LA LOI DE 6RESHAM
lants de verve et de raison, de prouver, à toute évidence, que Newton avait indiqué la vraie solution du problème monétaire. A partir de ce moment, la question est entrée dans une phase nouvelle. Le bimétallisme avait acquis une base scientifique inattaquable. En effet, si, en vertu de la loi de Newton, l'inconvénient de Talternance est supprimé, il reste en faveur de la monnaie bimétallique l'avantage certain d'une stabilité plus grande de sa valeur, et, par suite, des prix, en raison de l'action compensatrice des deux métaux accouplés, et dès lors la question est tranchée. Aussi, tous les économistes qui ont consenti à étudier le problème à nouveau se sont-ils convertis au bimétallisme.
En Amérique, les écrits de Dana Horton, de Francis Walker et de George Walker, et le rapport fait par le sénateur John Jones au nom de la Silver Commission de 4876; en Allemagne, le livre de Suess, Die Zukunft des Goldes S ceux de Schneider, d'Otto Arendt, d'Ottomar Haupt et, bientôt après, les remarquables publications de Lexis, de Wagner, de Schâffle, de Neuwirth, de Lorenz von Stein, ont amené l'adhésion de la grande majorité des hommes compétents. On peut soutenir encore avec Soetbeer que le bimétallisme international ne sera pas accepté par les États intéressés; mais il faut désormais avouer, avec lui, que s'il l'était, ce serait la solution définitive du problème. Ceci est reconnu non seulement par les principaux économistes, mais par les directeurs de toutes les grandes banques régulatrices, c'est-à-dire par les financiers qui connaissent le mieux les besoins de la circulation.
C'est à deux des plus éminents de ceux-ci, MM. Henry Gibbs et Grenfell, tous deux anciens gouverneurs et maintenant directeurs de la Banque d'Angleterre, que l'on doit les travaux les plus clairs au point de vue pratique. Dans la brochure Double Standard, M. Gibbs doni)e des démonstrations définitives. Il explique d'abord comment il se fait que le bimétallisme en France a suffi pour maintenir le
1. Voir un résumé de ce livre en annexe à la fin de ce volume.
E. DE LaVELEYE. — La monnaie. 16
rapport fixe de 1 à 15 1/2 entre les deux métaux précieux. U prou?e ensuite, par une démonstration pratique, la yérité de la proposition de Newton reprise par M. Gernuschi, à savoir que Taccord international sur la fixation du rapport légal de valeur entre Tor et l'argent maintiendrait la circulation simultanée des deux métaux, en paralysant Faction de la loi d'alternance de Gresham. On peut dire que c*est là désormais une vérité acquise à la science. Les rares monométallistes absolus qui se sont donné la peine d'étudier sérieusement la question, comme M. Rodriguez de Freitas, professeur à Porto, MM. P. Leroy-Beaulieu ou Frédéric Passy, n'ont pas réfuté l'argumentation pas plus que M. H. Gibbs.
Deux autres adversaires du bimétallisme, M. Bonamy Price, en Angleterre, et M. Soetbeer, en Allemagne, font des concessions telles qu'elles tranchent le débat en notre faveur. M. Bonamy Price écrit dans un article de la Contemporary Review (1882) :
« Si l'or était exclusivement monnaie, il en résulterait un grand dommage pour le présent et pour l'avenir. » Plus récemment encore il disait : « Ma conviction est que l'emploi de l'argent comme monnaie est de la plus grande importance. La population du monde s'accroît rapidement La civilisation se développe de toute façon et réclame des moyens de plus en plus étendus de production et de circulation. U est incontestable que le besoin d'une quantité croissante de monnaie métallique ira en augmentant. L'or seul ne peut suffire ^ n
Nous avons rapporté plus haut l'opinion de M. Soetbeer.
En Angleterre, cette vérité semble s'imposer aussi, car, ainsi que nous l'avons vu, la Gold and Silver Commission admet comme démontré que le bimétallisme français a suffi
1. M. Gibbs, à qui j'ai envoyé Tépreuve de quelques pages, m'écrit ceci : « La dernière fois que je vis M. Bonamy Price à la Commission on dépression of Trade, il me dit : « Gomment marche le bimétallisme? ~ Il fait peu à peu son chemin •, répondis-je. Il reprit : « Il faudra bien y venir ; il n'y a point d'autre remède. » — Nouvelle et importante recrue.