I. — LES SALAIRES
Les salaires doivent être écartés des index, qu'on se place au point de vue social des variations du coût de la vie ou au point de vue objectif du mouvement des prix.
Tout d'abord, au point de vue des variations du coût de la vie, il est bien certain qu'on ne peut pas mêler dans les mêmes index salaires et marchandises ; en effet, si les salaires ont haussé et qu'on les compte dans l'index, l'index pourra bien indiquer que la vie de l'ouvrier est devenue plus difficile alors que la cherté apparente, manifestée par Tindex, viendra non des marchandises, qui pourront avoir baissé, mais des salaires : la hausse de ceux-ci, masquant la baisse des marchandises, aura en réalité amélioré la vie de l'ouvrier qui paraîtra empirée.
En se plaçant au point de vue objectif, il y a lieu aussi d'écarter les salaires. Les introduire dans les index ne serait-ce pas y introduire deux fois les mêmes articles, soit qu'on considère le prix des produits comme ayant une influence sur les salaires et en commandant le taux, soit qu'on envisage les salaires comme éléments du prix de revient etdéjà comptés par conséquent dans le prix des marchandises : les salaires des travailleurs, payés pour produire des marchandises, sont déjà compris dans le prix des produits.
Mais il y a une raison plus décisive encore pour écarter les
salaires : c'est que salaires et prix expriment deux choses «lifTéreotes et doivent par suite faire Totijct de deux catégories d'index. Les salaires, auxquels on doit joindre les gains et profits en général, formeront une liste de prix dislinclede celle des prix des marchandises : cet index des salaires et profils permettra de compléter les indications de l'index dressé à l'aide de la méthode budgétaire et de mesurer les variations du coût de la vie, tandis que l'index des marchandises mesurera les variations de la valeur d'échange de la monnaie.
On a dit qu'il existait une compensation entre la hausse des salaires et la baisse des marchandises, mais celte compensation n'existe que pour quelques individus seulement, consommateurs à la fois de produits et de services. La grande majorité des travailleurs et producteurs ne consomment que des produits; pour ceux-ci, au lieu de compensation, il y a accumulation : par suite de la hausse des salaires ils ont plus de monnaie, et avec cette monnaie, par suite de la baisse des marchandises, ils peuvent se procurer plusde p^oduits^ Loin que les effets de la hausse des salaires et de la baisse des marchandises se contrebalancent, ils accentuent le phénomène de l'amélioration des conditions d'existence : si les salaires en argent ont haussé et que néanmoins les marchandises aient baissé, le salaire réel s'est élevé doublement.
Ainsi c'est une erreur que de dire : « Les prix en or des marchandises sont tombés seulement de 19 Oy'O de 1873 à 1891 ; les salaires en or se sont élevés de plus de 19 0/0 entre 1873 et 1891 ; la hausse des salaires compense la baisse des prix... Mettre salaires et prix des marchandises sur la même liste, c'est essayer de mélanger de l'eau et de l'huile* ».
* Walsh, p. 131 : « Pour les producteurs de marchandises ou de services, au lieu de compensation, il y a accumulation, puisqu'ils gagnent plus d'argent et que leur argent leur procure plus de produits... ».
Pour la catégorie des consommateurs de produits et de services (les rentiers par ex. qui emploient des domestiques), on pourra tenir compte des gages, mais alors les prix des produits devront être les prix du détail.
2 Walsh, p. 129.
32 EDOUARD DOLLÉANS.