LES MAGISTRATS MONÉTAIRES CHEZ LES ROMAINS
1. En passant maintenant de la Grèce à Rome, au lieu d'être réduits à de simples conjectures ou à quelques faits épars, glanés péniblement au milieu d'obscurités de tout genre, nous nous trouvons en présence de données abondantes et positives sur les magistrats préposés au monnayage. La question, d'ailleurs, a été déjà traitée de main de maître par M. Mommsen (2) et nous n'aurons ici qu'à suivre ses traces, en empruntant même plus d'une fois sa rédaction.
(1) Mionnet, t. IV, p. 5; Suppl. l. VII, p. 316,
(2) MB, t. II, p. 44-55.
Nous avons établi plus haut (dans ce livre, chap. i, g 6, 5) la distinction de la monnaie urbaine ordinaire, fabriquée régulièrement dans Tatelier central de Kome, et de la monnaie militaire extraordinaire, fappée pour des besoins exceptionnels dans les provinces et dans les camps des armées en campagne, en vertu de Vimperium des généraux. Comme nous avons consacré déjà de longs développements à l'étude des monnaies militaires, des conditions dans lesquelles elles étaient émises, de ceux qui avaient le droit d'en ordonner et d'en diriger la fabrication (dans ce livre, chap. l, | 7), nous ne parlerons ici que de ce qui touche aux fonctionnaires à qui était remis le soin de la monnaie urbaine.
Ainsi que nous l'avons dit, d'accord avec l'opinion de M. Mommsen (1), l'autorité sur le monnayage semble avoir appartenu dans le début aux consuls, qui exerçaient cette part importante de l'administration publique par le moyen d'employés à eux et sous leur propre responsabilité. Mais ce système paraît avoir été abandonné vers le temps de la deuxième guerre punique, lorsqu'on supprima les ateliers succursales établis dans un certain nombre de villes de la circonscription consulaire (voyez dans ce livre, chap. i, § 6, 2), pour en revenir à la concentration du monnayage normal de l'État dans l'atelier de Rome. Dans le développement de leur liberté, les Eomains cherchèrent constamment à limiter, et même à supprimer, autant que possible, dans l'intérieur de Rome, l'autorité des premiers magistrats de la République, surtout pour ce qui touchait aux finances et aux caisses de l'Etat. L'exercice de la part de souveraineté qui consiste dans la fabrication et l'émission
(1) ilR, t. II, p. 42.
des monnaies, la surveillance et la responsabilité de ces opérations, ne furent plus confiés aux consuls, mais à des magistrats de création spéciale, exerçant leur charge sous la direction supérieure et le haut contrôle du Sénat.
Ces magistrats étaient ceux que l'on désignait par le titre officiel de tresviri auro argento aère flando fer iundo (1), abrégé sur les monnaies et dans les inscriptions en IIIVIR. A. A. A. F. F. (voy. livre II, chap. i, § 1, 1), et dans le langage familier de tresviri monetales (2), d'après le temple de Junou Moneta^ oi.i était le siège de leur administration (voy. livre I, chap. II,5; et plus loin, dans ce livre, chap. iv, § 2), plutôt que d'après l'application du terme de moneta aux espèces qu'ils faisaient fabriquer (3). Nous avons déjà dit que l'emploi du verbe flare, h côté de celui de ferire^ dans ce titre, se rapporte à la préparation par la fonte de la lentille métallique de poids exact destinée à être soumise
(1) Il y a quelque doute sur l'ordre dans lequel doivent être énumérés les trois métaux, sur la question de savoir s'il faut dire auro argento aère ou aère argento auro (Momrasen, iVR, t. II, p. 43 ; Stadtrechte, t. II, p. 563 ! Hirschfeld, Untersuch. auf d. Gebiete d. Rom. Verwaltungsgeschichte^ t. I. p. 94). On lit une fois chez Cicéron {Ep. ad fam. VII, 18) : Tresviros vites ceuseo, audio capitales esse; mallem auro, aère, argento cssent. Une autre fois {be leg. III, 3, 7) : Aes, argentum aurumve publiée signanto. Le jurisconsulte Pomponius (Digest. I, 2, 2, 30) emploie l'expression tresviri monelales, aeris, urgenti, auri flatores. En revanche, les documents épigraphiques suivent plutôt l'ordre auro, argento, aère (Orelli, n°3 6302 et 6915); on trouve même une fois {Corp. inscr. lut. t. III, n° 87; cf. add. p. 968) IIIVIR AVRo AROento FLANDO, avec une omission du cuivre qui ne peut tenir qu'à une faute du lapicide.
