CHAPITRE LI
LES TÉMOIGNAGES DE LA GOLD AND SILVER COMMISSION DE 1888 EN FAVEUR DU BIMÉTALLISME INTERNATIONAL
La Commission parlementaire anglaise de 1886 on Trade dépression avait reconnu que Tune des causes de la crise persistante dont souffraient IMndustrie et le commerce semblait être la contraction monétaire, et elle demanda qu^une commission spéciale fût nommée à l'effet d'examiner cette question. Elle le fut en effet en 1888. Elle était composée de personnes considérées comme spécialement compétentes en cette matière. Après avoir entendu de nombreuses dépositions et recueilli les opinions des économistes étrangers qui s'étaient spécialement occupés de ce problème, elle rédigea un rapport qui mérite Tétude la plus attentive.
La première partie de ce rapport, qui résume les faits d'une façon toute impersonnelle, a pu être signée par les douze membres de la Commission. En outre, six membres favorables à l'adoption du bimétallisme par PAogleterre ont signé un rapport spécial et les six membres qui n'ont pas cru pouvoir se rallier à cette mesure en ont fait autant. Il s'ensuit que le Rapport général est divisé en trois parties, outre des notes particulières ajoutées par quelques-uns des membres.
Entrait de la première partie signée par tous les membres de la Commission : u § 115. Le moyen qui a été principale-
LA 60LD AND SILVER COMMISSION ^i
ment mis en avant comme devant très probablement porter remède, de la façon la plus complète possible, aux maux dont on se plaint est le système connu sous le nom de bimétallisme.
« § 186. 11 faut bien noter que pour les produits autres que l'or et Fargent les effets d'un changement dans Toffre et la demande sont à la fois plus marqués et plus immédiats. Ces marchandises sont généralement produites pour être consommées à bref délai ou dans un temps relativement court. L'offre disponible pour le marché en tout temps ou susceptible d'y être apportée en peu de temps est un élément décisif dans la fixation de leur valeur.
« Les métaux précieux, au contraire, ne sont consommés que dans une mesure restreinte et l'offre disponible con« siste dans Taccumulation faite durant les siècles précédents.
'< n s'ensuit que pour ces métaux une diminution ou une augmentation dans la production nouvelle ' a moins d'importance que dans le cas des marchandises qu'on consomme et qu'une augmentation ou diminution dans la demande a aussi moins d'effet. La considération principale en ce qui les concerne est plutôt, à tout moment, le rapport entre la masse totale existante et les demandes qui en sont faites.
« § 189. Considérant les très grands changements qui ont eu lieu avant 1873 dans la production relative des deux métaux, sans qu'il se soit produit aucune modification correspondante dans leur valeur marchande, il nous parait difficile de résister à la conclusion qu'une certaine influence agissait alors tendant à rendre fixe le prix de l'argent et à maintenir son rapport relativement à l'or à peu près stable.
(( § 190. Avant 1 873, les fluctuations dans le prix de l'argent étaient d'un caractère graduel et limitées en des bornes très étroites. La variation maximum en 1872 a été de 5/8 p. et la moyenne inférieure à 5/16 p., tandis qu'en 1886 le maximum de la variation a été de 2 p. 16 p. et la moyenne d'environ 1 1/8 p. On n'a pas soutenu et on ne pouvait prétendre que
eette différence s'expliquât par des changements dans les productions ou dans remploi actuel des deux métaux i.
« § 191. L'explication ordinairement donnée de ces variations constantes dans le prix de Targent est que la hausse et la baisse de ce métal dépend de Tactivité ou de l'inactivité de la demande pour les remises à faire aux pays à étalon d'argent, et que le prix est grandement influencé par la quantité de traites (bills) vendues, de temps en temps, par le secrétaire d'État des Tndes eu Conseil. Mais ces causes étaient, autant qu'on peut le voir, à l'œuvre avant 1873, comme après cette date, et cependant le marché de l'argent ne se montrait pas aussi sensible à ces influences, de jour en jour ou de mois en mois, qu'il l'est maintenant.
« § 192. Ces considérations semblent devoir faire admettre l'existence de quelque influence créant précédemment la stabilité (steadying influence)^ laquelle a été supprimée et qui a laissé le marché de l'argent exposé à la libre influence de causes, dont l'effet complet était auparavant maintenu en échec. La question qui s'impose à nous est donc celle-ci : Y a-t-il quelque autre circonstance qui aurait pu affecter le rapport entre l'or et l'argent qui distingue la dernière période de la précédente?
« Incontestablement la date qui forme la ligne de partage entre une époque de flxité approximative dans le rapport entre l'or et l'argent et une époque d'instabilité marquée est l'année où le système bimétallique, précédemment en vigueur dans l'Union latine, a cessé d'être en pleine activité; et nous sommes irrésistiblement conduits à la conclusion que la pratique de ce système, établi comme il Tétait en des pays dont la population et le commerce sont considérables, a exercé une influence matérielle sur la valeur relative des deux métaux.
1. M. Soetbeer, dans le passage cité au chapitre précédent, constate que dans le deuxième semestre de 1876 le prix de Fargent a varié de 43 3/4 p. à 68 4/8 p., c'est-à-dire de 20 pour cent.