ET DU CUIVRE
!• Dans l’antiquité, comme de nos jours, les trois métaux adoptés partout, d’un commun accord, comme instrument principal des échanges et signe représentatif de la valeur des denrées, étaient l’or, l’argent et le cuivre. Aussi les magistrats monétaires étaient- ils, à Rome, désignés par le titre de tresviriauro , argento, aere (1) flando feriundo (voy. livre III, chap. m, g 2), titre indiqué constamment sur les monnaies et dans les inscriptions par l’abréviation IIIVIR. A- A- A- F. F. (2). De là aussi le type des trois Monnaies (voy. livre I, chap. n, § 5), personnifiées pai trois femmes, tenant chacune la corne d’abondance d une main et une balance de l’autre, chacune ayant à ses pieds une masse de métal, type qui se reproduit sous presque tous les empereurs romains, à partir du règne de
(1) Tresviros vites censeo, audio capitales esse; mallem auro aere, argento essent : Cic. Epist. fam. VII, 18. - Aes, argentum aurumve publiée signanto : Cic. de Leg. III, 3, 7.
(2) Eckhel. D N, t. V, p. 61; Mommsen, M R, t. II, p. 45.
Commode (1). L’argent, pins répandu que l’or et formant la masse principale de la circulation dans le monde antique, moins encombrant en même temps que le cuivre et pouvant représenter une plus grande valeur sous un volume et un poids beaucoup moins consideiable, était cliez les Ciecs, comme chez la plupart des peuples modernes jusqu’aux dernières années, le véritable étalon monétaire (voy. , un peu plus loin, le § 2 de ce chapitre).
2. Dans toute l’Asie antérieure, depuis le temps des XVIIIe et XIXe dynasties égyptiennes jusqu’à celui du dernier empire chaldéen de Babylone (voy. livre I, cliap. m, § 1 ; livre YI, cliap. il, § 2) , le rapport habituel, et pour ainsi dire normal, de valeur commerciale entre 1 or et l’argent non monnayés qui servaient aux échangés, était :: 1 : 131/3. C’est la proportion qui servit de base au premier monnayage de l’Asie Mineure (2) (livre VI, ch. ni, §2) et à celui que Darius fils d’Hystaspe organisa pour la monarchie perse. Hérodote montre encore de son temps l’or valant légalement 13 1/3 fois le même poids d argent dans l’empire des Achéménides (3), et, tant que dura la puissance des rois de Perse, le rapport fut maintenu sans variation partout où s’étendait leur autorité (livre YI , chap. iv, g 2).
(1) Voy. Rasche, Lex. r. num. t. III, p. 791.
(2) Brandis, Das Münz- Mass- uni Gewichtswesen in Vorderasiin bis auf Alexander den Grossen, p. 69 et suiv.
(3) Herodot. III, 93; voy. Vasquez Queipo, Systèmes métriques et monétaires, t. I, p. 299 et suiv.; Mommsen, Grenzboten, 1863, n° 10, p. > M R, t. I, p. 14; Brandis, p. 67.
Dans la Grèce,, dès la première partie du ive siècle, l’écart de valeur des deux métaux était notablement moindre. Platon (1) indique en termes formels la proportion de 1 à 12 entre l’or et l’argent comme celle qui était admise à Athènes de son temps. Nous constatons encore un léger abaissement de la valeur de l’or dans un passage de Lysias (2), qui, additionnant 212/3 talents d’argent et 5,000 statères d’or, y trouve une somme totale de 40 talents d’argent ; comme les statères d’or dont il parle sont manifestement des dariques (voy. sur la darique, livre YI, cliap. m , § 1 , et cliap. iy, § 2) , en les comptant à 22 drachmes athéniennes chacune (3), il indique un rapport de 1 à 11 1/2 entre les deux métaux, et c’est le même rapport que l’on retrouve dans une inscription attique (4) où il est dit que l’orateur Lycurgue, pendant son administration financière (338-336 av. J.-C.), acheta pour la République de l’or au cours de 22 drachmes 5 1/2 oboles
(1) Hipparch. p. 231; voy. Vasjuez Queipo, t. I, p. 171.
(2) XIX, 39, p. 155; voy. Brandis, p. 83.
(3) Il est vrai que Nicolas de Damas (ap. C. Muller, Fragm. hist. gr. t. III, p. 406) semble avoir emprunté à Ctésias la donnée qu’une darique valait 20 drachmes d'argent attiques au lieu de 22-, mais il est probable qu’ici le mot attiques est une addition malheureuse à l’ancien texte du médecin d’Artaxerce Mnémon, qui avait indiqué très-exactement la darique comme valant 20 drachmes d’argent de la monnaie perse ou 20 sicles médiques, très-supérieurs de poids à la drachme attique. Cette explication me paraît préférable à celle de Brandis (p. 86), qui suppose un tarif dans lequel on aurait momentanément fixé à 20 drachmes le cours auquel la darique serait admise à Athènes. Les modernes ont commis la même erreur que Nicolas de Damas au sujet d’un passage de Xénophon ( Anabas . I, 7, 18) qui se rapporte à la valeur de la darique en monnaie d’argent perse et non attique.
