Dana Horton, Monet. Conf, of 4878, p
commerce. Il avait découvert que cette cause était, non pas l'augmentation prétendue de la valeur commerciale de l'or ou des préférences supposées qui, si elles avaient eiisté, auraient été favorables à l'argent, mais uniquement Faction des différentes législations en lutte.
Si l'argent a augmenté de valeur pendant le xvtii« siècle c*est parce que la plupart des États, afin de le retenir ou de le rappeler, ont diminué la valeur de l'or. Le remède définitif à ces désordres monétaires perpétuels, Newton le voit clairement : il consiste à établir partout le même rapport entre Tor et Targent, c'est-à-dire le bimétallisme international. Le passage est si important que nous croyons utile de le transcrire encore une fois ici : « Si l'or en Angleterre ou l'argent aux Indes orientales pouvaient être abaissés au point d'avoir la même valeur proportionnelle dans les deux contrées, on ne rechercherait pas plus l'argent que l'or pour le transporter vers l'Inde ; et si l'or était abaissé seulement autant qu'il le faudrait pour le ramener au même rapport à la monnaie d'argent en Angleterre qu'il a relativement à l'argent dans les autres pays d'Europe, i n'y aurait pas plus de tentation d'exporter de l'argent que de l'or vers aucune autre partie de l'Europe. » Voilà évidemment un trait de génie trop oublié depuis.
Il était réservé à M. Gernuschi de le rappeler et d'en faire voir l'importance.
Il était impossible de songer, dés cette époque, à établir un rapport identique, par une entente libre et encore moins par des traités. Les luttes et les tiraillements monétaires ont donc continué jusqu'à nos jours. L'argent, coté plus haut ailleurs, continua à quitter l'Angleterre; l'or seul et les pièces d'argent usées restèrent dans la circulation. Il suffit de comparer les rapports existant entre les deux métaux dans les pays voisins pour comprendre les motifs de ce fait. Le rapport était en Angleterre de 1 à 15,22, tandis qu'il était en France, d'après Forbonnais, de 1 : 14, l\i et en Hollande de 14, |||. L'argent évalué plus haut par les Monnaies sur le continent y était exporté.
Un auteur très compétent en ces matières, sir James
Stewart of Goltoess, proposa, pour retenir Pargent, d'abaisser la gainée à 20 shillings, de façon à rétablir la livre sterling d'Elisabeth et d'avoir le même rapport qa'en France, celui de 1 à 14 1/2. « Alors, dit-il, il n'y aura plus aucun profit à fondre ou à exporter un métal plutôt que l'autre, et la livre sterling sera, comme auparavant, représentée par de l'or ou de l'argent (and the pound sterling wiU remain attached to both the gold and silver as before). »
D*après sir James Stewart, quand on avait édicté (enacted) que 113 grains d'or pur pourraient payer une dette d'une livre sterling, c'est-à-dire de 3 onces 17 penny-weight et 10 grains de standard silver^ on avait déprécié l'étalon, parce qu'on avait attribué à l'or une valeur qu'il n'avait pas. 11 fallait donc, prétendait-il, ramener l'or à la valeur fixée dans les pays voisins ^.
Dans le fameux rapport au roi. On the coins of the Realm^ où lord Liverpool propose l'adoption de l'étalon d'or unique, il affirme que si l'or seul circulait en Angleterre, c'était par l'effet de la loi et non, comme on l'a prétendu souvent, par suite d'une préférence accordée à l'or. On ne trouve, dit-il, dans la circulation que des pièces d'argent usées, celles qui avaient leur poids ayant été exportées ou fondues. L'exportation donnait un grand profit, parce que l'argent était estimé à la Monnaie au-dessous de la valeur relative à l'or qu'il obtenait ailleurs sur le mardié. (The value of silver hullion as esUmated hy your Majesty's Mint was lower, compared with thaï of gold, than the priées at which thèse mêlais were respectively sold in the market.)
