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CHAPITRE XIV

L rXPORTÂTION DU NUMERAIRE ET SES CONSEQUENCES

Pour combattre Tanalyse des faits que nous avons essayé de faire dans le précédent chapitre, Técole des économistes « déductifs » nous opposera le fameux axiome, base certaine et sans cesse invoquée de la science : les produits s'échangent contre des produits. L'or est un produit comme un autre. Le marchand qui l'exporte a obtenu en échange une marchandise d'une valeur plus grande, sinon il n'aurait pas fait l'opération. Si celle-ci a procuré du bénéfice au marchand, il n'est pas possible qu'elle mette le pays en perte.

Ces axiomes qui paraissent évidents sont cependant conredits par Texpérience de chaque jour.

C'est qu'en effet beaucoup dépend des objets qu'on livre à l'échange, et en outre il n'est pas vrai que le métal dont se fait la monnaie soit une marchandise comme une autre Voici des exemples très simples qui le prouvent. Des chasseurs engagés dans les forêts du Far- West vivent du gibier qu'ils abattent. Des Indiens leur proposent d'échanger leurs fusils contre des fourrures d'une valeur double. Ils acceptent, caries économistes leur ont persuadé qu'on échange toujours produits contre produits, et qu'on gagne quand on obtient une valeur plus grande pour une valeur moindre. Leur imprévoyance ne tarde pas à être punie. Ils sont bientôt sur le point de mourir de faim. Pour ravoir leurs fusils,

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ils donneront alors volontiers non seulement toutes leurs fourrures, mais tout ce qu'ils possèdent encore en sus. Une Tille manufacturière a des véhicules suiBsants pour faire ses transports ; afin d'en obtenir une partie, on en offre un bon prix. Excellente affaire : échange de produits contre produits, avec bénéfice; mais les véhicules enlevés, on ne peut plus transporter les marchandises. Les industriels, ne recevant pas les matières premières, sont obligés d'arrêter leurs machines et de renvoyer les ouvriers : crise générale, arrêt dans la production, misère de la classe laborieuse, jusqu'à ce qu'on ait construit d'autres chars. Les pertes dépassent incomparablement le bénéfice qu*a procuré la vente des chariots. La môme chose a lieu quand le numéraire s'écoule en trop grande quantité. Celui qui Texporte, pour payer une marchandise achetée à l'étranger, fait une bonne affaire, mais le pays en subit les inconvénients. Les pièces de monnaie sont les véhicules au moyen desquels s'échangent les produits; s'il n'en reste plus qu'en quanti é insuffisante, la circulation est entravée, le commerce et rindustrie ont de la peine à acheter et à vendre, — il y a crise. Il n'est donc pas vrai de dire que les métaux monétaires sont une marchandise comme une autre et qu'il est indifférent d'en exporter ou d'en importer.

Mais, répondront nos contradicteurs, vous ne nierez pas au moins la vérité de la proposition suivante, démontrée avec la plus complète évidence par Stuart MiU, entre autres : un pays a toujours la quantité de monnaie dont il a besoin. En effet, il est impossible qu'un pays exporte et qu'un autre pays avec lequel il commerce importe longtemps du numéraire. Car les prix baisseront dans le pays d'où l'or s'écoule et hausseront dans celui où il s'accumule. Ainsi bientôt il sera avantageux pour le pays cher d'acheter davantage dans le pays bon marché : l'excédent des importations ici fera refluer le numéraire là-bas et l'équilibre se rétablira. — Ce raisonnement, on voudra bien le remarquer en passant, n'est qu'une application de la balance du commerce, si décriée par les économistes.

Mais ici encore nous retrouvons le même emploi des

abstractions qui conduit à. des conclusions où Terreur se môle à la vérité.

A lire celte analyse trop superficielle, on dirait que Tor peut ainsi passer d'un pays dans un autre comme l'eau, qui, cherchant son niveau, coule d'un bassin dans un autre, sans qu'il en résulte pour aucune des deux nations ni avantage ni désavantage. Il n'en est rien. Et tout d'abord, à l'axiome général énoncé par Stuart Mill, il y a au moins une exception, et qui joue un rôle considérable dans le mouvement général des métaux précieux sur notre globe, je veux parler de l'Inde. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, il a existé un courant non interrompu entraînant l'argent vers l'extrême Orient. La hausse des prix là-bas, qui aurait dû engager les Hindous à acheter davantage en Europe et décourager les Européens d'acheter autant aux Hindous, ne s'est jamais produite. Pourquoi? Parce que rargent qui arrivait en Asie, converti en bijoux et en idoles, perdu, enfoui au sein d'une population de 300 millions aux Indes et de 400 millions en Chine, ne restait pas dans la circulation et ainsi n'avait pas d'influence sur les prix.