(4) ’Eç-ojt. àpxoaoL n° 3452 ; voy. Hultsch, Griechische und Ræmisc/ie Métrologie, p. 176.
le statère de poids attique. Le système de monnayage de Philippe II de Macédoine est tont entier fondé sur une relation de 1 à 12 1/2 (1), puisqu’il offre un statère d’or de 8 gr. 65 valant 15 drachmes d’argent, de 7 gr. 24, ou 7 1/2 statères du même métal, de 14 gr. 48.
Après les conquêtes d’Alexandre, la masse de métaux précieux, et particulièrement d’or, que fit affluer en Grèce le butin de l’Asie, amena une nouvelle baisse de la valeur de l’or. Dans le demi-siècle qui suivit immédiatement les victoires du monarque macédonien, la relation de ce métal à l’argent était à Athènes :: 1 : 10. Ainsi Ménandre, dans sa comédie du Dépôt, faisait dire a un père qui se plaignait des prodigalités de son fils : « Malheureux, tu m as dépensé la valeur d’un talent d’or que je tenais en réserve. » Et plus loin : « Ce joli garçon n’a pas mangé moins de dix talents d’argent (2). » C’est le même rapport qu indiquent des données empruntées par des écrivains de basse époque à Polémarque (3) , à Dion Cassius (4) ou a des sources qu ils n’indiquent pas (5). C’est aussi celui que nous trouvons fixé par les Romains pour l’acquittement de la contribution de guerre des vaincus, dans leur traite avec les Etoliens (6), 1 89 ans avant Jésus-Christ. Il y a donc de sérieuses raisons de penser que la proportion dixième entre 1 oi et l’argent se maintint sans changement en Grèce d’Alexandre
(1) Brandis, p. 251.
(2) Poilus, IX, 76.
(3) Hesych. v. xpu<7oü;.
(4) Zonar. Annal. X, p. 540.
(3) Hesych. v. Spay.iDi xpuclou; Suid. v. 8?a xitf- — Voy. du reste tous les textes rassemblés dans Gronovius, De sestert. II, p. 233 et suiv.
(6) Polyb. XXII, 15, 8; Tit. Liv. XXXVIII, 11.
à la conquête romaine, bien que l’exemple du traité entre les Eomains et les Etoliens ne soit pas absolument décisif. Dans un traité de ce genre, en effet, les vaiqueurs ont pu imposer aux vaincus un tarif exceptionnel pour la valeur de l’or, tarif tout 'à leur propre avantage et différent du cours commercial réel du même métal (1). En général, dans les données de seconde main que fournissent les grammairiens et les lexicographes sur la relation de valeur de l’or et de l’argent, il faut se défier d’une confusion qu’ils ont souvent établie entre la proportion réciproque de la pièce d’or et de la pièce d’argent dans un même pays et celle du pouvoir véritable des deux métaux. Dans un grand nombre de contrées, avant Alexandre, et en particulier dans le monnayage royal des Achéménides, on a cherché à établir un rapport simple et exact entre le numéraire d’or et le numéraire d’argent, taillant les deux métaux de manière que le statère ou didrachme d’or valût 20 drachmes d’argent, l’hémistatère ou drachme d’or 10 (2) (voy. plus loin, le § 2 de ce chapitre) ; mais, précisément pour y parvenir, on a donné un poids different à la drachme d’or et à celle d’argent, pour racheter la différence entre le rapport monétaire : : 1 : 10 et le rapport de valeur effective (3). La darique ou statère d’or des Perses valait ainsi vingt de leurs drachmes d’argent ou sicles médiques;
(1) Voy. Hultsch, p. 176.
(2) En pesant bien les expressions dont se sert Hésychius au mot xpuaoüç, on peut penser que Polémarque ne disait rien de plus que l’expression de ce rapport monétaire entre les pièces des deux métaux.
(3) C’est ce que Ch. Lenormant a entrevu le premier (Rev. mm. 1835, p. 18 et suiv.), bien que la plupart des exemples sur lesquels il se fondait soient aujourd’hui à réviser.
c’est ce que dit Xénophon (1) et rien de plus, et la différence de poids entre l’unité d’or et l’unité d’argent dans ce système tenait à ce que le rapport de valeur des deux métaux était :: 1 : 13 1/3 au lieu de :: 1 : 10 (voy. livre YI, chap. il, §2, et chap. m, § 1). Mais Harpocration (2) et Suidas (3) se sont complètement mépris quand, lisant dans d’anciens auteurs cette valeur de 20 drachmes pour la darique, ils l’ont transformée en celle de 20 drachmes atliques au lieu de 20 drachmes perses. Comme la darique est à peu de chose près équivalente, en poids d’or au statère attique, il semblait résulter des dires d’Harpocration et de Suidas un rapport de valeur :: 1 : 10. Aussi la confusion commise par ces écrivains de seconde main a enfante 1 erreur de ceux des modernes (1) qui ont cru pouvoir affirmer que la proportion dixième entre l’or et l’argent était constante dans l’ancienne Asie et la plus habituelle de toutes dans la Grèce, erreur aujourd’hui dissipée par les travaux de Vasquez Queipo et de Brandis.
Aussi bien, si le rapport :: 1 : 10 entre l’or et l’argent fut admis en Grèce après Alexandre, au moins pendant un certain temps, il n’en fut pas de même en Orient. L’écart des deux métaux y resta plus grand, comme si l’Asie, où l’or avait été le métal le plus abondant dans la circulation
(1) Anabas. I, 7, 18. Le vrai sens de ce passage a été établi pour la première fois par M. Vasquez Queipo, t. I, p. 300.
