BAISSE DES PRIX DE L' ARGENT APRÈS
Banque d*Ângleterre continuait d'acheter tout For qu'on lai offrait au prix fixe de i. 3. 17, 9 par once standard. Les autres États ne suspendaient pas la frappe illimitée de Tor et le prix de For ne baissait pas, et ne pouvait pas baisser.
<c De 1845 à 1873, la production de Fargent a augmenté de 5 à 13 millions de livres sterling par an.
« Le prix de Fargent n'a pas baissé, parce que les autres États bimétalliques continuaient la frappe illimitée de Fargent.
« De 1873 à 1886, la production de Fargent a augmenté de 13 à 22 millions de livres sterling par an, mais la frappe libre de Fargent fut suspendue dans tous les États bimétalliques et le prix de Fargent baissa de 60 à 44 pence par once standard,
« Ainsi en six ans et demi (18(5-1853), la production annuelle de For a augmenté de 450 0/0, et le prix de For n*a pas baissé, parce que la frappe libre n'a pas été suspendue.
« En vingt-huit ans (1845-1 873), la production annuelle de Fargent a augmenté de 160 0/0; et le prix de Fargent est resté constant, parce que la frappe libre n'a pas été suspendue.
« En douze ans (1873-1886), la production de Fargent n'a augmenté seulement que de 70 p. 100 et le prix de Fardent abaissé de 63 à 44 pence Fonce standard. J'en conclus que la frappe libre de Fargent a été interdite dans tous les États bimétalliques. »
On peut démontrer la vérité de la conclusion qui précède par d'autres calculs. Deux autorités souvent invoquées, MM. Henri Gibbs et Soetbeer, affirment que le système bimétallique de l'Union latine, s'il avait été maintenu eu vigueur, aurait pu résister saus fléchir à l'accroissement de production de Fargent et même à la démonétisation de Fargent par FAUemagne, puisque après 1850 elle avait pu maintenir le prix de For relativement à Fargent, malgré une production en peu d'années décuplée. Voici quelques chiffres à Fappui de cette opinion.
La Silver Commission anglaise de 1876 établit le bilan de Targent de 1872 à 1875, époque où le prix de Targent baisse rapidement, de la façon suivante :
Production totale, 1872 à 1815 £ 54 700 000
Ventes faites par rAIlemagne et les Royaumes Scandinaves en conséquence des modifications introduites dans la circulation, environ £ 8 000 000
Excédent des exportations sur les importations en Italie pendant les années 1872 et 1873 # 8 000 000
Excédent des exportations sur les impor- Utions en Autriclie, 1872 à 1875 £ 4 000 000
Total dg 74 7U0 000
De 1872 A 1875
Pris par Flnde £ 9 100 000 ,
— laFrance — 33 500 000
— la Russie — 4 000 000
— l'Espagne et le PortugaL. — 4 000 000
— TAngleterre — 5 000 000
— les États-Unis — 7 600 000
— le Japon et TOrient — 7 500 000
— l'Orient (moins l'Inde , la —
Chine et le Japon) — 3 000 000
Total dg 73 700 000
Ainsi, même en tenant compte des ventes d'argent par l'Allemagne et des excédents exceptionnels d'exportation de l'Italie et de l'Autriche, l'offre ne dépasse la demande que de un million sterling. N'est-il pas certain que l'Union latine aurait pu admettre dans sa circulation ces 25 millions de francs en quatre années, sans y amener le moindre trouble?
M. Frère-Orban. Tnn des défenseurs les plus ardents du monométallisme-or, a publié récemment des chiffres qui démontrent également que, même en ces dernières années, l'offre ou la production n'a pas excédé la demande ou l'emploi de l'argent.
« M. Soetbeer a eu, dit-il, la patience d'établir le bilan de
BAISSE DES PMX DE l' ARGENT APRÈS 1873 181
la production et de la consommation de l'or et de Targent pendant le demi-siècle écoulé de 1830 à 1880. Il a divisé la consommation en quatre branches, savoir : l'exportation vers rOrient, la consommation des arts et de l'industrie, l'accroissement net du stock monétaire et le frai.
« Pour l'argent, le stock monétaire du monde civilisé (monde occidental) était, eu 1830, de 46 millions de kilogrammes.
« De 1830 à 1880, il a été produit 57 270000 kilogrammes, soit 12,8 milliards de francs environ, à la valeur monétaire de 225 francs par kilogramme fin. Néanmoins, en 1880, le stock monétaire du monde civilisé n'atteignait que 46700 000 kilogrammes. En d'autres termes, il ne s'était augmenté que de 700000 kilogrammes, soit 157 millions de francs, ou 3 millions par an. La frappe nette de l'argent n'avait absorbé en somme que 1, 2 pour 100 de la production de ce métal.
« M. Soetbeer établit d'ailleurs l'emploi des 98,8 pour iOO constituant l'excédent de la production. La plus forte part, soit 68,1 pour 100, a été exportée vers l'Orient.
« La consommation industrielle a absorbé 25,3 pour iOO; le frai monétaire, 4,2 pour 100, et l'excédent, soit 1,2 pour 100, est allé grossir la réserve latente, c'est-à-dire le stock invisible ou non monnayé.
