouve à la fois AP et AY; car Aratos et Lydiadès ne pourraient pas figurer en même temps comme stratèges. Ces personnages ne sont même pas des magistrats fédéraux d'un ordre quelconque ; il n'y a pas moyen de les considérer autrement que nous l'avons fait plus haut (dans ce livre, chap, I, § 2,8), c'est-à-dire comme des fonctionnaires particuliers des différentes villes prenant part au monnayage fédéral et y mettant chacune sa marque propre sur

(1) Voy. R. Weil, Zeitschr. f. Num. t. T,p. 176-183.

(2) Leicester Warren, p. -43.

les espèces qu'elle fabrique. Le? noms d'hommes changent, en effet, en même temps que les noms devilles. Sur les pièces de cuivre, où ces noms sont complets, on ne trouve à relever que deux coïncidences entre les noms de magistrats qui accompagnent les indications de villes diffnvntes, un XAIPEAI de Corinthe et un de Messène, un OaHNOZ d'Argos et un de Sicyone ; par rapport au r. ombre de monnaies de ce genre que l'on connaît déjà, la proportion de telles coïncidences est fort au-dessous de ce que pourrait donner le simple hasard des homonymies entre personnages différents. Sur les drachmes d'argent, la réduction des noms à une très-courte abréviation multiplie un peu plus les coïucidences apparentes ; mais, si l'on trouve jusque dans quatre villes différentes des magistrats désignés par AP et par AY, ces deux syllabes peuvent commencer tant de noms si absolument divers entre eux que l'homonymie, entre les magistrats notés par ces abréviations sur les pièces de Dyraé, Pat! œ, Egire et Elis, n'est rien moins que certaine.

Les dispositions du texte si précieux de la convention d'union monétaire entre Mitylène et Phocée (1), nous révèlent quel pouvait être le mécanisme des responsabilités pour l'altération des espèces dans un monnayage fédéral organisé comme celui de la Ligue Achéenne, quel intérêt il y avait à y inscrire sur les pièces, comme garantie, le nom de la ville qui émettait sa part proportionnelle du numéraire commun et en même temps le nom du monétaire spécial de cette ville. D'après le traité que le marbre nous a conservé — et une semblable disposition devait être la règle habituelle dans les conventions de ce genre — le

(1) Transacl. nf the R. Soc. nf Literature , 2' sér., t. VIII, p. oi9; Rev. num. 1868, p. -l'il .

monnoyer est responsable criminellement des fraudes commises par son fait direct ou par sa négligence, devant un tribunal dont les autorités de sa ville forment la majorité ; mais cette ville est à son tour financièrement responsable envers l'autre cité, son associée, de la qualité des espèces du numéraire d'union qui se fabriquent chez elle; elle est tenue à lui payer une indemnité pour le préjudice causé au public par les falsifications de son monétaire, qu'elle aura eu le tort de ne pas suffisamment surveiller. C'est à cette double nature de responsabilité et de garantie que correspondent \es deux mentions inscrites sur les pièces du numéraire fédéral de la Ligue Achéenne ; la mention du peuple de telle ou telle ville^ avec sa qualification de membre de la Ligue, assure à la monnaie, quel qu'en ait été le lieu d'émission, le cours légal dans le territoire entier de la confédération, et en même temps garantit, àl'cgard des autres confédérés en corps, la res})onsabilité pécuniaire de la ville qui a fabriqué, dans le cas de fraude ou d'altération. Mais il faut aussi, pour le même cas, assurer la responsabilité criminelle du monnoyer envers sa propre cité; et c'est à cet objet que répond l'obligation de signer les monnaies qu'il frappe pour cette cité. De cette façon, les moyens de recours à qui de droit de l'un et de l'autre côté sont assurés pour tout citoyen qui const. de une fraude dans la monnaie qu'il reçoit dans la circulation. Et cette possibilité pour tout citoyen de se porter accusateur était essentielle chez les anciens, qui ne connaissaient pas d'institution de poursuite au nom de la société, analogue à notre ministère public.

Dans les confédérations dont le numéraire, comme celui de la Ligue Lycienne (plus haut, dans ce livre, chap. i, §3, '2), ne portait que la signature des villes, sans celle de

leurs monnoyers particuliers, il n'y avait de garantie par les marques de la monnaie que la responsabilité de la cité, prise isolément, envers la confédération. C'était ensuite aux magistrats de la ville, une fois qu'elle avait été rendue responsable, à poursuivre à Taide des registres publics la responsabilité personnelle du monétaire. Pour rendre ce dernier recours possible, en l'absence de marque particulière de monnoyer, il est assez probable que chaque cité, comme nous le voyons encore dans la convention entre Mitylène et Phocée, avait son tour de monnayage, qui ne revenait qu'après l'expiration des délais dans lesquels se prescrivait l'action contre le fonctionnaire infidèle ou l'entrepreneur frauduleux.

7 . Dans toutes les monarchies postérieures à Alexandre, en particulier chez les rois de Macédoine, de Syrie et d'Egypte, nous voyons adopter comme règle l'usage dont nous avons déjà parlé plus haut (dans ce livre, chap. l, § 1, 6) et qui ne se montre complètement organisé pour la première fois que dans la numismatique de Philippe II de Macédoine, l'usage d'indiquer par de petits types^ des monogrammes ou des combinaisons de lettres, placés dans le champ du revers, les ateliers de fabrication des monnaies royales, frap])ées avec les mêmes types sur une grande étendue de territoire et dans un o;rand nombre de villes. Ces marques, comme toutes celles que dans les temps modernes on a employées et l'on emploie encore pour différencier les produits des divers hôtels des monnaies d'un même pays, sont des certificats d'origine, indispensables au contrôle administratif et financier des opérations monétaires.

Avant tout, ce qu'il importait de désigner pour ce con-

trôle et pour établir la responsabilité du monnoyer envers le gouvernement royal qui l'avait chargé de la fabrication de ses espèces, c'était la ville d'émission, le siège de l'atelier monétaire. Cette marque pouvait, au besoin, dispenser de toute autre ; aussi est-ce celle que l'on trouve presque constamment, dont la présence paraît avoir été considérée comme tout à fait nécessaire. Elle se fait par l'un des trois moyens que nous avons indiqués, quelquefois par la combinaison d'un petit type avec un monogramme du nom de la ville ou avec ses initiales. L'emploi des marques d'atelier formées par des monogrammes ou par une ou deux lettres du commencement du nom, est celui qui prévaut dans les séries monétaires des Séleucides, des Lagides et des rois grecs de la Bactriane.

L'explication de ces différents monétaires de villes d'émission sur les monnaies royales est un sujet fort intéressant, mais d'une nature particulièrement délicate, qui ne doit être abordé qu'avec une grande prudence. On doit toujours craindre de s'y laisser entraîner aux fantaisies de l'imagination, et les résultats certains que l'on peut y obtenir sont en petit nombre. Aussi cet ordre d'études n'a-t-il été que rarement abordé, et il ne l'a pas été toujours avec succès. M. L. Millier est de tous celui qui y a le mieux réussi, et l'on doit compter parmi les meilleurs travaux de la numismatique dans notre siècle ceux qu'il a consacrés à l'étude des marques locales sur les monnaies de Philippe II, d'Alexandre le Grand et de Philippe Arrhidée (I), ainsi que sur celles de Lysimaque (2) , séries qui se composent en notable partie de mon-

(1) Numismatique d'Alexatidre le Grand, suivie d'un appendice conlenint les monnaies de Philippe II et III. Copenhague, i8u5.

(2) Die Mûnzen des thrakischen Kunigs Lysiinachus. Copenhague, 1836.

naies d'imitation, frappées, après la mort des princes dont elles portent les noms, par des villes dont beaucoup n'ont jamais faitpartie do leurs états (dans ce livre, chap.i, § 1, 6; livre VI, chap. v, § 1). Chemin faisant, M. L. Millier a été amené, par le cours de ses recherches, à déterminer la plupart des marques d'atelier qui se rencontrent sur les monnaies des rois de Macédoine postérieurs au conquérant de l'Asie. M. deSaiilcy (1) s'est occupé récemment de celles que portent les monnaies datée des Séleucides. M. le major Cunningham (2) a traité des monogrammes que l'on peut considérer comme des indices d'ateliers sur les espèces monnayées des rois grecs de la Bactriane et de l'Inde, mais il l'a fait avec plus de zèle et de hardiesse que de réelle réussite. Quant aux différents de ce genre sur les monnaies des Lagides, c'est un sujet où presque tout est à refaire aujourd'hui. Personne ne juge plus sévèrement que moi le travail que j'y ai consacré jadis (3), à un âge où l'on ne doute de rien et où Ton se contente de peu; personne ne sait mieux qu'il n'en reste presque rien debout aujourd'hui. Non-seulement la fausse idée des alliances monétaires, inadmissibles sur ces monnaies, m'a égaré presque à chaque page et m'a fait prendre pour des marques de villes un grand nombre de monogrammes qui n'en ont jamais été, mais même une portion considérable des explications que je proposais pour les marques qui indiquent le plus incontestablement des ateliers, ne sauraient être maintenues. En relisant froidement ce volume, je m'étonne

(I] Mémoire sur les monnaies dalécs des Séleucides. Paris, 187L

(2) Allempl to explain some of the monugrams found upon the greek coins of Ariana and India, dans le t. VIII du Numismatic chronicle.

