millions
Les encaisses-or (y compris le Trésor des Étale- Unis) s'élèvent donc, en 1904, à près de li milliards contre un peu plus de 19 milliards de billets soit 73,6 0/0 : ceux-ci ne sont presque plus dans les pays à monnaie saine que les représentants de l'or qui s'immobilise dans les caisses des grandes banques d'émission. Cette augmentation de l'encaisse des banques d'émission est un fait relativement récent : depuis 1890 l'encaisse d'or de la Banque de France a gagné 1.450 millions; depuis 1896 celle de la Banque impériale de Russie a progressé de 302 millions, celle de la Banque d'Autriche-Hongrie de 677 millions, et le Trésor des États-Unis, depuis 1885, de 2 milliards 1/2. L'accroissement de l'encaisse-or et la diminution de la circulation productive montre que, si le développement des transactions et de l'activité économique a pu être compensé par l'emploi des suc-
ques privées de Suède, Banques d'Émission Suisse, Baoques Nationales des Etats- Unis, Banque du Japon.
> Paul Leroy-Beaulieu, Ècoyiomiste fran(;ais, l^"" octobre 1904, et Bulletin de statistique et di législation comparée, juillet 1904. La différence entre ce chiffre et le chiffre cité plus haut de l'encaisse des 27 établissements de Banques d'émission qui devrait lui être supérieur, puisqu'il comprend l'encaisse argent, vient principalement de l'absence de l'encaisse or du Trésor des États-Unis dans le premier des deux chiffres.
cédancs de la monnaie, celte compensation ne peut venir de l'extension de la circulation productive; tout au contraire, quand on considère les billets de banque, le développement de leur emploi comme moyen de paiement', loin de diminuer la demande de monnaie métallique, a eu pour résultat de l'accroître dans des proportions assez considérables pour absorber une part importante de la production accrue.
m. — CHÈQUES ET COMPTES-f.OLRANTS, COMPENSATIONS ET Vn\EMENTS.
L'usage du cbcque est très répandu dans certains pays comme aux Etats-Unis et en Angleterre où, même pour les paiements au détail et le règlement des fournisseurs de la vie journalière, épicier, boulanger, boucber, etc. le carnet de chèques remplace le porte-monnaie. Des enquêtes ont permis de se rendre compte de l'importance de ce mode de paiement dans ces deux pays*.
Aux États-Unis, en 1871, l'enquête Garfield, portant sur 52 banques de différentes catégories, fixait à 88 0/0 la proportion des paiements en chèques, mandats et effets de commerce contre 12 0/0 en numéraire et billets. En 1881, l'enquête Knox, portant sur 2.132 banques, révélait une proportion de 94 0/0; en 1890-92, d'après l'enquête Lacey portant sur 3.474 banques, la proportion n'était plus que de 91 0/0. D'autre part, dans les paiements commerciaux, d'après une enquête de 1896, cette proportion n'est que de 40 à oo 0/0 pour le détail, 7o 0/0 pour le gros, 80 0/0 pour l'ensemble des transactions.
En Angleterre des enquêtes individuelles ont donné les résultats suivants :
1880. Jotin B. Martin 96,50 à 96,90
— Pownall :
— Londres . 97,23
— Edimbourg 86,78
— Dublin 89,90
— Banques de 261 places 72,86
' Les recensements monctaires de l'administration des finances ont constaté, nous l'avons vu, que la proportif'U des billels de banque dans la circulation s'était élevée de 67,63 0/0 en 1885 à 87,02 en 1903.
2 P. des Essars, La monnaie et le papier dans la circulation. Journal de la Société de stali^ilique de Paris, mai 1896.
108 EDOUARD DOLLÉANS.
1888. J. B. Martin :
1881 . Army and Navy Stores 63 6
1881 . Civil Service Supply Association 42,3
Le mouvement des Clearing houses montre le développement considérable des compensations aux Etats-Unis et en Angleterre. A Londres, en 1839, les sommes réglées au Clearing house étaient de £... 954 millions.
En 1837de£... 1.900 millions;
1868de£... 3.425 —
1873de£... 6.070 —
1890de£... 7.801 — 1900de£... 8.970 —
1902de£... 10.028 —
1904de£... 10.564.197.000.
soit quatre milliards 1/2 de £... de plus qu'en 1873 ou une augmentation de 66 0/0 en trente ans.
Aux États-Unis le total des Clearing houses (y compris celui
de New- York) était :
En 1880 de 258.943 millions de francs.
ou, en vingt ans, une augmentation de 140 0/0.
