‹ La monnaie dans l'antiquitéChapitre 27 sur 49 · ET DE TERRE CUITE · texte numérisé non relu

ET DE TERRE CUITE

I. Outre 1 or, 1 argent et le cuivre, qui constituaient la seule monnaie réelle, ayant une valeur propre comme marchandise, les peuples anciens marquèrent aussi quelquefois des empreintes monétaires sur d’autres matières métalliques, et même non métalliques. Les espèces de cette nature, qui n’avaient que le rôle restreint d’un numéraire d appoint, étaient de simples monnaies fiduciaires, à valeur purement conventionnelle, représentant de très-petites sommes facilement échangeables contre de l’argent, et pour la représentation desquelles il n’était pas nécessaire que le signe eût un prix comme marchandise en rapport avec la valeur nominale qu’on y assignait.

C’est ainsi que plus d’un auteur mentionne des monnaies de plomb (1) et qu a coté de nombreuses pièces de plomb antiques semblables à des monnaies, avec lesquelles on les

(1) Voy. la réunion des textes dans Rink, De veteris numimatis potentiel et quali tate, p. 34. r

a souvent confondues, mais qui ne sont que des tessères, il est parvenu jusqu’à nous quelques monnaies véritables de ce métal portant inscrite l’indication de leur valeur (1). On connaît trois séries principales de ces plombs monétaires, véritables assignats dont la circulation devait etre, bien évidemment, toute locale.

L’une a été fabriquée en Egypte, sous la domination des Empereurs, et, suivant toutes les apparences, dans le IIe ouïe me siècle de notre ère (2). Le type constant y est, sur le droit, la figure du dieu Nil; le type du revers, toujours mythologique, varie, sans doute suivant les villes ou ces espèces ont été émises. Mais la majeure partie des pièces ont été fabriquées et mises en circulation à Memphis, dont elles portent le nom, MEMOIC; celles-ci ont toujours au revers le bœuf Apis, seul ou accompagne de la déesse Isis. La seconde série a eu la Gaule romaine pour patrie, vers la fin du Ier siècle ou le cours du IIe. Elle offre constamment d’un côté l’image de Mercure tenant le caducée et la bourse, tandis que le nom du lieu d’émission est sur l’autre face, accompagnant le plus souvent un rameau (3) . Ces plombs monétaires de la Gaule paraissent avoir été destinés à circuler exclusivement dans les localités mêmes dont ils portent le nom. Aussi celui qui a la légende ALI SI ENS a été trouvé dans les ruines mêmes d’ Alise, celui qui a PERTE à Perthes auprès de Vitry-le-

(1) Longpérier, Rev. num. 1861, p. 407, pl. XVIII, n° 1.

(2) Longpérier, Rev. num. 1861, p. 407-412; Feuardent, Collection Giovanni de Demetrio, Égypte ancienne, Domination romaine, p. 333-335.

(3) Longpérier, Rev. num. 1861, p. 253-256; 1866, p. 1-8; DAmécourt, Rev. num. 1862, p. 167-170. M. d’Amécourt en signale encore quelques autres ( Annuaire de la Soc. franç. de Numismatique, t. IV, p. 118), mais sans les décrire avec précision.

François, enfin les différents plombs où onlitMEDIOLdans la ville antique du Mont-Berny, près de Compïègne, laquelle paraît s’être appelée Mediolanum (1). Enfin, on

(i) Il faut peut-être admettre un beaucoup plus large développement encore pour la circulation d’une monnaie fiduciaire de plomb dans îa Gaule romaine. Dans la collection étonnamment riche de plombs antiaues de toute nature, recueillis à Lyon dans les graviers de la Saône nue possédé M. Etienne Récamier, on en remarque toute une nombreuse série, d une grande unité d’aspect, qui tous représentent la même apparence extérieure. Ce sont des pièces de très-petit module, au revers

tout rrh / tai?S f616 dr0it Présente quelclues Iettres occupant tout le champ et quelquefois accompagnées d’une palme ou d’un rameau

analogue a celui du revers des plombs sûrement monétaires, dont il vient

rinnn! î*?*, ^ teXt6- LeS lettres dudroit> sur toutes ces pièces,

onnent en abrégé le nom d’une des villes situées le long du cours de

la Saône et de celui du Rhône ou de celles qui se trouvaient sur les routes aboutissant directement à Lugdunum. Nous y relevons, en effet :

A N, Anicium.

