Voir la note I à la fin du chapitre
Si rAllemagne n'avait pas sacrifié ses intérêts les plus importants à la monomanie de For, « la question monétaire i> n'aurait pas plus surgi après 187i qu'avant cette date.
Le système bimétallique a procuré k la France les avantages suivants :
t° Facilité de payer tantôt les pays à étalon d'argent, tantôt les pays à étalon d*or, sans avoir à recourir à l'étranger, comme l'Angleterre est obligée de le faire si souvent (V. la déposition du gouverneur de la Banque d'Angleterre et les explications de M. H. Gibbs, Gold and Silver CommiS' sion, I, p. 186-188).
^ Agent métallique de la circulation largement constitué; ce qui donne une base plus ferme au crédit, comme le reconnaît la Gold and Silver Commission : u Si le crédit était fondé sur un étalon (standard) bimétallique, au lieu de l'être sur un étalon d'or, la base sur laquelle s'appuierait la construction pourrait être élargie et le danger dont nous avons fait mention pourrait être diminué (Final Report, P. II, section 3).
D'où a résulté :
A. Fermeté très grande des changes avec l'étranger.
B. Bon marché plus grand de l'escompte à Paris qu'à Londres et à Berlin. L'escompte moyen durant les quatorze dernières années a été de 3,08 p. 100 à Paris, de 3,18 à Londres et de 4,05 à Berlin (V. la note II à la fin du chapitre).
C. Changements moins fréquents dans le taux de l'escompte. L'exemple le plus concluant est celui que nous offre la Banque néerlandaise. Depuis plus de sept ans, elle conserve le taux de l'escompte invariablement à 3 pour 100, en échappant aux fluctuations de ce taux à Londres, parce qu'elle maintient la circulation et le remboursement des billets à l'intérieur du pays sur la base de l'argent, en même temps qu'elle livre sans réserves de l'or pour le règlement des soldes envers l'étranger, afin de maintenir ainsi le change au pair (V. note III à la fin du chapitre).
3<^ Moyens de résister mienx que l'Angleterre aux crises
commerciales périodiques etjde payer, sans trouble appréciable de la circulation, une indemnité de guerre de cinq milliards.
Une preuve frappante de ce fait nous est offerte en ce moment (novembre i890) où nous voyons la Banque de France venir au secours de la Banque d'Angleterre aux abois, en lui prêtant 75 millions de francs en or, toufe en maintenant l'escompte à Paris à 3 pour 100.
La Banque d'Angleterre ne peut garder ou attirer l'or réclamé de toutes parts, qu'en portant le taux de l'escompte à 5 et à 6 pour 100. La Banque de France réglant les affaires intérieures avec le numéraire d'argent, peut disposer librement de sa monnaie d'or. Les crises intenses que traverse souvent le marché financier anglais touchent à peine le marché français.
I. Voici comment, d'après Michel Chevalier, le bimétallisme a agi comme parachute : « On est surpris, au premier abord, de ce qu'une production d*or aussi vaste, aussi colossale que celle qui a été signalée plus haut, en comparaison de tout ce qui s'était vu jusqu'à ce jour, n'ait pas déterminé une baisse de l'or plus forte par rapport à l'autre métal précieux. La surprise redouble, si l'on tient compte des proportions relativement énormes qu'a prises la demande de l'argent sur le marché européen ou, pour mieux dire, dans tout l'Occident, pour l'exportation en Orient. Mais c'est qu'ici intervient une cause puissante, qui, provisoirement, retient l'or dans sa chute. La France est un marché qui offre à l'or des mines nouvelles un débouché jusqu'à présent indéfini, sur le pied de 1 kilogramme contre 15 1/2 d'argent; car l'étranger qui doit à un Français un certain nombre de francs, c'est-à-dire un certain nombre de fois 4 grammes 1/2 d'argent, s'acquitte légalement, en lui donnant le même nombre de fois 29 centigrammes d'or, quantité quinze fois et demi plus petite. Quant au commerçant en métaux précieux qui veut échanger son or contre de l'argent, il Tobtient à peu près aux mêmes conditions, car, en sus de la quantité indiquée par le rapport de i à 15 1/2, il n*a qu'à payer la prime, et forcément jusqu'à ce jour celle-ci a été faible, et doit rester telle quelque temps encore, par une raison facile à apercevoir : tant qu'il restera beaucoup d'argent en France, les personnes y résidant, à qui arriveront des pièces de ce métal, devront s'estimer heureuses de les changer contre de l'or, moyennant une prime très modique par delà le rapport
établi par la loi du 7 germinal an XI, parce que, dans les payeinent qu^eHes ont à faire, elles ne pourraient les faire admettre par leurs créanciers pour plus que la proportion d'or indiquée par cette loi, de 1 contre 15 i/2. Tel est l'effet actuel des prescriptions de la loi du 7 germinal an XI. Nous n'examinerons pas, en ce moment, si l'intention du législateur était que, dans les circonstances qui se présentent actuellement, cette valeur de Tor comparativement à l'argent fût maintenue ; c'est un sujet que nous discuterons plus tard. Mais le fait est que, tant qu'on laissera subsister les dispositions de la loi de l'an XI sur ce point, et que la France continuera d'offrir de grandes masses d'argent, le commerce aura toute facilité pour troquer son or chez nous contre l'autre métal à des conditions qui s'écarteront peu de celles que porte la loi de Tan XL Par cela même il sera impossible qu'à Londres, à Bruxelles, ou à Hambourg ou même à New- York et sur toute autre place du marché général, l'or vaille beaucoup moins de quinze fois et demie son poids d'argent. C'est par la même raison que si, à un instant où le blé tendrait même fortement à baisser, un commerçant de Paris achetait à bureau ouvert, au prix de 20 francs l'hectolitre, toute quantité de blé qu'on lui apporterait, il ne serait pas possible que sur le marché de Saint- Denis la cote s'écartât notablement de la somme de 20 francs. >*
(De la Baisse probable de Vor^ sect. III, ch. iv, p. 69, édit. de 1859.)