(2) V. Sapeixô;.
(3) 7. Sapeixô; ; cf. Schol. ad Aristoph. Eccks. p. 598.
(4) Lelronne, Considérations sur l’évaluation des monnaies, p. 104 et suiv.; Dureau de La Malle, Economie politique des Romains, t. I, p. 47 et suiv. ; Bœckh, Staatshaushalt. d. Alhen., 2e édit., t. I, p. 42; Hulstch, p. 174
et le véritable étalon sous les Achéménides (1), en avait été presque épuisée par la conquête grecque. Le monnayage des Lagides d’Egypte, la seule parmi les monarchies issues de l’empire d’Alexandre qui ait pendant quelque temps frappé de l’or en abondance, taillait l’or sur le même pied que l’argent, en admettant entre les deux la relation de valeur :: 1 : 12 1/2 (voy. livre VI, chap. vi, § 1); c’est là un fait absolument certain (2) et que l’on peut constater dès l’avénement de Ptolémée Soter. Le rapport était le même chez les Séleucides de Syrie (voy. livre VI, chap. v, § 2), dont le monnayage d’or a eu, du reste, infiniment moins de développement que celui des Lagides. On remarquera, de plus, que c’est là l’ancien rapport macédonien du monnayage de Philippe II, celui qu’ Alexandre le Grand avait dû lui- même admettre au commencement de son règne, quand il établit la règle de tailler l’or sur la même unité que l’argent (voy. plus loin, le § 2 de ce chapitre, et livre VI, chap. v, § 1 ).
En revanche, le rapport :: 1 : 10, ou plus exactement de 1 à 10 1/10 environ, était celui qui régnait avant Alexandre à Panticapée, sur le Bosphore Cimmérien. Là se trouvait, en effet, le grand marché de l’or apporté des mines de l’Oural, et l’écart de valeur des deux métaux devait nécessairement y être moindre qu’ ailleurs. Le fait que nous avançons résulte de ce que dit Démosthène (3) que le cyzicène d’électrum, ou d’or fortement allié d’argent, circulait au Bosphore Cimmérien pour une valeur de
(1) Voy. Brandis, p. 218 et suiv.
(2) Letronne, Récompense promise, annonce contenue dans un papyrus grec, p. H et 13; Mommsen, M R, t. I, p. 51; Brandis, p. 251 et 251.
(3) Pro Phorm. p. 911, ed. Reiske.
28 drachmes attiques d’argent, tandis que nous savons positivement d’un autre côté que le cours de la même pièce sur le marché d’Athènes était de 32 drachmes (1) (voy. livre VI, chap. iv, § 3, et chap. ix, au mot Cyzicènes ). Ceci révèle en effet, au Bosphore, une valeur de l’or inférieure d’un huitième à ce qu’elle était à Athènes dans le même moment, où le rapport de ce métal à l’argent s’y cotait :: 1 : 11 1/2. Les monnaies frappées vers la même époque àPanticapée confirment cette donnée. Elles nous offrent un statère d’or du poids de9gr. 07 et un tétradrachme d’argent de lo gr. 13; la taille différente des deux métaux indique clairement la recherche d’un rapport exact entre les pièces de l’un et de l’autre. Or, la proportion de valeur que nous avons indiquée permet mieux que toute autre de retrouver ce rapport exact et par nombres entiers, sans fractions ; avec elle, le statère d’or valait six des pièces d’argent de 13 gr. 13, ou 2 k drachmes.
3. La relation de valeur du cuivre à l’argent dans le monde grec est bien plus difficile à déterminer que celle
(1) C’est ce qui résulte du dire du comique Cratès ( ap . Poil. IX, 62) qu un hemihecton d or vaut 8 oboles d argent ; yjpIsxTÔv £<tti p,av-
0<xvsis, ôxt & ôêoXol. M. Hultsch (p. 164) a reconnu le premier qu’il s’agissait de la monnaie d’électrum de Cyzique ou de Phocée, qui constituait presque l’unique numéraire d’or circulant dans le monde grec au temps du poëte. Celui-ci, en employant le mot tidcxTov, a voulu manifestement désigner la pièce qui se rapprochait le plus par son poids de l’hémihecton attique, celle qui était en réalité un myshémihecton ou 24e par rapport au statère cyzicénien ou phocaïque, presque double de poids du statère athénien. Autrement il faudrait admettre pour le cyzicène à Athènes un cours de 16 drachmes d’argent, tandis qu’il en valait 28 à Panticapée, ce qui est tout à fait absurde.
qui existait entre les deux métaux supérieurs. Elle paraît avoir beaucoup varié suivant les pays et les époques ; mais nous ne possédons à cet égard qu’un nombre infiniment minime de renseignements. Ce que l’on distingue seulement avec certitude, c’est qu’ici, j)lus que lorsqu’il s’agit de l’or et de l’argent, il faut se défier du danger de confondre le rapport monétaire entre les unités des deux métaux, avec le rapport réel de leur valeur respective. C’est l’erreur où est tombé Letronne (1), quand il a cru que le plus habituellement, chez les Grecs, le cuivre valait 1 /60 du même poids d’argent. La réalité est qu’après Alexandre la drachme d’argent était le plus habituellement divisée en 60 chalques ou unités de cuivre (2J; mais le poids normal et régidier du chalque n’était pas celui de la drachme d’argent, et par suite le rapport de valeur :: 1 : 60 entre les deux métaux n’en résulte aucunement.
