UN BCEUF VAUDRA TOUJOURS QUINZE MOUTONS
Si Targent vient à baisser, TÉtat n'est nullement tenu, ni à l'égard de ses nationaux, et encore moins à Tégard des étrangers, de rembourser en or les écus d'argent; la loi transforme Tor et l'argent en monnaie libératoire, qu'elle remet aux porteurs, et voilà tout. Mais l'effet de cette loi, quand elle est appliquée sur un vaste territoire, occupé par une population nombreuse et riche, est de maintenir le prix des métaux précieux au taux adopté par la Monnaie et cela non pas contrairement, mais conformément à la loi de l'offre et de la demande. En voici la preuve : Quand un objet est très rare et qu'il ne peut être produit à volonté, c'est la demande qui en fixe le prix. Pourquoi V Angélus de M. Millet s'est-U vendu 500,000 francs? Parce que ce tableau est unique et que, l'artiste étant mort, il n'en sera plus fait de pareil. Si la Russie admettait le monnayage libre du platine, qui vaut maintenant un peu plus de 500 roubles, sur le pied de 1,000 roubles, en monnaie-étalon, ce métal s'élèverait et se maintiendrait certainement à ce prix.
Pourquoi For ne peut-il tomber au-dessous du taux légal de 3,100 francs le kilogramme 9/10 de fin? Parce que nul ne vendra un gramme de ce métal moins cher, puis« qu'il peut le transformer à ce prix en monnaie libératoire, au moyen de laquelle il peut acheter toute chose et payer toute dette.
Ce que les adversaires du bimétallisme ne parviennent pas à comprendre, c'est Tinfinence décisive qu'exerce sur le prix des métaux précieux le fait que la frappe libre, en permettant de les convertir en disques monétaires investis du plein pouvoir payant, crée un débouché illimité en regard d'un objet dont la masse et la production ne peuvent s'augmenter à volonté. Ceci ressortira plus clairement encore de l'examen, au chapitre suivant, de l'objection faite par M. Giffen.
Toutefois, il est à remarquer que l'objection du 1 bœuf = 45 moutons est tellement discréditée en Angleterre, depuis que la question y a été discutée à fond, que ni dans la presse, ni dans les dépositions devant la Gold and Silver
Commission^ ni dans le rapport ûnal de cette commission on ne la voit plus reparaître.
Un économiste allemand dont les connaissances spéciales relativement aux faits monétaires égalent celles de M. Soetbeer, le docteur W. Lezis, professeur à l'université de Fribourg, montre clairement en quoi les métaux précieux diffèrent des autres marchandises. (V. Erôrterungen ueber di^ Waehrungsfrage,)
1<» Les marchandises ordinaires sont destinées à la consommation. Les métaux précieux se conservent, au contraire, presque indéfiniment, soit comme monnaie, soit comme objet de luxe. Dans Tor qui circule il j a probablement des parcelles qui viennent du temple de Delphes ou du temple du Soleil à Guzco. La quantité d'or et d'argent qui existe est donc énorme relativement à la production annuelle.
Tout le blé produit cette année sera consommé l'année prochaine. L*or et l'argent tirés des mines s'ajouteront^ au contraire, à notre approvisionnement de 60 à 70 milliards. De là, la fixité de la valeur des métaux.
2^ L'or et l'argent sont appelés métaux « précieux », parce qu'ils sont rares. On ne les produit pas à volonté. La preuve en est sous nos yeux : l'or fait prime et on en réclame partout sans que la production augmente. C'est la rareté de l'or et de l'argent qui a fait qu'on les a choisis de tout temps et instinctivement tous les deux comme monnaie.
30 La valeur soit de l'or, soit de l'argent, est déterminée par le monnayage. Elle n'est déterminée par la demande de l'industrie que quand le métal n'est plus admis à la frappe libre. Le débouché qu'ouvrent les Hôtels des monnaies aux métaux précieux a cela de particulier qu'il détermine un taux fixe sur la base duquel un certain poids du métal monétaire peut toujours se convertir en un certain nombre d'unités monétaires investies du plein pouvoir libératoire. Ainsi à Paris on peut convertir un kilogramme d'or à 9/10 fin en 3,100 francs de monnaie légale, ce qui fixe la valeur marchande de ce métal à ce