‹ La monnaie dans l'antiquitéChapitre 24 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

(3) Ad. Corp. inscr. graec. n° 2374.

(4) Æginet. p. 63.

(5) Fasti hdlenici, 1. 1, p. 248 et s.

(6) History of Greece, 2e édit. t. Il, p. 423 et s.

(7) Beilrcifje zur Griechischen Alterthumsltunde, p. 18.

(8) Ceci s’accorderait avec les indications d’un passage d’Hérodote (VI, 127), où d’autres ont vu une confusion entre Phidon, l’organisateur des poids et mesures, et un second roi d’Argos homonyme, de date postérieure (O. Millier, Dorier, t. II, p. 113 et s.).

(9) Griechische Geschichte, 1. 1, p. 206-209.

3. L’argument tiré de la priorité de l’Asie sur la Grèce dans la plupart des inventions, argument décisif en d’autres cas, ne saurait être invoqué ici avec la même autorité en faveur de la Lydie. En effet, nous venons de le voir, l’Asie ancienne ne connaissait pas la monnaie revêtue d’une empreinte officielle, la monnaie seule complète et digne de ce nom. Il s’agit d’une invention étrangère à ses traditions. Dès lors, si l’on peut invoquer dans un sens le rôle initiateur par lequel la civilisation lydienne exerça tant d’action sur les débuts de la culture hellénique, on est en droit d’objecter, en matière de monnaie, que l’influence toute-puissante des exemples asiatiques sur la Lydie serait plutôt contraire à ses prétentions.

En même temps, il semble qu’il y ait à tirer un argument de quelque poids en faveur de la priorité d’Egine, de l’originalité complète de son système monétaire. En dépit des efforts de Brandis et de M. Barclay Head pour l’y rattacher, le statère d’argent de 12 gr. 60, qui sert de base au monnayage d’Égine, ne peut pas être ramené à une dérivation du système de poids babylonien (voy. livre YI, chap. il, § 3), source de tous ceux de l’Asie Mineure et de la Phénicie, et par suite de tous les autres étalons monétaires de la Grèce (livre YI, chap. il, § 2). C’est un étalon complètement national et sui juris , et c’est aussi le systène éginétique qui a introduit dans l’échelle des divisions monétaires des Grecs celles de la drachme et de l’obole, inconnues à l’Asie, où le statère ou sicle se divisait autrement. Ce système pondéral et monétaire d’Égine, et ceci contribue encore à le caractériser comme le système indigène par excellence des Hellènes, est celui qui prévaut d’abord dans toute la Grece européenne, celui d’après lequel on mesure le poids des mé-

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taux précieux a Athènes jusqu’à la réforme de Solon (voy. livre VI, chap. ni, § 3). Les colonies chalcidiennes' de 1 Italie, les plus anciennes colonies grecques de cette région, avaient emporté avec elles de la mère-patrie, au moment de leur fondation, le système du poids éginétique, d apres lequel elles ont ensuite fabriqué leurs monnaies.

Il paraît assez probable que si Égine avait imité des monnaies antérieurement frappées en Asie Mineure, elle aurait rattache ses poids à l’un des courants sortis de la source babylonienne, comme le sont tous les systèmes monétaires qui ont plus tard supplanté l’éginétique dans les différentes parties de la Grèce. Ainsi l’originalité de l’étalon monétaire d’Égine paraît en faveur de la tradition qui le fait remonter à Phidon et qui représente ce prince comme antérieur à l’avénement des Mermnades en Lydie.

Nous avons des indications positives sur l’existence d’un système de mesures de longueur, absolument indigène et indépendant de la source asiatique, dans le Péloponnèse, à. une époque fort ancienne. C’est celui qui procède par; pied, pas (Spsypac) et corde (v/Æ/oç), dont l’usage fut em- 1 porté en Italie par les Parthéniens de Sparte, fondateurs i de Tarente en 708 avant Jésus-Christ, et qui est encore ’ employé dans les Tables d’Héraclée (1). Brandis (2) a supposé que l’œuvre de Phidon avait consisté à y substituer le système, d’origine babylonienne, de la coudée, du plèthre et du stade; mais il est plus vraisemblable d’admettre qu elle fut une reforme et une régularisation de l’ancien système indigène, auquel devaient se rattacher

(1) Corp. inscr. graec. t. III, p. 711.

des poids également originaux, que nous retrouverions dans le statère et la drachme d’Égine (1).

