‹ La monnaie dans l'antiquitéChapitre 2 sur 49 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

mais insuffisamment éclairé, ne se doutent même pas de 1 intérêt scientifique supérieur qu’ils pourraient relier à leurs goûts de curieux, et cela faute d’un livre qui ait éveillé leurs idées à ce sujet ! En même temps, pour ma part, j’ai été souvent surpris du peu de parti que les historiens et les économistes tirent des matériaux amoncelés par les numismatistes, matériaux dans lesquels ils trouveraient tant de richesses à mettre en œuvre, tant de renseignements dont l’absence laisse dans leurs écrits de notables et fâcheuses lacunes. Mais j’étais bien obligé ensuite, quand je cherchais à me rendre compte des causes de l’ignorance dans laquelle reste le public au sujet d’une des branches les plus capitales et les plus attrayantes de la science des antiquités, de reconnaître que la faute en était surtout aux numismatistes, qui depuis bien longtemps ne se sont pas suffisamment préoccupés de mettre leurs études à la portée des profanes, non plus que d’en donner une synthèse dont pussent facilement profiter ceux qui ont besoin de demander à la numismatique quelques-uns de ses résultats, sans cependant avoir le temps ou la possibilité de s’y donner d’une manière spéciale.

C’est l’absence de tout traité général de numismatique résumant les progrès consommés depuis Eckhel,

et le sentiment de l’utilité pratique que présenterait 1 • **

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un tel livre, quelque imparfaite qu’en fût la réalisation, qui m’ont enhardi à publier les leçons que pendant deux années successives j’avais consacrées à l’étude des médailles dans la chaire d’archéologie près la Bibliothèque nationale. J’y étais, d’ailleurs, encouragé par les conseils bienveillants d’amis dont l’opinion a pour moi la plus haute autorité , tout spécialement par ceux du savant éminent dont j’ai écrit le nom sur la première page de ce livre. En donnant la forme ‘d’une rédaction définitivement arrêtée aux notes de mon cours, et en les révisant une dernière fois avant de les livrer à l’impression, je me suis efforcé de faire de mon mieux. Pourtant, je dois le déclarer ici, je sais autant que personne tout ce qui manque à cet ouvrage, et j ’ai le sentiment profond de l’insuffisance avec laquelle j’ai rempli le programme que je m’étais tracé. Mais j’espère du moins que, telles quelles sont, ces leçons, faute d’un livre mieux fait, pourront être de quelque utilité.

La nouveauté même de l’entreprise pourra, d’ailleurs, dans une certaine mesure, me servir d’excuse, si je m’y suis montré trop inférieur. C’est la première fois que la numismatique a fait l’objet d’un cours public. Et même, lorsque je commençai mes leçons, un des savants qui tiennent aujourd’hui le premier rang dans cette étude m’exprimait des doutes sur la possi-

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bilite de ramener aux formes de l’enseignement professoral une science où la multitude et la variété des faits à observer semblent quelquefois défier les tentatives de synthèse, où le tact et la finesse de l’appréciation personnelle tiennent une place si considérable. Sans doute, il eût été enfantin de prétendre former par des leçons de ce genre des numismatistes pratiques. Ce ne sont ni les livres ni les professeurs, c’est l’étude directe et le maniement prolongé des monuments, développant certaines aptitudes naturelles, qui peuvent seuls apprendre à discerner d’un coup d’œil sur une monnaie réellement antique d’une falsification moderne. Il y a des facultés particulières que développe la pratique familière des antiquités originales, et qui sont les plus nécessaires de toutes en archéologie, quelle que soit la branche que l’on entreprend de cultiver. G est une éducation de l’œil que rien ne remplace et qu’il faut s’efforcer d’acquérir soi-même, en recourant aux grandes collections, en regardant souvent les monuments qu’elles renferment, de manière à en saisir les moindres détails, en s’y exerçant à cette minutieuse analyse qui permet seule d’en comprendre le caractère général, en les comparant entre eux et en étendant chaque jour le cercle de ses rapprochements. C’est seulement ainsi que le numismatiste, en même temps qu’il acquiert le sens critique

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de l’authenticité des médailles, parvient à ce degré de précision dans ses appréciations dont il ne saurait se passer et qui lui permet, à l’examen d’une pièce nouvelle et encore inconnue, qu’il s’agit de classer, d’en déterminer l’âge et la patrie d’après le style et la fabrique, sans avoir besoin d’autre témoignage. Une semblable gymnastique de l’œil et du tact est ce qui forme le connaisseur pratique dont doit être doublé tout savant vraiment digne de ce nom en matière d’archéologie monétaire, et ce qu’elle apprend ne saurait être enseigné par aucun professeur, non plus que par aucun livre.

Mais ce que l’on est en droit de demander à l’enseignement et aux livres, ce sont les principes fondamentaux de la méthode d’interprétation scientifique des monuments que l’observation pratique met seule à même de connaître. C’est aussi la synthèse des faits jusqu’à présent constatés, ramenée à des notions générales 5 ce sont les grandes lignes du tableau d’ensemble qui ressort du rapprochement de cette multitude de faits, et, si l’on peut ainsi parler, les lois qui en découlent. C’est enfin l’apport que la numismatique est en état de faire dès à présent au fonds commun des sciences d’érudition. Voilà ce que j’ai essayé d’exposer dans mes leçons et ce qui me fait espérer qu’elles pourront, tant bien que mal, combler en partie

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la lacune que j'ai signalée, le manque d'un traité d’ensemble sur l’étude des médailles antiques d’après ses derniers progrès.

Les conditions mêmes de l’enseignement public m'ont ainsi amené à m’occuper, comme j’ai voulu, du reste, l'indiquer dans le titre du présent ouvrage, de la monnaie envisagée à un point de vue général chez les Grecs et chez les Romains, plutôt que des monnaies antiques considérées dans leur infinie variété. De là le cadre qui s’imposait presque nécessairement pour cet essai de résumé synthétique.

J’ai divisé mon étude en huit livres, comprenant chacun un nombre plus ou moins grand de chapitres ; mais ces livres se groupent naturellement, cinq d’un côté et trois de l'autre, en deux plus grandes divisions, qui correspondent aux deux années successives du cours. Ce sont, comme diraient les Allemands, la partie systématique et la partie historique.

Dans la première partie, j’ai pris pour guide la lumineuse distinction empruntée par Isidore de Séville (1) aux jurisconsultes romains : « Il y a trois choses essentielles dans la monnaie, la matière, la loi, la forme 5 en l’absence de l’une d’elles, il 11’y a plus, à proprement parler, de monnaie. » Après un rapide coup

(1) Orig. XVI, 17.

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