(2) Cic. Ep. ad Attic, X, 11. — On trouve aussi dans les inscriptions IIIVIR MONETALIS (Orelli, n°^ 6303 et 6512) et plus souvent IIIVIR MONETALIS A A A F F (Orelli, n°» 2242, ii379, 3134, 3003, 3450, 5477, 0107, 6498 et 6981).
(3) C'est ce que prouve la variante IIIVIR AD MONETA M donnée par une inscription (Muratori, 714, 5).
à la frappe métallique (voy. livre II, chap. m, g 1,1), et c'est ainsi surtout qu'il faut le prendre dans la qualification dont se pare le questeur urbain Cn. Cornélius Lentulus Marcellinus, chargé par le Sénat, en 74 av. J.-C, d'une émission extraordinaire de deniers d'argent, CWRator sk (denariis) FLimdis (1). Mais, en même temps qu'ils dirio-eaient la frappe de monnaies d'argent, ils devaient aussi veiller à la fonte des lingots d'or que l'État, pour ses paiements, mettait en circulation sous une forme non monétaire, c'est-à-dire comme une marchandise dont on vérifiait le poids à la balance et dont on discutait librement le cours, mais dont l'autorité publique garantissait la pureté métallique absolue (2), dételle façon que l'altération du titre de ces lingots d'or était assimilée par la loi pénale à celle des espèces monnayées d'argent (3). C'est ainsi que l'autorité sur Tor était mentionnée dans le titre des triumvirs monétaires bien avant la dictature de César, à une époque où l'or ne circulait qu'en lingots dans le commerce de Kome et où l'on ne frappait d'espèces de ce métal que comme monnaies militaires extraordinaires, en dehors de l'atelier urbain (voy. dans ce livre, chap. i, § 7). Les magistrats dont nous parlons n'étaient pas seulement tenus de livrer aux deux questeurs urbains, qui étaient les trésoriers généraux de la République, tout l'argent monnayé dont ils 'avaient besoin, ils devaient aussi en fournir aux particuliers, en échange des lingots qui leur étaient remis. Nous avons, en effet, eu déjà l'occasion de montrer, d'après
(1) Cohen, MC, pi. xiv, Cornelia, n°s 10 et 11 ; Momrasen, MR. t. II, p. 47o, n" 239, b.
(2) Mommsen, MR, t. II, p. 110.
(3) Digest. xlviii, 10, 9, pr.
les trouvailles de dépôts monétaires du temps de la République^ qu'à cette époque c'était encore sous forme de lingots que les particuliers conservaient une large part des valeurs métalliques qu'ils possédaient. Lorsqu'on avait besoin de les convertir en espèces monnayées, le témoignage de Cicéron est là pour nous apprendre que l'on s'adressait à l'administration des monnaies aussi bien qu'aux banquiers : Ad Philotimum scripsi de viatico, sive a moneta — nemo enim solvit — swe ab oppiis (1).
2. Les triumvirs étaient les magistrats normaux et réguliers préposés à la fabrication des monnaies ; mais ils n'étaient pas les seuls à qui ce soin pût être confié (2). C'est ici qu'il importe de distinguer, comme nous l'avons déjà fait plus haut (dans ce livre, cbap. i, § 6, 5), le monnayage ordinaire, qui se poursuivait régulièrement, et les émissions extraordinaires, motivées par des circonstances exceptionnelles et ordonnées par des décisions spéciales du Sénat (3) ou même par vote populaire (4).
(1) Ep. ad Altic. YIII, 7, 3.
(2) Eckhel, DN, t. V, p. 6o; Mommsen, MR, t. II, p. o3 et s.