A Athènes, dans les premiers temps où l’on monnaya le cuivre, vers le milieu du Ve siècle avant J.-C. (3), on adopta pour ce métal un rapport monétaire :: 1 : 48 avec l’argent, lequel demeura toujours le même; autrement dit, on décida que la drachme vaudrait 48 chalques (4). Mais la comparaison du poids des plus anciens chalques attiques parvenus jusqu’à nous avec les drachmes contem poraines (voy. livre VI, chap. iv, § 6) montre que la relation de valeur des deux métaux était alors :: 1 : 72 1/5 (5);
(1) Récompense promise , p. Tl.
(2) Plin. Hist. nal. XXI, 34.
(3) Bœckh, Staa'shaushalt. t. I, p. 770.
(-4) Pollux, IX, 63; voy. Ilultsch, p. 65.
(5) Brandis, p. 292.
c’est le plus faible écart qu’il soit possible de constater chez les G-recs dans la valeur réelle du cuivre et de l’argent; mais cette circonstance s’explique tout naturellement par l’abondance de l’argent que les mines du Laurium versaient sur le marché d’Athènes. Dans le monnayage d’Alexandre le Grand, l’écart est notablement plus fort (voy. livre YI, chap. v, g 1). La drachme d’argent y vaut 60 chalques, mais elle est de 4 gr. 32 et le chalque d’environ 7 grammes (1), ce qui révèle un rapport effectif ou l’argent était au cuivre :: 1 : 96 environ. Dans l’Egypte des Lagides, le rapport monétaire est encore :: 1 : 60 (2), mais l’écart de valeur réelle des deux métaux est presque triple (voy. livre YI, chap. vi, g 1). La drachme d’argent valait bien 60 drachmes de cuivre (3) ; mais comme la première ne pèse que 3 gr. 57, tandis que la seconde, de 9 gr. 60 environ, n’est autre que l’ancien kite ou dixième de l'outen des temps pharaoniques (4) (voy. livre 1, chap. ni, g 1, 2), la relation de valeur des deux métaux sur la
(1) Brandis, |>. 301.
(2) Ce rapport monétaire lui-même ne paraît s’être maintenu que pen¬
dant les règnes des trois premiers Ptolémées, alors que l’on frappait une quantité considérable d’argent. Plus tard, l’augmentation de rareté de l’argent amena un écart bien plus grand entre la valeur de la drachme de cuivre et de la drachme d’argent; leur cours réciproque fut soumis à de très-grandes fluctuations de change. De là, dans les papyrus grecs, la distinction des sommes dues en cuivre dont le change, xatxè; où et en
cuivre isonome , 7xoç îoovôgoç, deux expressions dont le sens a été parfaitement bien déterminé par M. Lumbroso [Recherches sur l'économie politique de l'Egypte, p. 43 et suiv).
(3) Letronne, Récompense promise, p. 41 et 43; Bœckh, Metrol. Untersuch. p. 442; Mommsen, MR, t. I, p. 55 et suiv. ; Ilultsch, p. 285; Brandis, p. 289.
(4) Voy. R. S. Poole, article Weighls dans le Dictionary of the Bible de Smith; et dans Madden, History of jewish coinage, p. 277 et suiv.
base de laquelle ce monnayage a été organisé n’est pas :: 1 : 60, mais :: 1 : 161 environ. Ici l’écart entre le cuivre et l’argent est très-considérable ; mais c’est le résultat des circonstances économiques particulières a l’Egypte, où l'argent fut toujours relativement le métal le plus rare (1) et où la circulation intérieure continuait sous les Lagides, comme antérieurement, à se faire presque uniquement en cuivre. De même qu’à Athènes, nous nous trouvons en présence d’un rapport exceptionnel, mais en sens inverse. S’il fallait déterminer approximativement une moyenne générale pour la relation de valeur la plus habituelle entre les deux métaux dans le monde grec, ce serait aux chiffres entre :: 1 : 120 et :: 1 : 100 que nous nous arrêterions. Ce sont ceux qui sont le plus vraisemblables à la fois comme rapport commercial et comme rapport monétaire, dans les pays qui, pendant la seconde moitié du v° siècle et le cours du IVe, taillaient leur cuivre sur le pied de leur drachme d’argent (voy. livre YI, chap. iv, § 6).