Cependant il faut reconnaître que l’indépendance de l’étalon monétaire d’Égine par rapport à la source asiatique ne constitue réellement qu’une certaine présomption en faveur de la priorité du monnayage de cette île sur celui de la Lydie, non une preuve absolue. Car Pbidon a pu, tout én copiant une invention des monarques lydiens, ne pas tailler ses monnaies sur le modèle des leurs et les régler d’après la mesure pondérale dont on se servait avant lui dans le Péloponnèse pour les métaux précieux servant aux échanges sous forme de lingots.

4. Nous ne trouvons donc aucune raison décisive pour trancher la question des inventeurs de la monnaie entre les Lydiens et les Éginètes, sans recourir aux monuments numismatiques eux-mêmes. L’étude de ceux-ci nous confirme tout d’abord la haute valeur des deux traditions entre lesquelles on hésite. Il est incontestable qu’aucune des séries monétaires de l’antiquité ne présente de spécimens aussi anciens que ceux qui forment la tête de la suite des pièces d’argent d’Égine et de celle des pièces d’électrum des rois de Lydie. Que l’on prenne d’un côté les statères d’argent au type de la tortue de mer, dont le poids s’élève un peu au-dessus de 12 gr. 60 et dont le flan, au lieu d’être plus ou moins circulaire, a encore la forme allongée des ôosXtav.ot de l’âge antérieur (2) (voy. livre YI,

(1) Le multiple primitif en était probablement le pelanor , que nous retrouverons à Sparte (livre II, chap. h, § 2).

(2) Yoy. le spécimen gravé dans Mionnet, Suppl, t. III, pl. XVIII,

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chap. ni, § 3), de l’autre les premières monnaies d’électrum lydiennes, en forme de lingot ovoïde un peu aplati sur les côtés, qui n’ont pas encore de type au droit, mais seulement une surface striée, et dont le revers olfre, profondément marquée en creux, l’empreinte de trois poinçons régulièrement disposés, dans l’un desquels on distingue le renard du grand dieu de la Lydie, Bassareus (1) (voy. livre VI, chap. iii, § 1), il n’y a pas moyen de douter qu’avec ces pièces on ne se trouve en présence des monuments vraiment primitifs de l’art du monnayage. Les uns et les autres appartiennent sans contestation à la première moitié du vif siècle avant l’ère chrétienne. Qu’ils soient d’Egine ou de Lydie, ils dépassent en antiquité les plus vieilles monnaies de toutes les autres contrées. Mais on éprouve encore une certaine hésitation quand il s’agit de décider, entre les deux groupes de pièces, quel est le plus ancien. Le flan, ou, pour parler plus exactement, le lingot de l’électrum lydien est fondu avec une forme bien plus régulière que celui des statères d’argent éginètes; les poinçons du revers des pièces de Gygès sont gravés plus finement et d’un art plus avancé, plus maître de lui même, que celui du coin des pièces de Phidon. Les plus anciennes espèces d’Egine ont donc une apparence de grossièreté primitive qui pourrait, au premier abord, induire à croire qu’elles ont précédé celles de la Lydie. Mais il est difficile de s’arrêter à cet aspect plus grossier, à ces indices d’un art moins sûr, car il suffit pour l’expliquer de l’avance incontestable qu’à, cette période historique l’Asie Mineure avait sur la Grèce proprement dite, en fait de civilisation et de culture des arts.

(1) Num. chron. n. s. t. XIV, pl. VU, n° 1, et VIII, n° 1 ; F. Lenormant, Monnaies royales de la Lydie, pl. nos I et 2.

