LE SYSTÈME BIMÉTALLIQUE DOIT ÊTRE ADOPTÉ
cette différence que l'argent étant alors partout exportable et partout monnayable, d'après un tarif uniforme et fixe, il n'y aurait plus même de nécessité pour les banques de conserver une encaisse d'or.
D'ailleurs, si l'or devenait assez rare pour faire prime alors que sa possession n'offrirait plus aucun des avantages qu'elle assure maintenant, il est évident que ce métal ne pourrait plus servir d'instrument général des échanges.
Supposons, au contraire, un grand accroissement dans la production, soit de l'or, soit de l'argent, qu'en résulterait-il?
Le métal produit en plus grande quantité se présenterait aux Hôtels des monnaies les plus rapprochés des lieux de production; il y serait monnayé d'après un tarif fixe, il ne pourrait donc pas baisser de prix. Puisque le mineur obtiendrait à San-Francisco ou à Mexico 200 francs en dollars monnaie étalon par kilogramme d'argent, il ne le céderait pas à moins.
De là cet argent se répartirait dans le monde entier, suivant les besoins du commerce, et toujours d'après le même tarif invariable, puisque partout il pourrait être converti sans frais, en monnaie nationale, c'est-à-dire en pièces de cinq francs à Paris, en doubles florins (4schellings) à Londres, en quatre marks à Berlin, investis du plein pouvoir payant. Le seul résultat final serait que, cdeteris paribus^ la masse monétaire augmentant dans le monde entier, les prix hausseraient. Seulement, comme toute hausse lente des prix stimule l'activité économique, il est probable que le nombre des échanges augmentant à peu près dans la même proportion que la quantité des instruments métalliques de l'échange, cette hausse des prix serait peu considérable, ainsi qu'on l'a vu après l'immense afflux d'or des placersy pendant les années 1850 à 1860.
L'effet serait exactement le même, que l'accroissement de production provienne soit de l'or, soit de l'argent ; car les deux métaux précieux, accouplés ensemble par le rapport légal et investis d'une même puissance libératoire, ne formeraient qu'un seul et même agent de la circulation et une même mesure des valeurs.
La valeur en tant que prix de chacun des deux métaux précieux ne varierait pas, mais leur valeur en tant que puissance d'acquisition des marchandises diminuerait pour tous les deux également.
Les changes entre les différents pays seraient fixes en tant qu'ils dépendent du métal monétaire employé, comme ils le sont aujourd'hui entre Londres et Paris, où toute traite peut également obtenir payement en or. Ils ne varieraient plus qu'en raison des balances du commerce et dans les limites du Bullion point, c'est-à-dire du taux des changes qui entraîne l'exportation du métal monnayable pour rétablir l'équilibre.
 défaut de l'unanimité des États, l'accord des quatre grandes nations commerciales aurait-il le même effet, c'està dire suffirait-il pour établir le pair bimétallique adopté?
Et d'abord cet accord aurait évidemment comme conséquence l'adhésion de presque tous les États européens. La Belgique, la Suisse, l'Italie, la Grèce ne se sépareraient évidemment pas de la France, au moment où triompherait son système monétaire, puisqu'ils ne l'ont pas quittée, alors qu'il était devenu « boiteux ». L'Espagne, l'Autriche, les États des Balkans adhéreraient sans hésiter.
En Amérique, nul doute, tous les États s'empresseraient d'adopter un système qui, pour les uns, le Mexique, par exemple, aurait pour effet de relever et de maintenir le prix de l'argent qu'ils produisent, et pour les autres, comme la République Argentine et le Chili, de ramener au pair leur papier-monnaie qu'on rembourserait en argent valant de l'or pour l'exportation.
Du moment que l'argent, en vertu de la frappe libre dans les quatre grands États commerciaux, reprendrait son ancien prix et pourrait être envoyé à l'étranger pour toute remise, l'objection à son emploi et la préférence accordée à l'or, entièrement justifiées aujourd'hui, disparaîtraient. Mais la frappe libre en France, en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis suffirait-elle pour relever le prix de l'argent à son ancien taux de 60 7/8 p., en supposant le rapport de i : 15 i/2 adopté?