‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 132 sur 137 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

OBJECTION N<* 13. — c'est LE NIVEAU DES PRIX QUI DETERMINE LA QUANTITÉ DU NUMÉRAIRE ET. NON LA QUANTITÉ DU NUMÉ- RAIRE QUI DÉTERMINE LE NIVEAU DES PRIX (R. GIFFEN)

Dans tous ses précédents écrits, M. R. Giffen avait soutenu et, à notre avis, avait prouvé que la baisse si extraordinaire des prix qui a commencé en 1874, était due à la rareté de For. Récemment il a avancé une autre thèse : c'est le niveau des prix qui détermine la quantité du numéraire employé.

U y a dans cette afGrmation une part de vérité. En effet, plus les prix sont élevés, plus il faut de numéraire pour régler un même chiffre d'affaires.

Si un hectolitre de blé vaut 20 francs, au lieu de 10 francs, pour payer 100 hectolitres, il faudra, caeteris paribus^ 2,000 francs au lieu de i ,000 francs.

Mais quelle est la cause qui peut amener soit une hausse, soit une baisse générale des prix?

Le prix de chaque marchandise en particulier est déterminé par la loi de l'offre et de la demande. Ainsi le prix du bétail a considérablement augmenté depuis le moyen âge, parce que le nombre des hommes s'est accru bien plus que celui des animaux. Dans les pays à population peu dense, il y a plus de cent têtes de bétail par cent habitants, 110 aux Étate-Unis, 1,076 à la Plata, 573 en Australie, 725 en Roumanie et dans les pays très peuplés moins de 50, ainsi 45 en Angleterre, 49 en France, 50 en

AUTRE OBJECTION GIFFEN 321

Allemagne, 29 en Belgique. Le prix des objets manufacturés a généralement diminué, parce que l'emploi des machines a réduit les frais de production. Le prix du vin a haussé à cause de Toîdium et du phylloxéra. Mais quand il 7 a une hausse ou une baisse générale des prix, elle ne peut être due qu'à l'influence de Tabondance ou de la rareté de la monnaie, puisqu'on ne peut admettre un excès général tantôt de l'offre, tantôt de la demande.

Aussi tous les historiens et tous les économistes sans exception ont attribué la hausse générale des prix qui a commencé au xvi® siècle, après la découverte de l'Amérique et, vers le milieu de ce siècle, après la découverte des pîacers de l'Australie et de la Californie, à Tafflux des métaux précieux déversés à ces deux époques dans la circulation de TEurope. La théorie classique, concernant la façon dont s'établit de pays à pays l'équilibre des importations d'or et d'argent, repose aussi sur cet axiome généralement admis que l'abondance du numéraire favorise la hausse des prix. Voici comment raisonnent les économistes : Si un pays importe beaucoup de numéraire, il s'ensuit une hausse des prix. Cette hausse des prix encourage les importations et entrave les exportations de marchandises ; une balance défavorable en résulte, et celle-ci provoque la réexportation du numéraire surabondant. La proposition de M. GifTen que nous citons en tète de ce chapitre est donc en opposition avec les principes les plus généralement acceptés de l'économie politique.

La hausse des prix dans un pays favorise l'exportation, non rimportation du numéraire.

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