(3) En ce cas, qui était le plus habituel, les magistrats ainsi chargés exceptionnellement du monnayage, inscrivaient, pour indiquer l'origine de leurs pouvoirs spéciaux, sur les espèces qu'ils faisaient frapper, les formules S^natus Consulta, EX S^'î^^w* Consulta, PublicE S<^n(itus Consulto ou Oe S^nalus S^ntentia, dont nous avons groupé et étudié plus haut les exemples : dans ce livre, chap. i,§ 6, S.
(4) C'est à cette dernière origine que paraît se rapporter la formule publiée, plus ou moius abrégée, qui se lit sur quelques deniers des environs de 89 av. J.-C:
pyblice — M.LVCILI"s. RVF«5 : Cohen, MC, pi. xxv, Lucilia; Mommsen, n" 209.
Le premier était toujours administré par les triumvirs monétaires -, les seconrles pouvaient aussi leur être confiées, mais plus souvent la décision qui ordonnait l'émission extraordinaire d'espèces désignait un magistrat d'un ordre plus élevé pour y présider sous sa responsabilité. C'est en vertu d'un décret de ce genre qu'en 672 de Rome (82 av. J. C.) le préteur urbain Q. Antoniu? Balbus reçut du Sénat, qui tenait pour le parti de Marins, la mission de rassembler tous les trésors des temples pour les fondre et en faire de la monnaie (1). C'est la seule fois que l'on voit, du temps de la République et avant la dictature de César, un des magistratus majores chargé de faire fabriquer la monnaie urbaine. Mais, comme nous l'avons remarqué plus haut (dans ce livre, chap. i, g 7), les circonstances où se produisit cette émission faisaient que, bien que sortant de l'atelier de Rome, et dirigée par un magistrat urbain, elle avait dans la réalité le caractère d'une émission militaire, parant aux difficultés pressantes de la guerre. On ne s'était pas inquiété d'y observer les formes ordinaires. Mais nous avons un certain nombre d'exemplaires de pièces de monnayages extraordinaires signées de questeurs urbains (2) ou d'édiles cu-
Piiblice. RVLLI — P. SERVILI. M. FiUi : CoheaJIC. pi. xxxvm. ServiUa,u° 6; Mommsen, n° 211.
(1) Val. Max, VU, 6,4; voy. Cavedoni, Sa^r^fjo di osservazioni, p. 32.
Les deniers de cette émission présentent les légendes Senatus Consulto — Q. AHTOmus. BALEws. PRaetor -. Cohen, ^C, pi. m, Antonia, n° 1; Mommsen, n° 236.
^2) Aux exemples rassemblés dans notre l. II, p. 230, note 2, dans lesquels la mention du questeur ou des questeurs est suivie de celle du sénat us-consulte qui les avait chargés du monnayage, il faut ajouter :
PISO. CAEPIO. Quœsiores —AD. fRVmentum. EMWndum. EX.
riiles (1 ) avec la mention de leur titre. Ainsi que l'a reconnu M. Mommsen (2), les monnaies signées des édiles curules ont été fabriquées pour le compte particulier et aux frais de ces magistrats. Ils devaient fournir sur leur fortune personnelle aux dépenses des grands jeux publics, et pour y satisfaire il arrivait qu'ils demandaient et obtenaient du Sénat l'autorisation de faire faire une émission spéciale de monnaies portant leur nom, dont ils fournissaient le métal et payaient les frais de main d'œuvre. C'est de la même façon que nous avons constaté tout à l'heure qu'une grande partie des monnaies de cuivre, frappées dans les villes grecques sous la domination impériale, l'avaient été à l'occasion des jeux et pour le compte de personnages de différent ordre qui faisaient la dépense de ces jeux, et signaient les espèces fabriquées dans de telles conditions. Ce qui prouve bien le caractère et l'origine que nous attribuons aux monnaies signées parles édiles curules, c'est ce fait que, lorsque, dans les environs de 81 av. J,-C., deux édiles plébéiens^ M- FAHnius. L- CRlTonius. AEDiles. PLebei (3) , furent chargés de faire une émission extraordinaire de monnaies pour le compte du trésor public et en
Senalus Consulta : Cohen, MC, pi. x, Calpurnia, n" 24; Mommsen, 11° 192 (entre J03 et 100 av. J.-C.) ;
AP. CLaudiu-i. T. MAUius. Qnaestores. \Rfjani : Cohen, MC , pi. XL, Urbiiiia, nos 1 et 2; Mommsen, n° 19i (vers 99 av. J.-C).