(3) E^sai sur le classement des monnaies d'arijenl des Lagides. Blois,

LA LOt DANS LES MONNAIES ANTIQUES 81

moi-même d'avoir pu me laisser aller tant de fois à de véritables mirages, cherchant des solutions compliquées pour des problèmes où la vraie ne pouvait être que simple et naturelle, et transformant des villes sans aucune importance en sièges d'ateliers monétaires d'où seraient sorties des quantités exceptionnelles de produits. C'est ainsi que j'ai été attribuer à Rhinocorura la marque P, qui a été celle d'un des hôtels des monnaies fonctionnant avec le plus d'activité, au lieu de songer, ce qui eût été l'explication juste, h l'atelier rétabli dans le quartier de Racotis, à Alexandrie; que j'ai rapporté à la bicoque de Magdolon, dans le voisinage de Péluse, jusqu'à deux monogrammes, dont l'un, se composant en réalité des lettres AM ou AAM (suivant les ^exemplaires), est la marque de Damas, et dont l'autre, JE! , toujours accompagné d'un bouclier en petit type, marque un des ateliers les plus féconds en émissions sous les premiers règnes de la dynastie ; ce dernier désigne certainement une ville forte de première importance, située en Palestine ou en Phénicie ; mais, quelque interprétation que l'on adopte à son sujet, c'est un 2 qui en est la lettre principale, et l'on ne saurait y retrouver les éléments de

En général, — on peut le poser en principe, bien qu'il y ait quelques exceptions, comme à toutes les règles — lorsqu'une pièce royale ne porte qu'une seule marque, petit type accessoire, monogramme ou combinaison de deux ou trois lettres isolées, on doit y chercher l'indication du lieu où la pièce a été frappée, plutôt que toute autre chose, car c'était l'indication la })lus nécessaire. Mais, ce que l'on doit tenir pour un principe encore jjIus absolu, c'est qu'à moins qu'il ne s'agisse d'une monnaie d'imitation sortie en réalité du monnayage autonome des cités, malgré son III. G

apparence royale, comme sont une partie de celles de Philippe II ou d'Alexandre de Macédoine et de Lysimaque de Thrace, jamais une monnaie de roi ne peut porter simultanément les différents des deux villes (voy. plus haut, dans ce livre, chap. l, § 1, (>). Far conséquent, lorsqu'il y a double marque, l'une^ indique la ville où était situé l'atelier, l'autre constitue la signature d'un fonctionnaire responsable, très-probablement du directeur de l'hôtel des monnaies. Quelquefois, dans la numismatique d'un même roi, on voit le monogramme, qui était incontestablement une marque personnelle de directeur de la monnaie sur des pièces où elle accompagnait un différent de ville, se présenter seul sur d'autres pièces. Il est presque impossible d'admettre qu'il change de signification dîins les deux cas, tandis que l'on peut parfaitement supposer que la signature du directeur de l'atelier a été considérée comme suffisant à caractériser les produits qui en étaient sortis, de même que d'autres fois le différent de l'atelier, sans marque personnelle du directeur.

Souvent ce n'est pas une, mais deux marques de personnes que Ton rencontre avec une marque de ville ; telle est, par exemple, la règle presque constante sur lestétradrachmesà la légende nTOAEMAlOT mTHPOI, frappés sous le règne de Ptolémée Philadelphe dans l'atelier de Ptolemaïs de Galilée, que désigne la marque à signification certaine TTT (1). Ailleurs même — par exemple, presqne toujours sur les espèces des derniers rois de Macédoine — on trouve trois monogrammes de personnes avec un signe d'atelier, petit type ou monogramme. Bien que l'on manque absolument de données pour déterminer en

(I) Feuardent, Egypte ancienne. Monnaies des rois, p. 39.

pareil cas à quelle nature précise de fonctionnaire appartient chacune des marques, il y a là du moins l'indice certain d'une organisation savante de contrôle et de partage de la responsabilité du monnayage^, comparable à celle que nous avons constatée dans la monnaie républicaine d'Athènes. Dans cette dernière cité, les trois magistrats qui signent les monnaies nous ont paru correspondre à la direction supérieure, à la fabrication même et au contrôle financier. Ce partage d'attributions est tellement le plus naturel de tous, qu'il est assez probable qu'il a dû se reproduire ailleurs, dans rorganisation de monnayages royaux aussi bien que de monnayages républicains. Nous verrons dans le cliapitre suivant que, chez les Grecs comme chez les Romains, les grands hôtels monétaires qui fabriquaient les espèces en quantités considérables pour les livrer à la circulation, étaient divisés en plusieurs officines distinctes, ayant chacune son chef, sous la direction supérieure d'un directeur commun. Il y a là encore une source d'explication fort naturelle et fort vraisemblable pour les doubles marques de personnes, dont l'une peut être celle du directeur de l'ensemble de l'hôtel des monnaies et l'autre celle du chef de l'officine spéciale. En efî'et, il y avait un intérêt sérieux de contrôle et de comptabilité à pouvoir discerner par des signes extérieurs, dans un établissement de ce genre, les produits des diverses officines. Ainsi que nous le constaterons dans le chapitre suivant, sur les tétradrachmes athéniens de la seconde série on ne manque jamais à cette distinction; il en est de même sur les monnaies impériales romaines à partir de Dioclétien, et même dans le monnayage impérial, dès le troisième siècle, on a commencé à placer dans le champ des pièces des indices numéraux distinguant les différentes

officines d'un même atelier, avant de prendre l'habitude d'y joindre une marque commune de cet atelier.

Il est même des faits, sur les monnaies royales grecques, qui semblent ne pouvoir s'expliquer que par l'existence, dans certains pays et à certaines époques, d'un maître général des monnaies du royaume ou d'une province, exerçant sa direction et sa surveillance sur plusieurs hôtels monétaires à la fois. On ne saurait guère, en effet, expliquer autrement le fait de la reproduction simultanée d'une même marque de personne, généralement exprimée par un monogramme toujours mis à la môme place, sur les espèces portant les indices de plusieurs ateliers de villes différentes , sous le règne du même prince et dans la même année, là où les monnaies portent des dates. Tel est, dans la série monétaire des Lagides, le cas du personnage qui, sous les règnes de Soter et de Fhiladelphe, marquait les monnaies sorties d'ateliers trèsdivers d'un monogramme composé des lettres XA ou X AP, quand il est plus complet, et qui même a quelquefois substitué sa marque personnelle à tout indice de ville (1), et de celui, contemporain du règne d'Eveigète V\ qui emploie pour signature un monogramme des lettres XP, pareil à celui qui devint plus tard l'emblème du nom du Christ, ce dernier a mis sa marque sur une monnaie d'argent de la reine Bérénice, frappée en Cypre, et sur une notable portion des grosses pièces de cuivre qui furent à ce moment fabriquées dans les divers ateliers de l'Egypte propre (2) ; il s'y trouve le plus souvent sans différente de ville. Le monogramme de ce XP-/;cto; (?) se trouve mémo

(1) Feuardent, Egypte ancienne, Monnaiis des rois, nos 21, 31, 42, -47, 58-Gl, 16, 101, 127, 130, 131, 13i, 389, 390.