La balance toujours favorable à l'extrême Asie s'explique par ce fait que l'Europe a besoin de beaucoup de ses produits, tandis qu'elle achète relativement peu des nôtres. Entre les pays européens, la balance se tient ordinairement en équilibre. Les dérangements momentanés sont rétablis par l'effet des variations du change et très peu de métaux précieux sont expédiés de part et d'autre. Dans ce cas-là les théories économiques courantes trouvent leur application; mais prenons l'exemple d'une balance commerciale ayant une tendance défavorable d'une manière persistante et entraînant ainsi une exportation durable de métaux précieux. Pour étudier le phénomène, nous n'avons qu'à examiner les faits que nous présente le commerce de TEurope avec l'Amérique durant les trois années, de 1879 à 1881. Gomme pour les Indes, une balance défavorable permanente semble s'établir, depuis que les États-Unis ont rétabli la circulation métallique ; l'Europe chaque année est

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obligée de lui envoyer une quantité d'or croissante, qui s'est élevée en 1879-1880 à 95 millions de dollars et en 1880-1881 à 91 millions de dollars.

Les causes qui tendent à produire une balance défavorable à TEurope sont les mêmes que pour les Indes. Il est certains produits que nous devons absolument demander maintenant à l'Amérique, par exemple le blé, la viande, le pétrole et le coton. D'autre part, à mesure que l'industrie se développe aux Etats-Unis, grâce à l'emploi plus général des machines, à l'intelligence supérieure de leurs ouvriers, ils ont moins besoin de nos produits manufacturés. La différence de la balance commerciale que nous devons aux États-Unis, nous sommes obligés, par suite de la proscription de largent, de la payer exclusivement en or. De là les exportations de ce métal qui maintenant se renouvellent principalement vers l'automne et qui troublent si profondément le marché européen. Il est certain que ces exportations doivent avoir un terme : avec un diainage d'un demimilliard renouvelé chaque année, il ne resterait bientôt plus d'or du tout en Europe, car eUe n'en produit pas. D'autre part, comme les Américains n'enfouissent pas l'or et qu'ils n'en font pas des anneaux pour les jambes et les bras comme les Hindous le font de l'argent, l'or qu'ils reçoivent et celui qu'ils produisent, gonflant la circulation, fera hausser les prix chez eux en môme temps qu'ils baisseront en Europe, par suite de la diminution du stock monétaire. Mais à quel prix de famine les produits européens serontils tombés, quand ils pourront franchir le mur protecteur de la douane américaine en assez grande quantité pour faire pencher la balance en notre faveur? Cela n'aura lieu évidemment que par l'écrasement du marché européen, chose triste, quoi qu'en disent les économistes. D'ailleurs, ce qui peut singulièrement retarder le reflux de l'or, c'est qu'à mesure qu'il arrive au delà de l'Atlantique, il y trouve de l'emploi en créant sans cesse de nouveaux chemins de fer, de nouvelles fermes, de nouvelles usines, de nouveaux centres de production de toute espèce, et dans ces régions écartées, les pionniers qui les peuplent aiment le hard

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money. Comme récrivent les chroniqueurs financiers, le marché de New York paraît insatiable d*or; ceJui qui arrive d'Europe s*y évapore comme de Teau sur du sable brûlant; à peine débarqué, il part pour TOuest. Les États- Unis jouissent en ce moment des avantages de cette période d'expansion monétaire et économique qu'a connue TEurope après 1850. L'encaisse des banques européennes leur tient lieu des placers californiens. Toutefois, si les États-Unis continuent à augmenter leur circulation-argent, Tor ainsi remplacé pourra revenir en Europe, comme cela a eu lieu en 1889 et 1890.

Le numéraire peut encore refluer, du pays où il s'est accumulé vers le pays d'où il s'est écoulé, d'une autre façon. Dans le pays appauvri de monnaie, la baisse des prix n'atteint pas seulement les marchandises; elle s'étend également aux valeurs de placement. Alors il y a avantage à y acheter, et le pays où le numénaire est abondant, et où par conséquent tout est cher, ne manquera pas de le faire. Ces achats exceptionnels produisent une balance contraire ; le numéraire obéissant à la baisse du change, s'écoule, et l'équilibre tend à se rétablir. Le théorème économique de Mill se trouve ainsi de nouveau vérifié; mais il s'est produit un changement important dont les économistes ne font nulle mention. Le pays qui, grâce à son numéraire abondant, aura pu faire des placements et des achats de fonds dans le pays momentanément appauvri, aura désormais à toucher de celui-ci, comme tribut, Fintérêt de ses capitaux. C'est ainsi que l'Angleterre s'est enrichie, et qu'elle peut importer annuellement un excédent d'environ deux milliards de francs, dont une grande partie représente les intérêts des actions, obligations, titres de rente, etc., dus par l'étranger.