En 1774, les monnaies anglaises d'or et d'argent étaient également dans le plus déplorable état. Leur valeur au poids était de 15 à 20 0/0 inférieure à leur valeur nominale. La refonte des monnaies d'or fut décrétée. Comme la même mesure n'était pas appliquée aux monnaies d'argent, on décida qu'elles ne seraient plus reçues à leur valeur nominale (hy taie) que jusqu'à 25 liv. st. Au delà, elles n'avaient plus cours légal qu'au poids, au taux de 5 sh. 2 p. l'once*
i. Dana Horton, Monet. Conf. of 1878, p. 323.
Si on avait émis des pièces neuves, comme elles auraient eu le poids légal, l'argent aurait eu sa pleine valeur libératoire . Cette mesure provisoire était prise pour préserver le créancier de l'obligation de recevoir des pièces par trop usées. Plus tard, par suite de la hausse de l'or, porté à : 15,50 en France, depuis 1785, alors qu'il ne valait que : 15,21 en Angleterre, les guinées anglaises prirent le chemin du continent, et l'argent se représenta à la Monnaie, d'où il s'était tenu éloigné tant qu'il était estimé trop bas. Ce phénomène inusité inquiéta la Banque et, sous l'influence de lord Liverpool, un Act défendit le monnayage de l'argent jusqu'à ce qu'un comité du Conseil privé eût eu le temps d'examiner toutes les questions relatives à la circulation des monnaies dans le Royaume-Uni (1798). En même temps, l'acte de 1774, limitant le pouwir libératoire de l'argent à 25 liv. sterling autrement qu'au poids, qui n'était plus en vigueur depuis 1789, fut renouvelé. Enfin, en 1816, le second lord Liverpool appliqua les idées de son père, et l'étalon d'or se trouva définitivement établi en Angleterre, sur les bases qui sont encore en vigueur aujourd'hui.
Nous pouvons maintenant résumer les faits de l'histoire monétaire de l'Angleterre au xviii* siècle et rectifier les erreurs généralement répandues à ce sujet. Il n'est pas vrai que la loi n'avait établi aucun rapport entre l'or et l'argent, comme on l'a prétendu. Le monnayage étant un privilège de la couronne, ce rapport était fixé, non par des statuts, mais par des règlements de la Monnaie (Mint indeniures), qui déterminaient le titre, la valeur et le nom des espèces d'or et d'argent. L'étalon national était la livre sterling d'argent, dont le titre et la valeur furent réglés de nouveau par Elisabeth en 1601.
Charles II fixa la valeur de l'étalon d'or en décrétant que la livre d'or à 11/12 serait taillée en 441/2 guinées. Newton, sir James Stewart et les auteurs les plus compétents parlent du rapport légal existant en Angleterre.
Il est aussi inexact que l'or est devenu la monnaie de fait de l'Angleterre, parce que ce métal était plus recherché.
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Au contraire, Targent, sous-évalué à la Mint, quittait TAngleterre, au grand regret des Anglais et malgré différentes mesures prises pour le retenir. Si rétalon d'or a été définitivement adopté en 1816, c*est par suite de l'application des théories de Locke, mal comprises par lord Liverpool, et parce qu*on avait négligé en 1774 de refondre les monnaies d'argent en même temps que les monnaies d*or.
Nous pouvons donc affirmer que l'histoire, qu'on invoque contre le bimétallisme, dépose au contraire en sa faveur. En effet, on l'a vu, si l'or et l'argent ont été soustraits alternativement aux différents États, ce n'est pas en vertu des lois économiques, mais en raison des lois arbitraires et sans cesse modifiées des gouvernements. Si malgré ces lois sans cesse en lutte, l'or et l'argent sont cependant restés partout dans la circulation avec plus ou moins d'aboadance, c'est la preuve évidente que l'emploi simultané des deux métaux est une nécessité économique si impérieuse qu'elle s'est imposée, malgré tout ce que les hommes ont fait d'absurde pour y mettre obstacle.
La proscription de l'argent porte arbitrairement atteinte à la liberté, qui ferait usage à la fois de l'or et de l'argent. Le bimétallisme international ne fait qu'apporter au problème monétaire une solution que tous les États ont poursuivie jusqu'à ce jour.
