CHAPITRE LXVIII
OBJECTION N» 16. — ON FRAPPE PLUS d'aROENT MAINTENANT qu'avant 1873
A ceux qui prétendent que la baisse des prix provient d'une contraction monétaire produite par la suspension de la frappe de l'argent en Europe, on répond que la baisse ne peut être amenée par celte cause, attendu qu'on frappe plus d'argent maintenant qu'avant 1873 ^
Ce fait est exact ; mais l'argent est frappé en des pays où rinÛuence qu'il peut exercer sur les prix ne se répercute pas en Europe.
Dans le tableau du monnayage du monde publié par M. Kimball (16*^ Annal Report of the director ofthe Mint), on voit que sur le monnayage général de l'argent, qui monte à 160,984,877 dollars pour 1887 :
Les États-Unis en ont monnayé pour. 35,191,081
Le Mexique — — 26,844,031
Llnde — — 44,142,013
Le Japon — — 10,279,555
Total 116,456,680
Le reste est pris par la monnaie divisionnaire, sauf en Espagne où le monnayage d'argent a été en ces dernières années assez important, à savoir 11,389,414 dollars en 1887, 5,037,506 en 1886, 3,678,314 en 1885.
1. Voir La question monétaire en Belgique en 4889, par MM. Frère-Orban et Emile de Laveleye, p. 100.
L*argent qui est converti en roupies aux Indes, en yens au Japon, en dollars au Mexique et aux ËtatsUnis, circule respectivement dans chacun de ces pays et y soutient les prix, mais ne peut agir sur le niveau des prix.
Il n'y a que Tai'gent monnayé aux Etats-Unis qui, faisant monter les prix, aurait pu attirer les marchandises européennes, dont une demande plus forte aurait élevé également les prix par une influence indirecte.
Mais on peut affirmer que cette influence ne s*est pas fait sentir.
Premièrement, les États-Unis protégés par leur tarif douanier forment un monde à part; secondement, l'argent monnayé, circulant sous forme de certificats, n'a pas même suffi à faire face aux besoins si rapidement croissants des échanges puisque, afin de soutenir les prix, tous les partis sont d'accord pour accroître encore le rôle de l'argent dans la circulation.
On a objecté encore que la baisse de prix de l'argent n'a pu provenir de la suspension de la frappe, après 1873, puisque depuis cette date on a monnayé beaucoup plus d'argent qu'auparavant. La réponse résulte de ce que nous avons dit précédemment de la frappe aux États-Unis. La frappe libre dans un pays monométalliste-argent comme les Indes, pas plus que les achats et la frappe limitée de l'argent sous l'empire du Bland-Bill ne peuvent donner à ce métal un prix fixe. Seul le bimétallisme pratiqué sur un vaste territoire très riche et pourvu d'un grand approvisionnement des deux métaux, peut maintenir le prix de l'argent à un niveau constant, ainsi que Ta fait la. W de l'an XI pendant soixante-dix ans.