(1) Aux exemples du t. Il, p. 250, note 3, avec mention du sénatusconsulte, on doit joindre ;
p. FOVRIVS. CRASSIPES(ou sur quelques exemplaires C RAS- VPES)- AEDilis. C \Rulis : Cohen, iMC, pi. xix, Furia, n° 4; Mommsen, no 242.
(2) MR, t. II, p. 54.
(3) Cohen, MC, pi. xvi, Critonia; Mommsen, n" 233.
152 LA M:0NNAIE dans L'ANTIQUITÉ
vue (l'une opération d'annone qui leur était confiée (1), ils inscrivirent sur leurs deniers la formule Publico Argenlo.
Cette formule ex argento publico ou argento publico se lit, du reste, sur un certain nombre de deniers frappés entre 90 et 80 av, J.-C. (2) ; il n'est pas sûr qu'elle y désigne des produits d'émissions extraordinaires, quoique ce soit assez probable, mais du moins sa fréquence montre qu'à cette époque les émissions faites pour le compte particulier de certains magistrats étaient assez fréquentes pour que l'on crût nécessaire de distinguer celles qui étaient faites aux frais du trésor public et avec des lingots tirés de Vœrarium. Quelquefois, cette formule est exclusive de l'inscription des magistrats.
Il existe des deniers anonymes aux types propres aux monétaires M. FONTElm. C FîYiws (3) et L- IVLU^s. BVR- SIO (4), l'un et l'autre ayant exercé en 84 av. J.-C. la charge financière qui les conduisit à signer des mon-
(1) C'est ce que prouve le type du revers, où l'on voit un épi de blé dans le champ, auprès des figures des deux magistrats assis sur leur subsellium. On sait que la cura annonae était comprise dans les attributions ordinaires des édiles.
(2) EX. Argento. Publico — C. FABI«s. C- pilius : Cohen, MC, pi. svH, Fabia, n° 7; Mommsen. n° -208 (un peu avant 89 av, J.-C).
ARÇjento. PVB/îco — L. SENTI««. C • Films: Cohea,iWC,pl. xxxvii, Sentia; Mommsen, n» 210 (un peu avant 89).
Argento. Publico. SABINVS — L. TITVRI«s : Cohen, MC , pi. XXXIX, Tituria, n"* 4 et 6; Mommsen, n° 21o a et b (un peu après 89 av. J.-C.)
(3) Monnaies nominales : Cohen, MC, pi. xviii, Fonteia, n»» 4-6; Mommsen, n° 233 a.
Monnaie anonyme avec la formule EX. A. P : Cohen, MC, pi. xviii, Fonteia, n°s 7 et 8; Mommsen, n° 233 b et c.
(4) Monnaies nominales: Cohen, A/G, pi. xx, Julia, n° o; Mommsen, n» 234 a.
naies ( I ) ; ces deniers ont été évidemment fabriqués par leurs soins, mais, au lieu de leurs noms, portent la formule EX. krgenlo. Publico, laquelle ne se rencontre jamais en même temps que l'un ou l'autre nom. De même, les premières pièces de cuivre, as, semis, triens et quadrans frappées sur le pied sémoncial, en vertu de la loi Plautia- Papiria (voy. plus loin, livre VII, cliap. m, § 5), sont sans nom de monétaire, présentant seulement la légende Lege. Papiria. De. Aère» Publico (2). On peut comparer ici, comme dernier exemple de ce genre de mentions, faites par les monnaies, de l'origine des ressources métalliques qui avaient servi à la fabriquer, le fait que nous présente
Monnaies anonymes avec la formule EX. A. P: Cohen, MC, pi. xx, Jidia, n° 6; Mommsen, 234 b.
Quinaire anonyme sans cette formule : Cohen, .l/C, pi, xx, Julia, n» 7; Mommsen, n° 23 i c.