Ce qui est plus grave, ce qui doit primer les considérations de grossièreté plus ou moins grande dans l’exécution artistique, c’est que les pièces qui ouvrent la série royale de Lydie sont, bien moins complètement que celles qui commencent la série d’Egine, des monnaies remplissant toutes les conditions qui constituaient dans l’antiquité la forme extérieure du numéraire. Elles représentent la transition même entre l’ancienne forme de la circulation métallique de l’Asie par des lingots de poids exact, mais sans empreinte officielle, et la monnaie proprement dite. Ce sont encore des lingots, des pastilles d’or, yQoïdeç xpuo-oû, comme celles que plus tard on conservait à côté du numéraire monnayé dans les caisses du trésor public d’Athènes (1), mais des lingots poinçonnés par l’autorité publique de manière à leur donner cours légal, en garantissant leur poids et leur titre. Au point de vue économique, c’est donc déjà de la monnaie; ils en ont les caractères essentiels. Mais, au point de vue de la forme et des procédés de fabrication, l’invention du coin-matrice donnant un type en relief (voy. livre II, chap. iii, g 1) constituera un progrès capital, qui reste encore à accomplir et qui ouvrira une nouvelle période dans l’histoire du monnayage. Toute monnaie qui offrira la réalisation de ce progrès devra, quelle que soit la rudesse de son travail, être considérée comme postérieure, puisqu’elle appartiendra à un nouveau stage de l’art du monnayeur. Or, tel est le cas des plus anciens statères d’argent d’Égine. Bien que plus irréguliers de forme, ils sont plus formellement des monnaies, puisqu’ au poinçon en creux 'du revers ils opposent le type en relief produit par le coin-

(1) Corp. inscr. graec. n° 219 ; Bœckh, Staalshaushall , d. Athen. 2e édit, t. II, p. 76.

matrice, encore inconnu au temps de la fabrication de l’électrum de Gygès.

A en juger donc par les monuments numismatiques tels que nous les possédons actuellement (et sous réserve des changements que de nouvelles trouvailles pourraient apporter à ces conclusions), c’est Hérodote qui semble avoir raison quand il rapporte aux Lydiens la gloire de l’invention de la monnaie. Là, comme en tant d’autres choses, parmi les Grecs le père de l’histoire a été le mieux informé. Quant à Phidon d’Argos, dans l’établissement de son atelier à Égine, le mérite qui paraît devoir lui être reconnu, c’est d’avoir le premier en Grèce apprécié la valeur de l’invention que les Mermnades venaient de consommer en Lydie, et d’avoir ainsi doté la Hellade de sa première monnaie nationale. C’est aussi d’avoir été le premier à monnayer l’argent, tandis que l’Asie Mineure n’avait encore frappé de pièces que dans cet alliage naturel d’or qu’on appelait l’électrum (voy. livre II, chap. i, § 3). Parla il contribua beaucoup à populariser et à répandre l’usage de la monnaie, puisqu’ en lui permettant de représenter de plus minimes valeurs il l’associa davantage aux habitudes de la vie, en même temps qu’il créait la forme de numéraire qui demeura toujours pour les Grecs l’étalon de la valeur des choses (voy. livre II, chap. x, § 2) , le numéraire d’argent.

Du reste, il y a sans doute un sérieux intérêt à rechercher lesquels, des Lydiens ou des Éginètes, ont été les véritables inventeurs de la monnaie. Mais dans l’une ou l’autre hypothèse, et même en admettant, comme nous le faisons, que ce sont les habitants de la Lydie qui ont eu ici la priorité sur ceux de la Grèce, le fait essentiel, ressortant des monuments comme des textes, reste le même en ce

qui touche à la question de savoir la part que les grandes races de l’humanité ont eue à la création des institutions fondamentales de la civilisation. Ce n’est qu’entre deux peuples presque frères, deux peuples de la race hellénopélasgique, qu’il peut exister une dispute sérieuse pour l’honneur d’avoir inventé la monnaie. Cette invention si grande et si féconde, qu’elle ait eu Sardes ou Égine pour berceau, après avoir été inconnue à l’Égypte et aux civilisations plus anciennes de l’Asie sémitique ou aryenne, a pris naissance dans la culture qui s’est formée autour de la Mer Égée ; elle en a été une des créations les plus originales, une des contributions les plus précieuses que cette culture, qui devait atteindre quelques siècles plus tard son point culminant d’éclat dans la Grèce, a fournies à la civilisation générale de l’espèce humaine.

| 3. — Propagation de l’usage de la monnaie.

1. De ses deux foyers primitifs de la Lydie et d’Égine, l’usage de la monnaie, une fois inventé, rayonna rapidement dans toutes les parties du monde hellénique : de la Lydie dans les villes grecques qui jalonnaient la côte occidentale del’Asie Mineure (livre VI, chap. iii, § 1), et delà, en franchissant la mer, sur le littoral de la Thrace et de la Macédoine (livre VI, chap. iii, § 2); d’Égine dans toutes les parties de la Grèce continentale (livre VI, chap. iii, § 3) . Dès le milieu du VIe siècle, il n’y avait pas un pays où les Grecs fussent établis, dans lequel ils ne possédassent leur monnaie.