(2) Feuardent, p. 96 (nos 391-393) et 136-138.

apposé en contremarque sur quelques-unes des plus fortes pièces de cuivre, qui avaient été fabriquées en dehors de sa direction (1). Mais l'exemple de ce genre le plus notable et le mieux caractérisé est celui que nous offre euMacéioine le Zoïle dont nous avons eu déjà l'occasion de parler (dans ce livre, chap, i, § 3, 6). Sous les règnes de Philippe V et de Persée, pendant le régime des quatre Confédérations qui ont suivi la bataille de Pydna, et même dans les premières années du gouvernement provincial organisé après la révolte d'Andriscos, il y a eu autorité sur les trois ateliers monétaires de Pella, d'Uranopolis et d'Amphipolis, et il y a mis son monogramme personnel, composé des lettres IH (2). Il a même signé de son nom, écrit en entier au-dessous de la tête du roi, XfllAOT, certains tétradrachmes de Persée (3), particulièrement remarquables par la beauté du style et le soin de l'exécution.

8. L'inscription intégrale du nom de Zoïle sur quelques tétradrachmes de Persée, prouve que, malgré le silence des historiens à son égard, ce personnage eut une importance politique exceptionnelle dans le gouvernement du roi. L'honneur d'inscrire son nom en entier ou du moins en donnant à son abréviation un développement considérable, de manière à lui attribuer dès le premier coup d'oeil une importance supérieure à celle des marques ordinaires de monnoyers, n'apparaît pas, en effet, dans la numismatique

(1) Feuardent, p. 137, n'^ 46 i.

(2) L. Muller, Rev. nutn. 1807, p. 91.

(3) Mionnet, SuppL, t. III, p. 237, n°s 689 et 690, pi. XI, n» 4.

des rois grecs comme une prérogative' vulgaire, qu'on laissât prendre aisément. Un fait de ce genre a toujours une sérieuse importance historique, et la plupart du temps on peut en retrouver l'explication d'une manière certaine.

Sans doute on trouve des noms de magistrats municipaux écrits tout au long sur les tétradrachmes d'Alexandre le Grand frappés dans les villes de l'Asie-Mineure occidentale ou dans celles de la côte thrace du Pont-Euxin, comme Callatia, Mésembria, Odessos ; on en trouve aus^i sur les monnaies de Lysimaque frappées dans quelques-unes de ces villes, et on particulier à Chalcédoine; et d'autres monnaies de Lysimaque, en or et en argent, laissent lire à l'exergue, indépendamment de la légende invariable BAIlAEni AYIIMAXOY, les noms barbares de cbefs de pleuplades des Thraces (1). C'est qu'il ne s'agit plus alors de véritables espèces royales, mais de monnaies d'imitation, où les types et légende du roi dont on copie le numéraire perdent toute signification précise en s'immobilisant,

(\) Le tétradrachme qui porte le nom de chef ZKOZTOKOY (L. Muller, Miinz. d. Lysimachus, n° 9a) est d'un travail trop barbare pour qu'on puisse admettre qu'il a été réellement frappé dans la ville grecque de Sestos, dont il présente, dans le champ de son revers, le petit type grossièrement imité. Mais, dans ce plagia barbarorum, la copie servileva souvent jusqu'à reproduire les emblèmes, placés en types accessoires, qui, sur les originaux, étaient des marques d'ateliers (voy. livre IV, chap. vu). C'est ainsi que les marques ordinaires de Byzance, BY sous le trône de la Minerve du revers et un trident garni de bandelettes à l'exergue, se trouvent copiées, aussi bien que la légende royale, sur un stalère d'or de fabrique très-barbare, qui n'a pas été connu de M.L. Muller. Les lettres KOMONT, qu'il porte sous le bras étendu de la Minerve, me paraissent devoir être rapportées à Comontorios, le chef gaulois fondateur du royaume de Tylé. Je possède de cette pièce une empreinte que j'ai prise il y a quelques années chez un habitant de Kavarna, sur la côte de la Mer Noire, et d'après laquelle elle a été gravée dans les Mélanges de numismatique^ 1877, p. 422.

ne sont pins qu'un dégnisement extérieur dont on se pare à cause de la confiance qu'il inspire au commerce. Ces pièces à apparence royale sont des autonomes déguisées , où le certificat d'origine et la vraie marque de garantie résident dans le symbole de la ville placé en petit type, dans la signature du magistrat municipal ou dans le nom de chef de tribu (voy. plus haut, dans ce livre, cliap. l, §1, 6; et plus loin, livre VI, chap. v, § 1) ; et c'est en vertu des droits d'une souveraineté indépendante que ces magistrats et ces chefs y inscrivent intégralement leur nom, ce qu'on ne leur eût pas laissé faire sur la monnaie du roi, frappée de son vivant et sous son autorité.

Dans le monnayage proprement royal, quand les pièces ont été fabriquées réellement sous le prince dont elles portent la légende, et dans ses états, l'inscription avec un certain développement, et à une place d'honneur, d'un nom autre que celui du monarque, est, je le répète, un fait exceptionnel, tenant à des circonstances historiques déterminées. Elle n'a pu avoir lieu que d'après une permission spéciale du roi, ou bien être le fait d'une véritable usurpation.

Nous trouvons ainsi dans ces conditions, sur des monnaies royales, quelques noms de généraux connus dans l'histoire, qui ont signé de cette manière les produits de leur monnayage militaire. J'ai déjà parlé plus haut (dans ce livre, chap. i, § 1, 4) des pièces d'argent aux noms de Philippe Arrhidée (1) et d'Alexandre fils de Roxane (2), où Lysimaque, en Thrace, a mis les initiales de son nom et son symbole personnel, avant de faire de ces initiales et

(1) L. Muller, Philippe Arrhidée, n^ 58 et îj8 a.

(2) L. Muller. Num. d'Alexandre, p. 394.

de ce symbole les seules marques des pièces qu'il frappa entre la mort du jeune Alexandre et le moment où il prit le titre de roi (1). Ici nous constatons le fait d'un général qui, au milieu des guerres civiles, agit de sa propre autorité sans demander permission à personne, et, conmie chef d'un parti en armes, place ses marques personnelles sur les espèces qu'il émet pour les besoins de ses troupes et du territoire auquel il commande. Quelques-unes des monnaies aux types et à la légende d'Alexandre-le-Grand, qui portent dans le champ du revers, au lieu de petits types de villes, des emblèmes personnels à Séleucus Nicator ("2), peuvent à la rigueur avoir été frappées dans les mômes conditions. Pourtant c'est peu probable, et la plupart des pièces de ce genre appartiennent à un monnayage d'imitation dans lequel Séleucus, et probablement aussi ses premiers successeurs, ont copié purement et simplement les espèces si recherchées du héros macédonien, comme le faisaient nombre de villes indépendantes. M. L. i\liiller(3) a établi d'une façon au moins très-vraisemblable que la majorité de ces monnaies, celles qui ont l'emblème de l'ancre , n'ont pas pu être battues avant 301 et ne l'ont même plutôt été qu'a partir de 295. Quant à l'emblème de la télé de cheval munie de cornes, qui est aussi le type de monnaies de Séleucus, comme cette représentation fait allusion au cheval dont la vitesse l'avait arraché aux mains d' Antigène en 316, il serait possible que les pièces d'Alexandre qui en sont marquées eussent été frappées dès 312,

(1) Sestini, Lelt. num. di contin. t. Vil, p. Il ; Ch. Lenormant, Nitm. des r. gr. pi. V, n° 13 ; L. Muller, Die Miiiizon des Lijsimachus, pi. I, n « 1 et2.

(2) L. Muller. Alexandre, n"s.i48o-lî)li.

(3) Num. d'Alexandre, p. 318.

lorsque Séleucus rentra en Syrie et en Mésopotamie, c'està-dire avant la mort d'Alexandre fils de Roxane. Mais il est plus probable que cette figure ne devint un emblème monétaire qu'après l'érection du monument que Séleucus érigea à Antioclie et où elle était représentée (1) ; et c'est seulement, parait-il, après avoir pris le titre royal que l'auteur de la monarchie syrienne fondala ville d'Antioche, que quelques-uns, comme Malala^ si au -courant des traditions locales, attribuent même à son fils.

Un statère d'or de Lysmaque, qui paraît bien avoir été frappe de son vivant, porte à l'exergue du revers les lettres ZnnY (2); M. de Kœline (3) y a reconnu, avec toute raison, le nom d'un des principaux généraux du roi de Th race, Zopyrion, celui qui fit pour lui le siège d'Olbiopolis (i). Nous avons cité plus haut (dans ce livre, chap, I, § 7,2), comme exemple tout à fait certain de monnaies militaires, la drachme du roi parthe Arsace VU, Phraate II, qui porte, en dehors de la légende royale or^

(1) Ollfr. Muller, Antiquit. Antioch. p. 41 et s.

