‹ La monnaie dans l'antiquitéChapitre 17 sur 49 · NOMS GÉNÉRIQUES DE LA MONNAIE CHEZ LES ANCIENS · texte numérisé non relu

NOMS GÉNÉRIQUES DE LA MONNAIE CHEZ LES ANCIENS

1. Ces noms sont, chez les Grecs, àpyupiov, vo'[u<j[/.a, Xpïîpwmt; chez les Romains, aes, pecunia, moneta, nummus, nomisma, philippi. L’étude de leurs origines et de leurs emplois peut donner lieu à quelques observations qui ne manquent pas d’intérêt.

hpyupiov dérive d’apyupo;, « argent », comme ^pûatov et y£kx.i ov, désignations spéciales des monnaies d’or et de cuivre, de xpuoo; et yalxdç. Mais, comme le remarque Eustathe (1), «on dit «pyupiov même quand il s’agit de pièces d’or. » En effet, ce nom s’est appliqué de bonne heure (2) à toute espèce de monnaie, quel qu’en fût le métal, parce que la masse principale de la circulation métallique chez les Grecs consistait en argent; c’était pour eux le métal étalon (vey. livre II, chap. i, § 2). De même, chez les Romains, on continue à dire aes dans un

(1) In lliad. p. 1205.

(2) On rencontre déjà le mot avec cette acception chez Thucydide, Xénophon et Aristophane.

PROLÉGOMÈNES

sens général pour toute sorte d’espèces monnayées (1), alors que l’on frappait de l’or, de l’argent et du cuivre, en souvenir du temps où la République ne connaissait que le monnayage du cuivre (voy. livre VII, chap. n, § 1 et 3). De là l’emploi du mot aes à la place de slipendium pour désigner un salaire, une solde, l’expression aes alienum pour dire une dette, et la formule épigraphique ÆRE CONLATO en parlant d’un monument élevé par souscription. Aes est aussi la racine à’aestimare. « En termes de droit, dit Ulpien (2) , aes s’applique même à des monnaies d’or. »

2. Xpvigara indique la monnaie comme la représentation de la valeur des choses, comme la richesse par excellence. C’est en ce sens qu’on lit dans Pindare (3) : « De l’argent, de l’argent, s’écrie celui à qui manquent du même coup ses biens et ses amis : »

XpvijxaTra, yyf\p.ax', àvrçp

“Oç ça xTsavcov 0’ ap.a XeitpOsl; zal cpiXcov.

Horace (à) a exprimé une idée analogue :

Scilicet uxorem cum dote, fidemque et amicos ,

Et genus, et formam regina pecunia donat ,

Et bene nummatum décorât Suadela Venusque.

(1) Terent. Phortn. III, 2, 26 : Ancilla aere su) empta. — Virg. Ecl. I, 36 : Gravis aere domum mihi dextra redibat. — Horat. Epist. I, 7, 23 : Nec tamen ignorât quid distent aéra lupinis. — Horat. Art. poet. 345 : Hic meret aéra liber.

(2) Etiam aureos nummos aes dicimus : Digest. L, 46, 459.

(3) Islhm. II, 47.

(4) Epist. I, 6, 36-38.

« Nous appelons vip’-ava, dit Aristote (1), toutes les choses dont la valeur peut se mesurer en monnaie. » C’est de là que le mot est passé à l’expression de la monnaie elle-même, qui sert de règle à cette valeur. Pollux (2) fait une remarque à enregistrer au sujet de l’emploi grammatical de ce mot : et II est bon d’ajouter à ce que nous disons des monnaies que les Attiques, lorsqu’ils veulent les désigner, emploient le mot au pluriel, réservant le

singulier Pour dire une ch°se ou un bien, tandis que les Ioniens s’en servent aussi pour dire la monnaie. » Ce qu’il rapporte ici de l’usage ionien est confirmé par un exemple chez Hérodote (3).

3. Le latin pecunia possédait originairement un sens du même genre. Comme peculium, il dérive de pecus, « bétail». « Il n’est pas étrange, dit très-exactement Festus (4), que ces mots d’usage si fréquent dérivent du bétail ; chez les anciens, c’est en bétail principalement que consistaient les richesses et les patrimoines, de telle façon que nous disons encore pecunia et peculium. »

Chez tous les peuples primitifs, avant l’adoption du signe métallique, le bétail servit d’étalon à la valeur des choses, et ceci est particulièrement positif chez les nations de race aryenne (5). Les évaluations de la valeur des objets

(1) Ethic. IV, I, ,

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