C’est des rois lydiens, qu’ils venaient de détrôner,

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que les Perses Achéménides prirent le modèle de leurs dariques (livre VI, chap. m, | 1). Au reste, l’usage de la monnaie ne se propagea que fort imparfaitement dans les provinces intérieures de l’empire (livre VI, chap. iv, § 2). Tant que régnèrent les Achéménides, la monnaie fut surtout répandue, parmi les contrées soumises à leur sceptre, dans celles qui entretenaient avec les Grecs des rapports journaliers. Dans les provinces plus reculées au milieu des terres, l’emploi du numéraire monnayé s’était très-incomplétement naturalisé, et la masse principale des métaux servant aux échanges circulait toujours au poids, à l’état brut, comme du temps des empires plus anciens de Mnive et de Babylone. Ainsi, tandis que le Lydien Pythès, tyran de Célènes, possédait, au rapport d’Hérodote (1), 3,993,000 dariques d’or (équivalant à 13,310 talents d’argent de poids persique ou 9,982 1/2 de poids lydophénicien) et seulement 2,000 talents (sans doute de poids lydo-phénicien) d’argent en lingots, dans le trésor royal de Suse, Alexandre trouva une valeur de 40,000 talents d’argent en métaux bruts et seulement une valeur de 9,000 talents d’argent en monnaie d’or (2). C’est en grande partie pour les services gouvernementaux, particulièrement pour la destination spéciale de la solde militaire, qu’ont été frappées les monnaies royales des Achéménides, l’or pour l’armée de terre et l'argent pour la flotte, car des textes et d’autres indications positives nous apprennent que chacun des deux métaux était affecté d’une manière spéciale au service de l’armée et de la ma-

(1) Vil, 28.

(2) Diod. Sic. XVII, 66 ; cf. Brandis, p. 249, note 9.

rine (1), composées presque entièrement de mercenaires ou de simples vassaux, dont il fallait s’assurer la fidélité par de gros gages.

Chez les Phéniciens, d’après les monuments parvenus jusqu’à nous, les émissions monétaires les plus anciennes semblent commencer vers le temps des guerres médiques (livre VI, chap. iv, § 2), lorsque les relations maritimes avec les contrées grecques, quelque temps ralenties, reprirent un caractère plus fréquent.

En Égypte, le premier qui battit monnaie, et cela pour l’usage des commerçants grecs et phéniciens de Memphis et de Naucratis, non pour celui des indigènes, puisqu’i s’agissait d’espèces d’argent et que le peuple égyptien, jusque sous les Lagides (livre VI, chap. vi, §1), conserva l’antique habitude nationale du cuivre compté en outens pondéraux, le premier qui battit monnaie fut le satrape Aryandès, que Darius, punit de mort dans des circonstances encore assez obscures, mais ayant trait à son monnayage (voy. livre III, chap. i, § 1) -

2. En Italie, ce fut aussi l’influence des Grecs et de leurs nombreux établissements qui fit connaître et adopter par les peuples indigènes l’emploi du signe monétaire dans leurs opérations de négoce. Les premiers essais de monnayage des Etrusques paraissent dus à l’imitation de pièces de l’Asie Mineure et aux relations avec la colonie grecque

(I) F. Lenormant, Monnaies royales de la Lydie , p. 33. — Les textes relatifs à ,1a paye en or des troupes de terre sont : Xenoph. Anabas. I, 3, 21 ; V, 6, 23 ; VII, 6, 1. — Pour la fabrication de pièces d’argent en vue de l’objet spécial du payement de la flotte, voy. livre VI, chap. iv, § 2.

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de Pise; mais la constitution définitive d’une monnaie d’or et d’argent, accompagnée d’un aes grave signatum coulé, n’eut lieu dans l’Etrurie que sur le modèle de ce qui se faisait chez les Grecs de Sicile et dans le siècle qui suivit la collision des deux flottes étrusque et syracusaire sous Hiéron Ier (livre VII, chap. n, § 2). L’as libralis romain est une imitation de Y aes grave étrusque, avec une certaine influence de l’art monétaire des Grecs de Cumes et de la Sicile (livre VII, chap. n, § 3).

