‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 6 sur 26 · L. Apollinaris, archonte à Adramytion sous Gordien III · texte numérisé non relu

L. Apollinaris, archonte à Adramytion sous Gordien III

Comme la dignité d'Asiarque était, avec le sacerdoce augustal suprêms pour la province, Thonneur le plus élevé auquel on pût atteindre dans l'Asie proconsulaire, ces exemples sont de nature à faire croire que les fonctions n'en commençaient pas à la même époque de l'année que les magistratures civiles qui donnaient l'éponymie dans les villes. S'il y a des monnaies où les quatre personnages dont nous venons de relever les noms ne sont désignés que

(1) Mionnel, Siippl. t. V, p. 504 et s., n"s 53, 51 et 56.

(2) Mionnet, t. IV, p. 5i; n° 284; SuppL, t. VII, p. 359, n^* 190, 191 et 195.

(3) Monnaies à l'effigie de l'empereur et des différents membres de sa famille : Mionnet, t. IV, p. 201, n^^ 31-30.

(4) Mionnet, t. II, p. 216; SuppL t. V, p. 277, n"^ 10-11; p. 285, n^s 44 et 45.

par leur titre civil, c'est qu'ils n'ont été appelés à TAsiarchat que pendant la durée de leur magistrature, et que les monnaies en question sont antérieures à cet honneur insigne. M. Waddington pense qu'une fois qu'on l'avait reçu on en conservait le titre toute sa vie, après l'expiration des fonctions sacrées que l'Asiarque en charge avait à remplir. Eu tous cas, celui qui avait été promu à cet honneur si recherché, s'il se trouvait premier magistrat et éponyme de sa ville, ne manquait plus de mentionner sa qualité d'Asiarque à côté de sa fonction civile, ou même n'inscrivait que cette première dignité à la suite de son nom dans les dates éponymiques des monnaies, puisque, pour ce qui était de la fonction civile, l'emploi du nom à désigner l'année suffisait à la faire connaître.

C'est pour cela que, lorsqu'il nous arrive de rencontrer un nom d'Asiarque isolé, avec la forme ordinaire des légendes éponymiques, dans la numismatique d'une ville où la nature et la fonction de l'éponyme civil sont attestées par de nombreux exemples, nous admettons que c'est comme tel, et non comme Asiarque, que le personnage a eu son nom inscrit, bien qu'il ne se pare que de son titre religieux supérieur^ omettant ou plutôt sous-entendant la magistrature municipale en vertu de laquelle sa légende sert de date aux espèces monnayées. C'est ainsi que nous entendons la mention monétaire, avec la préposition ir.i, des Asiarques suivants :

Aurelius, sous Marc-Aurèle, à Cyzique (1), ville où l'éponyme était stratège ;

L. jElius Pigrès, sous Caracalla, àLaodicéedePhrygie(2), ville où l'éponyme était le stratège ;

(1) Mionnet, SuppL, t. Y, p. 328, n° 281.

(2) Mionnet, t. IV, p. 328, n«s 767 et 768.

M. Aurelius Tertius^ sous Gordien III, à Smyrne (1), où réponyme était le stratège (2).

Les observations qui précèdent ont trait uniquement aux mentions de personnages sacerdotaux dans les dates des monnaies des villes où nous savons positivement que réponyme était un magistrat civil; dans d'autres cités, au contraire, Téponyme appartenait à l'ordre sacerdotal, et par suite, c'est le nom d'un prêtre qui sert à exprimer les dates des monnaies. A Euménia de Phrygie, l'éponyme était le grand-prêtre, âp/teceu?, dont le nom se trouve inscrit, sur les monnaies, tantôt au nominatif, tantôt avec la formule £771 (3); il en était de même à Cios de Bithynie, si toutefois on peut ajouter créance à l'unique monnaie, quelque peu douteuse, qui dans la numismatique impériale de cette ville , présenterait une date par éponyme lo-

(1) Mionnet, t. III, p. 214, n" 1184; p. 250, n^s J410 et 1411 ; SuppL, t. VI, p. 323, n° 1591.

(2) Je ne m'occupe ici que des mentions d'Asiarques dans des légendes éponymiques, me réservant de parler plus loin des exemples de personnages revêtus de cette fonction sacrée, qui figurent sur des monnaies comme ayant présidé à leur fabrication ou en ayant fait les frais.

(3) Le grand-prêtre éponyme d'Euménia est nommé sur une monnaie APXlEPETI Ail Al (Mionnet, Smp;?/.. t. VII, p. 564, n° 355). 11 est pourtant difficile d'admettre que ce soit le pontife suprême du culte augustal pour toute la province en personne. C'est plutôt un des délégués que ce pontife avait dans chacune des villes où la communauté de la province avait élevé un temple augustal. Les inscriptions nous en font connaître de ce genre à Pergame, Smyrne, Ephèse,Cyzique et Sardes. Leur titre y est àpxispsù; 'Aaîa; vaoy £v nepYcxfxw, IpLûpvY) ou toute autre ville, et même, dans une inscription d'Acmonia de Phrygie, àpxisçzvi; 'Aalaç vaoù Toù £v 'Eçs'aw y.oivoù xrii; 'Aaia; : voy. le Commentaire, par M. Waddington, de l'inscription n° 885 de l'Asie Mineure, dans la continuation du Vtyage Archéologique de Le Bas, et l'article Asiarcha de M. G. Perrot, dans le Dictionnaire des Antiquités de MM. Daremberget Saglio.

cal (1). A Cidyessos de Plirygie, nous ne connaissons que deux dates éponymiques: l'une, sous Domitien, avecle nom d'un grand-prêtre, Eni OAAOTIOT nEINAPIOT APXIE- PEni (2); l'autre, sous Philippe, eni ATPr;AtVj MAPKOT APXovTû,- nPn^ou TO B(dVjT£cov) (3). A ^EzanidePhrygie, la seule qui se remarque au temps des premiers empereurs est eni NANNA CTeOANHct>0P0T, sous Caligula (-4) ; il faut ensuite descendre pour en retrouver jusqu'au règne de Commode, à dater duquel ces dates deviennent d'un emploi constant et ont l'arclionte pour éponyme. Avec un hiatus dans le temps entre la mention du personnage sacerdotal et celles des magistrats civils que dans ces deux exemples, il y aurait témérité à prétendre appliquer les ]'ègles que nous avons posées plus haut, à considérer le grand-prêtre de la monnaie de Cidyessos et le stéphanéphore de celle d'JEzani comme y étant nommés en qualité d'archontes ; car un changement a parfaitement pu se produire dans la constitution de l'une ou de l'autre de ces cités et dans la nature de son éponyme, d'abord sacerdotal, puis civil, entre le règne de Domitien et celui de Philippe ou entre le règne de Caligula et celui de Commode.

. Signalons encore un exemple unique que nous offre la série des monnaies de Smyrne, au temps de Trajan, la mention d'un prêtre en exercice complétant l'indication de la date quefournit le nom du stratège éponyme, CTCtpav/;-

(1) CeUe pièce appartiendrait au règne de Domitien : Mionet. t. Il, p. 493, n"450.

(2) Mionnet, t. IV, p. 266, n»- 410 et 417.

(3) Mionnet, SiijipL, t.

(4) Mionnet, t. IV, p. 208, n« ld;Suppl., t. VII, p. 491, n" 47.

çopou KAy.uâioi> nPOKAOT CTPAr/iyou KAau^tou BlflNOC (1). C'est le pendant de la date par le nom d'une prêtresse associé à celui de l'archonte, que nous avons constatée à Byzance et à Acmonia de Phrygie. On remarque aussi quelquefois, par exemple à Smyrne, la mention simultanée du proconsul romain et du magistat éponyme local.

10. Les légendes contenant des mentions de magistrats locaux comme dates éponymiques, sur les monnaies des villes de la province d'Asie et de quelques autres localités, en petit nombre, à l'époque de l'Empire, ont une grande importance pour la reconstruction des annales et de la constitution intérieure des cités, de même que les mentions des proconsuls et des légats impériaux en exercice sur les monnaies d'un certain nombre de contrées à la même époque sont une des principales sources oii l'on peut puiser les éléments du rétablissement des Fastes provinciaux de l'Empire romain (nous y reviendrons dans le chapitre il du livre IV). En outre, ces mentions de magistrats locaux ont un autre genre d'intérêt ; nous y rencontrons les noms de plusieurs personnages qui jouent un rôle de quelque importance dans l'histoire littéraire et dans l'histoire générale, et nous pouvons, grâce aux monuments numismatiques, ajouter quelques détails d'un certain prix à leur biographie. Mais cette classe de légendes ne nous apprend absolument rien sur le sujet qui nous occupe spécialement dans le présent chapitre, sur la nature des magistrats que les villes chargeaient alors de diriger et de surveiller, sous leur responsabilité personnelle, les opé-

(1) Mionnet, t. III, p. 227, n» 1270; SuppL, t. VI, p. 339. n°s 1683-

rations du monnayage qu'elles étaient autorisées à émettre pour les besoins locaux.