« En somme donc, la production totale en argent du demi-siècle 1830-1880 a été absorbée par les agents suivants de la consommation :
Exportation vers TOrient 68,1
Consommation industrielle 25,3
Frai monétaire 4,2
Accroissement du stock monnayé 1,2
Accroissement du stock latent i,2
Total 100,0
• Et l'on doit remarquer que ce demi-siècle comprend les années de frappe exceptionnelle 1873-1874.
« Si l'on se borne à considérer le bilan des quarante années 1830-1870, correspondant plus exactement à la
E. DE LaVELEYE. — La monnaie. 11
période d^activiié normale dans les pays qui ont formé, à partir de i865, TUnion latine, on constate que le stock d'argent monnayé, qui était de 46 millions en 1830, n'était plus que de 45 500000 kilogrsunmes en 1870, c'est-à-dire qu'il avait légèrement diminué, malgré la frappe, en apparence active, des Hôtels des monnaies de l'Union latine.
« C'est qu'en effet la demande orientale enlevait au stock monnayé une quantité d'écus au moins équivalente à celle des écus nouvellement frappés. Donc, en conclusion, pendant le dernier demi-siècle et sous l'empire de l'Union latine, l'argent n'a pas contribué à l'accroissement dii stock monétaire. Cet accroissement a été dû uniquement à la frappe nette de l'or, qui a absorbé 59, 1 pour 100 de la prouction de ce métal, et dont le stock monnayé a passé, de 800000 kilogrammes en 1830, à 4 690 000 kilogrammes en 1880.
« Par contre, depuis la suspension de la frappe de l'argent dans l'Union latine, l'accroissement du stock d'or monnayé a été continu.
« La raison en est facile à comprendre. Plus personne, en etfet, ne songe à transformer en lingots des pièces de 5 francs, qui ne vaudraient plus, comme lingots, que 3 fr. 50 centimes, ni des dollars américains.
« Les pièces qui ont reçu l'empreinte monétaire restent dans la circulation, et le stock d'argent monnayé s'augmente, chaque année, non seulement des 24 millions de dollars oa 120 millions de francs frappés aux États-Unis, mais encore des quantités importantes frappées au Mexique, en Autriche et en divers autres pays.
V Pour les cinq années 1881-85, par exemple, on calcule qu'il a été produit 14 500000 kilogrammes d'argent.
u La consommation s'établit comme suit :
BAISSE DES PRIX DE l'ARGENT APRÈS 1873 183
Exportation vers POrient.... 7 500 000 kilogr.
Frai et consommation indastrielle (au maximum) 3 000 000 —
Accroissement du stock monnayé 6 000 000 —
16 500 000 kilogr Diminution du stock latent. 2 000 000 —
44 500 000 kilogr. 1.
M. Frère-Orban conclut de ces chiffres que ce n*esi pas la suspension de la frappe quia amené la baisse de Targent, puisqu'on a monnayé plus d'argent de 1873 à 1885 que précédemment. — La réponse est très simple. Ce qui a établi et peut encore établir un rapport stable entre l'or et Targent, ce n*ëst ni le monnayage libre de Targent aux Indes ni le monnayage limité de Targent aux États-Unis, mais la possibilité de se procurer, par le monnayage libre et simultané des deux métaux dans le rapport de 1 : 15 1/2, un kilog. d'or pour 15 kilog. 1/2 d'argent.
Aux États-Unis, où le rapport légal est de 1 : 16, puis-je obtenir à volonté un kilog. d'or en faisant monnayer 16 kilog. émargent? Nullement; la frappe libre n'existe pas. Le détenteur d'argent doit donc vendre son métal au prix variable du jour, au lieu de pouvoir le transformer en unités monétaires investies du pouvoir payant illimité.
Mais ce que les chiffres cités par M. Frère-Orban prouvent c'est que, comme il n'y a point pour l'argent excès de l'ofl^e ou de la production relativement à la demande ou à l'emploi, la France et les États-Unis, à condition qu'ils adoptent le même rapport, soit de 1 : 15 1/2, soit de 1 : 16, pourraient ramener l'argent au taux adopté, en en décrétant la frappe libre.
En tout cas, ce qui est de toute évidence, c*est que si r Allemagne n'avait pas démonétisé largent en 1873 et si la France n*avait pas fermé sa Monnaie à ce métal, il n'aurait pu baisser.
1. Voir to Question monétaire en 1889, échange de vues entre MM. Frère-Orban et Emile de Laveleye, p. 98-100.
La France avait en ce moment un stock d'or estimé à six milliards de francs.
Sur une production totale de 400 millions d'argent par an, l'industrie en prenait, vers 1871-1875, 80 millions et rinde 75 millions; restait disponible, pour le monnayage de tous les pays, 245 millions. Supposons que la frappe du métal blanc eût été suspendue partout, et que ces 245 millions eussent été envoyés en France pour y enlever de Tor : la France aurait pu faire face à cette demande pendant vingt ans. Donc Londres pouvant obtenir de Paris un kilog.d'or pour 15 kilog. i/2 d'argent, de 1872 à 1892, l'argent aurait nécessairement valu à Londres 60 7/8 pence, moins les frais d'envoi et de monnayage pendant tout ce temps.
Donc ce sont les lois monétaires en Allemagne et en France, et non l'accroissement de la production de l'argent, qui ont produit la baisse de prix de ce métal.