‹ La monnaie dans l'antiquitéChapitre 29 sur 49 · VU · texte numérisé non relu

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(2) "Qcrte àvxï xoü'Ttpuo p.01 tpi üv faXy.iS't, Xc'yeiVTCpîto [xot xpiwv aiSïiprâv.

(3) V. aiSàpeot.

(4) Brandis, p. 295.

prétation consiste à admettre qu’au-dessous du numéraire monnayé d’argent, dont les tailles descendent fort bas (jusqu’à 1/24 du statère ou 1 obole de drachme légère), on n’employait pas une monnaie proprement dite, mais des lingots de fer circulant pour leur prix marchand de métal, représentant, par conséquent, de très-minimes valeurs sous une forme fort encombrante.

C’est là le système que nous rencontrons à Sparte jusqu’à une époque fort tardive. Les lois de Lycurgue y interdisaient l’usage de l’or, de l’argent et même du cuivre dans la circulation commerciale, et ne permettaient d’employer que le fer comme instrument des échanges (1). Il n’y avait pas, du reste, à Sparte une monnaie de fer à proprement parler, comme l’ont dit quelques auteurs en employant une expression inexacte. Le fer dont on y usait pour les échanges était en barres de forme allongée, 66elot (2), dont chacune avait le poids d’une mine éginétique, désignée en Laconie par le très-ancien nom de ■Kelxvop (3) . Le pelanor de fer Spartiate, avec ce poids de plus de 600 grammes, est évalué à 4 chalques (4) ou une demi-obole d’argent, évidemment de poids éginéti que. Pour transporter une valeur de 6 mines d’argent d’Egine sous cette forme, il fallait, nous dit-on, employer deux bœufs au charroi (5) ; en effet, le poids de fer représentant cette

(1) Plat. Eryx. p. 400; Plut. Lycurg. 9 ; Lysandr. 17 ; Poil. IX, 79 ; voy. O. Millier, Dorier, t. II, p. 201 et s.

(2) Plut. Lys. 17 ; cf. Aristot. ap. Poil. IX, 77.

(3) Plut. Apophth. lacon. p. 903 ; Hesych. v. iteXâvop.

(4) Mêmes sources.

(5) Plut. Lyc. 9 ; Xenoph. Resp. Laced. 7.

valeur était de /i ,536 kilogrammes. On voit à quel degré ce ferrum rude Spartiate, car il est permis de forger une semblable expression par analogie avec l’aes rude italique, constituait un moyen d’échanges incommode et encombrant. Et c’est là précisément ce que Lycurgue avait cherché en l’établissant. Mais nous ne pouvons croire ce que disent quelques écrivains (1), que l’on rendait par avance impropre à tout usage, en le trempant rougi dans le vinaigre, le fer destiné à tenir ainsi lieu de monnaie chez les Spartiates. C’est, au contraire, seulement à titre de marchandise utilisable, donnée et acceptée pour sa valeur métallique, que ces barres de fer pouvaient circuler et servir aux échanges.

11 n’y a donc pas là de monnaie à proprement dire, mais au contraire une circulation métallique imparfaite, telle qu’elle existait partout avant l’invention de la monnaie (voy. plus haut, livre I, chap. m, § 1), et la seule originalité en consiste dans l’emploi du fer comme matière, au lieu d’un autre métal . Par conséquent, on ne doit pas se laisser tromper par le terme inexact de « monnaie de fer » employé par quelques écrivains en parlant de Sparte; nous n’avons pas dans l’usage de cette cité un exemple à joindre à ceux de l’emploi chez certains peuples anciens de monnaies fiduciaires, n’ayant pas une valeur intrinsèque réelle correspondant à leur valeur nominale. C’est seulement vers l’époque des guerres médiques que les monnaies étrangères commencèrent à circuler à Sparte, en dépit des lois de Lycurgue ; et le monnayage proprement dit ne commença dans cette ville qu’au temps d’Alexandre le Grand (voy. livre YI, chap.v, § 1 et 7).

(1) Plat. Lyc. 9 ; Poli. IX, 79.