Les colonies grecques portèrent jusqu’au fond du Pont- Euxin l’usage de la monnaie; mais il ne paraît pas s’être jamais beaucoup généralisé parmi les peuples barbares de ces contrées (livre VI, chap. vm, § 1). Dans tout le bassin du Danube, le monnayage des nations indigènes se compose d’imitations grossières des monnaies grecques qu’y apportait le commerce, principalement de pièces de Philippe de Macédoine ou d’Alexandre le Grand et de tétradrachmes de l’île de Thasos (livre VI, chap. vm, § 2). En Gaule également, la fabrication monétaire commence par des copies de pièces grecques introduites par la voie de Massalie ou de celles que fabriquaient les colonies helléniques de Rhoda et d’Emporiæ, dans le nord de l’Espagne; l’imitation des deniers romains s’y joint ensuite (livre VI, chap. vm, § 4).

Quant aux Carthaginois, c’est seulement le contact prolongé avec les Grecs de Sicile qui les décida à fabriquer des monnaies et à en adopter l’usage, étranger aux traditions antiques de la Phénicie, leur mère-patrie. Leurs premières pièces furent frappées en Sicile, d’après les systèmes monétaires siciliens, pour circuler exclusivement dans l’île et y subvenir aux nécessités militaires (livre VIT, chap. i, § 1). Même après la création de ce monnayage

siculo-punique, il se passa un certain temps encore avant que Carthage en vînt à émettre sur le continent africain une monnaie, taillée d’après le système pondéral qu’elle devait à ses fondateurs phéniciens (livre YI, chap. vu, § 1) .

A l’orient et au sud de l’Asie, dans la Bactriane et dans l’Inde (livre YI, chap. v, § 3), ce furent les conquêtes d’Alexandre qui portèrent, avec la civilisation grecque, l’usage de la monnaie ; nulle trace d’un semblable procédé d’échange ne se révèle dans ces pays avant l’arrivée des Grecs, et les monnaies nationales se rattachent par des signes incontestables aux modèles que les artistes hellènes avaient laissés, aussi bien qu’aux systèmes monétaires de la Grèce. La monarchie des Séleucides (livre YI, chap. V,

| 2) et son influence propagèrent l’art monétaire dans la Characène, dans une portion de l’Arabie (livre VI, ch. v,

§ h) et dans tout l’empire des Parthes (livre YI, ch. v, § 4). Les Sassanides, qui succédèrent à ces derniers, entèrent a leur tour leur monnaie sur celle des Parthes (livre VII, chap. v, § 1). Les Hébreux, du temps des Asmonéens, subirent l’impulsion commune, tout en accommodant les types à leurs préceptes religieux (livre YI, chap. v, § S).

Enfin l’influence romaine étendit l’usage de la monnaie à des pays où les Grecs ne l’avaient pas propagé (livre VII, chap. iv, § v, et chap. v, | 1) et prépara ainsi le monnayage des peuples modernes (livre VII, ch. vl, | 3 et 4).

Telle est, en peu de mots et à grands traits, l’histoire sommaire de la propagation de la monnaie chez les peuples anciens, histoire dont le développement formera la seconde partie de cet ouvrage. On voit que tout s’y rattache à une origine commune, au berceau que nous avons été amènes à chercher dans un des pays habités par la race hellénopélasgique et entourant la Mer Égée, en Lydie ou dans

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l’île d’Egine. La monnaie, comme l’alphabet, est une de ces inventions qui ont été faites une seule fois, sur un point déterminé de la surface terrestre, par uu peuple plus ingénieux que les autres, qui ont rayonné d’un centre unique dans toutes les directions et dont la diffusion peut se suivre pas à pas d’une manière certaine et complète. Du moins, la Chine seule fait exception à l’universalité du fait que nous formulons. Dans son lointain isolement, elle s’est créé à elle-même sa forme particulière de monnaie, sans paraître rien devoir à l’exemple d’autres peuples ; et, de bonne heure, elle l’a propagée dans les pays qui subissaient docilement son influence, comme le Japon et la Corée (voy. le chapitre unique du livre VIII). Mais la Chine est un monde à part et historiquement comme une autre humanité, qui a créé et développé sa civilisation d une maniéré indépendante, en inventant de son propre fond tout ce qui était nécessaire à sa vie. Elle est étrangère au cycle de l’antiquité dont nous sommes les héritiers.

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