Nous arrivons à constater d’une manière presque certaine le rapport approximatif, en chiffres ronds, :: 1 : 105 dans la numismatique d’Olbia ou Olbiopolis sur l’ Hypanis, à l’époque qui vient d’être indiquée. La circulation monétaire des pays situés au fond du Pont-Euxin, sur la côte de Scythie et sur le Bosphore Cimmérien, était dans des conditions assez particulières, qui restèrent les mêmes jusqu’à la fin des temps romains (voy. livre III, chap. I, §8; livre VI, chap. viii, § 1 ; livre VII, chap. iv, § 5). L’or, comme nous venons de le dire, y était d’une abondance extraordinaire, et par suite à un cours plus bas que dans les autres
(1) Voy. LumbroiO, ouvr. cil. p. 41.
pays grecs; on n’y monnayait guère, par suite, que l’or et le cuivre. Les cités de ces pays n’ontfrappé que très-peu de monnaie d’argent, et cela, paraît-il, seulement du milieu du IVe au milieu du 111e siècle av. J.-C. Mais comme les gens de la Grèce tiraient de ces pays, par un commerce très-actif, les blés nécessaires à leur consommation pour compenser l'insuffisance de leurs récoltes, il y entrait, en échange des blés, beaucoup d’argent monnayé de Grèce. Il en résultait que si l’argent, importé sous forme d’espèces étrangères, avait un cours relativement élevé par rapport à l’or, principal élément du numéraire circulant dans la contrée, il n’y avait pas un écart anormal de valeur entre cet argent et le cuivre formant la monnaie divisionnaire indigène.
Olbia, fondation des Milésiens et siège d’un négoce des plus florissants, frappa de bonne heure des monnaies d’électrum et d’or, comme le faisaient les cités grecques d’Asie Mineure à l’époque de sa fondation (livre YI, chap. ni, § 1). A côté de ces pièces qu’elle fabriquait ellemême, pour représenter des valeurs moindres, elle admettait dans sa circulation intérieure certaines sortes de monnaies d’argent apportées de la Grèce, auxquelles elle donnait la préférence sur les autres à cause de leur bonne qualité de métal et du cours de faveur qu’elles trouvaient partout dans le commerce international. C’étaient au VIe siècle les statères d’argent euboïques, ainsi nommés d’après leur lieu d’origine dans les villes d’Eubée comme Chalcis et Érétrie (1) (livre YI, chap. m, § 3), statères que
(i) l’adopte entièrement l’attribution nouvelle et si ingénieuse, proposée par M. E. Curtius ( Hermes , t. X, p. 225), pour les monnaies d’argent d’ancien style où l’on voyait antérieurement les premiers monuments du monnayage d’Athènes (Cousinérv , Voyaye en Macédoine, t. II, p. 121-129 ; Beulé, Les monnaies d'Athènes, p. 15-32).
l’on ne retrouve pas seulement encore aujourd’hui dans son voisinage, mais dont les dépôts jalonnent l’antique route du commerce de l’ambre, se dirigeait d’Olbia vers les rivages de la Baltique (1 ) ; au Ve siècle et dans la première partie du iv% c’étaient les tétradrachmes d’Athènes. Mais le commerce ne porte guère à l’étranger les petites monnaies divisionnaires. Les gens d’Olbia, qui avaient des tétradrachmes grecs d’argent suffisamment pour n’avoir pas besoin d’en faire eux-mêmes, éprouvèrent, dans le cours du v° siècle, le besoin de se créer une monnaie inférieure. C’est en cuivre qu’ils la fabriquèrent, en cuivre circulant pour sa valeur métallique intrinsèque. Et comme ils voulurent représenter avec cette monnaie des valeurs supérieures à celles à l’expression desquelles les Grecs employaientla monnaie de cuivre, ils en firentun véritable aes grave , tout à fait analogue à celui des peuples italiques (voy. livre VII, chap. n, § 2-Zi). 11 est probable qu’ils ne faisaient par là que donner la forme monétaire à une circulation de cuivre en lingots, usitée antérieurement chez eux pour représenter les valeurs minimes, à côté de la monnaie d’or indigène et de la monnaie d’argent importée de Grèce (2).
(1) Levezow, Uebcr mehrere im Grossherzogtlium Posen gefunclene uraltgriechische Münzen , dans les Mémoires de l’Académie de Berlin pour 1833.
(2) Il faut peut-être considérer comme un premier essai de donner une forme à cette circulation de lingots de cuivre, essai tenté avant qu’on se fût décidé à adopter celle de la monnaie lenticulaire fondue à la mode italique, dans une singulière classe de monuments propres à Olbia. Ce sont de petits lingots de bronze, dont les poids se rapprochent de celui des pièces de l’oes grave de la même ville. Ils ont la forme d’un poisson de l’espèce du sterlet; un des côtés est modelé en relief, montrant l’oeil et la nageoire brachiale ; l’autre est plat et porte en relief un nom de magistrat plus ou moins abrégé, en relief. On en a de trois magis-
Les plus anciennes pièces de l’aes grave grec d’Olbia ont pour types le masque de Gorgone et la roue, copies des anciens statères d’argent euboïques, puis on y voit apparaître le type de la mouette saisissant le poisson sterlet, type imité des drachmes de Sinope et qui, dans la période historique suivante, devint le plus habituel sur les monnaies de la ville. On en a trois tailles, d’environ 228 grammes, 76 grammes, 57 grammes et 38 grammes (1).^ La plus forte porte quelquefois le chiffre KA, indiquant qu elle se compose de 24 unités, dont les autres comprennent 8, 6 et 4. Il est manifeste, comme l’a déjà reconnu M. de Kœhne, que ceci se rapporte au système athénien de la division de la drachme en 48 chalques, d’où ces grosses pièces de cuivre sont destinées à remplacer les petites pièces d’argent divisionnaires des autres villes grecques, triobole, obole, tritémorion et hémiobole (1/2, 1/6, 1/8 et 1/12 de la drachme), et à représenter les mêmes valeurs. De plus, on ne saurait douter que la drachme d’argent, à laquelle ces pièces de cuivre se rapportent, ne fut la drachme attique, puisque la monnaie athénienne était alors le numéraire d’argent le plus répandu dans le pays, comme antérieurement la monnaie euboïque, de poids presque
trats, dont l’un, Arichos, est celui dont le nom se lit aussi sur les plus anciennes pièces d’aes grave. Yoy. Kœhler, Tariclios ou le Commerce de la Mer Noire , dans les Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg (la thèse du mémoire de Kœhler sur la nature et la destination de ces monuments est absolument insoutenable; elle repose sur une fausse lecture du nom de magistrat AP1XO, transformé en TAP1XO) ; Blaramberg, Choix de médailles antiques d’ Olbiopolis , pl. I, noi 7 et 8, De Kœhne, Musée du prince Basile Kolchoubey , t. I, p. 41.
