CHAPITRE XXIII
RARETÉ DE l'oR DANS LES DIFFÉRENTS PAYS d'eUROPE
Mais, disent nos adversaires, et cet argument a même fait impression sur la Silver and Gold Commission, nous ne constatons pas que Tor manque. Voyez plutôt rencaisse des banques.
D'abord une remarque théorique : quand on parle de la rareté de l'or, il s'agit d'une rareté relative qui se traduit par la baisse des prix. A condition que les prix diminuent en proportion de la rareté de For, ce métal ne manquera jamais, et il sera même en excès, parce que la crise en diminuera l'emploi et la demande.
C'est ce que M. Eud. Pirmez expliquait à la conférence monétaire de Paris de 1887. Pourquoi, disait-il, craindre de démonétiser Targent? L*or en fera parfaitement Toffice. Et c'est vrai. Comprimez de moitié une marchandise à transporter, et un seul véhicule en transportera autant que deux, déduisez de moitié le stock monétaire, si les prix tombent dans la même proportion, une unité monétaire suffira là où il en fallait deux auparavant. Mais ceci implique la baisse générale des prix, ce qui est, en effet, le caractère le plus marqué de la crise 1874-1889.
D'ailleurs il est facile de démontrer que déjà la rareté de l'or est un fait actuel. Il suffit de rappeler le chiffre de cinq milliards de francs d'or admis par M. Goschen et par la Gold and Silver Commission comme absorbés, entre 1873 et 1884, par la reprise des payements métalliques aux
États-Unis et en Italie et par l'adoption de l'étalon d'or en Allemagne et dans les États soandinaves. Sans doute cet or n'a pas été anéanti, mais il a fait baisser le niveau moyen de Tapprovisionnement d'or, de même que celui d'une nappe d'eau s'abaisse en proportion de la surface accrue qu'elle doit couvrir. En outre, un phénomène inattendu s'est produit.. Non seulement l'Amérique garde tout l'or qu'elle produit ,TnaSff elle force' FEurope à lui en envoyer chaque année.
Voici ce que dit à ce sujet le Final Report de la Gold and Silver Commission : « C'est en 1878 que les États-Unis ont tiré de l'or de l'Europe pour la première fois et, depuis cette date, ses importations d'or ont dépassé ses exportations chaque année, sauf une. »
De 4866 à 1875 les États-Unis ont absorbé un total de ^'239 200 liv. stôrl. et de 1876 à 1885 de 22 517170 liv. sterl.
^ Autre calcul qui confirme celui-ci :
De 1819 à 1884 on a frappé aux
États-Unis 381 ^55 000 dollars.
Pendant ces six années, Pindus-
triea employé.....»..*... 80 000 000 —
Total employé 431 955 000
' - • > ' - ' >fais les mines des États-Unis n^ônt produit pendant le même ' temps que -231 000 000 dollars.
Sojt donc différence en moins. . . 200 955 000 —
ou pluâ d'un milliard de francs en or, que l'Europe a dû fournir h l'Amérique. Quoi qu'en puissent dire les monométallistes^ il est évident que « les fleuves d'or remontent ver» leur source. »
ihe Fina^Reporty p« 11, donne le tableau suivant qui n'est {)aft moins» instructif :
RÀRErrÉ DE l'or en euroi>^