Ce que nous venons de dire des légendes contenant des dates éponymiques était donc ici une digression, presque un hors-d'œuvre, et nous avons peut-être eu tort de nous y arrêter aussi longuement. Pourtant il y avait, je crois, quelque utilité à les envisager sous le point de vue auquel nous venons de les étudier, point de vue différent de celui où s'est placé Eckhel dans les chapitres si remarquables de sa Doctrine où il a traité des diverses espèces de magistrats nommés sur les monnaies. Eckhel s'est préoccupé de la nature des fonctions, civiles ou sacerdotales, de ces magistrats, et en a dressé, comme l'a fait encore Mionnet après lui et sur son modèle (mais sans critique et avec d'étranges inadvertances), des tables d'après les titres qui leur sont donnés. Il n'a pas cherché, comme nous l'avons fait, à se rendre compte de la qualité et de la nature de fonctions qui avaient conduit à enregistrer les noms de tous ces personnages divers dans les légendes monétaires avec la forme des dates éponymiques, à examiner par exemple si c'était bien en vertu de son sacerdoce qu'un individu qualifié d'Asiarque, de grand-prêtre^ de prêtre, de stéphanéphore, avait été mentionné sur les monnaies de la ville, ou en vertu d'une magistrature civile qu'il joignait pour une année à son sacerdoce et qui le rendait éponyme, magistrature dont il n'y avait pas besoin d'énoncer formellement le titre puisqu'elle ressortait nécessairement de l'emploi du nom à dater l'année. Cet ordre de recherches, où j'espère être parvenu à établir quelques principes qui pourront être acceptés des numismatistes, avait été jusqu'ici laissée absolument de côté. C'est là mon excuse pour m'être laissé aller à m'étendre avec tant de dévelop-

pement à son sujet dans un chapitre où il ne pouvait intervenir qu'incidemment. Car il était assez nécessaire de préciser nettement le caractère et le mécanisme des dates éponymiques inscrites sur les monnaies, les diverses catégories de personnages qui peuvent y figurer, pour en distinguer les légendes, qui, dans la numismatique de la province d'Asie sous les empereurs, en mentionnant des magistrats locaux, ont véritablement trait à ceux qui ont présidé à la fabrication des monnaies. Celles-ci sont de beaucoup les moins nombreuses ; mais elles fournissent quelques renseignements qu'il est bon de recueillir. C'est à elles que nous en venons maintenant.

La formule d'emploi de la préposition stïI implique toujours de son essence la notion d'une date ; la monnaie qui la porte a été frappée « sous la magistrature de tel personnage » . Aussi n'est-elle guère employée dans les mentions d'éponymes qui fixent l'année de l'émission des espèces. On ne peut attribuer avec quelque chance de certitude un caractère différent à une légende monétaire offrant un nom de magistrat avec la préposition s-t, que dans deux cas :

1" Lorsque le titre de ce magistrat est exprimé et que c'est un officier spécial de finances, distinct de l'éponyme connu de la ville, occupant une fonction qui, d'après les principes de séparation des pouvoirs, ne pouvait pas être réunie sur la même tête que la magistrature suprême à laquelle était attachée l'éponymie, fonction dans la sphère d'attributions de laquelle rentrait naturellement la surveillance et la direction du monnayage ;

2° Lorsque le titre également exprimé est un de ceux qui dénotent la charge de présider et de diriger les grands jeux publics à l'occasion desquels a eu lieu spécialement rémission monétaire, on doit, en effet, d'après toutes les

vraisemblances, supposer dans ce cas que le fonctionnaire en question a eu pouvoir sur la fabrication de la monnaie nécessitée par les besoins des jeux comme tout ce qui se rattachait à cette cérémonie, et peut-être a dû en faire personnellement les frais, comme ceux des jeux euxmêmes.

Parlons d'abord du premier cas , Il est clair, ainsi que nous l'avons remarqué déjà plus haut, que lorsqu'on inscrit sur une monnaie qu'elle a été frappée « sous la magistrature » d'un fonctionnaire purement financier, qui n'était pas éponyme, c'est qu'il y avait connexion entre la fabrication de la monnaie et les attributions de finances du personnage. La formule avec l'emploi de la préposition i-ni, équivaut dans ces données, mais seulement avec elles, à une signature de fonctionnaire responsable; car, en indiquant que c'est pendant l'exercice d'une certaine magistrature qu'a eu lieu la fabrication de la pièce, elle établit nécessairement pour l'esprit entre l'une et l'autre l'idée d'une relation de cause à efîet. Nous avons déjà remarqué plus haut (dans ce §, sect. 3) que, sur celles des grosses pièces de cuivre de Rhodes frappées sous l'Emi ire qui ont la forme pleinement autonome, sans effigies impériales, on trouve toujours la mention du trésorier public ou questeur, Tap.taç, sous qui elles ont été émises. Eni ANTinATPOT TAMIA ou TAMIA TEIMOI- TPATOT ; que, sur les mêmes pièces, quand le titre du magistrat n'est pas exprimé, c'est encore celui du trésorier qu'il faut suppléer, ainsi que le prouvent les variantes ETTI ANTinATPOT TAMIA et seulement EHI ANTinATPOT pour l'indication du même personnage; enfin, que leraiz-t'aç paraît avoir été déjà le magistrat spécial monétaire de Rhodes sur les espèces d'argent de l'époque antérieure,

depuis Alexandre le Grand jusqu'à Auguste. Nous trouvons encore des mentions isolées du trésorier public de la cité sur des monnaies de Smyrne dont la date précise n'est pas possible à déterminer, parce qu'elles portent la tête du Sénat romain personnifié au lieu d'une effigie impériale, rAtou KAauc^t'ou BIONOC TAMSOT (1); et sur d'autres de Pergame au temps d'Antonin le Pieux, EfFI TAMi'ou AlAt'ou 0EOOIAIANOT (2). A Cidyessos de Pbrygie, sous Philippe, c'est l'agent de comptabilité, loyt^TTiç, dont on mentionne la présence en fonctions au moment de l'émission de la pièce, eni ArP-rfkloi» OTAPOT AOnCTOT (3). Tous les individus nommés dans ces conditions doivent être tenus pour ayant été chargés de diriger la fabrication des espèces monétaires où on lit leurs noms, soit en vertu des attributions ordinaires de leur office de finances, ce qui paraît avoir été le cas des trésoriers publics de Rhodes, soit en vertu d'une commission spéciale et temporaire du Sénat ou du peuple, ce qui semble devoir être plutôt admis pour les exemples isolés et sporadiques de mentions de trésoriers ou de comptables que nous a ofîerts le monnayage d'autres villes .

En efî'et, nous avons quelques exemples numismatiques de commissaires spéciaux délégués temporairement pour une émission de monnaies (4), qui ne rentrait pas dans les attributions ordinaires des magistrats de la cité :

eniMGAHCANTOC KAau^tou AfAAOT OPONTONOC, à Antioche de Carie sous Domitien (o) ;

(1) Mionnet, t. III, p. 215, n" H93.

(2) Mionnel, Suppl.,l. V, p. 441, n" 1007.

(3) Mionnet, t. IV, p. 2()7, no 418.

(4) Eckhel, DN, t. IV, p. 220.

(5) Mionnel, t. III, p. 317, n°s 79 et 80; Suppl. t. VI, p. 431, n°« 86 et 87.

118 LA MOXxVAIK DANS L'ANTIQUITE

eniMGAHcravTo; Tlêeptoj KAau^Jt'w APICTGA, à Stratonicéede Carie sous Sei)time -Sévère (1);

ArEOrC;* EniMEAHTHI, à Mastaura de Lydie, sous Tibère (2) ;

eniMeV/iToj KAauotVj innioj AAMIANOT, à Mastaura de Lydie, sous Maxirain (3).

L'exemple le plus intéressant de ce genre est celui que nous offre la numismatique de Mylasa de Carie à l'époque des guerres civiles qui suivirent la mort de César. Nous y avons alors des pièces qui portent GniMeAH0€NTo;. TBPeOT (4) et d'autres TBPeOT TPAMaaTsco; (5), d'où résulte clairement que le personnage en question avait reçu la commission de faire frapper les monnaies quand il remplissait les fonctions de secrétaire public ou ypa^au-a- T£u;, la magistrature suprême et éponyme à Mylasa. Mais ce personnage n'est autre que le fameux orateur Hybréas, la gloire de Mylasa, qui, premier magistrat de sa ville comme Zénou à Laodicée, la détermina à opposer une résistance énergique à l'armée des Parthes, amenée en Asie par Labienus (6). Il est même assez probable que c'est pour subvenir aux dépenses de cette prise d'armes que fut faite l'émission extraordinaire de monnaies qu'Hybreas a signées de son nom.

Au reste, comme la fabrication monétaire municipale

(1) Mionnet, Suppl. t. VI, p. o37, n° 489.

(2) Mionnet, t. IV, p. 84, n° 437; Suppl. t. VII, p. 390, n" 339.

