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CHAPITRE XLVI

le bimetallisme international peut-il faire l*objet d'un traité?

Les États font entre eux des traités pour régler le tarif réciproque de leurs taxes douanières, pour adopter en commun des lois sur l'extradition, sur Texécution des jugements, sur la répression de la traite, sur les primes de l'industrie sncrière ; des règlements identiques pour la poste, pour les chemins de fer, pour le télégraphe, etc. : c'est ainsi que se manifeste cette solidarité dHntérêt des peuples, qui se fait plus intime, à mesure que les relations internationales deviennent plus faciles et plus fréquentes.

Dans aucun domaine, cette solidarité n'est plus complète que dans celui de la monnaie et du crédit.

La monnaie métallique est Pinstrument universel des échanges, la commune mesure des valeurs dans le monde entier. La masse d'or et d'argent, qui forme la hase et la raison des prix, est le patrimoine de Phumanité tout entière ; chaque nation en prend sa part, qui diminue ou augmente d'après les vicissitudes des relations commerciales. Le métal précieux passe de pays en pays, acquittant toute dette, payant tout achat, réglant toute différence dans les balances du commerce. Il circule, il va librement là où l'attire la plus haute valeur qu'on lui attribue, le plus grand intérêt qu'on lui accorde. Plus un pays s'enrichit et multiplie ses échanges, plus il en conserve, à moins qu'il ne le remplace par des instruments de crédit.

S'il abuse de ceux-ci au point de passer à l'emploi du papier-monnaie, le métal s'enfuit; il est devenu inutile.

C'est surtout en fait de monnaie et de crédit qu aucun pays ne peut s'isoler.

Quelle que soit sa législation monétaire, il subira le contrecoup des résolutions des autres pays dans la mesure exacte de ses relations commerciales avec cbacun d'eux.

Les exemples qu'on peut citer sont convaincants.

Nous avons vu comment la législation monétaire des États- Unis a enlevé à la France tantôt une partie de son argent, tantôt une partie de son or.

Quand l'Angleterre, pour reprendre, après 1816, ses payements en espèces, a absorbé, en peu de temps, un demimilliard d'or, elle a considérablement aggravé la baisse des prix, dont le continent et elle-même ont tant souffert à partir de 1820.

L'Angleterre était fière de son étalon d'or, qui semblait assurer à sa circulation une assiette très stable. Mais, après 4870, l'Allemagne entend remplacer son étalon d'argent par l'étalon d'or, ce qui l'oblige à vendre une partie dé son métal blanc. C'est le signal des troubles monétaires. L'Union latine interdit la frappe de l'argent et le prix de ce métal tombe en des proportions inouïes, et c'est l'Angleterre, malgré son étalon d'or, qui en souffre le plus.

Les conséquences en sont si nombreuses et parfois si compliquées qu'on a peine à les analyser. L'Inde, pour payer l'intérêt de sa dette à l'Angleterre, doit s'imposer, chaque année, une charge supplémentaire de 80 à 100 millions de francs. D'autre part, les changes avec tous les pays à monnaie d'argent sont sans cesse variables et causent au commerce anglais un préjudice considérable. Les prix aux Indes étant calculés en argent, il s'ensuit que l'exportation des marchandises de l'Inde en Angleterre est favorisée par une prime qui s'élève â mesure que la cote de l'argent fléchit et qu'au contraire, l'exportation des •produits anglais dans l'Inde est entravée dans la même ^proportion, puisqu'ils y sont payés en un métal de plus en plus déprécié. •

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LA CONVENTION BIMÉTALLIQUE 229"

Ces faits ont été analysés et mis en pleine lumière dans Fenquête de la Gold and Silvei* Commission.

Sur le continent, on continue à vanter la supériorité du système monétaire anglais. Il ne semble pourtant pas qu'il mette l'Angleterre à l'abri des difficultés en cette matière, puisque c'est le seul pays où l'on ait nommé successivement cinq commissions pour en chercher la cause et y trouver des remèdes : deux entre 1820 et 1837, \9l Silver Commission en 1875, la Commission on Trade dépression en 1885 et la Gold and Silver Commission en 1887. Quand une personne appelle cinq fois de suite des médecins en consultation, c'est qu'elle n'est pas très satisfaite de sa santé.

En ce moment les pertes qu'aura à subir le budget indien,, le prix qu'obtiendront les exportateurs aux Indes, la prime dont jouira le blé indien, par conséquent le prix du blé en Angleterre, le fermage que le fermier anglais pourra payer, la valeur du sol en Angleterre, la solvabilité des proprié* taires anglais, en un mot la situation de fortune de presque la moitié de la population anglaise dépend des résolutions qu'a prises et que prendra encore le Congrèa américain relativement à l'argent .

Si le parlement des États-Unis suspendait entièrement ses achats d'argent et vendait à Londres une partie de ses silver dollars, le prix du métal blanc tomberait peut-être à 30 pence ou plus bas encore, et il est impossible de prédire les conséquences qui en résulteraient pour l'Inde, ainsi que pour le commerce et l'agriculture en Angleterre.

Des perturbations économiques semblables, mais à un moindre degré, seraient à prévoir, si les États de l'Union latine se décidaient à vendre une partie de leurs écus d'argent pour les remplacer par de l'or. Pendant tout le temps que l'Allemagne a vendu à Londres de l'argent pour se procurer de l'or (1874-1876), le marché monétaire anglais a été constamment troublé.

Si l'Autriche et la Russie voulaient, imitant l'Allemagne, passer de l'étalon d'argent à l'étalon d'or et se procuraient par un emprunt émis à l'étranger, la quantité d'or nécessaire à la reprise des payements en espèces, il en résulterait

nécessairement une nouvelle perturbation sur les marchés occidentaux et, comme conséquence, une rareté encore accrue de Tor et une nouvelle baisse des prix.

Il résulte des faits précédents :

lo Que l'approvisionnement monétaire des différents peuples est une richesse essentiellement internationale ;

2° Qu'aucun État ne peut se constituer un territoire monétaire isolé ;

3° Que la législation monétaire d'un peuple exerce nécessairement son influence sur la situation monétaire de tons les autres peuples.

Pour aucun autre objet il n*est donc aussi utile que pour la monnaie d'avoir recours à un règlement international conforme à l'intérêt de tous.

Le commerce fait de tous les peuples une seule nation. Il faut donc lui procurer un instrument d'échange aussi stable que possible et soustrait aux variations du change «ntre l'or et l'argent.

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