(2) L. Muller, Miinz. d. Lysimachu^, n" iG8.

(3) Musée du prince Kotchoubey. t. I, p. 12; voy. aussi Ralligeber, dans la Nuni. Zeitschr. deLeitzman, t. VI, p, 34; Ann. de Plnsl Arch. t. X, p. 294.

(4) Le fait du siège d'Olbiopolis, attesté par Macrobe [Saturn. I, 10) et qu'il n'est pas possible de placer du vivant d'Alexandre, semble bien prouver, contrairement à l'opinion de Droysen [Gesch. d. Nachfoly. Alexanders, p. 273) que Zopyrion n'avait pas péri lors de l'échec sanglant que les Gôtes lui avaient infligé du vivant du héros macédonien, qui lui avait laissé, en partant pour l'Asie, le commandement des troupes de Thrace (Q. Curt. , i, ii).

Le tétradrachmc de Lysimaque qui porte ZHZIG sous le bras étendu de la Minerve du revers, sans autre marque (L. Muller, Mnnz. d. Lysimachus, n" 5Gi), semble être aussi une monnaie de général.

dinaire, les mots ...rOPOY KATACTPATEIA (1). Quand cette inscription était complète, elle ne mentionnait pas seulement l'origine exceptionnelle de la pièce, frappée dans une expédition militaire, mais aussi le nom du général commandant cette expédition. Dan? ces deux exemples, nous avons des monnaies militaires, frappées dans des circonstances normales, que les généraux ont émises au nom du roi qu'ils servaient, mais en les signant en même temps de leur propre nom ; ici il est probable qu'ils avaient, reçu l'autorisation formelle du souverain, de même que les commandants des armées des rois de Perse, quand ils monnayaient des espèces en y inscrivant leurs noms.

Quelquefois aussi des ministres tout-puissants, des tuteurs de rois mineurs exerçant pour eux la régence, ont reçu ou pris de leur propre autorité le droit d'inscrire leur nom sur la monnaie du roi, dans des conditions plus honorables que les simples monétaires, quoique d'une manière encore subordonnée à la légende royale. C'est ainsi qu'une bonne partie des monnaies d'argent et de bronze de Ptolémée Philopator portent sur le revers, devant l'aigle, à une place particulièrement apparente et

d'une forte dimension, la combinaison de lettres I , que M, R. Stuart Poole ('i) a très-heureusement interprétée, en y reconnaissant la mention du ministre Sôsibios, maître véritable et absolu sous le nom du roi. Vers la fin de la longue minorité de Ptolémée E vergeté, M. iEmilius Lepidus, que le Sénat lui avait désigné comme tuteur, ayant

(i) Ch. Lenormant, iVoMt;. ann. de rinst. arch. t. II, p. -198 et 234, pi. A, n" 10.

(2) Num. chron. I8G4, p. 70, et 1866, p. 5 et s.; voy. Feuardent, Egypte ancienne, Monnaies des rois, p. 60 et s.

été obligé de revenir à Rome pour y prendre possession du souverain pontificat, remit la régence à l'eunuque Eu- 18B0S, qui la garda deux ans, de 17âà 171 av. J.-C. Une partie des pièces de bronze qui furent alors frappées à la légende du roi, nTOAEMAIOY BAZIAEOZ, portent en même temps les premières lettres du nom du régent, EYA, placées entre les pattes de l'aigle du revers (1). Dans le royaume des Séleucides de Syrie, Tryphon, l'infidèle tuteur d'Antiochus VI, avant de mettre à mort son pupille et d'usurper le diadème royal, a marqué presque toutes les monnaies du jeune roi dont il était censé défendre les intérêts des initiales de son nom, TPY (2). Sur les pièces datées des années 168 et 169 de l'ère des Séleucides (1 45 et 14 i av. J.-C), on lit, en même temps que TPY, une autre abréviation de nom ITA ; ce n'est pas le patronymique de Tryphon, comme on pourrait le supposer d'abord, car la majorité des pièces datées de 170 des Séleucides (143 av. J.-C.) ont les unes TPY, les autres 2TA isolément, plutôt que les deux marques réunies. L'histoire, telle que nous la possédons, est muette sur le compte de ce ZTA..., mais, comme l'a remarqué Eckhel avec la justesse habituelle de sa critique, il est évident que c'était quelque personnage qui partagait alors avec Tryphon la direction du parti d'Antiochus YI, le commandement de ses forces militaires et le gouvernement exercé au nom du monarque enfant. C'est peut-être un singulier hasard, mais tous les noms de ministres et de tuteurs de rois ayant introduit leurs noms sur les monnaies de ces princes, que nous venons de passer en revue — et ce sont pour ainsi dire les

(1) R. St. Poole, Niim. chron. 1860. p, 12 et s. Feuardent, p. 72.

(2) Eckhel, DiV, t. III, p. 233; Saulcy, Monnaies datées des Séleucides, p. 40.

seuls que l'on connaisse — sont ceux d'hommes qui ont laissé dans l'histoire une fâcheuse réputation.

Je crois devoir reconnaître des noms . d'hommes de même nature, et non des marques de villes, dans les inscriptions accessoires OIAIT et KA, que l'on a relevées, tracées h une place d'honneur, à côté de la légende royale, sur deux drachmes de Démétrius 1", roi de Syrie (1). A mes yeux même, la première doit être interprétée comme désignant Philippe, l'ami d'Antiochus Épiphane, à qui celui-ci avait confié la tutelle de son fils Antiochus Y, mais qui, revenant de Mésopotamie, trouva ce poste déjà occupé par Lysias. On sait que, rassemblant alors une armée, il s'étiihlit à Antioche et déclara la guerre au régent, qui, venant le combattre, traînait avec lui le jeune roi. Vaincu et assiégé dans la ville, Philippe fut obligé de se rendre h Lysias, qui le fit mettre à mort, quelques semaines seulement avant le débarquement à Tripoli s de Démétrius I" (2), lequel le vengea en livrant à son tour au supplice Lysias et Antiochus V. Josèphe, à qui nous devons le seul récit de ces événements, ne dit pas que Philippe, une fois contraint d'en venir à la lutte ouverte avec le régent et le jeune roi, se soit prononcé pour Démétrius P' contre Antiochus V; mais il ne dit pas non plus le contraire. Démétrius, retenu à Rome comme otage, avait, aussitôt après la mort d'Antiochus Épiphane, élevé des prétentions h la couronne de Syrte, en la demandant au Sénat, qui n'avait pas voulu la lui accorder. La coïncidence de son éva^^ion de l'Italie, pour aller en Syrie faire valoir ses droits, avec la guerre civile entre Philippe et Lysias, est trop frappante pour ne pas donner à soupçonner une

(1) Saulcy, ouvr. cit. p. 38.

(2) Feuardent, Rev. num. 1862, p. 190.

entente entre Démetrius et Philippe, qui se serait déclaré son partisan à Antioche. Ainsis'ex[)liquerait que Philippe eût fait frapper avant l'arrivée de Dimctrius des monnaies portant son nom comme roi, et que la meniion de ce personnage pût se trouver sur une pièce de Démétrius, qui ne mit le pied sur le sol de la Syrie qu'un peu après sa mort.

9. Les monnaies frappées dans les villes grecques du temps de l'Empire romain, avec ou sans les effigies des empereurs (ce qui fait que, dans le classement actuel, on les sépare eu rangeant les unes | armi les Impériales grecques et les autres parmi les autonomes), nous offrent un grand nombre démentions de magistrats locaux accompagnées de l'indication de leurs titres. Du moins les mentions de ce genre abondent dans la numismatique municipale des cités comprises dans la province d'Asie ; car l'usage paraît en avoir été presque exclusivement restreint à cette ])rovince, et ailleurs les exemples en sont de la plus extrême rareté (1). Malheureusement, il n'y a que bien peu de choses à tirer de ces légendes mentionnant des magistrats locaux, pour la question de savoir quels étaient les fonctionnaires que les différentes villes chargeaient de la direction et de la surveillance de leurs monnayages particuliers. Le plus souvent les indications

(1) Les îles de l'archipel dont les monnaies nous oiïrent des menlions de ce genre, comme Mélos et Amorgos, dépendaient de la province d'Asie. On ne peut donc citer en dehors de cette province, comme offrant exceplioîincllement des mentions de magistrats locaux, avec leurs titres, que les espèces de la communauté des Thessaliens, de Byzance dcThrace. de quelques villes de Bilhynie, d'Adada de Pisidie, d'Anéniurion de Cilicie, et une pièce de Sparle.

de ce genre n'ont aucun rapport aux magistrats proprement monétaires ; elles constituent des dates cponymiques désignant les années par le fonctionnaire supérieur qui y donnait son nom. Elles ne nous apprennent donc, sur l'organisation administrative de la fabrication des monnaies, rien de plus que les dates éponymiques établies au moyen des noms des proconsuls ou des légats impériaux, qui se voient parallèlement avec les dates par magistrats épony mes locaux sur les monnaies d'un grand nombre de villes de la province d'Asie, et à l'exclusion de toute mention de fonctionnaires municipaux dans le monnayage de beaucoup de cités des provinces de Bitliynie, de Cypre, de Syrie, de Thrace, de Mésie inférieure, de Galatie et de Cappadoce (1).