Quelques indications, assez peu précises du reste, chez certains auteurs de l’antiquité (1), sembleraient de nature à faire penser que Lycurgue n’aurait fait que régulariser par ses lois et faire prévaloir à l’exclusion de tous les autres métaux, dans l’usage Spartiate, un emploi du fer en barres comme marchandise servant aux échanges ordinaires , qui aurait été général dans le Péloponnèse avant l’invention de la monnaie, mais concurremment avec l’emploi des barres de cuivre et d’argent pour le même objet. Déjà, dans les poésies homériques (2), nous voyons employer le fer en barres, de même que le cuivre et les métaux précieux, comme instrument des échanges commerciaux, aussi bien que les têtes de bétail (sur ce dernier moyen d’échange, voy. plus haut, livre I, chap. n).

César (3) signale encore de son temps chez une partie des Bretons l’emploi du fer en barres, en même temps que du cuivre pris au poids pour sa valeur de métal, comme le moyen le plus ordinaire des échanges. Mais il serait difficile d’admettre, sur l’unique affirmation de Suidas (4), qu’au temps de Numa l’on faisait de même chez les Romains ; c’est Vaes rude (livre YII, chap. n, § 1) , et non le ferrum rude , qui constituait l’antique circulation des peuples italiques, avant qu’ils adoptassent l’usage de la monnaie.

(1) Aristot. ap. Pollue. IX, 77 ; Etym. Magn. v. 8pa.x\A et oëoXôç ; Eustath. ad lliad. p. 136.

(2) Voy. Hultsch, p. 125.

(3) Bell. gall. V, 12: Utuntur aut aere aut taleis ( annulis , MS de Londres, d’accord avec la version grecque) ferreis ad certum pondus examinatispro nummo. Cf. Vaux, Num. chron. t. XVI, p. 130.

(4) V. àccà pia.

2. D’après Sénèque (1), on aurait employé chez les Lacédémoniens, en guise de monnaies, des morceaux de cuir frappés d’un timbre ou d’une estampille par l’autorité publique. Ce seraient là de véritables assignats, d’une nature toute fiduciaire. Mais le témoignage du philosophe est isolé et ne porte aucune indication d’époque.

Nous sommes mieux renseignés sur les prétendues monnaies de cuir qui auraient existé chez les Carthaginois avant l’adoption delà monnaie métallique (2) . Celles-ci, bien qu’il s’agisse d’un fait très-réel, doivent être rayées de l’histoire monétaire. En elfet, le scholiaste d’Aristide (3) nous fait connaître d’une manière très-précise en quoi consistait l’usage ainsi qualifié. « On veut dire par là, dit-il, non que les Carthaginois faisaient à proprement parler des monnaies en cuir, mais qu’habitant un pays de grandes chasses et rempli d’animaux précieux, ils employaient les peaux comme moyen d’échange pour se procurer ce qu’ils voulaient (4). » C’est ainsi qu’encore aujourd’hui, dans une partie de la Sibérie, les pelleteries, seul

(1) De benef. V, 14 : Aes alienum habere dicitur et qui aureos debet, et qui corium forma publica percussum, quale Lacedaemonios fuit, quod usum numeraiae pecuniae praestat.

Suidas (v. ùaaûpia) attribue cet usage aux anciens Romains, mais sans aucune autorité.

(2) Aristid. ürat. platon. p. 145; Isidor. Orig. XVI, 17.

(3) Ad l. c.

(4) Cettedonnée est plus vraisemblable quecelledu dialogue del’Enjxias (24, p. 555, ed. Bekker), où on lit: « Chez les Carthaginois, voici ce qui i remplace la monnaie : dans un petit sac de cuir on enferme quelque a chose de la grosseur d’un statère, sans que le public sache quelle « est cette substance ; ces sachets sont scellés et se donnent en guise de « numéraire. Celui qui en possède le plus est considéré comme le plus a riche. s

objet d’exportation du pays, servent en guise de monnaie à estimer la valeur des choses, à les acheter et à les vendre. On voit qu’ encore ici il ne s’agit pas de l’emploi d’une monnaie fiduciaire faite en cuir, mais d’une marchandise choisie pour servir d’instrument commun des échanges à défaut du signe métallique.

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