(1) A. Ouvaroff, hslyédovaniya o drevnslyache yozhnoi Rossii ibérégove Tchernago moryé, p. 109; De Kœhne, Musée du prince Kotchoubey , t. I, p. 33-38.
exactement pareil, et que c’est sur le pied attique qu’Olbia se mit à tailler ses espèces d’argent quand elle en fabriqua elle-même un peu après, vers le temps d’Alexandre le Grand. Ceci étant, et la plus grosse pièce équivalant à un triobole attique, nous constatons que 228 grammes environ de cuivre avaient la même valeur que 2 gr. 16 d’argent, ce que l’on peut traduire en chiffres ronds en disant que 105 de cuivre correspondaient à 1 d’argent (1). Je me suis arrêté quelques moments à exposer ce fait dans ses détails, d’abord parce qu’on l’a jusqu’ici laissé de côté dans la question, puis parce qu’il m’a paru utile de montrer ici par un exemple d’après quelle méthode la métrologie numismatique procède pour élucider ces délicates questions des rapports de valeur entre les différents métaux dans l’antiquité.
Au reste, — et ceci est une circonstance qui contribue à obscurcir encore la question des relations de valeur entre le cuivre et l’argent,-— la monnaie de cuivre n’a jamais été employée chez les Grecs que comme une monnaie d’appoint, dont l’usage ne s’introduisit que tardivement chez eux. Il en résulte qu’ils n’attachaient pour ainsi dire aucune importance à la coupe et au poids des pièces de ce
(1) Si maintenant nous prenons pour point de départ l’indication, donnée par Démosthène, du cours de28 drachmes attiques d’argent pour le statère de Cyzique, en or fortement allié d’argent ou électrum, au Bosphore Cimmérien, indication qui se rapporte à une époque un peu postérieure, mais ne doit pas beaucoup s’éloigner du cours normal de la même monnaie au temps où fut émis Yaes grave d’Olbia, nous trouverons que pour corresponde à un cyzicèneil fallait 36 des plus grosses pièces de cet aes grave, 168, 224 et 336 des autres. Nous venons de dire tout à l’heure que le cours de 28 drachmes pour le cyzicène indiquait l’échange de 1 d’or contre 10 1/10 d’argent; il aurait fallu, dans la même donnée, fournir 1135 de cuivre contre 1 d’or.
j 60 LA MONNAIE DANS L’ANTIQUITÉ
métal. Delà l’irrégularité du poids des monnaies de cuivre, et cela relativement de fort bonne heure ; par exemple, les chalques d’Alexandre le Grand, dont le poids normal et théorique paraît avoir été de 7 gr. environ, varient de 7 gr. 40 à 5 gr. 60, dans les exemplaires bien conservés. Delà aussi, comme chez la plupart des peuples modernes, l’habitude de faire des espèces de cuivre une monnaie dont la valeur réelle, légalement déterminée, ne correspondait pas à sa valeur nominale. Nulle part apres Alexandre, si ce n’est en Egypte (livre YI, chap. vi, § 1) et à Carthage (livre YI, chap. vu, § 1) , c’est-à-dire dans deux pays où la circulation métallique se présentait avec des conditions' toutes spéciales, autres que dans le monde proprement grec, les monnaies de cuivre n’ont un poids de métal équivalant au cours qui leur était donné par la loi ; c’est un numéraire conventionnel, et non plus représentatif, dont l’étude n’apprend rien sur la valeur commerciale du cuivre par rapport à l’argent.
En Sicile, jusqu’au temps de Denys l’Ancien à Syracuse, le cuivre circulait comme l’argent pour sa valeur reelle ; le rapport des deux métaux était alors :: 1 : 250 (1) (voy. livre YII, chap. 1, § 1), le même que dans toute l’Italie à la même époque et encore un certain temps après (livre YII, chap. 1, § 2, et chap. 11, § 2). Les proportions :: 1 : 50 et :: 1 : 25 entre les unités d’argent et de cuivre, qu’établirent après cela les deux réductions successives de la litra du premier métal sous les Denys (livre YII, chap. 1, § 1), furent purement monétaires; elles résultèrent d’une diminution arbitraire de l’unité de compte, qui constitua
(1) Aristot. ap. Pollue. IV, 174, et IX, 37; Mommsen, MR, 1. I,
une véritable banqueroute gouvernementale. On aurait donc tort si l’on cherchait, comme quelques savants (1), à y trouver l’expression du rapport réel de la valeur effective et commerciale des deux métaux.
