CHAPITRE IV
VALEUR OU PUISSANCE D ACHAT DE LA MONNAtË
La valeur de la monnaie se mesure par la quantîlé d'objets qu'elle procure, c'est-à-dire par sa puissance d'ncquisition.
Au moyen âge, on achetait un hectolitre de hli^- avec l'argent fin contenu dans cinq de nos francs. Aujourd'hui on n'en obtient que le quart pour la même somme. L'ar-gent ne vaut donc plus que le quart de ce qu'il valait avant la découverte de l'Amérique.
La valeur des métaux précieux a tant diminué, malgré l'énorme accroissement de leur emploi, parce que leur masse et leur production annuelle ont considérablement augmenté.
On estime la masse d'or et d'argent, existant en Europe, en l'an 1500, à 2 milliards, et leur production annuelle^ à environ 25 millions. La masse totale doit être maintenant de 50 à 60 milliards dans le monde entier^ et la production annuelle, de 900 millions environ.
La valeur de la monnaie dépend, comme celle de tout autre objet, du rapport entre TofiFre et la demande.
L'offre résulte de la quantité de monnaie qui circule et de la rapidité de la circulation. Si chaque franc opère trois achats en un jour, il faudra trois fois moins de francs pour effectuer une même quantité d'échanges que sî ce franc ne changesut de mains qu'une fois. L'offre et l'ac*
tion utile d'une même masse de monnaie seront ainsi triplées.
La demande de la monnaie résulte de la quantité d'échanges à accomplir au moyen du numéraire.
L'offre de la monnaie augmente-t-elle plus que la demande, sa valeur diminue, et les prix haussent.
La demande de la monnaie, c'est-à-dire la quantité des échanges réclamant un payement en numéraire, augmente-t-elle plus que la quantité de la monnaie en circulation, la valeur de la monnaie s'accroît et les prix baissent.
La quantité de la monnaie et la quantité des échanges augmentent-elles parallèlement, mais parvient-on, en même temps , à accomplir certaines transactions sans recourir au numéraire, son emploi diminue, l'offre en augmente, les prix haussent.
Les objets d'ornement en or et en argent n'agissent pas sur les prix comme offre, mais comme demande de monnaie; car, pour vendre et acheter ces objets, il faut du numéraire.
Les métaux précieux en lingots n'agissent sur les prix que quand ils sont représentés par des billets remplissant les fonctions de la monnaie.
Le coût de production des métaux précieux n'agit sur leur valeur que dans la mesure où il contribue à en modifier la quantité et par conséquent l'offre.
Il n'y a aucun avantage pour l'humanité ou pour un pays isolé à posséder beaucoup de monnaie.
On peut accomplir autant d'échanges avec peu qu'avec beaucoup de monnaie, parce que, les prix diminuant en proportion de la diminution de la quantité du numéraire, l'unité monétaire échangera d'autant plus d'objets qu'elle est plus rare et qu'ainsi elle a plus de valeur.
Supposez que l'humanité possède deux fois plus de monnaie qu'aujourd'hui^ Elle n'en sera pas plus riche; car elle n'aura pas plus de choses utiles, ni de jouissances réelles. La situation de chacun sera ce qu'elle était auparavant. Seulement, toutes choses restant les mêmes, les
VALEUR OU PUISSANCE D'ACHAT DE LA MONNAIE il
prix auront doublé : on payera 2 francs ce qu'on payait 1 franc, et tous les biens seront évalués en argent deux fois plus haut, ce qui n'est un avantage pour personne.
Mais un changement dans la valeur de la monnaie, pendant qu'il s'accomplit, apporte un grand trouble dans les relations juridiques et économiques, parce que toutes les délies et tous les contrats sont basés sur des prix qui changent.
Cultivateur, je dois à l'État 20 francs d'impôts, et à un créancier hypothécaire 20 francs d'intérêt. Si l'hectolitre de blé vaut 20 francs, je m'acquitte de ces deux obligations avec deux hectolitres. Si le numéraire et, par suite, les prix diminuent de moitié, pour payer ce que je dois, il me faudra livrer 4 hectolitres.
Une diminution absolue ou relative de la monnaie, abaissant les prix, a donc pour conséquence momentanée de contracter le mouvement des échanges et Tactivité de la production, et pour résultat définitif d'accabler les débiteurs.
L'accroissement de la monnaie, augmentant les prix, a pour effet de stimuler les échanges et la production, et de soulager les débiteurs.
. C'est ce qui a fait dire à Dupotit-White que Christophe Colomb avait rapporté d'Amérique la quittance des anciennes dettes; et, à M. P. Leroy-Beaulieu, que la France aurait fait banqueroute sans l'augmentation extraordinaire de la production de l'or, après 1848. (Science des finances, n, p. 323.)
Il est désirable que la monnaie conserve une valeur aussi stable que possible, et il en sera ainsi tant que la quantité en augmentera dans la môme proportion que le nombre des échanges à opérer au moyen de numéraire.