(3) Mionnet, t. IV, p. 86, n° 467; SuppL t. VII, p. 391, n° 343.

(4) Mionnet, Suppl. t. VI, p. 309, n° 360.

(d) Mionnet, Suppl. t. VI, p. o09, n°3D9.

(6) Strab. XIII, p. 639 et s.; cf. Plat, Anton. 24; Westermann. Gesch. d. Griech. Beredtsatnkeit, § 86, 20.

SOUS les Empereurs paraît n'avoir été constante et continue que dans un très-petit nombre de villes de premier ordre, comme en général les émissions n'avaient lieu qu'à intervalles, au fur et à mesure des besoins de la circulation, et surtout à l'occasion des solennités agonistiques, il est probable que le système de les confier à un commissaire spécial et temporaire, plutôt que d'en faire l'attribution d'une magistrature permanente et normale, devait être le plus généralement répandu.

Une formule dont la rédaction ne peut laisser de doute sur l'intention d'indiquer que la monnaie a été frappée « par les soins » du personnage qui y est nommé, est celle que l'on rencontre dans la numismatique de plusieurs villes de Phrygie et qui emploie, devant le nom, la préposition âic/.. Nous en avons des exemples assez multipliés à Attuda, AIA MeNinnOT, etc. (1), un à Cidramos, MA CeAGTKsj nOACMOvo; (2), et un à Laodicée, AIA KOPyOIou AIOCKOTPIAOu (3) ; nous la retrouvons aussi à Trapézopolis de Carie ((i). En général, le nom jjropre n'y est suivi d'aucun titre de fonctions, ce qui est de nature à faire penser qu'il s'agit de personnages investis de commissions spéciales plutôt que de magistrats réguliers. Une seule fois, à Attuda, l'individu ainsi nommé reçoit la qualification honorifique de « fils de la cité », AIA KAATAJA- NOT YIOT nOAenC (5). Mais, ce qui est plus singulier, c'est de trouver dans la même ville une monnaie désignée

(1) Eckhel, DN, t. III, p. 142.

(2) Mionnet, t. IV, p. 265, n" 113.

(3) Eckhel, DN, t. III, p. 163; Mionnet, t. IV, p. 321, n°s 731 et 732.

(4) Mionnet, t. III, p. 387, et s., n°s 492 et 493.

(5) Mionnet, Suppl. t. VII, p. S20, n° 196.

comme ayant été frappée « par une prêtresse ))^ AIA KAauoi'a; OAABIAC APPIa,- IGPeiAC (I); ici, il est bien probable qu'elle en a fait les frais en faveur de la ville, plutôt qu'elle n'a été chargée officiellement d'en diriger la fabrication. Nous reviendrons tout à l'heure sur les faits nombreux qui montrent des particuliers dédiant et offrant la monnaie à la cité, c'est-à-dire se chargeant libéralement de toutes les dépenses que nécessitait l'émission. Une indication pareille à celle que révèle Temploi de la préposition (îia résulte de celui de ^rapà, placé devant le nom propre. Nous n'en avons que peu d'exemples, tous dans la numismatique d'Apamée de Phrygie, TTAPA CTPATONI- KIANOT (2),nAPà BAKXIOT (3). Cette préposition, bien plus que dix, implique l'idée que le personnage dont elle précède le nom a fait les frais de la monnaie.

Quelques-unes des monnaies d'Apamée qui présentent cette formule, précisent à quel titre les personnages qui y sont nommés ont été conduits à se charger de la fabrication des espèces monétaires. C'était à titre de présidents d'une grande cérémonie religieuse périodique, TTavy/Y'jpi'a, accompagnée de jeux solennels, car on lit sur des pièces de cette ville : HAPà BAKXIOY nANHYJoiâpyou , sous Gordien III {k)\ il s'agit du Bacchios dont nous venons de citer une légende sans titre ;

nAPà CTPATONIKIANOYnANHrYPiaV/ou, sous Trajan Dèce (5) ; ce personnage est entièrement distinct de son ho-

(1) Mionnet, t. IV, p. 243, n°293; Suppl. t. VII, p. u20, n° 197.

(2) Mionnet, t. IV, p. 234, n° 250.

(3) Mionnet, Suppl. t. VII, p. 514, n°s 167 et 168.

(4) Mionnet, t. IV, p. 236, n° 259.

(o) Mionnet, t. IV, p. 238, n° 267.

monyme antérieur, dont nous citions une légende sans titre ;

nAPA AYP-/)Aiou ePMOY nANHTYPIAPXOY, sous Valérien (1).

Le nom du Stratonicianus contemporain de Trajan Dèce se trouve aussi inscrit sur d'autres monnaies avec la formule ird, eni CTPATONIKIANOY (2). Il faut donc considérer comme ayant son nom inscrit sur la monnaie au même titre et dans les mêmes conditions, le personnage qui, dans les légendes de pièces aux effigies de Septime Sévère et de son fils Caracalla, est qualifié d'agonotliète pour la troisième fois, dans une formule commençant par la préposition sTut', eni ArnNOOGTOY APTCMA r(To T^t-ov) (3). Les titres d'agonothète et de panégyriarque ont une grande analogie ; les inscriptions nous les montrent, pour la même cérémonie, tantôt donnés à des personnages difî'érents, tantôt réunis sur la même tête ; l'agonothète avait spécialement l'intendance de ce qui touchait aux jeux; le panégyriarque, celle de ce qui regardait la cérémonie proprement religieuse, les sacrifices et les processions. Une des monnaies où Artémas a mis son nom (4) présente la légende eni APTGMA r (to Tpt'xov). AnAMeiC. KOINON OPYflAC ; elle nous indique de quels jeux il était agonothète; c'étaient ceux que célébrait à Apamée, à époques périodiques, le Kotviv <ï>puY!,'a;, institué, comme toutes les Communautés du même genre sous l'Empire, pour le ser^-

(1) Mionnet, t. IV, p. 239, n" 270.

(2) Mionnet, l. IV, p. 238, n° 268.

(3) Mionnet, t, IV, p. 23i et s., nos 251 et 252 ; Suppl. t. Vil, p. 513, n°s 163 et 164.

(4) Mionnet. t. IV, p. 235, n° 253.

vice du culte augustal. Ces jeux, auxquels se rattacliaitla TTavTîyupta, constituaient la grande solennité de la ville. Les monnaies de cuivre d'Apamée, dès avant le iif siècle, portent fréquemment la mention du KOI NON OPYTIAI, et elles paraissent n'avoir été frappées que dans les occasions de ces jeux. En effet, ainsi que je l'ai déjà remarqué (dans ce livre, chap. i, j^ 4,) et comme j'y reviendrai plus en détail dans le chapitre II du livre IV, à propos des types et des légendes qui s'y rapportent, une large portion du monnayage municipal des villes grecques, sous les empereurs, a été créée à l'occasion des grands jeux qui tenaient à cette époque une place si capitale dans la vie de ces cités. C'est alors qu'elles ressentaient le plus le besoin de nouvelles émissions de monnaie, soit pour fournir les prix qui se donnaient en numéraire (1), soit pour subvenir aux dépenses très- considérables qu'entraînaient toujours ces solennités, soit enfin pour faciliter, en assurant en même temps à la ville un bénéfice de monnayage qui la faisait en partie rentrer dans ses frais, les transactions des foires qui accompagnaient de semblables fêtes ; c'est aussi pour ces occasions que les gouverneurs romains donnaient le plus facilement les permissions de fabrication monétaire.

Cette origine de tout le monnayage d'Apamée, sous l'Empire, explique comment^ sous Philippe, ce n'est plus un panégyriarque ou un agonothète spécial, mais un grandprêtre qui y est nommé, eni M ATPr.lc'oj AAeZANAPOY B (to ^eÛTspov) APXIsGc'w; (2) *, il est probable quïl avait joint à sa fonction de grand-prêtre, dans une année où

(1) E. Curtius, dans les Monatsberichte de l'Académie de Berlin, 1869, p. 468 ; H. de Longpérier, Rev. num. 1869-1870, p. 31 et s.

(2) Mionnet, t. IV, p. 237, n°s 261-26 i.

tombuient les jeux, l'office de ragonothésie ou de la panégyriarchie, mais qu'il n'a mentionné que le titre de son souverain sacerdoce, comme le plus élevé de ceux dont il était revêtu. Dans la série des monnaies d'Apamée, nous ne rencontrons qu'une seule mention de magistrat civil, celle d'un secrétaire public sous Elagabale, Gni A MA-- CGYyîpou rPAIVl[/aT£(o; TO B(r^euT8pov) (1) , il est évident que ce n'est pas en vertu de son titre civil et comme éponyme que son nom y a été enregistré, c'est parce qu'à sa magistrature il avait uni la charge sacrée de présider aux jeux ou à la fête.