(1) Il paraît bien positif que Manius Fonteius frappa ses monnaies comme questeur urbain, office qu'il remplit vers 670 de Rome, 8i av. J.-C, (Mommsen, MR,t. II, p. 4io). D'après l'étroite analogie des pièces de l'un et de l'autre, C. Julius Bursio doit avoir été son collègue dans la questure.
(2) Cohen, MC, pi. lxx, Incertaines, n° 9 , Mommsen, n° 219.
Nous suivons, pour la formule abrégée dans la légende de cette pièce, l'explication de M. Mommsen [MR, t. II, p. 420), qui nous paraît certaine et bien préférable à celle de Borghesi (Oss. num. déc. VIII, 3; Œuvres, t. I, p. 379}, L. ?lautius. Decimits. Xedilis. ?hbeius, et à celle de Cavedoni {Bullel. de Vînst. Arch. 1844, p. 187), Lege. Papiria. T)imimUum. Assis. Fondus. La seconde partie de la formule, telle que nous la lisons, est justifiée parles légendes analogues avec lesquelles nous la groupons; la première l'est par les sesterces des monétaires L. Piso Frugi (Cohen, MC, pi. IX, Calpurnia, n"^ 6 et 7; Mommsen, n" 212) et D. Silanus (Cohen, MC, pi. xxiii, Junia, n" 3; Mommsen, n" 213), les premières pièces de cette valeur frappées sous le régime de la loi Plautia-Papiria, qui en rétablit l'usage (Borghesi, Ann. de l'Inst. Arch. 1819, p. 12), sesterces sur lesquels a été inscrit E. Lege. Papiria.
un des deniers signés ])ar le monétaire M- VOLTEIms. M. Filius (1) dans les années qui précédèrent immédiatement 74. av. J.-C. Les types de ces deniers prouvent qu'ils ont été frappés successivement à l'occasion des cinq grandes fêtes agonistiques de l'année romaine, les Jeux Romains, les Jeux Plébéiens, ceux de Cérès et d'Apollon et les Jeux Mégalésiens (2) ; or, celui dont les types ont trait aux Jeux d'Apollon porte la légende Sena/us. Consiilto. De. Jhcsauro, que n'ont pas les autres, et les frais de ces jeux, d'après les prescriptions de l'oracle qui en avait amené la fondation en 212 av. J.-C, se faisaient sur un trésor particulier, entretenu par des collectes publiques à cet objet (3).
Les noms de magistrats, autres que les triumvirs monétaires réguliers, qui ont été inscrits sur des monnaies urbaines, ne se rencontrent jamais que sur des pièces d'argent, non sur le cuivre. On ne trouve non plus que deux fois la formule mentionnant un sénatus-consulte, indicative d'émissions extraordinaires, sur des pièces de ce métal ; une fois EX. Senatus. Considto sur un as sémoncial anonyme (4), que nous avons cru pouvoir rapporter au moment de la rentrée de Sylla à Rome (dans ce livre, chap. i, § 7) , et une autre De. Senaius. SentenHa sur un as au nom des monétaires C. CASSIVS- L- SALINAfor (5), frappé un peu avant 81 av. J.-C, probablement pendant la domination du parti de Marins à Rome, car L, Julius Salinator
(1) Cohen, MC, pi. xm, Volleia, n"s l-j-, Mommsen, n° 2j7.
(2i Mommsea, MR, t. II, p. 468 et s.; Cavedani, Nuovi studii sopra le monete consolari, p. 27 et s.
(3) Varr. De ling. lai. V, 181 ; T. Liv. XXV, 12.
(4) Cohen, MC, pi. lvi, J«/m, n° 1 ; Mommsen, n° 247.