En France, au contraire, les effets compensés à la Chambre de compensation de Paris ne s'élevaient, en 1872-73, qu'à 1.057 millions de francs et, en 1903-1904, à 8.559,8, tandis que les opérations du Clearing house de Londres s'élevaient à 250 milliards '. Mais il faut se souvenir i" que les agents de change de Paris liquident eux-mêmes leurs affaires par voie de compensa-
' Bulletin de Statistique, 1904, p. 756.
lion; 2° que la Bauqiie de France remplit pour toute la France l'office d'un vaste clearing liouse grâce à ses mandats de virements. Il y a donc lieu de tenir compte, pour la France, des virements de la Banque de France qui se sont développés dans des proportions considérables :
De 6.998 millions en 1850, les virements de la Banque de France se sont élevés, en 1875, à o9.G38, à 86.661 en 1890 et à 124.963 en 1903; s'élevant de 1800 0/0 en cinquante ans et de plus de 100 0/0 dans les vingt-cinq dernières années. On voit que les compensations des chèques et effets de commerce pour les clearing houses américaines sont remplacées en France par les virements de la Banque de France.
Mais ici encore, en face de ce développement des procédés de règlement amétalliques, il ne faut pas oublier que, si en un certain sens Taccroissement de ces succédanés de la monnaie produit une économie de numéraire, il présuppose par ailleurs un certain accroissement de la monnaie métallique. Le développement du crédit, comme celui de la circulation fiduciaire, est une des causes qui a nécessité raccroissement de l'encaisse métallique des grandes banques dont nous parlions tout à l'heure : les encaisses des Banques s'accroissent à mesure que la circulation fiduciaire s'étend et à mesure que l'usage du chèque comme du billet de banque se généralise. L'énorme développement des compensations et virements et l'extension de la circulation fiduciaire ne produisent pas une économie nette de numéraire, puisqu'ils rendent nécessaire l'extension de la base métallique sur laquelle ils reposent.
Après avoir envisagé chacun des différents succédanés de la monnaie, on doit considérer l'ensemble des moyens d'échange et de règlement amétalliques et rechercher dans quelle mesure leur emploi diminue celui de la monnaie métallique. Le développement des succédanés de la monnaie a-t-il été égal^ inférieur ou supérieur au développement des transactions? Oiiel chitTre doit-on défalquer de la masse brute des transactions pour obtenir la masse uelle? La vérification expérimentale de la théorie quantitative rencontre ici un obstacle qui nous paraît, en l'état de nos connaissances statistiques, insurmontable : il n'existe pas de statistique donnant la proportion des achats et ventes faits avec et sans monnaie. Même, si nous connaissions la pro|»ortion
110 EDOUARD DOLLÉANS.
de la masse nelte à la masse brute des transactions, serionsnous en droit de nous servir des évaluations qui ont été faites du développement des transactions pendant le dernier quart du xix" siècle? Les indices indirects, sur lesquels on peut s'appuyer pour établir cette évaluation ne sont ni assez concordants ni assez généraux pour autoriser les inductions qu'on voudrait en tirer. Les évaluations, que nous n'avions acceptées que provisoirement, paraissent étrangement arbitraires; elles nous semblent destinées à montrer combien il est hasardeux et chimérique de chercher à mesurer le volume des transactions ou même ses
variations.
Les difficultés, qu'on rencontre dans l'évaluation des stocks monétaires, et les contradictions des statistiques de stocks peuvent sembler négligeables pour quelque importantes qu'elles soient en réalité. Mais, en présence de l'arbitraire des évaluations du volume des transactions, toute vérification expérimentale un peu précise de la théorie quantitative nous paraît impossible; c'est ce que pense l'un des plus fermes partisans de cette théorie, iVï. A. Marshall, qui s'exprime à ce sujet en ces termes :
« Je pense que nous n'avons pas et que nous ne pourrons pas avoir, en cette génération, de statistiques capables de nous permettre de suivre le rapport statistique entre le montant des métaux précieux ou je préférerais dire entre la quantité de monnaie et le niveau moyen des prix; car, en supposant que la masse monétaire reste la même, la hauteur de la moyenne des prix peut varier par suite de diverses causes :
1" Variation dans le volume des marchandises vendables.
2° Variation dans le nombre moyen de fois que chaque objet change de mains annuellement.
3° Variation dans le nombre de fois que chaque pièce de monnaie ou chaque élément de la masse monétaire change de mains annuellement.
4" Proportion qui existe entre les achats compris dans la circulation monétaire et ceux qui se passent en dehors d'elle ' ».
> A. Marsha41, q. 9,629 in appendix to Ihe Fiaal Report of the Royal Commission appointée! to inquire into the récent changes in the relative value of the precious metals (London, 1888y.