11 n'y a pas moyen de contester ce caractère aux mentions d'archontes et de stratèges (2), qui se font presque

(1) Eckhel, DN, t. IV, p. 229-2i5.

(2) Voici une lisle, que je n'ose donner pour absolument cnmplèle, mais qui du moins est bien près de l'être, des villes dont les monnaies oiïrent des dates éponymiques par l'inscription du nom de ces magistrats.

Archontes. (Je marque d'un astérisque les villes dont les monnaies offrent des mentions du «premier archonte ». APX.A ou FfPnT.APX.)

Thrace. — Byz ince,

Cyclades. — Mélos.

Bithynie. — *Hadriani; Hadrianopolis; *IIadrianot]ières ; Nicomédie.

Mysie. — Cyzique; *Germé.

Troade. — Abydos ; Dardanos.

Éolide. — Myrina.

lonie. — Milet, Priène, Chios.

Carie. — *Aphrodisias, Céramos, *Halicarnassc, Myndos, Stratoniccc, Taba, Trapezopolis.

Pisidie. — Adada.

Lydie. — *Apollonis. *Apollonoshieron, *Bag;e, *Blaundos, *CiIbien3 supérieurs. *Daldis , Dioshieron , *Gordos-Julia, Ilypsepa, Hyrcania, *Mseonia, *Philadelphia, *Sai(te, *Sardes,

LA LOI DANS LES MOiNNAIES ANTIQUES 95

exclusivement sous la forme caractéristique de l'inscription du nom au génitif, soit absolu, soit précédé de la préposition iizi. En jetant un coup d'œil sur les listes données en note au bas de ces pages, on verra qu'un certain nombre de villes emploient dans leurs légendes monétaires, tantôt le titre d'archonte et tantôt celui de stratège. Quelquefois un des titres est d'usage constant pendant une certaine époque déterminée et l'autre en usage durant une autre époque ; dans ce cas, on pourrait croire qu'il s'agit de deux magistrats différents, que la ville a

Phrygie. — Acmonia, yEzani, Amorion, \\ncyre, Attsea, Cadi, "Cidyes- SOS, *Coti3eon, Docimœon, Dorylteon, Hyrgalea, Julia, *MidcCon, Nacoleia, Peltœ, *Sala, Sébaste, Synaos, Trajanopolis.

SrnATÉGES :

Thessalie. — Communauté des Thessaliens.

Bilhynie. — Hadrianolhères, Nicomédie, Nicée.

Mysie. — Adramytion, Assos, Camena, Cyzique, Germé, Lampsaque,

Milétopolis, Pergame, Perpérène, Pionia, Pitané.

Éolide. — Ay^si, Cymé, Élée, Myrina, Temnos.

Lesbos. — Communauté des Lesbicns, Méthymna, Mitylène.

lonie. — Apollonia, Clazomènes, Colophon, Érythres, Métropolis, Phocée, Smyrne, Téos.

Carie. — Apollonia, Bargylia.

Ciiicie. — Anemurion.

Lydie. — Acrasos (la forme particulière aux légendes des monnaies de cette ville met le nom du stratège au nominatif, suivi du participe (TTparoyûv), ApoUonis, Attalia, Aureliopolis, Blaundos, Cilbiens supérieurs, Daldis, Dioshieron, llermocapeliaj Hiérocésaréc, Hypoepa, Hyrcaiiia, Magnésie, Mastaura, Mosténé, Nacrasa, Sardes, Silandos. Tabala, Thya lires. '

Phrygie. — Attœa, Briana, Cadi, Cérétapé, Cibyra, Dionysopolis, Docim(oon, Laodicée, Métropolis, Peltic, Stectorion.

Une monnaie d'Ilypuepa do Lydie mentionne, non le stratège absolument parlant, mais le premier stratège : Gni KHPIN0OT A(T£Taptov) CTPATr,YoO Afupokou) : Mionnet, t. IV, p. 57, n» 299.

modifié sa constitution municipale à une époque comprise sous la domination des Empereurs et changé le titre de son cponyme. Mais cette explication n'est pas admissible quand ou voit employer indifféremment les deux titres dans le même temps, et quelquefois appliquer tantôt l'un tantôt l'autre à un même personnage (1). La vraie conclusion à tirer, c'est qu'en épigrapliie numismatique, la qualification d'apywv ou apycovTrpcoTo;, à la différence de c-Tpar/iyor, n'a pas un sens absolument rigoureux , qu'elle ne désigne pas seulement un magistrat dont tel était le titre officiel et formel, mais qu'elle ]~)eut s'appliquer à tout magistrat supérieur, quel que fût son titre spécial. 'Etti à'pyovTo; ou simplement ap/ovxo: n'y signifie donc pas d'une manière absolument rigoureuse «sous l'archontat de N », mais (( sous la magistrature suprême de N », quand même ce fonctionnaire était plus proprement stratège ou désigné par une autre appellation. C'est ainsi que l'on trouve quelquefois des formules telles que eni CTPATyiyoû MAgxo'j AAGZANAcou APXONTOC a (TTpcoTOj), que j'emprunte à une monnaie de Uocimœon de Plirygie (2). Une monnaie d'iEgialé, dans l'île d'Amorgos, fait lire

(1) Tel esl le cas du lO.AIBnNIAN02 qui, à Sardes, est appelé stratège sur une monnaie sans effigie impériale (Mionnel, t. IV, p, 118, n° 6G2) et archonle sur une pièce à la téie de Trajan. (Mionnet, t. IV, p. \2o, n° 710.)

(2) MiOnnel, t, IV. p. 23i, n° 51 G. — Cependant les deux légendes que Belley {Mém. de l'Acad. des Inscr., anc. sér. t. XVIII, p. 128) avait cru trouver dans la numismatique de Sardes, Cffl CTPatr,yoo HPAKAGI- AOT APXovTo: Alucokou), sous Oiacilie, £01 CTPa-oyoù MCNGC- TPATIANOT APXovToç, sous Maximin, sont inexactes; il faut, d'après l'examen de> orii:inaux, en rétablir autrement la vraie Irçon, pour la première £01 CTPaTr,Yov ATPvîou HPAKA£lAlANOT, et pour la seconde £ni ŒU'moj M£N£CTPATIANOT APXONTOC.

eni APXovTo; nPTTANeiav eniKPATOT B (r^EUTspov) (1). Ceci rend possible d'admettre qu'à Stratonicée de Carie ce soit la même magistrature éponyme qui soit désignée tantôt par la qualification d'ap/cov, tantôt par celle de prytane; car le prytane, pris absolument, c'est-à-dire le premier des prytanes, sert à formuler les dates éponymiques sur les monnaies de quelques villes de la province d'Asie (2). A Byzance, l'éponyme avait le titre religieux d'biéromnémon (3), auquel il associait une autorité politique. Pourtant, ce n'est que rarement que les dates éponymiques des monnaies de Byzance sont conçues sous la forme éwl \z^o\}M[ho-)o<:, Toû cJe^va (4) ; plus souvent on y dit èxl apyov-

(1) Mionnet, t. II, p. 388, n" a; attribué à tort à iEgialos de Paphlagonie.

(2) A Stratonicée de Carie, Attuda et Synnada de Phrygie.

(3) Demosth., Pro coron., p. 253; Polyb. IV, 52, 4.