(5) Cohen, MC, pi. lu. Cassia, n° 1; Mommsen, n° 2i3.
se retrouve ensuite comme officier dans l'armée de Sertoriiis (1). « On peut donc, conclut avec raison M. Mommsen (2), regarder, sauf de bien rares exceptions, comme exclusivement frappées par les magistrats monétaires ordinaires, toutes les pièces de cuivre fabriquées depuis que ces pièces étaient devenues une pure monnaie d'appoint. »
3. La date de la première institution des triumvirs monétaires, et en général tous les débuts de l'histoire de cette magistrature, sont encore enveloppés de profondes obscurités. Eckhel (o) avait cru pouvoir conclure d'un passage de Pomponius, inséré au Digeste (4) , que les triumvirs avaient été établis en 465 de Rome (289 av. J.-C.) ; mais M. A. de Barthélémy (5) paraît avoir mieux entendu le môme passage en pensant qu'il plaçait l'institution vers le milieu du vp siècle de la ville. Seulement, comme Eckhel l'a entrevu le premier (6) et comme M. Mommsen (7) l'a définitivement démontré, ce ne fut pas d'abord, et pendant assez longtemps, une magistrature régulière et permanente, mais une commission temporaire qui n'avait pas d'existence fixe.
« Elle n'est pas mentionnée, remarque le savant Prussien, dans le catalogue des magistratures ordinaires, con-
(1) Plut. Sertor. 7.
(2) MR, t. II, p. 54.
(3) DN, t. I, p. Gl et s.
(5j Rev. num. 1847, p. 354.
(6) DN, t. I, p. 87.
(7) MR. t. II, p. 47 el s.
tenu dans la loi Repetundarum, qui fut promulguée par le plus jeunes des Gracques, ni dans l'inscription découverte à Bautia, et qui est du même temps. Le premier document qui en parle est l'éloge de C. Claudius Pulcher, consul en 662, 92 av. J.-C. (1) : il y est dit qu'il avait occupé le triumvirat monétaire en sortant de la questure, ce qui est contraire à l'usage établi dans la suite, et prouve en même temps qu'cà cette époque cette magistrature n'était encore qu'une commission extraordinaire (2). Un peu plus tard, en 669 ou 670 (85 ou 8i av. J.-C), Manius Fonteius fut questeur, après avoir été triumvir monétaire (3)-, et Cicéron, dans son Traité sur les lois, en 702 (52 av. J. C), parle de cette magistrature comme régulièrement constituée (fi) . Nous placerons donc entre les années 6o0 et 665 (104 et 89 av. J.-C.) l'établissement définitif de cette charge, confiée dès lors à trois magistrats. Il est probable qu'avant cette époque, lorsque le besoin s'en faisait sentir, on nommait une commission temporaire pour surveiller la fabrication des monnaies, de même qu'on chargeait des triumvirs ou des quinquévirs de conduire les colonies ou de diviser les champs ; quelquefois aussi on se contentait de confier cette surveillance, avec des pouvoirs spéciaux, à des magistrats déjà chargés d'une autre partie de l'administration, particulièrement à des questeurs.
(1) Orelli, no u69; Corp. inscr. lat. t. I, p. 279.
(2) o Uo fait analogue eut également lieu du temps de César; P. Paquius Scaeva reçut ex sénat us-consulto (par conséquent hors rang) après la questure, d'abord le déceravirat stilitibus judicandix, et ensuite la charge de quatuorvir capUalis (Momrasen, Inscr. regn. Neap. n° 3244 ; Henzen, n° 64o0). »
(3) Cic. Pro Font. I, 1 ; III, 6.
(4) Cic. De ley. III, 3, G.
« Cette hypothèse se trouve pleinement confirmée par l'étude des monnaies antérieures à Sylla. En effet, si ces magistrats eussent été régulièrement élus tous les ans depuis l'époque à laquelle on commence à trouver leurs noms sur les monnaies, un siècle environ avant la Guerre Sociale, nous aurions un bien plus grand nombre de noms de monétaires.
({ De plus, certains noms ne se trouvent que sur les pièces de cuivre, d'autres sur l'argent seulement, quelques-uns sur des victoriats, d'autres sur des quinaires, et même sur le bes et le dodrans seulement (1) ; tous ces faits semblent bien indiquer que la fabrication des monnaies n'était pas régulière et qu'il n'y avait d'émission générale ou partielle que de temps à autre, suivant les besoins de la caisse publique ou ceux du commerce. Nous ne savons pas si, dès l'origine, ces magistrats furent toujours au nombre de trois. On n'en voit, il est vrai, qu'un seulmentionné sur la plupart des monnaies, mais on ne saurait douter qu'il n'y en eût plusieurs, par analogie avec les autres fonctions du même genre que l'on voit toujours confiées à un collège composé de plusieurs membres. Il y a même de fortes raisons pour croire que dès leur institution ils ont été au nombre de trois. »
Claudius Pulcher, dans son elogium^ prend le titre de III- VIR- A-A-A- F- F, attestant ainsi qu'il avait deux collègues, et c'est toujours isolément qu'il signe des monnaies de son nom, C PVLCHER (2). C'est là, du reste, la règle la plus habituelle, l'inscription du nom de chacun des mo-
(1) Ce dernier est celui de C. Cassius Longinus, monétaire un peu après 113 av. J.-C. : Cohen, MC, pi. lu, Cassia, n^^S et 3; Mommsen, n» 157.