L'adoption de l'étalon d'or a été une iniquité à l'égard de la nation anglaise et une grande faute économique. Une iniquité, car elle a changé la base de tous les contrats et notamment celle de la dette de l'État, en substituant à l'argent, qui était la matière normale de la monnaie, l'or, qui, employé seul, constitue un très mauvais instrument d'échange. En effet, sa production est insuffisante et en même temps très irréguiière. Elle ne se prête pas à cet accroissement proportionnel des moyens de circulation qu'exige le développement des affaires dans le monde. L'interdiction de la frappe libre de l'argent en 1798, devenue définitive en 1816, a été une grande faute économique, surtout à la fin du dernier siècle. Après que le rapport de 1 à 15/12, établi en France, commença à attirer l'or, l'argent
reyenait naturellement à Londres. Si, an lieu de le proscrire, comme on Ta fait très légèrement en 1788, on Payait laissé remplir les canaux de la circulation, on aurait évité le papier-monnaie à cours forcé, qui n'a pu être supprimé qu'en 1821 et au prix de plusieurs crises très violentes. Ce. point a été établi à toute évidence par M. Dana Horton dans son excellent écrit : Silver and Gold.
L'Angleterre, en rétablissant chez elle la circulation métallique uniquement au moyen de Tor, devait considérablement augmenter la rareté et par suite la valeur de ce métal, dont la production se trouvait réduite d'un tiers d'abord, puis de la moitié, en môme temps que celle de l'argent, par suite des guerres de l'indépendance dans l'Amérique espagnole.
La production de l'or qui, dans la décade 1741-1750, s'était élevée à 85 millions de francs, était tombée en 181 1-1820 à 61 millions et en 1821-1830 à 39 millions. La production de l'argent était également descendue de 200 millions en 1801-1810, à 124 millions en 181M820 et à 85 millions en 1821-1830. Les moyens d'échange se trouvaient déjà par ce seul fait énormément réduits dans le monde. Survint alors la demande d'or de la Banque d'Angleterre qui, d'après un mémorandum des directeurs, en date de 1 832, s'éleva à 20 millions sterling (ou à 500 millions de francs). Cette demande extraordinaire, correspondant à plus de dix fois la production annuelle de cette époque, équivaudrait donc aujourd'hui à 10 milliards, si on prend pour point de comparaison la quantité d'or extraite des mines actuellement. On estime que l'or à l'état de monnaie dans le monde occidental s'élevait alors à 120 millions sterling. L'Angleterre y puisait donc peur elle seule le sixième, afin de remplacer le papier-monnaie.
Elle ne put l'obtenir, ainsi que le eomstate le mémorandum de la Banque (1832), qu'en abaissant le prix des marchandises : « It couldonly bepurchasedbyreducedprices of ihe commodities, »
Quelle fut la baisse des prix produite par la contraction monétaire? Ricardo, le chef des économistes au parlement.
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ne restîmait qu'à 3 ou 4 pour cent, mais Williani Ward affirme qu'il reconnut son erreur plus tard *. La baisse fut énorme, d*abord en Angleterre, où elle atteignit 20 à 30 pour cent, d'après une enquête parlementaire de 1822, et puis sur le continent, d'où l'or était enlevé. Il en résulta une crise calamiteuse, longue et insidieuse, très semblable à celle qui dure maintenant depuis 1873, ainsi que nous l'avons montré dans un précédent chapitre.
A partir du moment où le bimétallisme français établit, en 1803, la frappe libre de l'or et de l'argent avec le rapport de 1 à 15/12, une nouvelle période commence pour l'histoire -monétaire. On peut, depuis lors, mesurer l'action qu'exerce sur le rapport des deux métaux la loi combinée avec la liberté. La loi française, pendant tout le temps qu'elle a fonctionné, c'est-à-dire jusqu'au moment où la réforme monétaire allemande en a commandé la suspension, a suffi pour maintenir le rapport de 1 à 15/12.
1, William Ward, Remarks on the commercial législature of 4840. Ricardo avait dit : * An extraordinary demand for gold might take place for the purpose of coinage and this migkf. exhauat the value of the currency 3 or 4 per cent, in addition to the first exhaustment, »