En 1847, la France, pour combler les vides d'une mauvaise récolte, avait exporté beaucoup d'or en Russie, et une crise s'en était suivre. L'empereur Nicolas envoya en France 50 millions de francs. L'or revint, mais la Russie resta créancière de la France pour cette somme. Seulement, il faut remarquer que le reflux de l'or de TAmérique en Europe ne

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se fera pas facilement de cette façon, parce qu'il se passera bien des années avant que le capital trouve à se placer plu» avantageusement en Europe qu'aux États-Unis.

Résumons ces remarques sur les mouvements des métaux précieux. La balance du commerce, bien comprise, est cbose très importante. C'est elle qui détermine les fluctuations du change, lesquelles, quand elles dépassent le goldpoint, amènent les exportations du métal. Ordinairement^ sous Tactiou du change, la balance tend à l'équilibre, et ainsi les exportations de métaux précieux se compensent; mais quand, par suite de mauvaises récoltes ou d'importations de marchandises non compensées par des exportations, des prêts ou des intérêts à recevoir, un pays perd une partie importante de son stock monétaire, il ne la récupère pas sans en souffrir quelque dommage. Le pays qui a reçu cet excédent de numéraire ne le renvoie qu'en achetant à bon marché des marchandises ou des valeurs, dont le prix a baissé, par suite de la rareté du métal ou de la crise monétaire.

Est-il vrai, comme le prétendent les économistes orthodoxes, qu'il est indifférent pour une nation d'être ou de n'être pas abondamment pourvue de métaux précieux? Je rappellerai leur thèse. Les métaux précieux ne répondent à aucun besoin essentiel. Ce qui fait la richesse d'un peuple, c'est Vabondance des choses utiles ou agréables. Plus il y a de numéraire, plus les choses seront estimées cher; mais cela n'ajoutera absolument rien au bien-être de chacun. Il en résultera seulement que la monnaie sera plus lourde,, car pour obtenir la même quantité d'objets, il faudra livrer un plus grand poids d'or ou d'argent.

Cette thèse est parfaitement vraie si l'on considère un pays isolé ou le monde tout entier ; mais elle cesse de l'être quand on examine les relations d'une nation avec les autres. Voilà ce qu'il faut démontrer.

Tout d'abord il est nécessaire d'expliquer le sens à attacher aux mots « çibondance de numéraire ». Il s'agit de l'abondance relativement aux besoins de l'échange et non de l'abondance absolue. Ainsi, il est certain que, plus-

E. DE LaVELEYE. — La monnaie. 4

un pays se développe économiquemeut, moins il lui faut de métaux précieux pour accomplir une certaine quantité d'échanges : premièrement parce que les unités monétaires mieux employées circulent plus vite; secondement parce qu'on les remplace par des instruments de crédit. Ainsi l'Angleterre fait plus d'affaires que la France, avec moitié moins de numéraire. Mais étant donné le besoin qu'a l'Angleterre d'une certaine quantité de moyens d'échange métalliques, on peut dire qu'elle en est presque toujours suffisamment fournie. La plus grande partie des métaux précieux produits dans le monde passe par le marché de Londres, qui n'en retient que ce qu'il lui en faut. Toutes les nations de l'Europe occidentale sont des pays riches et à circulation abondante, où par conséquent les prix sont élevés. Les nations de l'Europe orientale sont, au contraire, des pays à circulation pauvre, où par suite les prix sont bas. Cette différence importe peu pour les habitants de l'un ou de l'autre de ces groupes dans leurs relations entre eux, mais elle se fait sentir dès qu'il s'agit de relations entre les citoyens du groupe à prix élevés et ceux du groupe à prix inférieurs. Les premiers pourront acheter facilement aux seconds ; mais, réciproquement, les seconds ne pourront pas acheter aux premiers. Si je vends à Londres un poulet trois shellingSjje pourrai pour cet argent m'en procurer trois à Bukarest. Mille francs à Paris me donneront une puissance d'achat triple en Roumanie ou en Bulgarie. L'Anglais ou le Français pourront ainsi enlever aux pays pauvres tout ce qu'il y a là à leur convenance, car ils les payeront à des prix que sur place on ne peut donner. C'est ainsi qu'on voit toutes les choses exquises et recherchées affluer à Londres et à Paris, aux dépens des contrées qui les produisent. C'est pour ce motif aussi que les Anglais s'établissent en si grand nombre à l'étranger. Leurs revenus leur y donnent une puissance d'achat et de consommation beaucoup plus grande que chez eux. Au contraire, un habitant de Kief ou de Sophia, qui voudra venir à Londres on à Paris, consommer Téquivalent d'un hectolitre de blé, devra, afin de pouvoir le faire, en vendre au moins deux chez lui.