Remarquons en passant une conséquence précieuse pour l'histoire du syncrétisme religieux du iir siècle, qui ressort nécessairement de la façon dont nous avons été amené à considérer le monnayage d'Apamée de Phrygie, sa destination, son origine et la nature des personnages qui en dirigeaient la fabrication . C'est sur le revers des plus grosses pièces signées de l'agonothète Artémas, du panégyriarque Bacchios et du grand-prêtre Alexandre, que nous voyons figurer le type singulier et inattendu oii l'on voit l'arche, ztêcoro';, qui valait son surnom à la ville, mais avec sur le devant l'inscription NflG ; dans cette arche, figurée comme un coffre, sont le patriarche sauvé du Déluge, avec sa femme, et les deux oiseaux envoyés pour constater le retrait des eaux volent vers eux, la colombe tenant un rameau entre ses pattes. A côté de cette scène, le graveur en a retracé une autre, qui fait la suite de l'histoire; ce sont Noé et sa femme sortis de Tarche et adressant leurs actions de grâces au ciel (2). La

(1) Mionnet, t. IV, p. 236, no 257 ; Suppl. t. VII, p. 314, n» 166.

(2) Eckhel, UN, t. III, p. 134-139; Maddeo, Num. Chrou. 1866, p. 173-219.

conformité de cette représentation avec le récit biblique est telle, ainsi que sa ressemblance avec certaines peintures des Catacombes, que l'on a cherché à voir ici un sujet emprunté à la religion nouvelle, qu'un monnoyer chrétien aurait subrepticement introduit sur les espèces qu'il était chargé de fabriquer (1). Quelque ingénieuse que soit cette hypothèse, avec quelque autorité et quelque science qu'elle ait été soutenue, elle tombe devant le fait que les pièces d'Apamée constituaient une monnaie sacrée, aussi caractérisée que possible, frappée seulement à l'occasion de grandes fêtes religieuses du paganisme et des jeux qui les accompagnaient, et fabriquée sous la surveillance des présidents de ces fêtes, investis d'un caractère sacerdotal. S'il était possible d'admettre quelque part, ce qui est bien douteux, le fait d'un monnoyer chrétien se hasardant à placer, à ses risques et périls et en profitant d'un défaut de surveillance, des symboles de sa religion proscrite sur les pièces qui sortent de ses mains, répétant cette imprudence inutile pendant plusieurs règnes de suite sans trouver d'obstacle de la part des autorités municipales ou du gouverneur romain de la province, ce ne serait certainement pas dans de semblables conditions. Il faut donc admettre que c'est le sacerdoce payen d'Apamé lui-même qui, au milieu de la confusion syncrétique devenue si grande au iir siècle et sous l'influence de la diffusion des traditions juives, avait admis l'assimilation du récit biblique, avec tous ses détails, à l'antique légende diluvienne de la ville, et la substitution du nom de Noé à celui de Nannacos qui jouait le même rôle dans cette légende lo-

(1) CIî, Lenorraant, Des signes de christianisme qu'on trouve sur quelques monuments numismatiques du m" siècle, dans le t. III des Mélanges d'archéologie des PP. Martin et Cahier, p. 199 et s.

cale (1). C'est précisément vers le milieu du m'' siècle (2), à l'époque où étaient frappées les monnaies en question, qu'un chrétien a composé le premier livre des Oracles sibyllins et, profitant du nouveau récit syncrétique qui s'était impatronisé en Phrygie, a fait de la montagne dominant Apamée l'Ararat de Noé (3).

A Perpérène de Mysie, nous rencontrons une autre mention numismatique d'un agonothète qui était en même temps prêtre à vie du culte augustal, £ni APONOOé-

Tou Ke {sic) sepeoc (sic) aia bioy tov ceBacTojv rAYKn-

NOC B (f^sÛTEpov) (4) ; mais c'est sur un grand médaillon de bronze non monétaire, qu'il a fait frapper en commémoration des jeux présidés par lui. Ce sont également des médaillons non monétaires, aux têtes d'Antonin le Pieux et de Marc-Aurèle, où nous lisons qu'ils ont été fabriqués en vertu d'un privilège par un personnage à la fois revêtu des deux charges d'Asiarque et de grand-prêtre provincial d'Asie, nPONOîVltaKAauatou0PONTnNOCACIAPXOY KAI APXiePenC ir nOAEON (5). Ces médaillons sont des mo=. numents destinés à conserver le souvenir des jeux Koivà 'ÂGt'aç, présidés par lui à la fois sous ce double titre, ce qui ne dut arriver qu'à bien peu d'hommes. Le privilège, Trpovop'a, dont il se vante, n'était attaché à aucune de ses deux charges, puisque nous n'avons de médaillons analogues ni de monnaies frappées par un autre Asiarque ou par un autre grand-prêtre en vertu de ses dignités sacerdotales,

(1) Suid. V, Navvaxô;.

(2) Alexandre, Oracula Sibyllina, t. II, p. 389.

(3) Orac. Sibyl. I, v. 261 et s.; voy. Ewald, Gesch. d. Volk. Israël, t. I, p. 356 et 376; Jahrh. d. bibl. Wissensch. 1854, p. 1 et 19.

(i) Mionnet, Suppl. t. V, p. 483, n°' 1207 et 1208.

(5) Mionnet, t. III, p. 61 et s., n"' 1-5; Suppl. t. VI, p. 79, n°« 1-7.

c'est une faveur personnelle qu'il avait reçue du proconsul ou directement de l'empereur.

Il faut encore considérer comme une véritable signature d'auteur et de directeur de rémission de monétaire, faite à l'occasion de jeux, le nom d'un personnage à la fois prêtre et gymnasiarque^ qui se lit sur un groupe assez nom- . breux de monnaies de cuivre de Pergame frappées au temps d'Auguste, les unes d'apparence tout autonome, les autres avec l'effigie impériale, 0OYPIO2 lEPEYZ KAI TYM- NAIIAPXHN (1), IEPEY2 TYMNAIIAPXHIAI (2), ou bien, plus simplement, sans le titre de prêtre, TYMNAIIAP- XflN (3), rYMNAIlAPXHIAI (/i) ou TYMNAIIAPXHI (5). La différence de yupLvaaiapycov et de yopaatapyi^Ga; me paraît indiquer que ces pièces ont été frappées dans deux années différentes, pendant un premier et un second exercice des fonctions de gymnasiarque, par A. Furius ; c'est ainsi que, dans quelques très-rares légendes monétaires, au lieu de APXflN TO B, on trouve APIAC (6) pour désigner un personnage qui occupe une seconde fois la première magistrature de la cité après l'avoir occupée une première fois dans le passé.

Par son origine, par les circonstances où elle a été fabriquée, par le caractère sacerdotal de ceux qui y ont présidé au nom des villes, une part importante du monnayage des cités grecques de la province d'Asie, sous les

(1) Mionnet, t. IV, p. 593, n° o37.

(2jEckhel, DiV, t. II, p. 471.

(3) Mionnet, t. IV, p. 594, n° 538; Supp!. t. VII, p. 427, n°92l.

(4) Mionnet, Suppl. t. VU, p. 427, n" 923.

(5) Mionnet, Suppl. t. VII, p. 427, n° 922.

(6) Friedlander, Zeitschr. f. ISum. t. II, p. III.

empereurs romains, rentre dans la classe des monnaies sacrées dont nous avons déjà parlé plus haut (dans ce livre, 1, § 2, 4) et dont nous avons constaté le développement dès les siècles delà pleine autonomie hellénique. Nous avons vu alors que les temples célèbres du monde grec avaient possédé et exercé un droit de monnayage, qu'il en avait été de même de certainsgrands corps sacrés; que, de plus, un certain nombre de villes, comme Pessinonte, Hiérapolis de Syrie, Alexandria, Troas,Ilion, Thasos après Alexandre et Odessos avaient inscrit sur leurs espèces d'argent ou de bronze des légendes les qualifiant comme la monnaie de la divinité protectrice, au lieu de celle du peuple, ce qui semble impliquer que les autorités sacerdotales, à la place des autorités politiques, y donnaient la garantie légale, possédant la direction, la surveillance et la responsabilité de la fabrication.

Il me paraît qu'à Ephèse, bien que la monnaie fût frappée au nom du peuple, elle émanait du temple, et que c'est à l'autorité sacerdotale que la fabrication en était confiée. Sur les monnaies de cuivre de cette ville, du temps du Triumvirat et des premiers empereurs, il y a deux personnages qui sont alternativement nommés, l'un et l'autre tantôt au nominatif et tantôt au génitif, le secrétaire public, rPAMMATEYI, et le grand-prêtre, APXIEPEYZ. Ce dernier, dont la charge était de courte durée, peut-être annuelle, mais pouvait être renouvelée un nombre considérable de fois au même individu, APXispsùç K0Y2INI01 TO A (TETapTov) (1), est le pontife delà grande Artémis

(1) Mionnet, Suppl. t. VI, p. 127, n" 327; cf. p. 126, n» 319.

