‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 133 sur 137 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

OBJECTION N« 14. — LE BAS PRIX DE l'eSCOMPTE PROUVE QUE l'or n'eST PAS RARE

La moitié des membres de la Gold and Silver Commission pense que la rareté et, par suite, Taccroissement de la valeur de Tor est la cause principale de la baisse des prix et, conséquemment, de la crise actuelle. L'autre moitié admet que c*en est une des causes, mais elle ne voit pas bien comment cette rareté de Tor aurait pu agir sur les prix. Pour avoir cet effet elle aurait dû, estime-t-elle, se traduire par une hausse persistante de Tescompte, ce qui n'a pas eu lieu.

Il y a ici une confusion de termes qu'on rencontre souvent dans les écrits des Anglais sar la matière. Le marché où se louent les capitaux est nommé en Angleterre Money market, c< Marché du numéraire », et le taux de loyer du capital est appelé le « prix du numéraire », Price a f money. Sans doute la rareté du numéraire dans les banques fait hausser momentanément le taux de l'escompte, parce qae les banques n'ont que ce moyen de défendre leur encaisse, et que c'est ordinairement en numéraire que se font les emprunts ou les recours au crédit sous toutes les formes. Mais le taux de l'intérêt dépend, en réalité, du rapport qui existe entre les capitaux accumulés qui s'offrent, d'une part, et la demande des capitaux, d'autre part. C'est pour ce motif que M. P. Leroy-Beaulieu, dans son Économiste français, a remplacé la rubrique Money market par celle de : « Marché des capitaux. »

LE TAUX DE l'eSGOMPTB ET LA RARETÉ DE L'OR 323

Dans une période où la quantité du numéraire s*accroit, on peut voir le loyer du capital élevé, parce qu'il est très demandé, comme cela s'est vu fréquemment après 1853. Ge fait s'explique : Tabondance du numéraire fait hausser les prix ; la hausse des prix apporte de larges bénéfices à toutes les entreprises ; celles-ci se multiplient et demandent beaucoup de capitaux, ce qui en fait hausser le loyer.

Le numéraire se raréfiant, des conséquences toutes opposées se produisent. Les prix baissent. Les bénéfices diminuent ou disparaissent complètement. Tous ceux qui sont engagés dans l'industrie ou dans le commerce, gagnant peu ou point, se découragent. Le capital fuit toute entreprise nouvelle offrant quelque chance mauvaise et se réfugie dans les fonds d'État.

La cote de ceux-ci s'élève; les gouvernements en profitent pour convertir leurs rentes, en en diminuant le revenu ainsi qu'on Ta vu après 1820 et en ces dernières années.

De cette façon, le taux moyen de l'intérêt s'abaisse, précisément au moment où, la monnaie devenant plus rare, la crise se produit.

Dans son discours à la Conférence monétaire de Paris, du 26 août 1881, M. Pirmez faisait bien ressortir ce que nous venons d'indiquer.

« Rien n'est plus dangereux, disait-il, que de confondre les questions monétaires avec les questions de crédit. Elles sont entièrement différentes. »

Ainsi donc un intérêt bas ne prouve nullement un numéraire abondant. Il est fréquemment Findice et la conséquence d'une contraction monétaire. Ge point a été admirablement élucidé dans un article de VEdimburgh Review dé janvier 1886. La conclusion en est celle-ci : « Que chacun consulte ses souvenirs ou les livres des banquiers et des commerçants, et il verra que non seulement des prix élevés et un taux d'escompte élevé aussi peuvent se rencontrer en même temps, mais qu'en règle générale ces deux faits vont ensemble. »

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