LA LOI DE GRESHAM
France que 20 shellings 8 deniers i/2, en Hollande, en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Hongrie, en Suède et en Danemark que 20 shellings 7 deniers i/2. » Le rapport entre les deux métaux était sur le continent de 1 à 14 1/2 ou 15, alors qu'en Angleterre il était de 1 à 15 1/5. L'argent évalué plus haut sur le continent y était attiré, tandis que For l'était en Angleterre où une valeur plus grande lui était attribuée, o C'est en Suède, ajoute Newton, que l'or est évalué le plus bas ; aussi l'argent y est abondant. De même i'or est abondant dans les pays où sa valeur est la plus grande relativement à l'argent, c'est-à-dire en Angleterre et en Espagne. Pour rappeler l'argent en Angleteree, il faudrait diminuer la valeur de la guinée de 10 à i2 deniers. »
La loi qui règle ainsi l'exportation et l'importation des métaux monétaires avait été bien décrite, dès 1558, par Fargentier sir Thomas Gresham, conseiller de la reine Elisabeth ; c'est pourquoi on Fa appelée la loi de Gresham.
Les Grecs l'avaient déjà remarqué, car Aristophane dit dans les Grenouilles, v. 718 :
« Dans notre république, les mauvais citoyens sont préférés aux bons, de même que la mauvaise monnaie circule, alors que la bonne se cache. »
C'est la perception très nette de la loi de Gresham qui avait déterminé lord Liverpool à faire adopter par FAngleterre For seul comme monnaie, ainsi qu'on peut le voir dans son rapport au roi si souvent cité : On the coins ofthe Realm,
Wolowski démontrait bien que l'inconvénient était léger, transitoire, et que le pays où se produit Falternance ne perd rien, puisque le métal enlevé procure une prime au détenteur. Mais Finconvénient d'avoir tantôt For, tantôt l'argent comme monnaie dominante, frappe les esprits. D'autant plus que cela permet, dit-on, aux marchands de métaux de faire d'énormes bénéfices aux dépens du pays bimétallique.
Mais, dès 1717, Newton avait indiqué le remède qui obvie à l'alternance. Voici comment il l'avait formulé. « Si For était diminué de valeur chez nous, de façon que ce métal
eût le même rapport avec l'argent que dans le reste de l'Europe, il n'y aurait plus aucune tentation d'exporter de l'argent plutôt que de l'or vers les autres États de l'Europe. » (V. son Bap, du 17 sept. 17i7, cité plus haut.)
M. Barbour a cité un extrait de la Lex mercatoria de Gérard de Malynes, p. 308-309, où l'on voit que pour obvier à l'exportation des monnaies de l'Angleterre sur le continent, où on avait su relever leur valeur, le roi Henri VIII décrète que les monnaies anglaises, tant d'or que d'argent, seront du même aloi, finesse et valeur, que celles du continent (Gold and Silver Com. Final Report ^ p. 125).
C'est, semble-t-il, un écrivain américain, M. Charles Moran, qui, dans un écrit intitulé Money, et publié en 1864, a émis le premier, appliquant le principe de Newton, l'idée d'une convention internationale pour établir^ partout le même rapport entre les deux métaux. « Le même véritable et unique remède, dit-il, contre les variations dans la valeur relative de l'or et de l'argent, serait un congrès de toutes les nations commerciales pour adopter une proportion légale, uniforme entre les deux métaux, tous les deux pouvant être employés partout comme légal tendeff car il est hors de doute que deux instruments d'échange sont préférables à un seul. »
Wolowski, qui transcrit ce passage et celui de Newton, dans son livre la Question monétaire , publié en 1869, n'a pas su tirer de l'idée tout ce qu'elle renfermait.
La commission monétaire néerlandaise de 1873, composée de financiers exceptionnellement compétents, et inspirée, d'après M. Pierson, par M. Mees, gouverneur de la Banque Néerlandaise, avait préconisé le remède indiqué par Newton. Elle disait dans son rapport : « Nous voudrions voir adopter partout en Europe le double étalon, avec la même valeur proportionnelle entre l'or et l'argent. Ce principe, appliqué sur un si vaste territoire, exercerait une telle influence sur la valeur du marché commercial, que le prix des métaux précieux en acquerrait une fermeté inconnue jusqu'à ce jour. »
Il était réservé à M. Cernuschi, dans des écrits étince-