La comparaison des pièces où on lit tout au long APXIEPET2! KOTZINIOZ et de celles où son titre est abrégé, comme ici, prouve que, dans la numismatique d'Éphèse, l'abréviation APX doit être complé-

éphésicnne ; aussi une monnaie du temps de Domitien, au lieu d'employer le titre d'ao/isosùç, désigne celui qui était en fonctions quand elle fut frappée comme ieP£YC AYPv?- );io; MOYCONIOC ACYAOY APTeMiAOC GOeCinN (1). Quelquefois la même pièce mentionne simultanément le secrétaire public et le grand-pretre, tous les deux au nominatif (2). Le premier des deux, le yoocu.u.ocTsvg nous l'avons vu tout à l'heure, était à Éphèse l'éponyme civil de la cité ; l'inscription de son nom date les monnaies et n'y a pas d'autre objet. En serait-il de même de l'inscription du nom du grand-prêtre qui aurait pu fournir également une date comme éponyme religieux? C'est là une opinion vraisemblable et qui pourrait parfaitement se soutenir. Pourtant quelques indices d'une certaine valeur me paraissent de nature à faire attribuer un caractère différent et plus d'importance à l'inscription du nom du grand-prêtre. Ce nom est moins souvent mis au génitif que celui du secrétaire public ; dans la grande majorité des cas, il reste au nominatif, et surtout, ce qui me semble avoir quelque signification, il n'est jamais précédé de la préposition èm. 11 importe d'observer, en outre, que si nous avons vu dans quelques rares exemples ajouter au nom de l'éponyme ordinaire celui d'un personnage de Tordre sacerdotal exerçant sa charge en même temps que lui, comme une manière de préciser encore plus l'année , la numismatique

tée en àpxtspeùç (ce qui n'est pas sans exemple dans les légendes monétaires), et non en âp/wv. Il n'est jamais question d'archonte sur les monnaies d'Éphèse. Celui que l'on trouve nommé sur des pièces de concorde, ôfiôvota, entre Éphèse et Cyzique (Mionnet, Suppl. t. VI, p. 143, n" 419; p. 144, no 422), est le magistrat de la seconde de ces villes.

(1) Mionnet, Suppl. t. VI, p. 132, n° 336.

'2) Mionnet, t. III, p. 92, n" 241 ; Suppl. t. VI, p. 123, n° 30o.

d'aucune ville ne nous a offert l'emploi indifférent et alternatif de deux éponymes divers, l'un civil et l'autre religieux; et ceci est tout naturel, car d'un semblable usage serait provenu nécessairement une grande confusion. Une pièce du règne de Claude, dont les légendes sont malheureusement incomplètes et ont été fort mal rapportées par Mionnet , mentionne d'abord le grand-prêtre au nominatif (et c'est un grand-prêtre connu par d'autres monuments numismatiques, Cusinios), puis le secrétaire public avec la formule è-nî (1). Ici, il parait clair que ce dernier seul est éponyme et que le nom du grand-prêtre a le caractère d'une véritable signature de celui qui a dirigé la fabrication de la monnaie.

Cusinios fut grand-prêtre pour la quatrième fois sous Claude (2). Lors de son premier pontificat, il avait inscrit son nom sur des monnaies sans effigie impériale^ du type de celles qui terminent la série autonome d'Eplièse. Sa signature y est simplement K0Y2INI0I, sans titre (3); de même que, sur une des pièces du temps de son quatrième sacerdoce, il n'a écrit que KOYIINIOZ TO A (/j), sans ajouter àp^tepeJ?. Ceci induit à penser que, malgré l'absence de titre, les individus qui ont inscrit également leur nom au nominatif sur d'autres pièces du même groupe étaient aussi des grands-prêtres. 11 y a moins de certitude, mais pourtant encore une certaine pro-

(1) Mionnet, Suppl. t. VI, p. 127, n" 329.

(2) Les monnaies à son nom et avec la mention de son quatrième sacerdoce, qui porleiit les tètes de Néron Drusus et d'Antonia, ont des elligies commémorât! ves, puisqu'il en est d'autres qui présentent incontestablement celles de Claude et d'Agrippine.

(3) Mionnet, Suppl. t. VI, p. J23, n" 304. (4)Mioimel, t. lll, p. 93, n° 252.

in. 9

habilité, à remonter ensuite de proche en proche jusqu'au début de l'inscription d'un nom propre d'homme au nominatif sur les monnaies d'Ephèse, dans le V siècle avant notre ère, et à considérer tous les noms dont on peut y relever la liste comme ceux de prêtres d'Artémis, qui auraient été ainsi les magistrats monétaires de la cité, celleci ne possédant qu'une monnaie sacrée. Il est certain, du moins, que ce ne sont pas les noms des premiers magistrats politiques de la cité, puisque nous n'y rencontrons ceux d'aucun des personnages que l'histoire nous fait connaître comme ayant exercé la tyrannie dans Ephèse à divers moments de la- durée de temps qu'embrasse ce monnayage. Et, d'un autre côté, il n'y avait qu'un personnage sacré d'un caractère aussi auguste que le grand-prêtre de l'Artémis éphésienne, qui pût disputer à un tyran le droit de mettre son nom sur la monnaie. Au reste, il faut remarquer que les noms historiques font presque complètement défaut dans la numismatique autonome d'Ephèse. On n'en relève qu'un seul, celui d'Echéanax (l), le père des trois jeunes gens qui, du temps d'Alexandre le Grand, assassinèrent le tyran H égésia s ('3). Encore ce personnage n'est-il connu que par ses fils; nous ne savons rien de lui personnellement, s'il était prêtre ou simple citoyen.

Le nom d'un prêtre au nominatif^ avec son titre, signant la monnaie comme auteur de sa fabrication et de la garantie qui y est donnée, n'est pas un fait sans exemple dans la numismatique grecque avant la période impériale. Il existe des monnaies de cuivre de fabrique incontestablement épirote, aux mêmes types que celles qui portent la légende

(1) Burgon, Cat. Th. Thomas, p. 2'J7; Brandis, p. 325 et 456.

(2) Polyaen. \l, 49.

du peuple de cette contrée, ATTEIPHTAN ; mais elles ont en légende d'un côté APrEAAHI, de l'autre MENEAHM02 lEPETI (1), deux noms propres d'hommes, dont l'un avec la qualification de prêtre. Les types, relatifs au culte de Zeus, reportent h. Dodone, celui des sanctuaires de rEi)ire que son importance exceptionnelle et sa richesse désignent le plus naturellement pour avoir été le siège d'un monnayage sacré et sacerdotal (2). L'emploi de la y.otv/j §iâ- XÊ/.TOÇ, au lieu du dialecte dorique, seul usité dans les légendes des monnaies épirotes aux temps de la pleine indépendance, s'accorde avec le style d'art pour faire considérer ces pièces comme frappées dans les premiers temps de la domination de la Rome républicaine, aussitôt après la cessation du monnayage fédéral au nom des Epirotes.

11 existe des monnaies de bronze de même module et aux mêmes types : d'un côté la tête d'Artémis, de l'autre Apollon assis, le coude appuyé sur sa lyre, les unes frappées à Srayrne (3), les autres à Philadelphie de Lydie (/j), monnaies contemporaines plutôt du dernier siècle delà République romaine que du commencement de l'Empire. Dans l'une et l'autre ville, elles portent le nom du même personnage avec la même qualification de grand-prêtre , E RM innOI ÊPMOrENOTI APXIEPET2. Il n'y a pas moyen de douter que ce personnage n'en ait dirigé la fabrication et même n'en ait fait les dépenses en faveur des deux villes, dont l'une devait être sa patrie et l'autre le lieu où il exerçait son sacerdoce (5). Nous n'hésitons pas non plus à envi-

(1) Mionnet, t. II, p. i9, n°^ 20 et 21*

(2) Leicesler Warren, Greek fédéral coiiiage, p. 19.

(3) Mionnet, t. III, p. 207, n« 1123.

(4) Mionnet, t. IV, p. 98, n°s 531-536.

(5) Il y a de grandes chances pour que Sinyme ait été la ville natale

sager au même point de vue la mention du TAYKON l€P€TC, qui, sous Néron, a signé de son nom des monnaies de cuivre d'PIéraclée d'Ionie (1), de même que d'autres, de la môme ville, sont signées d'un certain IT ATTAAOl APXIATPOI (2). La qualité d'arcliiâtre ne constituait pas une fonction publique qui pût conférer le droit d'inscrire son nom sur la monnaie; un personnage qui se pare de ce titre en signant une pièce destinée à la circulation, ne peut avoir été qu'un particulier, dont la libéralité envers sa ville se sera traduite en assumant sur ses ressources personnelles les dépenses d'une émission monétaire. Enfin, quand à Magnésie du Sipyle, en Lydie, nous rencontrons des pièces qui ont d'un côté les têtes d'Auguste et de Livie désignées par la légende IEBA2T0!, de l'autre celles de Caïuset Lucius Césars, qualifiées de YIOI 2EBA2T0I, avec la signature AI0NT2I02 IEPET2 (3;; il est clair que c'est le prêtre, nouvellement institué, du culte augustal, qui a fait frapper lui-même, et à ses dépens, ces pièces, qui, en même temps qu'elles servaient de monnaie circulante, étaient un hommage aux princes dont il desservait les autels.

