‹ La monnaie et les prixChapitre 5 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Index destinés ii mesurer les variations de la valeur générale

d'échange de la monnaie et le principe

de l'égalité initiale absolue entre les marchandises.

L'étude critique des index, qui ont pour objet de mesurer les variations du coût de la vie, a permis de mettre en relief l'opposition qui existe entre cette première catégorie d'index « à fin sociale » et les index « à fin objective ». Les index, destinés à dégager l'influence d'un facteur général de hausse ou de baisse et à mesurer les variations de la valeur générale d'échange de la monnaie, ne doivent pas être établis d'après les mêmes procédés que les index à fin sociale : la représentation proportionnelle, principe fondamental de ces derniers, n'est pas conforme à la fin objective des autres index et doit être remplacée par une égalité initiale absolue.

Mais il ne suffît pas de dire que les index, destinés à mesurer les variations du mouvement général des prix, doivent être construits à l'aide de moyennes simples, et non de moyennes graduées reposant sur le système des coefficients ou la méthode budgétaire; il faut encore examiner les différentes critiques qui ont été faites aux procédés d'établissement de ces moyennes simples et qui peuvent se grouper sous ces cinq chefs :

{° Choix de l'année de base; 2" choix et nombre des produits; 3" choix des prix ; 4" omission d'un certain nombre de prix et de catégories de produits importants; o" enfin inégalité initiale des différents prix et répercussion de cette inégalité sur le taux de variation du pourcentage total.

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A. — Choix de l'année de base.

Le choix de l'année de base a une grande importance : seloQ qu'elle est une année de hauts ou de bas prix, l'année de base, servant de point de comparaison, fait paraître plus forte la hausse ou la baisse qui suit. Aussi est-ce l'une des critiques qui ont été adressées aux index numbers que le choix, comme terme de comparaison, d'une année ou d'une période anormale. M. de Foville', par exemple, reproche à Sauerbeck d'avoir adopté comme terme de comparaison la période de 1867-1877 qui est une période de hauts prix : la période choisie comme année de base fait ressortir, parce que période de hausse, une baisse subséquente plus considérable. M. Bourguin d'autre part reproche à Sœtbeer d'avoir pris comme base de pourcentage une période de baisse : « Sœtbeer, dans ses Matériaux, relève les prix de 100 articles à Hambourg et de 14 articles anglais d'exportation ; mais, pour établir ses index numbers, il prend comme base la moyenne des prix dans la période 1847-1830 qui est justement celle de la plus grande dépression du siècle avant la période qui commence en 1873- ». Le choix de l'année de base explique en partie les divergences considérables que présentent les index de Sœtbeer et de Sauerbeck : en 1867, l'index Sauerbeck marque 100 tandis que l'index Sœtbeer marque 124,44; en 1873, Index Sauerbeck 111; Index Sœtbeer, 138,28; en 1879, Index Sauerbeck, 83 et Sœtbeer, U7,10.

L'année de base doit être une année normale afin de ne pas fausser le résultat de la comparaison, en accentuant la variation et en faisant apparaître soit une hausse soit une baisse plus considérables.

B. — Choix des produits.

Théoriquement pour obtenir avec une complète exactitude le mouvement général des prix et l'expression des variations de la valeur générale d'échange de la monnaie, à une certaine place

1 De Foville, « Une période normale constitue un meilleur point de repère qu'une période de cherté... Or, avant et surtout après la guerre franco-allemande, la hausse régnait sur tous les marchés et M. Sauerbeck ayant mis là son 100, la baisse qui a suivi paraît plus forte qu'elle ne fut réellement ». E. F. juin 1903.

2 Bourguin, op. cit., p. 144.

et à un certain moment, il faudrait tenir compte de tous les produits qui s'échangent, ù la môme place et au même moment, sur le marché considéré. Mais, pratiquement, cette exigence d'une rigoureuse exactitude rencontre des difficultés insurmontables, non seulement parce que, pour beaucoup de produits, les données statistiques manquent, mais parce que, suivant le caprice de la mode ou le progrès des inventions techniques, certains articles changent, non seulement de nom et de qualité, mais de matière et de forme et sont remplacés par des articles tout nouveaux. Aussi s'est-on toujours borné à choisir un certain nombre de marchandises dont la moyenne des prix est supposée re[>résenter l'ensemble des prix. Le choix de ces marchandises « représentatives » a donné lieu aux critiques suivantes :

1° On a critiqué la réapparition des mêmes produits sous diverses dénominations ou différents états : par exemple, l'index de l'Economist, dans une liste de 22 prix, comprend quatre fois le coton : colon de Surate, coton de Pernanibuco, fil et toile de coton. C'est afin de remédier à ce vice qu'en corrigeant l'index de l'Economist Bourne a donné pour le colon un seul {irix, la moyenne entre les quatre cotes'.

2° L'introduction de produits, dont les prix sont sujets à des causes spéciales ou exceptionnelles de variation, jieut fausser la moyenne : ainsi, pendant la guerre de sécession, la hausse du coton, compté quatre fois dans l'index de l'Economist, exagéra le mouvement ascensionnel général des prix.

3° L'exactitude de l'index peut être aussi viciée par l'introduction de produits peu importants et l'oubli de produits de grande importance. Jevons, par exemple, oublie la houille, le café et les pommes de terre tandis qu'il fait figurer dans l'intlex l'indigo, le bois de campôche et le poivre noir de Malabar.

€n doit tenir compte de toutes ces critiques; le choix des articles devrait se faire, dans la mesure du possible, d'après les règles suivantes :

1° Les articles choisis doivent appartenir à des groupes et catégories différents de produits afin que les forces qui afi'ecteni certains groupes ne soient pas seules représentées, pré])ondérantes ou exclues.

' Jevons compte aussi trois fois le colon el deux espèces d'huiles.

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2° Ces produits doivent être non seulement des produits représentatifs, mais des produits simples et fongibles, afin que leurs prix ne reflètent pas une influence limitée à une qualité ou à un étroit marché, une influence exclusivement spécifique ou locale'.

3° Ces produits doivent être des produits dont les prix soient indépendants les uns des autres et ne soient pas soumis à des causes exceptionnelles de variation.

Enfin, il est nécessaire d'exclure de l'index les produits complexes, les classes de produits trop différents les uns des autres de qualité ou de volume. Il convient de ne pas introduire plusieurs fois les mêmes articles, à l'état de produit brut d'abord, puis à celui de produit manufacturé et même aussi à celui de produit semi-ouvré, tandis que d'autres articles n'apparaissent qu'une seule fois.

Le choix des produits n'a pas une moins grande influence sur le pourcentage total d'accroissement ou de diminution que celui de l'année de base. M. de Foville remarque par exemple que l'index dressé par M. Bourguin marque entre 1869 et 1893 17 0/0 de baisse : « 11 suffit, dit-il, d'ajouter à la liste de M. Bourguin le cacao et le café pour réduire le taux de la baisse de 1869-1893 à H. 6 0/0. Voilà le côté faible des index numbers». Il nous semble qu'il est surtout nécessaire que le nombre des articles qui entrent dans le calcul de l'index soit assez considérable pour donner à la moyenne obtenue un caractère représentatif et général. Avec 144 et 90 articles, les index Sœtbeer et Falkner sont ceux qui paraissent, à ce point de vue, les plus satisfaisants.

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