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L'ouvrier qui, à New York louche pour une journée de travail un dollar, pourra faire travailler pour lui cinq ouvriers dans le pays où le salaire est à un franc comme enSilésie,et dix là où le salaire esta 50 centimes comme aux Indes. C'est ainsi qu*un fonctionnaire du service civil anglo-indien peut entretenir dix à quinze domestiques. Les pays monétairement pauvres et où les prix sont minimes sont donc en réalité sous la domination « économique » des pays monétairement riches et à prix élevés.

De ce qui précède on peut conclure, je crois, que Técole mercantile avait raison quand elle soutenait que Tafllux des métaux précieux stimulait le coAimerce etTindustrie, tandis que leur fuite les jetait dans des embarras et dans des crises. Elle voyait juste encore quand elle affirmait que Tor et Targent ne sont pas des marchandises comme les autres. Ces métaux servent de véhicules à tous les autres produits, de sorte que, quand ils sont en quantité insuffisante, la circulation, qui est la vie du monde économique, s'arrête ou languit. Mais de ces observations vraies qui s'appuyaient sur l'expérience journalière, le mercantilisme tirait des conclusions erronées, à savoir que l'or et l'argent sont la richesse par excellence et que, pour en accumuler le plus possible, il faut, par des tarifs douaniers, mettre obstacle aux importations étrangères et stimuler les exportations, au besoin par des primes.

D'autre part, les économistes ont eu raison de dire que la richesse véritable des nations consiste dans l'abondance des choses utiles et non des métaux précieux. Mais ils se sont trompés, et d'une façon très fâcheuse, quand ils en ont conclu qu'il était indifférent ou même avantageux d'exporter du numéraire. Il est bon dans une certaine mesure de remplacer les moyens d'échange métalliques par ceux que crée le crédit. C'est, comme on l'a dit, s'ouvrir une route à travers les airs, en rendant à la culture le terrain des chemins actuels. Mais d'abord il est dangereux de trop réduire la base métallique du crédit, et, en second lieu, il est désirable que le stock monétaire soit maintenu en proportion des besoins de la circulation et que, par conséquent, il

LA MOiNNAIE ET LE BIMETALLISME

augmente à mesure que les échanges se développent, a6a d'oflfrir à' tous les contrats à court et à long terme une base aussi stable que possible. Réduire les sociétés civilisées à ne plus employer qu'un seul métal, l'or, quand de tout temps elles se sont servies de Tor et de l'argent comme instruments d'échange, c'est violer tous les principes qui doivent présider au règlement d'un bon système mené* taire.

A l'appui des théories concernant la monnaie que nous venons d'exposer, nous croyons utile de citer les faits qui permettent d'en contrôler l'exactitude.

L'étude des crises de cmitraction monétaire en offre, 4^royons-nous, la confirmation la plus complète.

CHIPITRE XV

U CONTRACTION KTONfiTMHE t)£ JS20-lâ40 ET DE 1 873-1 S3V

La crise si intense et si persistante, dont ont aoufferl h commerce et Tindustrie dans le monde entier^ depuis 1873, doit- elle être atlriboée aux mesures concernant la monnaie prises par certains États depuis cette époque?

Notons tout d'abord que les economisLes qui £*ë talent le plus spécialement occupés de la qtieation monétaire, MM, Wolowski et Ernest Seyd, et puis moi-mflme, noua avions décrit cette crise en termes d'une précision prophétique.