11. — La revue que je viens de passer des mentions de personnages investis de dignités civiles ou sacerdotales, qui se rencontrent sur les monnaies des cités de la pro-

de ce personnage, car c'est probablement son père qui y Ggure coname magistrat sur la pièce frappée au moment de l'occupalion par Mitliridate (Mionnet, t. III, p. 217, n° 1210.)

(1) Mionnet, t. III, p. 139, n" 579 (r;ipportée à tort au règne d'Auguste); Suppl. l. VI, p. 226, 11" 977.

(2) Mionnet, t. III, p. 138, n° o77.

(3) Mionnet, t. IV, p. 72, n° 388 ; cf. W^ 386 et 387.

vince d'Asie, m'a conduit forcément, par la nature des faits constatés, à admettre que, dans un grand nombre de cas, lorsque la mention de ce genre ne constitue pas simplement une date éponymique, elle doit être rapportée à un personnage généreux qui, offrant une somme de numéraire à sa ville, la donnait sous forme de monnaies spécialement frappées à cette occasion et dont il avait fait les frais de fabrication, plutôt qu'à un magistrat dirigeant et surveillant le monnayage municipal en vertu de ses fonctions, ou spécialement délégué pour cet objet. On sait, en effet, à quel degré l'esprit de patriotisme municipal, que le gouvernement de l'Empire encourageait et tendait à développer autant qu'il pouvait, au lieu de chercher à l'entraver, et qui avait trouvé chez les Grecs un sol particulièrement propre à sa floraison, se traduisait par d'immenses libéralités des particuliers envers les villes, qui les payaient à leur tour avec les honneurs dont elles disposaient. La règle était même que la plupart des honneurs municipaux et provinciaux dont on aimait à se parer, qui donnaient une importance toute locale et que la vanité recherchait avidement, à défaut du pouvoir réel auquel il avait fallu renoncer avec la perte de la liberté et de l'indépendance, que la plupart des honneurs mettaient à la charge de ceux à qui on les décernait une large part des dépenses des villes. Eu particulier, à cette époque, tous ceux de ces honneurs, et c'étaient ceux qui étaient classés le plus haut à cause du caractère sacré qu'ils imprimaient aux hommes qui en étaient revêtus, tous ceux de ces honneurs qui se rattachent à la présidence des jeux solennels ou des grandes cérémonies religieuses, imposaient à ceux qui les avaient brigués, et à qui on les décernait, l'obligation de pourvoir sur leur fortune personnelle aux dépenses très-considéra-

bles des jeux et des fêtes, absolument de la même façon que les édiles romains.

Nous verrons, dans le paragraphe suivant, qu'à Eome, dans les derniers siècles de la République, le Sénat accordait assez fréquemment aux édiles la permission de faire monnayer extraordinairement et à leurs frais, sous forme de deniers portant leur nom, en vue des dépenses des jeux qu'ils donnaient au peuple, des lingots d'argent qu'ils fournissaient pour cet objet à l'hôtel des monnaies (1). 11 en était de même, sauf que le monnayage était de cuivre, puisqu'on n'avait pas le droit de l'étendre à un autre métal, il en était de même dans les villes grecques. Celui qui fournissait à la dépense des jeux ou des autres solennités, ou bien qui faisait un présent d'argent à sa cité en dehors d'une occasion de ce genre, recevait des autorités locales, avec l'approbation suprême du gouverneur romain de la province, le droit d'éterniser numismatiquement le souvenir de sa libéralité, en donnant à la somme qu'il dépensait la forme d'une monnaie créée spécialement à cette occasion, dans les limites où la cité elle-même pouvait exercer le droit de monnayage, et portant l'inscription de son nom.

Nous en avons la preuve absolument positive, et notre justification pour les cas où nous avons admis déjà des faits semblables, dans une classe particulière de légendes monétaires qu'Eckhel a élucidée avec sa supériorité habituelle (2) et qui se rencontre principalement dans la numismatique de la province d'Asie, quoiqu'on en ait aussi quelques exemples d'autres provinces. Ce sont celles qui

(1) Mommsen, MR, t. II, p. u4.

(2) DN, t. IV. p. 368-374.

nous oiFrent un nom propre d'homme au nominatif, suivi ou non d'un titre de dignité, mais accompagné du verbe de dédicace àviQr^y.z. Le nom du peuple vient ensuite, soit au génitif pour indiquer que, bien qu'oiferte par un particulier, la pièce a le caractère de monnaie publique de la cité, soit au datif pour dire que l'auteur de la libéralité a dédié la monnaie aux lialntants de telle ville . Il arrive même, quand le nom du peuple est mis au datif après le nom d'homme au nominatif, que le verbe dvéQny.s se trouve sous-entendu; mais son omission ne cause pas d'amphibologie, car on n'en saurait suppléer im autrco Cette forme de légendes n'est pas susceptible de deux interprétations ; elle porte en elle-même sa signification et énonce clairement l'origine de la monnaie, due à un acte de générosité privée au lieu d'être faite aux frais du public. On peut d'ailleurs y comparer les termes d'une inscription lapidaire (i)qui, parlant d'une libéralité faite par testament en faveur de la corporation d'artistes dionysiaques qui se parait du titre d'Attalistes, dit du testateur qu'il (( dédie et consacre à la corporation 10,500 drachmes d'argent au poids (et peut-être au type) d'Alexandre » , àvaTi07)(7tv dz y.où xaQtspo? r?i o'uvo'tJw y.cà àpyupiou 'AXsçavJpei'oo âpocy^Àç, [Aupt'açxal TTsvTazoat'aç.

La formule de dédicace ne se lit pas seulement sur des monnaies proprement dites, destinées à la circulation. Nous la trouvons aussi, et peut-être même plus fréquemment, sur des pièces dont la nature se rapproche de nos médailles, qui, de même, n'ont pas dû avoir un caractère monétaire. C'est ainsi qu'on la trouve particulièrement multipliée sur les pièces a la tête divinisée d'AntinoUs,

(1) Corp. inscr. graec, n» 3069.

qui, je l'ai déjà dit plus haut (livre 1, chap. i, § 1, -8), me paraissent avoir été des médailles commémoratives de rétablissement du culte du nouveîm dieu, créé par une honteuse fantaisie d'Hadrien, bien plutôt que des espèces circulantes. Nous donnons le relevé des exemples qu'en offrent ces pièces, exemples qui comprennent presque tous ceux de la formule de dédicace étrangers à la province d'Asie. Une seule fois le personnage auteur de la dédicace a son titre mentionné, et c'est le prêtre d'Antinous pour la province d'ÂcLaïe ; mais on est en droit de croire que la plupart de ceux qui ont fait faire de semblables médailles en l'honneur du dieu ou du héros Antinous étaient attachés à ses autels. A Smyrne, deux individus se sont avilis par cet hommage à la passion de l'empereur ; des deux, il paraît que c'est celui qui s'appelle Hiéronyme qui était le prêtre d'Antinous (I) ; l'autre, en effet, n'est autre que le fameux sophiste Polémon, à qui Smyrne avait décerné la dignité de stratège à vie, comme nous l'apprennent d'autres pièces portant la formule de dédicace (2), sur lesquelles nous reviendrons dans quelques instants.

OCTIAIOC MAPKGAAOC O lePGTC TOT ANTINOOT — TOIC AXAIOIC ANGOHKeN (3); OCTIAIOC MAPKGAAOC OIGPGTC TOT ANTINOOT — KOPINGinNANGOHKGN (-4);

BGTOTPIOC - TOIC APKACI (5) ;

(1) Ce personnage a des chances pour être identique à celui, de môme nom, qui a dédié aussi une médaille d'Antinous à Cymé d'Éolide.

(2) Mionnet, t. III, p. 227, n° 1272; Siippl. t. VI, p. 340 et ?iiiv., n°» 1688 et 1689.

(3) Mionnet, t. II, p. 160. n°' 97 et 98.

(4) Mionnet, t. II, p. 180, n* 239.

(5) Mionnet, t. II. p. 24o, n^s 19-22.

erecioc ANeeH/.sv. aaramythnon (i) ;

inncoN KAAXAAONIOIC (2); lePCONTMOC ANeOHKG KTIVIAIot; (3) ; nOAGMCON ANGGHKG CMTPNAIOIC (4); CMTPNAIOJN. IGPCONTMOC ANGGHKG (o) ; lOTAItoç CATOPNGlNo; ANKTPANOIC (G;.