NoTB IL — Taux db l'escompte.
(Moyenne de rannée.)
Change de Paris sur Londres Années. Londres. Paris. Beriin. à 3 mois.
Chanp^e de Paris sur Londres Années. Londres. Paris. Berlin. à 3 mois.
Que le lecteur veuille parcourir les colonnes, en s'arrétant surtout à la dernière période : celle qui commence à 1875.
Il verra que Pescompte moyen, durant ces quatorze ans, a été de 3,08 pour 100 à Paris, de 3,18 pour 100 à Londres et de 4, 05 pour 100 à Berlin. L'avantage est donc en faveur de la France en ce qui concerne le taux ofOciel de Tescompte, sur lequel se basent les crédits ouverts au commerce. La quinzième année 1889 a encore accentué cet avantage. En outre, les variations de l'escompte ont été beaucoup moins nombreuses en France qu'en Angleterre et en Allemagne, c'est-à-dire que le producteur français, tout en payant moins cher le crédit d'escompte, a pu aussi travailler à coup sûr et sans avoir à se préoccuper d'élévations subites du taux de l'intérêt.
La quatrième colonne nous donne le change de Paris sur Londres ou, en d'autres termes, la valeur à Paris de la livre sterling, qui est d'or et toujours échangeable contre son poids df» métal jaune. S'il est vrai que la puissante et riche Angleterre doive tirer un avantage réel et sérieux de celte circonstance d'avoir une telle monnaie inaltérable et faite du métal le plus précieux et le plus recherché, cet avantage doit
éclater surtout dans la tenue des changes enlre l'Angleterre et la France. Dans ce dernier pays, en effet, on peut payer en ft>ancs français, c'est-à-dire en écus d'argent, métal déprécié.
Pour fixer les idées, rappelons que la livre sterling vaut au pair intrinsèquement 25 fr. 22 1/2 et que, si la livre sterling vaut à Paris plus de 25 fr. 32 1/2, celui qui doit à Londres a avantage, plulôl que d'en acheter à ce prix, à exporter l'or de France et à payer en métal, les frais d'envoi absorbant assez exactement les fr. 10 de prime. Par contre, la livre cotant 25 fr. 12 1/2 à Paris, le flux de métal se produit en sens inverse et pour le même motif. Ces chiffres remis en mémoire, que le lecteur parcoure toute la quatrième colonne. De 1851 à 1870 le change de Paris sur Londres a toujours été au-dessous du pair. La France, bimélalliste, constituait son trésor de métal jaune, beaucoup au détriment de l'Angleterre monométalliste. De 1871 à 1873, sous la pression d'événements majeurs, le change s'élève à une hauteur fâcheuse pour la France, qui voit fuir son or. De 1874 à 1880, la livre sterling est au-dessus du pair et Tafflux d'or vers Paris continue.
De 1881 à 1886, le Londres est à Paris à quelques centimes au-dessus du pair, mais à quelques centimes au-dessous du gold point, c'est-à-dire de ce cours de 25 fr. 32 1/2 qui permet Texportation du métal jaune. La France a donc conservé son or.
Note IH. — Variations du taux de l'escompte a Londres ET A Paris. Nombre de variations du taux de l'escompte Années. Londres. Paris. Années. Londres. Paris.
Il y a donc eu, de 4851 à 1888, 308 changements dans le taux de l'escompte à Londres, et seulement 97 à Paris, soit trois fois plus avec le système monométallique-or qu'avec le système biniélallique-or-argent, et le même fait a été constaté en 188î> et 1890.
Voici le fait prouvé par une autre façon de calculer.
Banque d'Angleterre.
Changements Années. Changem. par an.
Banque de France.
Changements Années. Changem. par an.
On verra que, dans la période de 47 années, il s'est produit à peu près trois fois et demie plus de fluctuations à Londres qu'à Paris, et que durant les dernières années, alors que ces fluctuations ont augmenté à Londres, elles ont, au contraire, diminué à Paris. En efl'et, il semble presque incroyable que, tandis que le taux de la Banque d'Angleterre a subi quatorze fois des fluctuations depuis le 7 février 1889, celui de la Banque de France, pendant la même période, n'a guère bougé. On ne peut nier que Londres a, durant ces dernières années, perdu sa position au point de vue du meilleur marché de l'argent; en effet, au lieu d'être en tête, elle n'arrive plus maintenant qu'en troisième, et parfois même en quatrième ligne, Paris et Amsterdam marchant en tête.