h. Chez les Romains, dès que l’introduction du monnayage de l’argent, cinq ans avant la première guerre punique (2), eut fait abandonner l'habitude, incommode pour les usages de la vie et pour le commerce, de se servir exclusivement de cuivre circulant pour la valeur de son poids réel, l’argent devint, comme en Grèce, le véritable étalon monétaire (voy. plus loin le § 2 de ce chapitre, et le chap. m du livre VII). En même temps, vers le Ve siècle de Rome, il se trouvait dans la circulation une quantité d’or en lingots ou en monnaies étrangères, assez considérable pour que l’on pût établir sur l’affranchissement des esclaves un impôt de 5 0/0 qui se payait en or, aurum vicescinarium (3). Le produit de ce droit formait dans le trésor une réserve pour les besoins les plus urgents, réserve qui montait pendant la première guerre punique à 4000 livres pesant (4). 11 est difficile de déterminer avec précision quel fut d’abord à Rome le rapport de valeur de l’or et de l’argent.
Il résulte cependant de l’examen des monnaies de l’Etrurie (livre VII, chap. n, § 2) que dans cette contrée,
(1) Brandis, p. 278.
(2) Plin. Ilist. nat. XXXIII, 3,44; Tit. Liv. Epit. XV; voy. Mommsen, M R, t. II, p. 27 et suiv.
(3) Tit. Liv. VII, 16, 7; XXVII, 10, 11.
(4) Tit. Liv. XXVII, 10, 11 ; voy. Mommsen, M R, t. II, p. 109.
au ive siècle avant l’ère chrétienne, l’or était à l’argent :: 1 : 15 (1). C’est également le rapport qui existait à la même époque en Sicile (2) (livre VII, chap. I, § 1). Sur une des monnaies d’or frappées à Capoue pour le compte des Romains vers le milieu du Ve siècle de Rome (voyez livre VII, chap. ni, § 1), on voit des chiffres qui doivent nécessairement indiquer la valeur pour laquelle cette pièce était admise à circuler dans la Ville éternelle et dans son territoire (3) , ou bien sa relation avec les pièces d’argent contemporaines, frappées également en Campanie pour les Romains. La pièce pèse h scrupules de la livre romaine, et le chiffre est XXX. L’interprétation la plus naturelle serait celle qu’a adoptée M. Mommsen , qu’il s’agit d’une valeur de 30 as; pourtant le rapport : : 1 : 1800 qui en résulterait entre l’or et le cuivre jette dans des difficultés jusqu’ici insolubles. M. Mommsen a supposé qu’il fallait le décomposer en :: 1 : 10 pour la relation de l’or à l’argent, et :: 1 : 180 pour celle de l’argent au cuivre*, mais à ce moment le rapport de l’argent au cuivre dans le territoire romain était certainement :: 1 : 250, et il est impossible d’admettre que le Sénat ait tarifé à un cours si désavantageux, à peine vraisemblable s’il s’agissait de monnaies étrangères, une monnaie qui se fabriquait sans doute en province, mais au nom et pour le compte de la République ; en agissant ainsi , c est a ses
(1) W. Deecke, Elruskische Forschungen, II, p. 71; et dans sa nouvelle édition d’Ottfr. Müller, Die Etrusker, t. I, p. 393.
(2) Mommsen, M R, t. I, p. 131; Barclay Head, Hislory ofthe coinage of Syracuse, p. 17.
(3) Mommsen, M R, 1. 1, p. 266.
propres intérêts qu’il eût fait tort (1). Et quand bien même il l’eût fait, il n’aurait pas inscrit sur les pièces l’indication de ce tarif défavorable, car c’était les déprécier dans la province même où elles étaient émises. D’un autre côté, si l’on admet que l’argent est au cuivre comme environ 1 est à 250, le rapport :: 1 : 1800 entre l’or et le cuivre suppose :: 1 : 7 1/2 entre l’or et l’argent (2); c’est un écart beaucoup trop minime ; la valeur de l’or ne pouvait pas être en Campanie et à Rome moitié de ce qu’elle était dans tous les pays environnants, au nord comme au sud, en Étrurie comme en Sicile. La même objection- s’oppose à ce que l’on interprète le chiffre XXX par 30 livres pondérales de cuivre valant 36 as dits libraux (3) (voy. livre VII, chap. n, § 3), car, en maintenant :: 1 : 250
(1) Il me semble que les monnaies d’argent romano-campaniennes contemporaines de la pièce d’or au chiffre XXX portent en elles-mêmes la preuve qu’elles ont été émises d’après la donnée d’un rapport :: 1 : 250 entre Tangent et le cuivre (voy. livre VII, chap. m, § I). Elles sont du poids de 9, 6 et 3 scrupules de la livre romaine, ce qui, avec la proportion 250e entre les deux métaux, leur fait valoir exactement 9, 6 et 3 as libraux. Avec la proportion qu’il admet, :: 1 : 180, M. Mommsen est obligé de leur attribuer les valeurs irrégulières de 6 3/4 as, 4 1/2 et 2 1/4, valeurs bien peu vraisemblables.