(i) Il n'y en a même que deux exemples bien formels. Le premier est fourni par la pièce du temps de Marc-Aurèle oii on lit £ni.lVI£.MAP- KOT.iePOM (Mionnet, Suppl. t. II, p. 249, nos 269 et 270). J'emprunte l'autre à une monnaie que je possède et où, au revers de la tète de Commode on lit EniAlAi'ounONTIKOY lEPOMNA BTlANTIfiN, accompagnant le type d'un dauphin entre deux poissons. Le magistrat local nommé sur cette pièce, et qui y est qualifié d'hiéromnémon, est aussi mentionné sur un grand nombre d'autres monnaies de Byzance, du temps de Commode (Mionnet, t, l, p. 379, n°s 107 et 108; Suppl. t. II, p. 233 et s. , n"s 291 et 293-297), sous la forme ETTLAI-TTONTIKOT.' HP ou Eni.Al.nONTIKOT.H. H en résulte que l'abréviation HP ou H, qui suit très-fréquemment le rom du magistrat éponyme, comme désignation de son titre, sur les pièces de Byzance à l'époque impériale (Ecktiel, DN, t. Il, p. 28) est une sigle qu'il faut lire l£po!J.v(x[j.iov. Nous en avons encore la preuve, et de plus celle qu'ôé:>x«v ne désigne pas, dans les dates éponymiques des monnaies de Byzance, un autre personna^^e que riiiéromnémon, par ces trois variantes de la mention du même magistrat, en fonction sous Marc-Aurèle :

eni Me MAPKOT lePOIVIvài^ovo; (effigie de Marc-Aurèle, pièce déjà citée tout à l'heure);

ni. 7

To: lo'j àcXvy., en voulant sûrement designer la même magistrature. La mention d'une prêtresse, nommée avec l'ap/wv, complète souvent la date éponymique des pièces de Byzance frappées sous les Empereurs (1). Ce sacerdoce, qui conférait le droit de fournir par son nom une époque pour certiiins actes publics, ayant été décerné à titre honorifique à l'impératrice Faustine la jeune par les gens de Byzance, de même qu'ils conférèrent (nous le savons aussi par la numismatique) la magistrature suprême de leur ville à Trajan, dans l'année de sa troisième salutation impériale, et à Caracalla, dans sa jeunesse, avant la mort de son père, Féponymie enregistrée sur les espèces monétaires fut alors tenue exclusivement par l'impératrice GTTI GGAC OATCTINHC [% . L'association d'une prêtresse à l'archonte dans la date éponymique se remarque aussi sur les monnaies d'Acmonia de Phrygie (3).

eni M MAPKOT H TO B (ocOTspov) (effigie de Lucille,Mionnet, Stippl. t. II, p. 2r)l, n« 28-i);

GTTI APxovTo; MAPKOT (effigie de Marc-Aurèle, Mionnet, Sujipl. t. II, p.^iO.'n» 2G8).

Il y a encore un autre individu qualifié tout au long de IEPOMNAiawv sur un cuivre de Byzance à la tôte de Lucius Vérus (Mionnet. Stippl. t. II, p. 2d1, n° 232), mais c'est dans une des légendes à formules de dédicace, dont nous parlerons un peu plus loin. On a pourtant sur une autre monnaie la date éponymique de la magistrature de ce personnage (Mionnet; Suppl. t. II, p. 2SI, no 231); seulement, son nom n'y est accompagné d'aucun titre: Eni AIA CGYMPOT.

(1) Eckhel, DN, t. II, p. 29.

(2) Eckhel, DN, t. II, p. 31. — L'illustre numismatiste viennois y remarque qu'aucune mention de prêtresse à côté de l'archonte ne s'observe dans la date d'une monnaie de Byzance avant cette éponymie de Faustine.

(3) Eckhel, M, t. III, p. 128; Mionnet, t. IV, p. 198 et s.; Suppl. t. Yll, p. 484.

On trouve quelquefois, mais fort rarement, dans les dates du genre de celles dont nous parlons, la mention simultanée de deux archontes, comme dans cette légende de monnaies des Cilbiens supérieurs de Lydie, Cni APXovtojv AYPH}.t'oj AIONTCIOT Kal MHTPOAnPOT (1), et dans cette autre, de Céramos de Carie, TT AlAloç 0€MICTOKAHC nPOTOv (pour TTpcoTov) AeON (pour Ae'cov) AlC (2). A Antioche de Carie, la formule consacrée par l'usage local mentionne au nominatif tout le collège des magistrats, avec l'éponyme qui en est le chef, ATTAAOT 2YNAPXIA, MVnNOZ ZYNAPXIA, etc (3). Quelques monnaies d'Apbrodisias, dans la même contrée, ont une formule analogue,

eni APXOvTOJv TON nepi MCNecoeA icobotnon (4).

L'éponyme d'Aphrodisias est appelé dans les inscriptions 7icojTo"Xovoç apycov (5) -, les légendes monétaires le qualifient quelquefois de TvpwTo; ap/cov (()).

(1) Mionnet, t. IV, p. 28 et s., n^s 142 et 1-fô.

(2) Zeitschr. f. Num. t. II, p. 109. — Eckhel [DN, t. III, p. 109) avait cru trouver sur une monnaie de Mostène de Lydie la mention de deux stratèges simultanés; mais la pièce en réalité n'en nomme qu'un seul eni CTPAxr.yoù M ATPoKou ZerZIAOC nAOTTIAAOr (Mionnet, t. IV, p. 92, n° 497; E. Muret, Mél. de Num., 1877, p. 1). Mionnet (t. III, p. 62, n» 7), à son tour, a publié comme d'Apollonia d'Ionie une pièce où il croyait lire GHI CTP ATP TePTTAAOT K ANTCJ- NIANOT.AnOAACONieWN, ce qui aurait fourni les noms de deux stratèges ; mais la pièce est d'Apollonis de Lydie et la vraie leçon en est eni CTPatr.yoû ATPoXtou TePTTAAOT rAYKWNIANOT. AnOAAOJNlAeWN (Waddington, Rev. num. 1853, p. 171). Sans doute, dans presque toutes les villes grecques, il y avait en même temps plusieurs stratèges en fonctions; mais un seul était éponyme.

(3) Eckhel, DN, t. II, p. 574; Mionnet, t. III, p. 316, n»^ 76 et 78; Suppl. t. VI, p. 450, no 83.

(4) Cavedoni, Spicil. numism., p. 185; Waddington, Rev. num. 1851, p. 237.

(5) Corp. inscr. graec. n<>s 2760 et 2769.

(6) Mionnet, t. lU, p. 326, n° 139.

A Lacédémone nous rencontrons une monnaie frappée sûrement à l'époque impériale, malgré son apparence tout autonome ; elle mentionne un éphore avec son titre, au nominatif (1). Son nom est probablement là pour fournir une date éponymique. En tous cas, cette pièce nous permet de reconnaître pour des noms d'épliores ceux qui se lisent au nominatif ou bien au génitif à la suite de la préposition è-i (car il y a variation dans l'usage) sur les espèces autonomes de cuivre de Lacédémone, antérieures à l'ère impériale, dont la majeure partie ont été frappées sous la domination de la République romaine.

Une fois, dans la numismatique de Mastaura de Lydie, l'éponymie est constituée par le nom du |3ouAap-/o; ou président du Sénat local (2), au lieu de l'être, comme d'ordinaire sur les monnaies de cette ville, par la mention du stratège. C'est là, du reste. Tunique exemple de mention d'un magistrat de cette espèce sur les monnaies antiques»

Le caractère des mentions du secrétaire ou greffier public, Ypa[x[7.aT£Ù;, peut, dans certains cas, prêter davantage au doute. Nous savons positivement, par les documents épigraphiques, qu'à Eplièse le niagistrat éponyme était le Yfî'[J-[-'-st~£'J? t'?.ç ^oT^eco; ou to-j §r,^.o'j, différent du YpaujjiaTS'j; tt^; ^o'j17.;. Aussi est-ce certainement une date éponymique que constitue l'inscription du nom de ce fonctionnaire avec son titre, au nominatif ou plus rarement au génitif absolu fPAMMATOTI sur les monnaies de cette ville aux effigies des premiers empereurs, avec la préposition i-\ à partir d'Antonin le Pieux [?>]. Il en est

(1) Mionnet, t. II, p. 218, n- 2G.

(2) ilionnet, t. IV, p. 234, n" oJ6.