Si un grand État démonétise Targent, voici, disionsnous, quelles en seront lea conséquences : 1" le commerce déclinera surtout dans les pays qui font le plus d*éch anges avec les pays étrangers; 2'J TespHt d^entreprise dans Tinduslrie diminuera notablement et, par suite, on créera beaucoup moins d'établissements nouveaux que d'habîtude ; 3' la baisse de tous les pris portera les États qui ont k faire des payements au dehors à décréter des droits protecleursj afin d*olitenir ainsi une balance favorable qui augmente leur approvisionnement moûétairej 4' les différents peuples dn globe se diviseront en deux groupes, les uns ajant la mon naie d*ar, et les autres la monnaie d'argent^ ce qui^ par les variations brusques et intenses du ctiange^ rendra leurs opérations commerciales aléatoires et, par conséquent, les entravera; 5** la baisse des prix causera de grands dommages aux industriels, aux négociants et aux agriculteurs et, par

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suite, à leurs ouvriers; elle ne profitera qu'aux rentiers et à ceux qui détiennent le capital monétaire; 6° dans cette période de dépression, dont on ne discernera pas exactement la cause, on aura recours à des remèdes qui aggraveront le mal. — N'est-ce pas là un tableau très fidèle des faits économiques qui se sont déroulés sous nos yenx? Baisse des prix, diminution de l'activité commerciale se industrielle, retour général aux idées de protection, voilà manifestement les caractères de la crise économique si longue et si intense qui a commencé après 1873.

Lord Beaconsfîeld avait également annoncé que la réforme monétaire de 1873 produirait une grande perturbation économique et des conséquences désastreuses. VÉconomist avait prévu le danger dès 1869 et il l'avait décrit, en 1873, dans sa revue de fin d'année : « A moins, disait-il, que la production annuelle de l'or n'augmente soudainement, le money market du monde entier sera troublé par cette rareté du métal. » M. Robert Giffen, monométalliste militant et l'un des économistes-statisticiens des plus instruits de l'Angleterre, a démontré par une série de tableaux très complets que la moyenne de la baisse des prix de 1873 k 1879 pouvait être estimée à 24 p. 100 et qu'ils étaient tombés plus bas qu'avant 1850. Il craint (1879) que cette baisse soit permanente et que môme elle s'aggrave, à moins qu'il ne survienne des changements dans la politique monétaire des États européens. La cause principale de cette baisse est, d'après M. Giffen, la demande extraordinaire d'or faite par l'Allemagne d'abord, puis par l'Amérique, pour établir leur circulation sur la base de l'étalon d'or. En y ajoutant ce qu'ont réclamé la Hollande et les pays Scandinaves, on arrive, d'après lui, à un total de 120 millions sterling, ce qui fait, pour ces huit années, une demande extraordinaire, par an, de 15 millions sterling d'or. Comme la production annuelle de ce métal n'est que de 20 millions et qu'elle diminue rapidement, il n'est resté disponible pour les besoins industriels et monétaires de tous les pays civilisés que 5 millions, ce qui est tout à fait insuffisant.

L'insuffisance dans les moyens d'échange a dû se traduire

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nécessairement par une baisse des prix. M. Giffen est d'avis qu'une cause plus profonde et plus subtile a dû agir en même temps. Il croit que, même en dehors de ces demandes extraordinaires d'or, le stock monétaire des n al ions cWilisées n'était pas assez considérable pour les besoins sans cesse croissants des échanges.

En effet, dit M.Gififen *, d'une part, l'industrie et îe commerce se sont développés dans une proportion inouïe et, d'autre part, la proportiou des métaux précieux ^ surtout celle de l'or, a considérablement diminué. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, la production du charboti a

1. Depuis que M. Giffen a écrit cela (1879), raccroïssDment de la richesse, du commerce, de l'industrie et des transports ne s'est pas ralenti. Je cite seulement quelques chiffres cmprnnlès au Diciionary of Statistics, de Mulhall, pour en donner une idée :

TOTAL DU COMMERCE DU MONDE EN MILLIONS STEHiLLHG

1830 1840 1850 1860 1870 ISSO

L'Europe... 254 372 552 K>2 1373 191^ Le monde.. 322 499 747 1341 1871 2tJS^

ACCROISSEMENT DANS LE TRAFIC DE QUELQUES MARCHANDISES DEPUIS 1860 EN MILLIONS DE TONNES

Charbon 14,3 22,4 '.U).ii

Fer 1,9 3,6 ï,7

Grain 4,4 10,1 10,5

TONNAGE DES NAVIRES ET DES MARCHANDISES TRANSPOÎlTiElR DANS LE MONDE

Années. Marchandises Tonnage Tonnage

en Uv. st. nominal. ettéotLt.

1830 172 3 050 3 Ift*

1840 258 4 676 ÎV140

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