LA CONVENTION MONÉTAIRE SERAIT RESPECTÉE
moment que l'argent pourrait servir à opérer toute remise à l'étranger aussi bien que l'or. La défaveur qui s'attache à l'argent est née et devait naître, lorsqu'après 1873, ce métal, exclu de la frappe, devint une simple marchandise non recevable dans les payements au dehors et d'une valeur sans cesse variable. Mais, auparavant, il était Tinstrument principal de la circulation, même de pays à pays, y compris l'Angleterre, et, après 1850, il a souvent fait prime relativement à For. Que la législation monétaire des grands pays lui rende les privilèges dont il a joui de tous temps, et aucun État n'aura de motif pour accaparer de l'or. - Examinons de plus près quel serait, parmi les principaux États contractants, celui qui pourrait vouloir se soustraire à l'exécution de la convention bimétallique.
Ge ne serait pas la France qui répudierait le système de Fan XI, au moment où il serait adopté par les autres pays. Ge ne serait pas non plus les États-Unis qui, à deux reprises, ont offert à l'Europe de conclure un semblable traité, et où, comme le dit M. Windom, secrétaire du Trésor, tout le monde s'accorde à considérer Temploi simultané des deux métaux précieux comme indispensable au maintien des prix et à la bonne marche des affaires.
Serait-ce l'Angleterre? Encore moins; car nul pays ne tirerait plus grand profit de la convention : les difficultés de la situation aux Indes et du commerce avec l'Orient auraient disparu ; elle aurait reconquis le pair stable du change entre les deux métaux que lui assurait la loi de l'an XI ; les pressions si fréquentes auxquelles est soumis le marché de Londres et les variations incessantes du taux de l'escompte cesseraient. Et dans quel but l'Angleterre renoncerait-elle à tous ces avantages?
Serait-ce peut-être l'Allemagne? Mais, nulle part, le mouvement d'opinion en faveur du bimétallisme international n'a été plus puissant, puisqu'il a obtenu du Parlement impérial un vote favorable; nulle part les conséiquences fâcheuses de la proscription de l'argent n'ont été plus ressenties et mieux mises en relief. D'ailleurs qu'a voulu surtout l'Allemagne, en adoptant en 1871 l'étalon
d'or? Avoir le même métal monétaire que FAngleterre, afin d'avoir une base stable pour le change et d'échapper ainsi aux fluctuations inséparables dans les règlements de compte entre deux pays, quand ils n'ont pas le même métal, comme monnaie libératoire. Du moment que l'Angleterre aurait accepté l'emploi simultané des deux métaux, l'Allemagne tiendrait à ne pas s'isoler du marché de Londres.
Une autre considération ne serait pas perdue de vue par le gouvernement allemand. En cas de guerre son approvisionnement d'or serait insuffisant pour faire face aux dépenses des armées en campagne. L'argent, qui se cache moins vite que l'or, dispenserait d'avoir recours au papier-monnaie, et, étant accepté à l'étranger, ce métal pourrait aussi bien que l'or servir au payement de l'intérêt des emprunts qu'il faudrait contracter. Il n'y aurait plus lieu de stipuler comme aujourd'hui : intérêts payables en or.
Mais, insiste-t-on, l'un des Ëtats contractants ne passerat-il pas à l'emploi du papier-monnaie? Certes, cela est possible; mais qu'il y ait ou non convention bimétallique, le résultat sera le même : une partie des métaux précieux qu'emploie l'État où sera établi le cours forcé passera à l'étranger; seulement quel malenrésultera-t-il? Pendant la guerre de la Sécession aux États-Unis, une partie de leur or a émigré en Angleterre : les Anglais ont-ils eu lieu de s'en plaindre? L'Italie après 1866 et la France après 1870 ont eu le cours forcé et le papier-monnaie : les autres États de l'Union latine, la Suisse et la Belgique, en ont-ils ressenti quelque inconvénient? Nullement, quoique deux circonstances aggravantes se présentaient dans ce cas, lesquelles ne se rencontreraient pas dans l'hypothèse de la convention bimétallique entre les quatre nations prépondérantes : 1® la Belgique et la Suisse avaient les mêmes unités monétaires que la France et l'Italie et elles étaient reçues de droit dans les caisses publiques, ce qui facilitait singulièrement l'émigration de la monnaie d'un pays à l'autre, et 2^ la Belgique et la Suisse n'offraient qu'un champ d'emploi très restreint relativement à la masse considérable d'argent et d'or que possédait la France. Si le cours forcé décrété par les deux