A R, Arelate.

AV, Avenio.

CAV ou CA (sur d’autres exemplaires), Cabillonum. CV, Cularo ou plutôt Colonia Vienna.

DiVIO ou DV (sur d’autres exemplaires), Divio. EK, Ernaginum.

GEN, Genava.

LVNA ou LNA (sur d’autres exemplaires), Lima. MA ou M, Matisco.

RV, Revessio.

SI T, Sitilüa.

TE, Tenurtium.

TRI ou TR, Trivorlium.

V A, Valentia.

La lecture d’un seul de ces noms sur une pièce isolée pourrait sembler une conjecture bien hasardée et dépourvue de fondement assez solide ■ mais e groupement de toutes ces marques, sur des pièces exactement pareilles entre elles, forme un ensemble dont toutes les parties se confirment réciproquement ; qu’il devient, par conséquent, bien difficile de

trouve une très-grande abondance de pièces de plomb des rois de Numidie, aux mêmes types exactement que leurs

mettre en doute. La ville même de Lugdunum, où les plombs de cette

série ont été recueillis, y est richement représentée, soit^ar des pièces

où on lit LVG ou LVC, soit par d’autres qui portent je ColontaCo-

pia LuQdunum, soit enfin par d’autres où le nom de Copia serait seul

abrégé en CO- , ...

En voyant cette nombreuse série de pièces de plomb portant les noms

de villes liées entre elles par un commerce actif, il est bien difficile de ne pas croire qu’elles aient été destinées à une circulation fiduciaire commune entre ces différentes villes, circulation dans laquelle elles auraient repré • senté de très-minimes valeurs pour les appoints. Seulement, dans cette donnée même, s’élève la question de savoir si elles ont dû être émises par l’autorité publique ou bien si leur origine était privée, si, par exemple, elles n’ont pas été fabriquées par quelque grande compagnie commerciale telle que celle des Nautae du Rhône et de la Saône, pour le service de ses comptoirs. Cette dernière hypothèse est peut-être la plus vraisemblable, bien que l’on ne puisse pas, dans l’état actuel, donner une solution affirmative dans un sens ni dans l’autre pour la question que nous avons

posée. ... ,

Il semble pourtant que cette série de plombs n’ait été que la continuation plus étendue, sous la domination romaine, d’une autre série trèsanalogue et de même nature, qui aurait été fabriquée, avec les noms de différents peuples gaulois, dans les derniers temps de 1 indépendance, quand les Romains occupaient déjà une partie de la Gaule. En effet, dans la collection de M. Récamier, nous rencontrons encore, toujours provenant des trouvailles faites dans les graviers de la Saône, d’autres pièces de plomb, fort ressemblantes à celles-ci, mais d’un module un peu plus fort et d’une apparence plus ancienne, sur lesquels on lit au droit, tandis que le revers est lisse: /P, ED ou ROM, que l’on est bien tenté d’interpréter par les noms des Arvernes, des Eduens et des Romains. Il est surtout difficile, quand on voit sur un de ces plombs, d’un côté ItP, de 1 autre /R, de ne pas y trouver l’indication de Gergovie des Arvernes.

Tous ces intéressants monuments, inédits jusqu’à ce jour, seront bientôt publiés par leur savant possesseur, à qui l’on doit les interprétations que nous venons d’en donner. Il en existe de pareils au Musée de Lyon, et un de ceux de Cabillonum a été publié par M. d’Amécourt (. Annuaire de la Soc. franç. de Numismatique, t. IV, p. 117, pi- VII, n° 132).

pièces de cuivre (1), étayant eu certainement un cours de monnaies. Ces trois séries sont les seules dont jusqu’à présent le caractère et la destination soient déterminés avec une entière certitude ; mais il est probable que parmi les plombs antiques il en est encore un assez grand nombre que l’on devra ranger aussi plus tard dans la classe de ceux qui ont servi de monnaies (2) .

2. Aristote (3) et Pollux (4) disent que Denys de Syracuse frappa des pièces d’étain pour la circulation commerciale dans ses États. On ne possède aucune de ces monnaies (5); mais ceci n’a pas lieu de surprendre, à cause de la

(1) Garrucci, Rev. num. 1862, p. 412-416 ; L. Muller, Numism. de l’anc. Afrique, t. III, p. 19 et 31.

(2) Voy. Garrucci, Rev. num. 1862, p. 402-425.

(3) Œ conom. II, 2.

Page 1