‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 30 sur 137 · VALEUR DE LA MONNAIE EN RAISON DE SA QUANTITÉ · texte numérisé non relu

VALEUR DE LA MONNAIE EN RAISON DE SA QUANTITÉ

les objets coûteront deux fois plus cher, car chacun pourra offrir deux fois plus d'argent pour ce qu'il désire acquérir. Mais la Quantitaetstheorie semblera démentie par les faits, si les choses ne restent pas les mêmes. Or, beaucoup de circonstances peuvent changer. Ainsi : !<> la circulation de la monnaie peut être plus rapide et, par suite, chaque pièce de numéraire opérant plus d'échanges, la quantité peut en être réduite sans que les prix baissent à proportion; 2<> la même chose aura lieu si on remplace l'emploi de la monnaie par divers instruments de crédit. Dans ce cas encore, une diminution de la quantité de la monnaie on un accroissement du nombre des échanges ne seront pas suivis d'une baisse des prix ; 3<^ enfin, une augmentation dans la quantité de la monnaie ne produira pas une hausse des prix si elle a pour effet, comme cela arrive généralement, de stimuler la création d'entreprises nouvelles et d'augmenter ainsi la masse des marchandises à échanger et des transactions à régler.

On voit maintenant comment les faits apportent un démenti à la maxime généralement acceptée : la valeur de la monnaie est déterminée par son coût de production. Comme l'a prouvé Mill, le coût de production des métaux précieux n'agit pas sur la valeur de la monnaie, excepté dans la mesure où il s'ensuit une augmentation ou une diminution de la quantité. A son tour, la quantité de la monnaie n'agit sur sa valeur que d'une façon irrégulière et souvent opposée à celle que « la théorie de la quantité » aurait fait prévoir.

C'est parce qu'ils se sont fait une idée fausse des fonctions de la monnaie que des théoriciens superficiels ont entraîné certains gouvernements à expulser de la circulation Targent, le meilleur métal monétaire, comme on le proclamait unanimement il y a quelques années, et comme le reconnaissent la plupart de ceux qui, aujourd'hui, ne veulent plus que Tor seul. Si le phénomène nécessairement passager de l'immense production d'or de la Californie et de l'Australie n'avait pas aveuglé beaucoup de bons esprits, jamais on n'aurait songé à rompra brusquement avec les traditions historiques et les conditions naturelles, en impo-

saot au monde civilisé l'emploi d*UD seul métal, alors que, depuis la plus haute antiquité, Tor et l'argent réunis ont toujours servi d'instrument aux échanges.

Le lecteur, je le crains, aura trouvé assez subtiles les discussions qui précèdent. Le malheur de ce problème est d'être à la fois l'un des plus compliqués et des plus importants de la science économique. C'est lord Beaconsfield qui a dit, je crois : « Après l'amour, il n'y a rien qui ait rendu fous plus de gens que la question de la monnaie. » Et^ d'autre part, un écrivain trop peu connu du xvu® siècle, Bois-Guillebert, a écrit ceci : « Le ciel n'est pas si éloigné de la terre qu'il se trouve de distance entre la véritable idée qu'on doit avoir de l'argent et celle que la corruption en a établie dans le monde et qui est reçue si généralement qu'à peine l'autre est-elle connue, qu'elle cause la ruine des Etats et fait plus de destruction que les plus grands ennemis étrangers pourraient jamais causer par leurs ravages. » (Dissertation sur la nature des richesses.)

De ce qui précède, nous pouvons tirer une conclusion qui se rapporte au problème que nous examinons. Si l'accroissement des instruments monétaires de l'échange se ralentit en même temps que le nombre des échanges augmente, la valeur de la monnaie doit s'élever et, par conséquent, les prix baisser, à moins que l'emploi du crédit ne s'accroisse considéra l'^ement. Si nous comparons la période 1850-1873 à la période 1873-1889, nous notons les faits suivants :

1° La production de l'or est tombée de 700 millions à 500 millions et ce métal, seul admis à la frappe libre dans les pays d'Occident, a dû seul alimenter l'agent métallique des échanges pendant la période récente, alors que précédemment l'argent était le principal métal monétaire;

2'' Le nombre des échanges s'est énormément accru, comme le démontrent l'augmentation de la production et le développement du commerce ;

30 Les prix ont baissé à un tel point que la Gold and silver Commission, s'appuyant sur les calculs des meilleurs statisticiens, a pu dire qu'ils n'avaient jamais été aussi bas pendant notre siècle.

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