(3) Vaillant a cru trouver une date éponymique par un stratège sur une monnaie d'Éphèse du règne do Marc-Aurèle, £ni CTPA lOYAlA-

LA LOr DANS LES MONNAIES ANTIQUES 101

de même sur les monnaies des autres villes de la province d'Asie, où la formule è-nl Ypa[XfxaTsco; tou ^sîva est seule en usage (1) ; là encore on doit admettre que c'était ce secrétaire public qui avait l'éponymie. Mais la question est plus embarrassante pour les villes dont la numismatique offre habituellement des dates par stratèges ou par archontes, mais où apparaît sporadiquement à la place une mention im Ypa[j,p-aT£w; (2). Il est bien difficile de suppo-

NOT; mais la pièce porte en réalité Gni 0Aaêiou lOTAlANOT (Mionnet, t. III, p. 103, n» 321). Quant aux mentions de stratèges faites sur des pièces de concorde, ôiiôvota, d'Éphèse et de Smyrne et d'Éphèse et de Laodicée, Eckhel {DN, t. II, p. 519) a déjà montré qu'elles se rapportaient au magistrat de Smyrne et à celui de Laodicée.

(1) lonie. — Magnésie.

Carie. — Alabanda, Mylasa, Nysa.

Lydie. — Cilbiens inférieurs, Tralles.

Phrygie. — Eucarpia.

A Magnésie d'Ionie, on trouve une fois deux secrétaires nommés ensemble dans la date éponymique, sans doute celui du peuple ou de la ville et celui du sénat, £111 rPaix[jLaTÉwv cDAAKKOT KAI TTATAeiNOT (Mionnet, t. III, p. 152, n" G65; Suppl. t. VI, p. 240, n° 1050; la première des pièces en question, rapportée par Vaillant à Élagabaie, est de Caracalla jeune) ; mais le premier des personnages ainsi nommés, celui qui était évidemment ypap-ij-aie-ji; toù oôij.ou, est mentionné seul sur d'autres pièces, £171 f 0AAKKOT (Mionnet, Suppl. t. VI, p. 244, n° 1066).

(2) A la première catégorie appartiennent Adramytion et Pergame de Mysie, Smyrne d'Ionie, Magnésie et Sardes de Lydie; à la seconde, Hy- (isepa de Lydie et Sala de Phrygie. Il faut y joindre Antioche de Carie, où la formule habituelle mentionne, comme nous le remarquions tout à l'heure, la o^vapyja de tous les magistrats, avec à sa tête l'archonte éponyme, mais où une pièce offre la légende ETTI rPa!X[j.aT£w<; M ATPriXiou rAATKOT (Mionnet, Suppl., t. VI, p. 451, n" 85). Eckhel (DN, t. IV. p. 198) n'a donc pas de raison de dire : tirbes quae archontibus usae siint, etsi non raro stratèges admiserint, nunquam tamen scribas in moneia sua signavere.

poser pour ces cas isolés une variation dans la nature de l'éponyme. Faut-il plutôt admettre la conjecture de Vaillant (1), d'après laquelle le secrétaire public aurait eu son nom inscrit sur les monnaies des villes qui dataient par archontes ou par stratèges, lorsque ces magistrats éponymes réguliers seraient morts pendant la durée de leur charge ? Mais la chose est encore peu vraisemblable, et Eckhel (2) a opposé à cette hypothèse des objections du plus grand poids. Il me paraît plus probable que le Ypa[/,- (ji,aT£'j; était le magistrat directement chargé du monnayage des pièces où son nom était inscrit (même avec la formule s7rl) dans les cités où il n'avait pas l'éponymie. En effet, quand une émission de monnaies locales de cuivre avait été décidée par un vote de l'assemblée populaire ou du sénat de la ville, approuvé ensuite par le gouverneur romain de la province, il était assez naturel que le secrétaire ou greffier, que ses fonctions avaient appelé à l'enregistrement authentique de ce décret municipal, fut aussi souvent chargé d'en surveiller et d'en diriger l'exécution. Les deux rôles étaient facilement connexes. Cette explication semble particulièrement vraisemblable pour Tunique monnaie de Smyrne où l'on remarque la mention d'un Ypa|Aaa- T£'jç (3), au lieu de celle du stratège, dont le nom fournit toujours les dates éponymiques dans la numismatique de cette ville à l'époque impériale, si toutefois la pièce en question a été bien lue et si les légendes n'en ont pas été retouchées par une main moderne. Je crois pouvoir être encore plus affirmatif sur le fait que le personnage qualifié

(1) Numism. (jraec. p. 313.

(2) DN, t. IV, p. 197.

(3) Mionnet, t. III, p. 230, n» 1288.

de « secrétaire public pour la seconde fois », qui est nommé sur une monnaie d'Apamée de Phrygie à la tête d'Elagabale, eni A MA.., CGTvipoj rPAM[7.aT£w? TO B (d^urepov) (1) y ligure comme magistrat monétaire. Mais je reviendrai un peu plus loin sur la numismatique d'Apamée, et c'est alors que je montrerai que les personnages, revêtus de fonctions très-diverses, en général plutôt religieuses que civiles, qui s'y trouvent constamment mentionnés à partir du règne de Commode, sont ceux qui ont eu la surveillance et la direction des différentes émissions monétaires, laites seulement de distance en distance à l'occasion des jeux publics et des grandes fêtes religieuses.

L'omission du titre du magistrat éponyme est aussi fréquente que sa mention, et dans la numismatique des mêmes villes. On conçoit, du reste, tout naturellement que, du moment où c'était un archonte, un stratège ou un secrétaire public qui donnait son nom a l'année de ses fonctions, la date pouvait l'exprimer également bien par la seule formule im tou âôïva, sans titre, que par im tou ^£îva oi^'jrovxoÇf (7Tpa"/iYoO ou ypa[j,[y,aT£M; ; l'emploi de cette forme abrégée s'observe dans les inscriptions lapidaires aussi bien que dans les légendes des monnaies. Comme les habitants de la cité connaissaient leur constitution, une semblable formule était suffisante ; elle en disait assez et ne pouvait prêter à l'erreur. Pour nous-mêmes, numismatistes modernes, une fois que des exemples formels nous ont appris quel était l'éponyme monétaire d'une certaine cité, nous n'éprouvons plus d'hésitation à reconnaître pour des gens revêtus de la même qualité les éponymes dont le titre n'est pas exprimé. Il arrive même quelque-

(1) Mionnet, t. IV, p. 236, n" 237; Suppl. t. VII, p. 314, n" 566.

fois que le nom du même magistrat se présente tantôt avec, tantôt sans son titre sur les différentes variétés des espèces monétaires frappées pendant sa magistrature.

Souvent le magistrat éponyme joint au titre de la fonction civile qui lui donnait le privilège d'imposer son nom à l'année, un titre sacerdotal dont il était également revêtu et qui avait un caractère plus permanent, un titre tel que ceux de grand-prêtre, âpyiepeu;; prêtre, îepsu;-, président des grand jeux solennels communs de la province d'Asie, à(7ixp-/;/i; • prêtre à vie du culte augustal dans sa cité, leoehc $loc ^t'o-j twv o-sSao-TÛv ; stéphanéphore, g-zoomt;çdpo; ; interprète des choses sacrées, GeoT^oyo; ; ou même la qualification de sophiste, à laquelle s'attachaient tant d'honneurs et de privilèges dans la société grecque de la décadence. C'est particulièrement la numismatique de Smyrne qui nous offre des exemples de sophistes revêtus de la magistrature éponyme (1) ; et, en effet, nous savons, par les témoignages littéraires, qu'il n'était pas de ville de l'Asie Mineure qui fît autant pour ces personnages, qui attachât plus de prix à en fixer de célèbres dans ses murs. Quant à la possession des plus hauts sacerdoces, on sait que, chez les Grecs, elle n'excluait en aucune façon Texercice des fonctions civiles ; les hommes qui en étaient revêtus étaient politiquement et civilement des citoyens comme les autres, soumis aux mêmes charges et aux mêmes devoirs, accessibles aux mêmes emplois, à qui leur caractère sacré ne faisait en aucune façon une situation particulière en dehors de la vie commune.

