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Desrotoups note, dans son rapport de 1790, que Turgot

LA DÉPRÉCIATION DE l' ARGENT 291

Gaudin, en exposant les motifs de la loi bimétallique qui nous régit encore aujourd'hui, expose ses préférences pour le rapport de 1 à 15, qui, pense-t-il, aurait pu se faire accepter et qui aurait permis d'avoir des pièces d'or de 10 grammes et de 5 grammes valant 30 et 15 francs. La pièce de 5 grammes aurait été le franc d*or.

« Le prix de Tor dans le commerce, remarque-t-il, se règle toujours d*après le prix de For à la Monnaie. » Mais Gaudin se laissa arrêter par la nécessité de refondre les monnaies d'or frappées à 15 1/2 depuis 1785. D'après M. F. W. Jacobi *, si l'on compare la valeur de l'argent à cette époque, calculée à Hambourg, relativement à la valeur de l'or à Londres, le change étant an pair, on trouve le rapport de 1 à 15,5, ce qui permettrait de dire que la proportion adoptée par la loi française de 1803 correspondait exactement à celle qui était établie par le commerce ou plutôt, en réalité, par Teffet de la moyenne des autres lois. Toutefois cette expression n'est pas exacte, quoique M. Soetbeer s'en serve volontiers, pour l'époque qui commence en 1687 avec la cote de l'or et de l'argent à Hambourg; car les prix cotés pour les deux métaux dépendaient manifestement de la valeur établie par les Hôtels des monnaies dans les pays prépondérants. Il n'y a donc pas là de valeur commerciale, dans le sens strict du mot, mais une valeur déterminée par la tariûcation des monnaies en vigueur dans les principaux États.

C'est au sujet de Thistoire de la monnaie anglaise que régnent les erreurs les plus accréditées, surtout en Angleterre même. On répète sans cesse que l'or a envahi la circulation en Angleterre , en raison de la préférence générale existant pour ce métal.

C'est tout le contraire qui est la vérité, et c'est Newton,

ayant diminué le seigneuriage, 1,200,000 guinées afOuaient par mois à la Monnaie de Paris. Necker ayant supprimé cette réduction, l'or anglais cessa d'arriver.

1. F. W. Jacobi, Gold und Silber im Landes-und-im Weltvetkehr. Leipzig, Duncker, 1881.

en sa qualité de directeur de la Monnaie, qui nous l'apprend dans un rapport adressé aux lords de la Trésorerie en i747.

La monnaie d'argent était seule investie du pouvoir libératoire. La monnaie d'or n'était point kgal tender et n'avait même aucune valeur légale. Néanmoins Tor prit la place de l'argent et circula à une valeur supérieure à sa valeur commerciale ^.

« Une livre Troy d'or, à 14/12 de fin, dit Newton, étant taillée en 44 1/2 guinées, et une livre Troy d argent en 62 shellings, il en résultait qu'une livre d'or était estimée valoir 15 livres d'argent et 6 1/2 onces. Cette valeur attribuée à l'or était plus élevée que celle qui lui était accordée dans les pays voisins. L'argent était donc recherché pour l'exportation. »

D'après Newton, l'argent en lingot valait 2 ou 3 pence de plus qu'en monnaie. Quand la demande de l'argent pour les Indes était forte, la prime montait à 4 et à 6 pence *. L'argent était donc fondu et exporté, parce qu'il était plus recherché que l'or.

On sait qu'en vertu de ce qu'on appelle « la loi de Gresbam » c'est toujours le métal déprécié qui reste dans la circulation, et ce métal ici élait l'or. Le métal évalué plus haut au dehors et sous-évalué à Tintérieur, l'argent, était exporté. Si l'or a envahi la circulation, ce n'est pas « malgré la loi », mais à « cause de la loi » qui le surévaluait. L'exportation de l'argent avait lieu, non en raison de la préférence des Anglais, mais contrairement à leurs désirs. On en trouve la preuve évidente dans tous les documents de

1. Naguère encore on connaissait moins l'histoire monétaire de TAngleterre que celle des temps mythiques de la Grèce, parce qu'il aurait fallu étudier des documents anciens, perdus dans les archives. Aujourd'hui, grâce à ^excellent volume qu'a publié M. Dana Horton, par ordre du Ck)ngrës américain, chacun peut vérifier les faits avec la plus grande facilité. Le gouvernement américain offre ce volume gratuitement à toute personne <îompétente qui en fait la demande : International monetary Conférence of 1878,

2. Voir le rapport de Newton. Dana Horton, Monet, Conf, of /«7«, p. 315. ' '

LA DÉPRÉGUTION DE l' ARGENT 293

l'époqae se rapportant à la question. Voici un des consi> dérants de la proclamation du roi George !«■', décrétant les changements monétaires de 17 i 9 : « Attendu que la valeur de i'or comparée à celle de Targent dans les monnaies courantes de ce Royaume payées et reçues est plus grande que la valeur proportionelle de Tor et de Targent chez les nations voisines, et que cette surévaluation de For dans les monnaies courantes de ce royaume a été cause que beaucoup de nos monnaies d'argent ont été diminuées ou exportées, ce qui est très préjudiciable au commerce intérieur {trade) de ce pays ».

Ce considérant émanait évidemment de Newton, car on le retrouve dans le rapport que j'ai cité plus haut. Il y explique que les opérations du change agissent dans le môme sens que les arbitrages. « Chaque fois, dit-il, qu'on doit envoyer du numéraire pour payer une dette au dehors, on sera tenté d'envoyer de l'argent plutôt que de For, parce qu'on y trouve un profit de 4 à 5 pour cent, et pour la même raison les étrangers enverront ici de l'or plutôt que de l'argent. » Pour retenir l'argent en Angleterre, il aurait fallu, d'après Newton, diminuer la guinée de 10 à 12 pence. U proposa de la diminuer seulement de 6 pence ; car, ajoutait-il, on pourrait mieux mesurer plus tard quelle réduction ultérieure serait encore nécessaire.

Le 23 janvier 1718, une discussion eut lieu à la Chambre des lords ^ sur la rareté de l'argent, qui causait un grave préjudice aux affaires, le mal augmentant rapidement. Lord Stanhope explique que la rareté de l'argent provient de plusieurs causes : 1^ l'accroissement du luxe en fait de vaisselle d'argent; 2o les grandes exportations d'argent vers les Indes orientales; 3*» le commerce clandestin qui, de Hollande, d'Allemagne et d'autres contrées, importe de l'or et exporte de l'argent. Le remède indiqué par lord Stanhope consiste à abaisser la valeur de l'or. Newton avait admirablement analysé la cause de ce va-et-vient des monnaies d'or et d'argent, tantôt apportées, tantôt enlevées par le

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