Quand il ne s'agit pas de ces pièces à\m caractère tout spécial, la distinction entre les médailles et les monnaies proprement dites, dans la numismatique de la province d'Asie, est extrêmement délicate et souvent presque impossible à faire, bien que l'existence parallèle des deux classes de monuments soit certaine. En enregistrant les exemples principaux qui éclaircissent le mieux l'emploi de la formule de dédicace par un particulier dans Tépigraphie monétaire, nous n'essaierons pas ici de faire le départ des médailles et des monnaies. Nous nous bornerons seulement h noter d'un astérisque les légendes empruntées à des pièces que leurs dimensions extraordinaires semblent devoir faire ranger plutôt dans la première catégorie.

Dans la numismatique des villes où la formule qui nous occupe ne se présente que de loin en loin d'une manière exceptionnelle, l'auteur de la dédicace et de la libéralité est souvent un des premiers ])ersonnages de la cité. A Laodicéede Phrygie, nous rencontrons un personnage qui, sous Hadrien, a offert ainsi des émissions de médaillons du

(1) Mionnet, Suppl. t. V, p. 278, n° IS.

(2) Mionnet, t. II. p. 422, n° 78.

(3) Mionnet, t. III, p. 11, n° 07.

(i) Mionnet, t. III, p. 229, nt'S 1279-1280. (r)) Mionnet, t. III, p. 229, n° 1287. (G) Mionnet, t. IV, p. 221, n° IGO.

plus grand module à deux reprises différentes, d'abord quand il était secrétaire public, * ArPinneiNOC TPAM- MATsvç ANeOHKG. AAOAlKeWN (1), puis quand il était stratège, * ArPinneiNOCCTPATHrcuN ANGGHKe. AAOAh KecoN (!2) ; on suit ainsi les étapes de son cursus honorum aux libéralités nuraismatiques qui les marquent.

Nous avons un certain nombre de pièces dédiées par des stratèges au peuple de la ville où ils exerçaient leur magistrature :

*nOA£M(x)N CTPATHrWN ANeOHKG CMTPvafoiç (3); nOAGMCON CTPA?Y,yo;AIA BIOT ANe0HK£CMTPvaiot;(4), à Smyrne sous Hadrien ; le personnage ainsi nommé est le fameux Poléraon le sophiste, descendant de la branche des Zénonides restée à Laodicée de Phrygie ;

©eYAlANOC CTPATr-o; ANGONKC CMTPNAIOIC (S), à Smyrne sous Marc-Aurèle ;

* AnOAACONlAHC CTPATryi; ANeOwv ATPHAIOnOAI- TAIC i'6), à Auréliopolis de Lydie sous Commode ;

ZHNOON BIANTINOT Tô B((^£Û-£poy) A[Ne0]r//.£v ATPH- AIOno>.'Tat4 (7), à Auréliopolis de Lydie sous Caracalla.

(1) Mionnet, t. IV, p. 3-22, n°' 736 et 740. !

(2) Mionnet, t. IV, p. 323, n-s 741 et 742.

(3) Mionnet, t. III, p. 227, n° 1272; Suppl. t. VI, p. 3i0, n° 1088.

(4) Mionnet, Suppl. t. VI, p. 341, n° 1689.

(■)) Mionnet, t. III, p. 231 et s., n°' 1296,1297, 1309 et 1310; p. 20j, n°' 1109 et IJIO; Suppl. t. VI, p. 317, n°s 1348-1550.

La légende AOYKIANOC CTPAT^àç ANeOHKC TOIC CMYPNAIOIC (Mionnet, Suppl. t. VI, p. 343. n° 17U7) n'est peut-être qu'une légende de Theudianos mal lue.

(6) Mionnet, t. IV, p. lo, n°s 75 et 76; Suppl. t. VII, p.323,n°» 49-51.

(7) Mionnet, Suppl. t. VII, p, 324. n° 52.

La numismatique de Byzance nous offre une dédicace monétaire de ce genre, faite par un hiéromnémon, IGPOM- NAy.Mv AlAloç CeTHPOC BTZANTlOIC(l), la numismatique de Cymé d'Eolide une autre, faite par un prytane, AlAtoç ePMGIAC nPTTaviç KTMAIOIC (2).

Voici maintenant un Asiarque qui dédie à Otrus de Phrygie, sans doute sa ville natale, des pièces des modules du 7nec^aî7/on et du ^ranc?-/>ronre, aux effigies de JuliaDomna,de Caracalla et de Géta, AAeZANAPOC ACIAPXHC ANeOHKeN. OTPOHNWN (3). A Aphrodisias de Carie, une monnaie est dédiée par un grand-prêtre, revêtu en même temps du titre d'archinéocore, dans une légende dont la formule serait fort insolite, si elle a été bien lue (ce dont on doit douter), car on ne pourrait la compléter qu'en GTTI ZHNCjJNo; APXiepecoçAPXINeCOKopou ANere'O/i — AOPOAei- CIGCON (-4). Le même individu reparaît, associé à un autre personnage et sans titre exprimé, sur une autre monnaie d' Aphrodisias, présentant, comme la précédente, la tête de Julia Domna, monnaie dont la lecture, cette fois, est bien certaine, MeNinnOC KAI ZHNCON ANGOeCav A0PO- AlCiecoN (5).

Quelquefois, le nom du donateur n'est accompagné

(1) Mionnet, Smp/)/. t. H. p. 231, n° 282.

(2) Mionnet, t. H, p. 9, n° 57.

(3) Mionnet, t. IV, p. 347, n°« 874-877.

La leçon A AIA TTirPHC ANeOHKeN sur une monnaie de Laodicée de Phrygie au temps de Caracalla (Eckhel, DN, t. III, p. 165), est douteuse. Sur les pièces positivement connues de Laodicée, à l'effigie de Caracalla, on rencontre bien la mention de l'Asiarque L. iElius Pigrès (Mionnet, t. IV, p. 328, n°s 767 et 768) ; mais c'est dans une date éponymique, car il paraît avoir été stratège de cette ville.

(4) Mionnet, Suppl. t. VI, p. 462, n° 139.

(5) Mionnet, t. III. p. 327, n" 143.

d'aucune qualification de fonctions civiles on sacerdotales dans la formule de dédicace :

AIOAGOPOC ANGP-/ix-£y AAPIANôjv Uphç OAYMnov (i), à Hadriani de Bithynie sous Commode ;

AnCAAAC ANeOHKG (2) sur une monnaie d'Hydrela de Carie, sans effigie impériale ;

0AAAITOI ANE0HKEN (3), à Mylasa de Carie sous Auguste ;

MAPKo,-POTct)|NOC BPOTZHNGON (sons-entendu vo>icr[;,a) ANe0HK£N (4), à Bruzos de Phrygie sous Septime Sévère.

Une fois même, à Attuda de Phrygie, sur nne pièce à la tête de Géta, c'est une femme qui offre la monnaie à sa cité : \OriU KV/u^tVj KAATMANH ANEOH/.sv. ATTOT- AGCON (5).

Il faut faire un groupe à part des pièces, appartenant les unes au module que l'on désigne par le nom du grandbronze, les autres à la classe des plus larges médaillons, que P. (^laudius Attalus, fils du sopliiste Polémon et sophiste célèbre lui-même, possesseur d'une immense fortune, soit par héritage de ses ancêtres Zénonides, soit par les gains de son père, soit par ses propres gains, fit frapper h ses frais sous le règne de Marc-Aurèle, en les dédiant à diverses cités de l'Asie-Mineure. Ce fut une forme fastueuse delibéralité qu'il affectionna tout particulièrement, et à laquelle il ne semble pas que personne ait jamais donné

(1) Mionnet, t. II, p. 429, nM13.

(2) Mionnet, t. III, p. 3a2, n° 270.

. (3) Mionnet, Suppl. t. VI, p. TJIO, n"' 362-3Gi. (i) Mionnet, t. IV, p. 2i6, n» 306.

(5) Mionnet, SupplA. VIÎ, p. S22, n° 206.

autant de développement que lui. Il a fait fabriquer, en s'y parant de son titre de sophiste, des pièces de concorde destinées simultanément « à ses deux patries, Smyrne et LaodicéedePhrygie», ATTAAOC COOICTHC TAIC nA- TPICI CMYPNt) kAOdiyMoc (1), à la ville où son père avait fixé sa résidence et à celle d'où sortaient ses ancêtres, où pendant plusieurs générations ils avaient occupé tous les premiers honneurs (2). D'autres ont été dédiées par lui à la seule Laodicée :

(1) Mionnet, t. IV, p. 232 et s., n°^ 1299-1304 et 1308; Suppl. t. VII, p. 344, n" 1713.

(2) La branche des Zénonides resiée à Laodicée après que la faveur de Marc-Antoine, puis d'Auguste, eut valu la couronne du Pont et celle du Bosphore Cimmérien à Marc-Antoine Polémon, fil» aîné du rhéteur Zenon qui avait défendu sa ville natale contre Labienus et les Parlhes, la branche des Zénonides restée à Laodicée parait avoir été héréditairement en possession du sacerdoce de Zeus, le grand dieu de la cité, dignité sacrée à laquelle ses membres joignaient lus premières magistratures civiles et politiques. Ils sont tous nommés dans la numismatique de Laodicée, à l'aide de laquelle on peut rétablir leur généalogie sans lacunes jusqu'au temps de Marc-Aurcle (voy. Waddmgton, Rev.num. 1866, p. 438-441.)