Il arrive quelquefois que le magistrat civil éponyme, revêtu en même temps du sacerdoce, mentionne ce der-

(1) Eckhel, DiV, t. II, p. 334; t. IV, p. 221 et s.

nier titre dans la date qu'il inscrit sur les monnaies, sans exprimer la qualité qui lui valait l'honneur de l'éponymie et dont la possession par lui est suffisamment caractérisée par le fait qu'il donne son nom à l'année. Ce n'est pas à titre de grand-prêtre, de prêtre ou de stéplianéphore qu'il est éponyme, c'est par suite de la magistrature qu'il joint à ce titre sacerdotal ; quant à la nature de cette magistrature, nous pouvons la déterminer avec certitude par la constatation de l'usage d'adopter tel ou tel fonctionnaire comme éponyme dans la numismatique de la ville où nous rencontrons la mention du personnage. A Silandos de LydiC;, sous Commode, quelques pièces (1 } nous offrent une date éponymique ainsi conçue: em APXiePeaC TATIANOT Kal APXovToç; quoique la qualité de grand-prêtre soit citée la première, c'est comme apycov ou premier magistrat de la ville que le personnage est éponyme. Or, l'ensemble des monuments du monnayage de Silandos à l'époque impériale nous montre que ce rôle y appartenait au stratège ; et, en effet, sur une autre pièce, la date de l'année de fonctions du même magistrat est exprimée en GTTI CTPAt-/iyoO TaTIANOT (2). A Cotiœon de Phrygie, où les éponymes étaient des archontes, généralement chevaliers romains, î-Tct/'-ot', un d'entre eux, sous le règne de Philippe, est toujours nommé sans expression de sa qualité d'archonte, mais une fois avec le titre de grand-prêtre, qu'il possédait en même temps, eni lOTAtou nONTIKOY APXIGPeflC (3), et une autre fois sans aucune espèce de litre joint à son nom, eni r IOT).':o'j nONTIKOr (4). En général, il n'y a pas à

(1) Mionnet, t. IV, p. 143, n« 818; Suppl. t. VII, p. 434, n" 541.

(2) Mionnet. t. IV, p. 143, n" 819.

(3) Mionnet, t. IV, p. 278, n" 481 ; cf. Suppl. t. VU, p. 543, n" 271.

(4) Mionnet, t. IV, p. 278, n° 482.

hésiter pour interpréter ainsi les mentions de personnages investis de sacerdoces qui apparaissent sporadiquement dans les dates par magistrats de cités où la nature de l'éponyme à la même époque est bien établie par d'autres exemples monétaires. Tel serait le cas du grand-prêtre nommé une seule fois sur une monnaie de Sardes, sous le règne d'Elagabale, si toutefois la lecture de cette pièce, vue par le seul Spanheim, est certaine (1) ; on devrait le comprendre dans la liste des stratèges de cette ville, qui y possédaient l'éponymie pendant l'ère impériale. Plus sûrs sont les exemples suivants :

eni AAGIANAPOYAPXiePeoJC, à Synnada de Phrygie, sous Gordien III (2) ; était prytane;

eni AAEIANAPOT lePGcoç, à Sala de Phrygie, à une date indéterminée (3) ; était archonte;

eni KAATAIOT APTGMIAnPOT lePCnc, à Ancyrede Phrygie, sous Néron (4) ; était archonte;

eni atpyiIio'j KeAoou lepenc aia biot ton ceBac7-'iv,

àPergamede Mysie, sous Commode (5); était probablemens archonte (6) ;

eni AnOAAOAHpoi» CTeOavr.opopou, à Bagse de Lydie,

(1) Eckhel, DN, t. III, p. IIS.

(2) Mionnet, Suppl. t. VII, p. 624, n° '600.

(3) Mionnet, t. IV, p. 358, n° 931 ; Suppl. t. VII, p. 612, n" S61.

(4) Mionnet, t. IV, p. 220, n° 152.

(5) Mionnet, Suppl. t. V, p. 446, n° 1040.

(6) Cependant, comme il s'agit d'un médaillon non monétaire, il a peutêtre été frappé en commémoration d'une cérémonie du culte augustal; par conséquent, le prêtre de ce culte pourrait y être mentionné comme en fonctions au moment de la fabrication, sans qu'il ait pour cela occupé la fonction civile qui lui aurait donné le droit de figurer dans la date des monnaies ordinaires.

SOUS A.drien, avec l'effigie de Crispine(l) ; était archonte;

eni AHMHTPIOT APTGMA CTeOANr^^opoj, à Cadi de Phrygie, sous Claude (2) ; était stratège; sur d'autres pièces, sa magistrature est indiquée seulement par eni APTGMA.

C'est d'après l'usage constant et bien établi, déterminant les éponymes dans les villes où ils l'ont été, que nous avons restitué pour ces personnages la fonction sous -entendue qui leur valut d'être nommés dans les dates des monnaies, où l'on n'a exprimé que les titres sacerdotaux qu'ils avaient en même temps. Je crois pouvoir dire que, sauf une seule^ toutes ces restitutions sont certaines.

On sait quelle était, dans la province d'Asie, l'importance de l'Asiarque (3), chargé de présider les grands jeux solennels appelés Koivà/Aaia; (sur ces jeux, voy. livre lY, chap. iv), dont il devait faire les frais en majeure partie sur sa fortune personelle, comme les édiles de Rome. Les légendes des monnaies des villes de la province, au temps des empereurs, mentionnent un certain nombre d'Asiarques -, mais c'est presque toujours parce qu'ils étaient en même temps magistrats éponymes de leurs cités. Pour une portion d'entre eux, les légendes où ils sont nommés

(1) Mionnet, t. IV, p. 17, n° 8G.

(2) Mionnet, Suppl. t. VII, p. 527, n" 220.

(3) Dans le savant chapitre qu'il a consacré aux Asiarques, Eckhel (DN, t. IV, p. 207-212) a confondu à tort ce personnage avec le grandprêtre du culte augustal commun de la province d'Asie, àpx's.-E^; f^ç 'Acrtaç. Sur la distinction qu'il faut établir entre eux et les attributions différentes de chacun, voyez le remarquable commentaire consacré par M. Waddington au n° 883 des Inscriptions de fAsie Mineure, dans le Voyage de Le Bas, continué par lui, et l'article Asiarcha de M. G. Perrot, dans le Dictionnaire des Antiquités de MM. Daremberg et Saglio.

enregistrent en même temps leur titre d'Asiarque et la fonction civile qui leur assurait l'éponymie :

^lius Pollio, stratège à Pergame sous Marc-Aurèle (1);

M. Aurelius, premier archonte à Hjpœpa de Lydie sous Septime-Sévère (2);

Cornélius Vettenianus, stratège à Sardes sous Septime- Sévère, en même temps qu'Asiarque pour la quatrième fois (3);

P. iElius Artemidorus, stratège h Cyzique sous Gordien III (4);

Aurelius Dama, stratège à Pergame sous Valérieh (5) ;

Domitus Rufus, Asiarque et petit fils d'Asiarque, u.o-/fSi^) rpcoTo;, c'est-à-dire stratège à Sardes sous Valérien (6).

La formule, singulièrement maniérée, de la légende d'une monnaie de Stectorion de Phrygie sous l'empereur Philippe, eni ATPviXio'j AHMHTPIOT ACIAPXou Kal THC TTATPIAOC (7), ne peut l'interpréter qu'avec ap/ovro; sous-entendu au second membre de la phrase. D'après les

(1) Monnaie à l'effigie de l'impératrice Faustine : Mionnet, Sn^jil. t. V p. 44i, n°I021.

(2) Mionnet, t. IV, p. 5o; Su^fl. t, VII, p. 3o9, n° 192. — Le titre propre du premier magistrat d'Hypaepa était stratège.

(3) Mionnet, t. IV, p. 128, n'^ 727; Sm/j/?/. t. VII, p. 426, n» oOO.

(4) Mionnet, t. II, p. 549, n» 233.

(3) Mionnet, t. II, p. 617, n° 660.

(6) Monnaies aux effigies de Valérien, de Gallien et des autres membres de leur famille : Alionnet, t. IV. p. 139 et s., n°s 798-808; S»/)/?/, t. VII, p. 432, n° o33.

Sur plusieurs pièces, ce personnage ne prend que le titre d'Asiarque; mais la légende éponymique la plus complète est GTTI AOMetîo-j PQT0OT ACIAPXoj Kat TlOT B.ù£jt£>oj) ACiip/.oj APXovtos

A(ltpwTOu).

(7) Mionnet, t. IV, p. 362, n» 9o0.

autres monnaies de la môme ville, l'ap/wv ou premier magistral éponyme de Stectorion était un stratège .

Un certain nombre d'autres personnages, revêtus de l'Asiarchie en même temps que de la magistrature éponyme civile de leur cité, y sont désignés, dans les dates des monnaies frappées sous leur magistrature, alternativement par l'un ou l'autre titre, mais les deux ne leur sont pas donnés ensemble :

JEVms Zoïlus, archonte à Abydos de Troade sous Marc- Aurèle (1);

Flavius Apion, stratège à Hypaepa de Lydie sous Septime-Sévère (2);

Flavius Priscus Niger, archonte à Acmonia de Phrygie sous Septime-Sévère (3);

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