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(5) Voy. Rasche, Lex. r. num., à ce mot,
trois Monetae , que l’on figurait ensemble, à cause des trois métaux dans lesquels on frappait le numéraire circulant (voy. livre II, cliap. i, § 1, 1).
Le mot latin passa sous la forme pv-ôra dans le grec des bas temps; mais on n’en rencontre pas d’exemple avant les Byzantins. Si une pièce d’Alexandrie à l’effigie de Commode (1) laisse lire MON H TA, c’est comme nom de la personnification allégorique de la monnaie, dont cette légende accompagne l’image. Nous trouvons aussi le mot dans le Talmud , où il n’a pas dû venir directement du latin, mais s’introduire par l’intermédiaire du grec.
Les temps modernes nous offrent aussi quelques exemples de noms de monnaies, dérivant de lieux de fabrication, et prenant ensuite un sens très-général. L’histoire en est tout à fait parallèle à celle du mot moneta.
Notre français maille et l’italien medaglia, absolument synonymes à l’origine (voy. plus haut, chap. j, § 1, 1) et désignant l’obole ou demi-denier, dérivent tous deux , chacun suivant les lois de formation de la langue à laquelle il appartient, du mot de basse latinité medallia. L’étymologie généralement admise, celle qu’enregistre encore M. Littré, rattache ce dernier mot à metallum; mais ce n’est pas à titre d’espèce métallique que la plus petite monnaie d’argent du moyen âge a été ainsi désignée. Du Cange (2) a établi que medallia, qui appartient exclusivement à la langue du moyen âge et ne se rencontre pas avant les temps carlovingiens, provenait des deniers et des oboles d’argent de Melle en Poitou, frappées sous les successeurs
(1) Mionnet, t. VI, p. 344, n° 2407.
(2) Glossar. inf. ht. s. v.
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de Charlemagne et portant, comme désignation de leur lieu d’émission, l’inscription METALLVM ou METALLO. Ces pièces ont été fabriquées en quantités énormes, par suite de l’importance des mines d’argent exploitées à Melle pendant plusieurs siècles (1); elles ont constitué le principal numéraire circulant en Occident pendant la première partie du moyen âge. A tel point que leur légende indicative de localité fut copiée dans beaucoup d’endroits où elle n’avait plus de sens, afin que le public vît toujours sur les pièces le mot auquel il était habitué, qui tournait à devenir dans ses habitudes un nom de cette monnaie. C’est de la même façon que l’on copia dans les lieux les plus divers le TVRONVS CIVIS des deniers tournois , qui, eux aussi, durent leur nom à leur premier siège de fabrication, la ville de Tours. L’origine que nous indiquons pour le mot medallia rend seule compte d’une manière exacte delà présence du cl au lieu d’un t. En effet, M. Lecointre-Dupont a prouvé (2) , par la publication d’un triens d’or, qu’à l’époque mérovingienne Melle portait le nom de Medolus ou Medolum, au lieu de Metallum, en latin «lamine», forme allusive, et résultant d’une fausse explication du nom, qu’on peut mettre sur le compte des érudits du temps de Charlemagne. Le d de Medolus est resté dans la tradition populaire et reparaît dans la forme, également populaire, medallia, et en se servant de cette forme au lieu de metallia, pour désigner l’obole de Melle, le langage inconscient du peuple, comme il arrive quelquefois en pareil
(1) Rev. num. 1841, p. 230.
(2) Essai sur les monnaies du Poitou, p. 55; cf. d’Amécourt, Annuaire de la Société de numismatique, t. III, p. 312.
cas, était plus conforme à la vérité étymologique que l’essai de correction des demi-savants.
Lorsqu’au xvie siècle on mit en exploitation les mines d’argent du Joachimstlial, en Bohême, la plus grosse pièce de la monnaie impériale frappée avec le métal de ces mines reçut le nom de thaler, proprement « monnaie de la vallée » (1). La notion de l’origine du nom s’oblitérant rapidement, l’usage s’en généralisa dans toute l’Allemagne, et thaler y devint la désignation universelle d’une taille monétaire déterminée , celle de ces fortes pièces, en quelque lieu qu’elles fussent frappées et que le métal en vînt de telle ou telle origine. Le nom même se répandit au loin, par les voies du commerce, avec la monnaie qu’il désignait, et, en se naturalisant dans d’autres langues, il finit par y désigner des pièces qui n’ont de commun avec le thaler allemand qu’une approximation de valeur. C’est ainsi que thaler , perdant toute trace de sa signification étymologique primitive, est devenu le i-aXapov oriental, qui désigne la piastre espagnole ou colonnate (2). Même, au delà de l’Atlantique, il a donné naissance au nom du dollar américain, qui n’est plus une pièce d’argent, mais une taille d’or dont la valeur se rapproche dans une certaine mesure de l’ancien thaler allemand. A côté de thaler , dans les premiers temps, on disait aussi joachimsthaier . C’est ce dernier nom qui, après s’être altéré dans le langage populaire de l’Allemagne elle-même en jochenlhaler, devint en
(1) J. G. Wachter, Glossar german. p. 1680.
(2) Quand on veut désigner les anciens thalers allemands qui circulent dans le Levant concurremment avec la piastre espagnole, on ajoute l’épithète d’ « allemand », -ràlapov yepixavixov, tandis que le simple tdUapov désigne la pièce d’Espagne ou du Mexique.
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français jocondale (1), expression usitée au xvie siècle pour désigner toute espèce de grande pièce d’argent d’Allemagne, de Hongrie ou de Hollande (2). Le dernier exemple où on le rencontre est l’Ordonnance royale de 1577 sur le cours des monnaies étrangères ; mais le Dictionnaire français-anglais de Randle Cotgrave (imprimé à Londres en 1660) l’enregistre encore. Depuis longtemps il a disparu de l’usage.
(1) La corruption s’est faite ici sous l’influence du flamand, comme celles de reichsthaler en rixdale et de lœwenthaler en léondale.
(2) Longpérier, Rev. mm. 1874, p. 110 et s.