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PRÉFACE
d’œil consacré à quelques questions préliminaires, telles que la définition des classes spéciales de monuments numismatiques que nous devions laisser de côté dans cette étude, comme n’étant pas des monnaies, les noms génériques de la monnaie chez les anciens et les origines de son usage, j’examine successivement les espèces monétaires du monde antique dans ces trois éléments constitutifs de la matière, de la loi et de la forme, en les embrassant dans une vue d’ensemble chez tous les peuples qui en ont frappé, depuis l’invention même de la monnaie jusqu’au moment où les rois des Barbares, établis dans l’Occident à la suite des invasions, répudièrent, sur les pièces qu’ils émettaient, toute trace de la suprématie impériale. Car ce sont là les deux faits qui délimitent dans le temps la numismatique ancienne, que j’avais seule à étudier ici. Au delà commence celle du moyen âge.
La matière, ce sont les métaux employés à l’usage monétaire, leurs valeurs respectives et les ' alliages qu'on leur donnait pour les rendre plus propres à la circulation ; ce sont aussi les substances, sans valeur intrinsèque correspondant à la valeur nominale que l’on y assignait, qui ont été employées à certaines époques à faire des monnaies purement fiduciaires, véritables assignats; ce sont enfin les procédés matériels de la fabrication des espèces métalliques par le
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moyen de la frappe ou de la fonte. La loi dans les monnaies comprend avant tout les règles de droit public qui, aux diverses époques et dans les différents pays, ont déterminé la possession et l’exercice du privilège d’émission monétaire par telle ou telle forme de la puissance publique. C’est encore la constitution des différentes magistratures auxquelles ont été remis la direction et le contrôle des opérations monétaires, l’un des attributs les plus essentiels de la souveraineté et l’un de ceux en même temps qu’il importe le plus qui soient sagement réglés, mis à l’abri des fantaisies de l’arbitraire et de la mauvaise foi. Et à cette partie du sujet se rattachait naturellement, de telle façon qu’on n’eût pu l’en séparer sans inconvénient, tout ce qui touche à l’organisation des ateliers monétaires ainsi qu’à la condition des ouvriers et des graveurs des monnaies dans le monde grec d’abord, puis dans le monde romain. La vaste question des systèmes monétaires rentre aussi dans le domaine de la loi. Mais j’ai dû la réserver pour la seconde partie de l’ouvrage, car c’est seulement au point de vue historique et dans l’enchaînement successif des époques qu’elle peut être utilement examinée. Quant à ce qui est de la forme dans les monnaies, elle consiste avant tout dans deux éléments principaux, dont nous avons essayé de définir les conditions
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générales, Hiistoire et les développements, les types et les légendes. Les surfrappes, les contre-marques et les autres faits du même genre rentraient naturellement dans les particularités de la forme, et nous avons dû y faire aussi une place à part aux plagiats, aux imitations par les peuples civilisés ou barbares des monnaies qui trouvaient un cours de faveur auprès du commerce, à cause du développement très-considérable que ces imitations, d’une nature médiocrement loyale, ont tenu dans le monnayage de l'antiquité comme dans celui du moyen âge. Il m’a également semblé utile, à cause de la nouveauté du sujet et de 1 absence de tout manuel où les amateurs de médailles pussent trouver groupées les données qui leur sont indispensables sur cette matière, de consacrer un livre spécial à l’une des questions particulières qui se rattachent au point de vue de la forme, je veux dire à la paléographie monétaire proprement dite. Le lecteur y trouvera résumés les faits de l'histoire des écritures grecque et latine dont la connaissance est nécessaire aux numismatistes, puis les autres alphabets orientaux et occidentaux employés dans des légendes monétaires, avec les valeurs de leurs signes et des exemples qui permettent de s’exercer à la lecture.
On le voit, cette première partie, systématique, n est autre que les Prolegomena generalici d'Eckhel,
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élargis , développés et mis autant que possible au niveau de l’état actuel de la science. Ce que nous y envisageons , ce sont les faits d’un caractère fondamental et universel, qui constituent l’essence môme de la monnaie sous la variété multiforme de ses espèces, au lieu des différences qui distinguent chacune de celles-ci. Ainsi, quand il s’agit des types, ce que nous avons dû chercher, ce n’est pas à donner une idée de leur variation presque infinie, des détails qui les différencient, c’est au contraire à les ramener à un certain nombre de grandes classes , à dégager les règles de convenance esthétique qui ont dirigé les artistes "dans leur composition, et à déterminer les ordres d'idées dans lesquels on les a généralement choisis, leur caractère avant tout religieux, ainsi que les progrès de la tendance qui conduisit ensuite à les rendre historiques , allusifs aux événements contemporains, tendance qui ne devint prédominante que sous les empereurs romains. Nous'avons été même amenés, par la force des choses, à donner dans nos observations aux faits légaux et .économiques , à qui appartient surtout le caractère de généralité , un développement plus grand qu’aux faits purement numismatiques, où se marquent surtout les variétés de détail.
Pour la seconde partie, historique, j’avais deux modèles que je devais m’attacher à imiter et à suivre,
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Y Histoire de la monnaie romaine de M. Mommsen et le livre de J. Brandis sur les systèmes monétaires de l’Asie antérieure jusqu’au règne d’Alexandre le Grand. Ce que ces deux savants ont si bien fait sur des sujets limités et des séries spéciales, j’ai essayé de le généraliser et de l’étendre à la totalité du monnayage antique. Il m’a fallu seulement, par suite de l’élargissement du cadre à remplir, adopter une forme plus résumée, me borner davantage aux grands traits et donner moins de place aux détails. Dans cette partie donc, au lieu de prendre la monnaie antique dans son ensemble pour étudier séparément chacun de ses éléments constitutifs, je procède par époques et par pays, m’efforçant de déterminer l’histoire, la succession et les vicissitudes des différents systèmes monétaires qui ont régné dans l’antiquité, et je consacre une revue rapide aux séries numismatiques qui représentent l’application de ces systèmes. Les divisions sont ici données par la chronologie et la géographie. Dans le monnayage autonome du monde oriental et grec, je distingue trois grandes périodes qui m’occupent successivement, de Pinvention de la monnaie à Darius fils d’Hystaspe, de Darius à Philippe et Alexandre de Macédoine, enfin d’Alexandre à la conquête romaine, et dans chacune de ces époques mes études se distribuent géographiquement par régions.
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Revenant ensuite aux origines pour pénétrer dans le domaine à part du monnayage italiote et romain, je retrace la formation du système de Yaes grave en Sicile et en Italie, et les principes nouveaux auxquels donne lieu la combinaison de la monnaie d’argent d’origine grecque avec l’usage indigène d’employer le cuivre pris au poids comme instrument des échanges. J'examine après cela les débuts du monnayage de l’argent à Rome, où il s’introduit plus tard que partout ailleurs, et je suis les développements de la monnaie romaine au fur et à mesure de l’extension de la puissance de la cité-reine, qui absorbe graduellement l’universalité du monde antique en le courbant sous le niveau de la domination. Cette étude historique de la monnaie romaine, où mon premier guide a été naturellement M. Mommsen, embrasse la série de la République et celle de l’Empire, jusqu’à l’émancipation définitive, monétaire comme politique, des rois barbares de l’Occident. Ici encore, ce sont les grands événements de l’histoire qui me fournissent les divisions, par l’influence qu’ils exercent sur le monnayage. Les espèces frappées en dehors du système monétaire romain, conformément aux données des anciens systèmes de drachmes grecques, soit dans les provinces directement soumises à Rome, soit dans les royaumes simplement vassaux, sont groupées à la