(2) Cohen, MC, pi. xii, Claudia, n° 2; Moramsen, n° 17G.
nétaires séparément sur des espèces différentes ; nous l'avons déjà signalée plus haut (dans ce livre, chap. i, § 6, 3), en yreconnaissant l'application de ce principe du droit public des Romains que, lorsqu'il y avait simultanément plusieurs magistrats pour une môme fonction, chacun d'eux agissait indépendamment de ses collègues, avec la plénitude de l'autorité et de la responsabilité. Mais on lit aussi quelquefois les noms des trois monétaires en fonctions en même temps, écrits ensemble sur des monnaies antérieures à Sylla. Les collèges de triumvirs dont on connaît ainsi la composition complète sont les suivants, pour lesquels il y a des pièces présentant tantôt les trois noms ensemble, tantôt deux, tantôt enfin un seul :
Q. MARctu6-(ou simplement Q. M.) — C, Fabius (?) — L. Rustius (?) (1).— Entre 6i0 et 650 de Eome (114 et 10-4 av. J.-C).
M. CALIDIW5 — Q. METEllus — CN. FOLViu^ (2). — Même période historique.
CN- DOmtius — M- S\LAnus — Q- CVRTU/5 (3). — même période historique.
(1) On n'a de ce collège que des pièces réunissant les trois noms : Cohen, MC, pi. xxvi, Aîarcia, n" 2; Mommsen, n" 16o.
(2) On n'a non plus de ce collège que des pièces où se lisent à la fois les trois noms : Cohen, MC, pi. vu, Calidia,ei pi. xviii, Fulvia; Mommsen, n" 166.
(3) Pièces de cuivre aux trois noOiS réunis : Cohen, MC, pi. liv, Curtia, n°s 1-4, Mommsen, n° 167 d-h;
Denier de M. Silanus et Q. Curtius : Cohen, MC, pi. xvi, Curiia; Mommsen, n" 167 6,
Denier de Q. Curlius et Cn. Domitius : Riccio, Monele délie famiglie d Roma, Prim. si'ppltiii. p. 8; Cavedoni, Bullett. arch. Napol. nouv. sér. t. V, p. 126; Mommsen, n° 167 c.
Denier de Cn. Domitius seul : Cohen, MC, pi. xvi, Domitia, n°3; Mommsen. n" 167 a.
L. METEL/ws — A. ALBmu5. Spiirii, Filius — C- MAL- Leolus (I). — Entre 650 et 660 de Rome (104 et 9i av. J.-C.) (-2).
La fixation du nombre des magistrats monétaires à trois, à partir du moment où ils furent compris dans le cadre des fonctions permanentes et régulières, ainsi que la ressemblance de ces commissions avec les commissions agraires, achève de rendre presque certain que les commissions monétaires constituaient déjà un triumvirat quand elles n'étaient encore que temporaires et établies seulement à intervalles irréguliers pour des nécessités déterminées.
(1) Denier aux trois noms : Cohen, MC, pi. vin, Cœcilia, n» i; Mommsen, n" 191, a.
Deniers de C. Malleolus seul : Cohen, MC, pi. xxxiii, PuLlicia, n°''2 6; Mommsen, n° 167, b et c.
Deniers de A. Albinus seul ; Cohen, MC, pi. xxxv, Pastumia, n°s 2 4; Mommsen, n" 167, d et e.
(2) Vers le temps de Sylla, nous connaissons encore deux commissions de triumvirs dont les noms se irouvent réunis sur certaines pièces.