(2) C’est ce que j’ai admis autrefois : Essai sur l’organisation politique et économique de la monnaie dans l'antiquité, p. 122.
(3) Cette explication n’est pas aussi impossible que semble le croire M. Mommsen [M R, t. I, p. 234 et 266). Sans doute on ne rencontre jamais chez les écrivains d’énoncé de sommes de cuivre au poids après le commencement de la fabrication de l’as libral (voy. Madvig, Emendationes Livianae, p. 166); mais M. Mommsen est obligé de reconnaître lui-même qu’ « après l’introduction de Tas monnayé, l’usage de payer avec du cuivre au poids se perpétua, comme le prouvent les lingots de cinq livres qui sont, selon toute apparence, contemporains des as monnayés. »
pour le rapport de l’argent au cuivre, il en résulterait :: \ : 9 pour celui de l'or à l’argent. La base la plus probable dont il faille ici partir est celle d’une relation :: 1 : 15 entre l’or et l’argent, la même qu’en Étrurie et en Sicile (1). Mais dans ce cas le chiffre XXX de la pièce d’or de II scrupules ne pourrait se rapporter qu’à une unité de compte de 2 scrupules d’argent, valant 2 as libraux tels qu’on les fabriquait alors à Eome. Cette hypothèse donne pour les calculs le résultat le plus acceptable ; mais dans l’état actuel il y manque encore la justification la plus nécessaire, un texte qui mentionnerait l’unité de compte ainsi supposée ou bien une pièce monétaire originale qui la montrerait réalisée dans les espèces mises en circulation. En effet, dans les pièces d’argent correspondantes et contemporaines, il n’en est précisément pas qui soient taillées sur le pied de 2 scrupules; elles pèsent 3, 6 et 9 de ces divisions de la livre. Autrement, la taille de 2 scru-
(1) L’existence du rapport :: 1 : 15 entre l’or et l’argent dans la Campanie, à la période antérieure, me paraît attestée par deux pièces d’or, que l’on doit rapporter aux Étrusques de cette contrée. En effet, les types et la fabrique en sont essentiellement campaniens, tandis que les légendes (qui contiennent seulement des noms d’hommes) sont en lettres étrusques, mélangées sur l’une de formes osques. La première de ces monnaies, au type imité de Naples et à l’inscription ITTATTIIJ33 vel. a. papi (Friedlander, BeilrUge, I, p. 173 et suiv. ; Catalogue ofgr. coins in lhe Brit. Mus. Ualy, p. 11, n° 1; Deecke, Etr. Forsch. II, pl. I, n° 1), porte comme marque de valeur XX ; la seconde, au type imité de Larinum et à l’inscription VZJ33 velsu (Friedlânder, Beitr. I, p. 167,et suiv. ; Corssen, Etr. Spr. pl. XXI, no> 3a et b; Zeitschr. f. Numism. t. III, p. 13 ; Deecke, Eir. Forsch. II, pl. I,n06a), est marquée À. Or, la première pèse 4 gr. 67, et la seconde 1 gr. 15 ; par conséquent, dans les données de la proportion quinzième, elles équivalent, conformément aux chiffres qui y sont inscrits, à 20 et à 5 drachmes d’argent de 3 gr. 50, c’est-à-dire du taux même qui était, à l’époque indiquée par le style de ces monnaies, celui de la moitié du nummus gréco-campanien (voy. livre VII, cliap. i, § 3).
pules d’argent a eu une existence monétaire certaine à une époque antérieure. Les Etrusques, dans le T siècle avant J.-C., en avaient fait l’unité inférieure de leurs monnaies (voy. livre VH, chap. n, § 2), et par suite ils auraient pu parfaitement l’introduire en Campanie à côté de la drachme d’origine gréco-asiatique (dont le double était qualifié de voùupç) qui y régnait. La question que soulève la pièce d’or roman o-campanienne du poids de h scrupules avec le chiffre XXX demeure donc en réalité sans solution positive et enveloppée des plus épaisses ténèbres (1).
A partir du milieu du vi* siècle de Borne, on peut suivre avec certitude les variations du rapport de valeur de l’or et de l’argent. En 537 de Borne (217 avant J.-C.), les généraux romains frappèrent des monnaies d’or dans le midi de l’Italie, en vertu de la loi Flaminia (voy. livre III, chap. i, §7, et livre VII, chap. m, § 3); c’étaient des pièces du poids de 3, 2 et 1 scrupule, marquées comme valant 60, 40 et 20 sesterces d’argent (2) ; elles étaient donc taillées sur le pied d’un rapport :: 1 : 17,143 entre les deux métaux. Mais c’étaient là des monnaies de nécessité, émises au moment le plus critique de la guerre contre Hannibal , avec un cours nominal extraordinaire , fort supérieur à leur valeur métallique réelle. Aussi l’émission n’en continua pas après la crise qui y avait donné naissance. Il résulte d’un passage de Tite-Live (3) qu’à la fin du vi8 siècle de Borne le cours normal et officiel de l’ or
(1) Il faut remarquer, du reste, que des doutes sérieux ont été soulevés contre l’authenticité de cette pièce : Baron d’Ailly, Recherches sur la monnaie romaine, 1. 1, p. 197.
(2) Mommsen, M R, t. II, p. 113.