1. Polémon Philopatris a son nom inscrit au nominatif sur les monnaies (Mionnet, t. IV, p. 318, n"s 710, 711 et 716; Waddington, 1. c. n»s 1 et 2); une inscription de Cymé {Corp. inscr. gr. no 3524) le mentionne comme Polémon, flls de Zenon, prêtre de Rome et d'Auguste c'était un frère cadet ou un neveu du Marc-Antoine Polémon élevé à la royauté.

2. Marc-Antome Zenon, hls du précédent. Les légendes monétaires qui le mentionnent, au temps de Claude et de Néron, offrent des inversions singulières et en dehors des habitudes normales de cette épigraphie; j'emploie donc en les transcrivant, pour les faire comprendre telles qu'elles doivent l'être, des signes d'interponclion nécessaires à la clarté, mais qui manquent, comme de raison, sur les monnaies originales :

nOAEMflNOI YIOY, ZHNnNOI, pièces aux effigies de Claude (Mionnet, (. IV, p. 319, n" 718; Waddinglo:), n" 3) et deNéion (Waddington, n° 4);

Eni lEpsw; M ANTHNIOY, nOX£Va)Vû; YIOY, ZHNflNOZ

n KAaûfe ATTAAOC ANeGHKGN. AAOAIKGWN (1) ;

n KAoLvSio; ATTAAOC GniNIKION ANeGHKGN. AAO- AIKGCON (i2).

Enfin, sans que nous sachions quels étaient ses liens particuliers avec cette ville, sur le territoire de laquelle il

pièce du temps do Néron présentant au droit les lôtes du peuple de Smyrne et de celui de Laodicée personnifiés, ainsi que l'indique la légende de cette face (Waddington, n° o);

Eni lEpÉoj; ZHNHNOC, nO),£|j.a>vo; YIOY (Mionnet, t. IV, p. 319, n" 721; Waddington, n° G).

3. Zenon, fils de Zenon, suivant toutes les probabilités fils du précédent, nommé sur une monnaie de concorde de Laodicée et de Smyrne, à la tête de Néron (Mionnet, t. IV, p. 320, n°^ 723 et 724; Waddington, n° 7).

4. Antoine Polèmon, le fameux sophiste, fils ou petit-fils de celui que nous venons de nommer le dernier. Il n'est mentionné sur les monnaies et dans les inscriptions {Corp. inscr. fjraec. n° 3148) qu'à Smyrne, où il s'était établi et où, comme nous l'avons vu tout à l'heure, il fut stratège à vie. Les monuments numismatiques que nous venons de passer en revue nous ont montré, d'ailleurs, que des relations étroites existaient déjà depuis plusieurs générations entre les Zénonides de Laodicée et la ville de Smyrne. Philostrate [Vit. sophist. I, 2o) a écrit la biographie de cet Antoine Polémon.

b. P. Claudius Attalus, fils d'Antoine Polémon (Philostrat. Vit. sophist. II, 25), et celui qui nous a amené à cette digression.

Deux femmes de la même famille sont aussi mentionnées pendant la même période dans la numismatique de Laodicée :

Claudia Zènonis, sur des pièces du temps de Domitien (Mionnet, t. IV, p. 320, n° 728; Suppl. t. VII, p. ^81, nos 428 et 429; Waddington, n^S), c'était une fille ou une sœur de Zenon, fils de Zenon ;

Julia Zénonis, sur des pièces de date indéterminée, sans effigie impériale (Waddington, n" 10).

Les noms de ces deux femmes sont écrits sur les monnaies au nominatif, sans être accompagnés d'aucun titre. Il est assez probable qu'ils y ont trouvé place à la suite d'une libéralité monétaire.

(1) Mionnet. t. IV, p. 324, n"» 7iG et 747; Suppl. t. VII, p. 582. no 434; Waddington, Rev. num. 1866, p. 440, n° 9.

(2) Mionnet, t. IV, p. 324, n° 748; Suppl. t. VII, p. 582, n» 435.

avait sans cloute de grandes propriétés, il dédia un médaillon aux habitants de Julia de Phrjgie, ATTAAOI lOTAIEYIIN ANE0HKE (1). Une de ses pièces de Laodicée a été frappée par lui en commémoration d'une victoire agonistique, iizm-Aiov, nous trouvons la même formule employée par un autre personnage, un prêtre, dans une légende de dédicace, sur un médaillon non monétaire d'Aphrodisias de Carie à l'effigie de Marc-Aurèle, * T KloLvôioç ZHA\OL lEPETi: EOINIKION ANEQ-^/.s. AOPOAEh EIEHN (2).

Tous les exemples que je viens de citer sont empruntés à la numismatique de villes où les actes particuliers de libéralité attestés par ces légendes de dédicace ont un caractère exceptionnel, où les pièces en question ne tiennent qu'une petite place sur l'ensemble du monnayage. Il est d'autres cités, au contraire, où le fait est ordinaire, presque constant, où il semble donc que la règle ait été que les dépenses de la fabrication monétaire, quand le besoin s'en faisait sentir, incombaient, sur sa fortune personnelle, à l'un des magistrats, qui dédiait alors la monnaie au peuple de la ville. Tel était le cas à Téménothyrte de Lydie, dont les espèces monnayées sous les empereurs ont toujours dans leurs légendes la formule de dédicace (3) . Celui qui fait celle-ci a presque constamment son nom

(1) Mionnet, t. IV, p. 311,n°664.

(2) Mionnet, Siippl. t. VI. p. 461, n° 13b.

(3) Eckhel, t. III, p. 120; Mionnet, t. IV. p. 116 et s.; Suppl. t. Vil, p. 43 et s. — Les monnaies que l'on a quelquefois décrites sous la rubrique de celte ville avec le nom du peuple au génitif, au lieu du datif, étaient mal lues; au lieu de THMENOGYPEnN, il faut rétablir la légende en TRIMENOOTREHN et restituer les pièces à Triménothyrse (Waddington, Rev. num. 1852, p. 33).

suivi crun titre, le plus souvent celui d'archonte ou de premier archonte, APXHN A, quelquefois aussi celui de grand- prêtre, àp/iepeû?. Mais, conformément à une règle que nous avons posée plus haut, on peut affirmer que ce n'est pas en vertu de leur dignité sacerdotale, c'est comme exerçant en même temps l'archontat, que ces personnages dédient la monnaie et y inscrivent leur nom ; s'ils se dispensent de joindre à la mention de leur sacerdoce celle de leur magistrature d'archonte, c'est qu'elle ressort suffisamment de leur rôle monétaire ; mais ils l'enregistrent, à la suite de leur titre de grand-prêtre, quand il devient nécessaire de dire que c'est en l'occupant pour la seconde fois qu'ils ont monnaye. Nous en avons la preuve par les monnaies que dédia un certain Nicomaque, qui était graiidprêtre et qui fut deux fois archonte : la première, il écrit son nom simplement N£IKOMAXOC APXICos'j; ; la seconde, NeiKOMAXOC APXiePsjs APXcov A TO B- Ceux qui n'ont pas en môme temps de dignité sacerdotale se gardent d'omettre leur qualification de premier archonte , KAGOBOTAOC APXHN A, lOYlio,- BAONFAC APXwv A, etc., et aussi la mention du nombre de fois où cettu magistrature leur est renouvelée, AOAlto; ZGNO- OIAOC APXoiv A TO B.

A Colosses de Phrygie également, la formule de dédicace est prédominante (1). Les monnaies de cette ville ont d'ailleurs une physionomie assez particulière; bien que frappées sous les empereurs, elles n'offrent que très-rarement leur effigie. Sur la plupart, le droit est occupé par la tête du peuple de la ville personnifié, AHMOC KOAOC- CHNOON , ou par celle de Zeus-Sérapis , accompagnée

(1) Eckhel, DIS, t. III, p. iil ; Mionnet, t. IV, p. ^267 et s.; Suppl. t. VII, p. 540 et s.

de l'inscription KOAOCCHNOJN. Au revers, la légende la plus habituelle (sauf dans le cas où il y a sur la face principale une tête d'empereur) offre un nom propre d'homme au nominatif, sans titre, suivi du verbe àvsG-zixs. Une seule fois le nom est accompagné du titre d'archonte, et alors le verbe est omis.

Sur cinq variétés principales de monnaies d'Aninéson de Lydie, jusqu'ici publiées (1), trois appartiennent sûrement à rère impériale, quoique ne portant pas d'effigies d'empereurs. Toutes les trois ont leurs légendes avec la forme de dédicace de particuliers. Sur l'une, on voit d'un côté la tête du peuple local, ANINHCinN AHMOC, tandis que le revers fait lire ANOeCTIOC AN£0HKe. Sur une autre, l'inscription, où le verbe est sous-entendu, se trouve répartie entre les deux faces, KTIMeNOC — ANINHCIOIC-

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